Le fascisme naît en Italie comme agent du patronat et de la droite libérale

Publié le par Bernard Gasnot

Comment le fascisme s’est créé en Italie ? Cette question présente évidemment une grande importance puisqu’il s’agit de son expérience fondatrice. Le mot lui-même vient de la langue italienne ; en 1919, Mussolini fonde les fasci di combattimento (faisceaux de combat) dont le rôle principal consiste à attaquer les groupes socialistes et syndicalistes. La proclamation du royaume d’Italie, avec Turin pour capitale, date seulement du 17 mars 1861. Le Nord de la péninsule connaît une industrialisation rapide. Tout le Sud du pays reste marqué en 1919 par les structures foncières héritées de la féodalité : d’une part de grands latifundia aux propriétaires absentéistes, d’autre part de petites exploitations destinées principalement à l’auto-consommation. Les inégalités sociales considérables en milieu rural suscitent le développement du brigandage. Les formes de lutte du socialisme naissant en sont marquées dans les régions concernées, prenant plus la forme de l’anarchisme que du marxisme.

Comme dans les autres pays européens, le début du 20ème siècle est marqué par les progrès constants du mouvement ouvrier syndical et du socialisme. Les classes dirigeantes optent rapidement pour des solutions autoritaires et sanglantes. En 1897, Sydney Sonino (libéral conservateur) se moque du régime d’assemblée et se prononce pour un exécutif fort. En 1898, la lutte populaire des Turinois contre la vie chère est matée au canon (82 morts et 450 blessés). Lors des élections suivantes, la gauche et les socialistes progressent d’autant plus. En 1914, l’Italie reste neutre. Cependant, une partie de la grande bourgeoisie pousse à l’intervention dans la Première guerre mondiale, au moins dans l’objectif d’éviter ainsi une aggravation de l’agitation sociale.

D’autre part, la France et l’Angleterre signent le 26 avril 1915, le traité secret de Londres qui prévoit une sorte de droit de conquête des Italiens aux dépens de l’Autriche-Hongrie. L’armée italienne participe effectivement aux tranchées et aux combats meurtriers. Le jeune pays tient sur le front et à l’arrière par le matraquage nationaliste. Cependant, le mouvement ouvrier, socialiste et internationaliste, se développe rapidement et organise même une grève puissante en pleine guerre. Que fait donc Mussolini pendant ce temps. Ancien socialiste, il est acheté par les services secrets britanniques pour former des équipes de nervis pour tabasser les pacifistes.

En novembre 1918, Rome, nouvelle capitale, se félicite de faire partie des vainqueurs aux côtés de la France, de la Grande Bretagne, de la Serbie, de la Roumanie, des USA… Cependant, la guerre a aggravé la crise italienne :

  Crise démographique (651 010 morts et 953 886 blessés parmi les militaires, 589000 pertes civiles)

  Crise financière avec une inflation décuplée et un déficit centuplé

  Crise économique provoquant la détérioration du niveau de vie des ouvriers et petits paysans

  Crise sociale générant de nombreuses grèves

  Crise nationale suite aux traités de paix qui n’auraient accordé à l’Italie ni ce qu’elle souhaitait, ni ce qui lui avait peut-être été promis (Traité de Londres).

2) Patronat, droite libérale et fascisme

Dans le contexte de crise relevé ci-dessus, les grands industriels (Confindustria, Confédération générale de l’industrie italienne) et les gros propriétaires terriens (de l’Emilie, Vallée du Pô, Toscane…) financent la création, le développement et l’action de groupes fascistes. Le 23 mars 1919, à Milan, le Cercle des intérêts industriels et commerciaux prête une grande salle à Benito Mussolini pour créer les faisceaux italiens de combat ( fasci di combattimento) organisés en « Squadre d’azione » (équipes d’action). Lors des élections de 1920, ces fascistes obtiennent des résultats très faibles, mais là n’est pas la fonction que leur fixent leurs financiers.

Le mouvement social italien connaît une année particulièrement active en 1920. Giovanni Giolitti, leader historique du libéralisme politique italien depuis le début du 20ème siècle, comprend toute l’utilité des actions paramilitaires fascistes pour casser les éléments combatifs du mouvement social. Il couvre donc et tolère leurs actions illégales de commandos contre des syndicalistes et militants de gauche. Dès sa naissance en Italie, le fascisme a pour fonction concrète de défendre militairement l’ordre social capitaliste comme le libéralisme politique le protège dans le champ politique traditionnel.Les liens entre parti fasciste et parti libéral, orchestrés par les patronat, sont très concrets :

  Lorsque Mussolini est emprisonné le 18 novembre 1919 pour détention illégale d’armes et d’explosifs, un sénateur libéral intervient pour le faire rapidement relâcher sans suite.

  En 1920, Mussolini soutient plusieurs fois le dirigeant libéral Giolitti sur la question de Fiume

  Pour les élections législatives de mai 1921, la droite constitue un « Bloc national » comprenant en particulier libéraux et fascistes. Le parti de Mussolini obtient ainsi 35 députés et fait son entrée au Parlement.

3) Le patronat et les libéraux permettent aux fascistes d’assassiner sans crainte et les portent au pouvoir

Une fois entrés au Parlement, les exactions des « équipes d’action » en chemises noires se multiplient. Le 22 août 1922, syndicats et partis de gauche appellent à la grève générale pour dénoncer les brutalités des nervis mussoliniens. Protégés par le libéralisme politique, liés à l’appareil policier, les Faisceaux de combat interviennent contre les grévistes, font cesser le mouvement, s’emparent par de violents combats des mairies d’Ancône, Milan, Gênes, Livourne, Parme, Bolzano, Trente. La passivité complice de l’appareil d’Etat, de la police et de la droite dans cette journée restera comme un symbole de leur fonction décisive dans l’ascension du fascisme.

Le 24 octobre 1922, 40000 chemises noires paradent dans les rues de Naples en demandant que tout le pouvoir soit remis à leur parti. Une fois ce rapport de force symbolique installé, les fascistes déclenchent une véritable chasse aux syndicalistes et militants de gauche qui relève d’un climat de guerre civile. L’appareil d’Etat et la droite libérale les laissent toujours faire.

Du 27 au 31 octobre 1922, les faisceaux marchent sur Rome. Leur mobilisation est très faible (de 30000 à 100000 manifestants dans Rome). Cependant, la protection du patronat et de sa presse, des cadres de l’armée et de la police transforme nécessairement cette pantomine en victoire politique décisive.

Le 18 octobre 1922, le roi charge Mussolini de former un nouveau gouvernement.

Le 16 novembre, le Duce est élu président du Conseil par les députés à une large majorité, toutes droites confondues : 316 pour, 116 contre, 7 abstentions.

En avril 1924, lors de nouvelles élections législatives, les mussoliniens (surtout libéraux et fascistes) organisent une fraude généralisé

 

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