Les belles aventures de la CIA en France a suivre

Publié le par Bernard Gasnot

Quand la CIA finançait ses alliés anti-communistes dans les années d’après-guerre. Quand deux félons de la CGT s’associe avec’ l enculer d’americain pour créer FO

La Central Intelligence Agency, la principale agence de renseignements américaine, traîne une réputation sulfureuse. Et c’est souvent justifié. Depuis sa création dans le contexte de la guerre froide en 1947, elle n’a cessé d’espionner et d’intervenir, au nom des intérêts américains, aux quatre coins du monde. En France, ses ingérences sont encore méconnues.

il est peu de milieux que les agents de la CIA en France n’aient tenté d’approcher, d’infiltrer, d’influencer de manière directe ou indirecte. Au nom de la lutte contre le communisme, ennemi suprême, les espions se sont mêlés de beaucoup de choses, souvent à tort et à travers, allant jusqu’à établir des plans secrets (le « Plan Cloven ») voir docs avec le gouvernement français en 1952 pour tenter de « liquider » le Parti communiste français.

Sans être toujours décisive, « l’ingérence » de la CIA a pu semer le trouble, déstabiliser des personnes, influencer des stratégies, financer des amis, mener une guerre clandestine, autant psychologique que politique.

Un joli coup de coupe à Force ouvrière

1947. La Guerre froide bat son plein. L’URSS veut pousser ses pions en Europe, notamment en France et en Italie, où les partis communistes disposent de bases électorales et syndicales solides. Créée sur instruction du président américain Truman, la CIA entend bien contrer cette offensive. Elle envoie pour cela à Paris l’un de ses agents d’influence les plus actifs, Irving Brown, voir doc, nommé officiellement délégué général pour l’Europe du puissant syndicat américain AFL (American federation of labor). C’est lui qui se charge de soutenir la scission du syndicat ouvrier CGT, dominé par les communistes, pour créer Force ouvrière (FO).

« Depuis 1946, Brown intrigue et manœuvre pour rompre l’hégémonie communiste à la direction de la CGT. Dans ce but, il appuie la fraction Force ouvrière qui s’est constituée depuis 1944, dirigée par Léon Jouhaux et surtout Robert Bothereau, un militant syndicaliste aguerri qui, depuis le 27 août 1944, siège au bureau et au secrétariat général de la CGT, réinstallée dans ses locaux historiques de la rue Lafayette. Divisée avant la guerre, la CGT s’est réunifiée lors d’une réunion clandestine qui s’est déroulée au Perreux en 1943.

Or, les anciens clivages sont toujours vivaces. Beaucoup de militants n’ont jamais admis cette réunification. Depuis décembre 1944, Robert Bothereau encadre une fraction anticommuniste regroupée autour d’un journal intitulé Résistance ouvrière, et, en septembre 1946, il suscite des groupe baptisés « les amis de FO », qui formeront bientôt Force ouvrière.

Car la scission est en route. Officiellement, Robert Bothereau défend une stratégie de reconquête de la CGT. Mais les chances que ses amis et lui puissent prendre le contrôle de l’appareil dirigeant, où ils restent minoritaires, sont minces. Officieusement, le but poursuivi est plus réaliste : entraîner dans une scission le plus grand nombre de militants de la CGT, objectif atteint à la fin de 1947.

La conférence nationale des Amis de FO se prononce le 18 décembre pour la création d’une nouvelle centrale. Bothereau remet sa démission du secrétariat confédéral de la CGT le 29 décembre 1947. Tout au long de la crise, il a chroniqué l’événement dans la rubrique « Le drame confédéral » de Force ouvrière. Il y passe sous silence le soutien logistique et financier que les scissionistes ont reçu d’Irving Brown, mais aussi du puissant syndicat allemand DGB et des trade-unions britanniques qui servent de relais à l’AFL (…)"

En 1949, la CIA intervient dans la foulée, via l’AFL et l’une de ses branches étrangères, le Free Trade Union Committee (FTUC) dirigée par un agent de la CIA, Jay Lovestone, et son ami Irving Brown, pour diviser la Fédération syndicale mondiale. L’AFL et le FTUC envoient régulièrement de l’argent à Force ouvrière, qui peine à boucler ses fins de mois, comme le prouvent les documents inédits que Bakchich a exhumé de ses cartons, évoquant des versements de 25 000 dollars à FO. Or l’argent de l’AFL et du FTUC provient notamment des officines de la CIA et des crédits détournés du plan Marshall, qui aident à la reconstruction de l’Europe.

"De 1948, les fonds du plan Marshall alimentent aussi le FTUC, qui peut compter sur au moins 5% des 13 milliards de dollars destinés à l’Europe occidentale. En fait bien davantage, puisque ce sont 800 millions de dollars qui seront finalement attribués aux opérations de l’AFL à travers le monde. Ces largesses s’expliquent par les relations amicales qu’entretiennent à Paris, Irving Brown et Averell Harriman, le responsable du plan Marshall, dont les bureaux, d’abord installés dans l’hôtel de Talleyrand place de la Concorde, non loin de l’ambassade américaine, émigreront dans un appartement plus discret de la rue Barbet-de-Jouy, dans le VIIème arrondissement Lorsque la manne du plan Marshall se tarit, en 1951, la CIA prend le relais : sa division des organisations internationales subventionne les activités clandestines de l’AFL, comme le révélera publiquement Thomas Braden, qui a tenu les cordons de la bourse pendant quelques années

Braden a fait l’aveu de ces financements non pour les critiquer, mais pour en faire l’éloge. De 1951 à 1954, sa division a versé à Lovestone et Brown 1 million de dollars par an, et même 1 600 000 dollars en 1954. Ces fonds étaient destinés à Force ouvrière, mais aussi aux syndicats italiens, aux dockers de Marseille et d’autres ports méditerranéens et à d’autres opérations à caractère syndical. Œcuménique, Braden a reconnu avoir fourni des fonds à la CFTC (Confédération française des travailleurs chrétiens) et en a même précisé le cheminement. »

Des fonds secrets pour la presse socialiste

Durant la même période, la CIA n’hésite pas à soutenir, outre les syndicats « réformateurs », les partis politiques capables de barrer la route au communisme.

Parmi eux, figurent, à leur yeux, les socialistes français de la SFIO (ancêtre de l’actuel Parti socialiste, né en 1971) qui se débattent, eux aussi, dans de sombres difficultés financières, notamment pour éditer leurs journaux. Heureusement, ses dirigeants, dont Léon Blum, savent frapper aux portes de la CIA, ou plus exactement de ses guichets que sont, via l’OPC (une antenne du Département d’Etat), le syndicat FTUC et l’ILGWU, un syndicat américain dirigé par David Dubinsky, proche de la centrale de renseignements.

« Depuis la Libération, certains journaux français ne survivent que grâce aux subsides du plan Marshall. En particulier ceux du groupe de presse socialiste de la SFIO. Le FTUC, dont l’OPC est un des bailleurs de fonds, a versé 20 000 dollars, puis 15 000 supplémentaires. Ces aides remplissent les caisses vides et permettent de faire face aux échéances critiques, sans néanmoins apporter un remède au mal chronique dont souffre la presse socialiste.

Le 16 juin 1948, Léon Blum appelle de nouveau à la rescousse le président de l’ILGWU, David Dubinsky, et l’informe que sans aide urgente, Le Populaire risque d’affronter une tempête qui pourrait lui être fatale. La même année, Léon Blum tente d’obtenir de Dubinsky qu’il finance en remplacement du Populaire un nouveau quotidien socialiste. Le projet n’aura aucune suite. Dans les années d’après-guerre, hormis les fonds secrets gouvernementaux, d’ailleurs le plus souvent d’origine américaine, David Dubinsky et son syndicat ont été une source régulière de financement pour le quotidien de la SFIO. Sans doute ont-ils sauvé la presse socialiste française du naufrage. »

Un appui direct aux mouvements pro-européens

La CIA multiplie les contacts avec les milieux intellectuels, soutenant des revues, des journaux, des agences de presse, de symposiums, des rencontres, des congrès où l’on croise notamment le sociologue Raymond Aron. Elle soutient surtout les mouvements politiques pro-européens, où officient des leaders tels que l’ancien résistant Henri Frenay, le futur père de l’Europe Jean Monnet, ou le jeune ministre François Mitterrand.

« A l’échelon politique, Washington appuie et finance donc les courants de pensée pro-européens, alors représentés par les fédéralistes et les partisans d’une union européenne. Il s’agit en fait de donner une substance politique à l’esprit de reconquête, de consolider le bloc occidental qui, en cas de conflit, sera naturellement en première ligne En novembre 1947, se crée un comité de coordination qui rassemble l’UEF (Union européenne des fédéralistes (présidée par Henri Frenay), l’United Europe Movement de Winston Churchill, le Mouvement pour les Etats-Unis socialistes d’Europe de Jean Monnet et les Nouvelles équipes internationales.

Du 7 au 10 mai 1948, le Comité international de coordination organise à La Haye un congrès international, sous la présidence d’honneur de Winston Churchill et en présence des souverains des Pays-Bas. Trois ans seulement après l’armistice en Europe, ce congrès marque la naissance du Mouvement européen, qui n’existera officiellement que le 5 janvier 1949, à la suite d’une réunion solennelle qui se tiendra à New York sous les auspices de la fondation Woodrow Wilson, du nom de l’ancien président des Etats-Unis.

Les séances plénières (du congrès de mai 1948) se déroulent dans un ancien relais de chasse, la Ridderzaal, dite salle des chevaliers du château de La Haye. Dix-sept pays sont représentés, dont la France, la Grande-Bretagne, la Belgique, les Pays-Bas, l’Italie et l’Allemagne, les même qui vont en 1949 créer l’OTAN et signer le Pacte atlantique.

Près d’un millier de délégués sont présents, dont douze anciens premiers ministres (parmi eux les Français Paul Ramadier et Paul Reynaud), de nombreux ministres et parlementaires (dont François Mitterrand), ainsi que des intellectuels qui, pour la plupart, participeront l’année suivante à la fondation du Congrès pour la liberté et la culture. Tous acheter par la CIA

Quelques fonds du plan Marshall ont servi à l’organisation du congrès de la Haye, couvrant les frais d’hébergement des 750 participants. Mais s’il veut s’inscrire dans la durée , le Mouvement européen a besoin d’aides financières importantes, régulières et d’un camouflage approprié pour ses canaux de financement.

Ainsi apparaît en 1949 le Comité américain pour l’Europe unie (CAEU). Son staff dirigeant comprend notamment plusieurs anciens pontes du renseignement comme William Donovan (ex-patron de l’OSS, ancêtre de la CIA) qui en est le président, et sn vice-président Allen Dulles, directeur des plans à la CIA

A partir du printemps 1949, la machine se met en place. Les subventions pleuvent sur les mouvements pro-européens. Le Comité et la CIA, son principal bailleurs de fonds, débloquent une première tranche d’u peu moins de 14 millions de francs, qui permet de financer les premières réunions du Conseil de l’Europe de Strasbourg. Peu à peu et par le biais de circuits financiers labyrinthiques, les pro-européens empochent entre 1949 et 1951 l’équivalent de 5 millions d’euros. »

affaires françaises depuis 60 ans : quand la CIA espionnait l’extrême gauche trotskiste, du côté de Krivine.

1967. Paris est en ébullition. La guerre du Vietnam attise la contestation et l’activisme anti-américain. La CIA craint les mouvements « anti-impérialistes » qu’elle connaît mal. Pour y voir plus clair, elle demande l’aide des services français. Avec leur appui, ses agents se font passer pour des journalistes d’une radio américaine, Radio Liberty, dont le bureau parisien est codirigée par un des leurs, Robert Ehlers. Objectif : sonder les dirigeants de groupes trostkistes, tels que Alain Krivine (aujourd’hui toujours dirigeant de la Ligue communiste révolutionnaire) et Henri Weber (devenu sénateur socialiste).

« Pour la CIA et les services français, Paris pourrait être devenu une plaque-tournante des mouvements anti-impérialistes, d’où leur volonté de mieux les connaître. D’autant que ces dernières années, de nouvelles têtes sont apparues dans les états-majors des groupuscules. Sur ces nouveaux dirigeants, la CIA et les services français manquent d’informations.

Depuis septembre 1967, au cinquième étage de l’ambassade américaine, la CIA s’efforce donc de se renseigner et s’emploie à étayer ses dossiers en les mettant à jour. De son côté, le labor attaché de l’ambassade sollicite dans les dîners en ville quelques-uns de ses contacts. L’un d’eux occupe un poste de rédacteur en chef dans une grande agence de presse française. C’est un trotskiste, certes alors en roue libre, mais qui a conservé des rapports étroits avec ses anciens camarades. Mais, ni ces repas, ni les échanges de notes et de documentation entre services ne suffisent à éclaircir la question qui préoccupe Langley (siège de la CIA en Virginie).

Krivine amer

Un dîner offert par Robert Ehlers (directeur adjoint à Radio Liberty) en novembre 1967 à l’un de ses contacts dans les services français (au ministère de l’intérieur) va enfin permettre à la CIA d’approfondir ses connaissances sur l’extrême gauche française. Ce dernier passe pour un des meilleurs spécialistes de l’extrême gauche. Lors du repas, cet agent français, que l’on appellera « M. » soumet alors une idée à Ehlers, qu’il connaît puisque sa femme collabore en tant que journaliste à Radio Liberty. M. s’applique depuis déjà des années à mettre en fiches les dirigeants de l’extrême gauche française, en particulier ceux de la JCR (Jeunes communiste révolutionnaire) d’obédience trotskiste, sans doute les plus remuants, qu’il a également placés sur table d’écoute.

Afin de mieux cerner la personnalité de ces nouveaux responsables, M. suggère d’entrer en contact avec eux en usant d’un stratagème qui reste encore à définir. Ehlers se montre enthousiaste. A-t-il une idée de la façon dont il pourrait atteindre cet objectif ? M. propose d’utiliser son épouse comme appât. Se présentant comme l’envoyée spéciale d’un journal américain de second plan, voire fictif, elle effectuera des interviews réalisées dans un local à l’avance sonorisé pour que les entretiens soient enregistrés.

Robert Ehlers réfléchit, retourne le problème dans tous les sens, puis accepte finalement qu’une de ses journalistes prête son concours à l’opération. Evidemment, chaque service aura copie des bandes. Entre amis, cela va de soi. Officiellement, bien sûr, cette opération n’existe pas.

Reste alors à établir une liste de cibles. Quels jeunes révolutionnaires faut-il interroger en priorité ? Cette fois, M. prend quelques jours pour réfléchir, avant d’arrêter son choix sur Alain Krivine, Henri Weber, Daniel Bensaïd, tous trois membres de la direction de la JCR, et Charles Berg, dirigeant de Révoltes, un autre groupe trotskiste.

Contactés, tous les quatre acceptent de rencontrer la journaliste américaine de Radio Liberty Une fois les contacts pris, M. rédige dans les jours qui suivent un long questionnaire que la journaliste utilisera comme pense-bête.

Seuls Henri Weber et Alain Krivine acceptent de se rendre dans l’appartement truffé de micros du XIXème arrondissement de Paris, où auront lieu les entretiens. Pour les autres, la journaliste devra se déplacer et utiliser un magnétophone. Anisi Charles Berg la reçoit dans le local de son groupe Révoltes, à l’abri d’une porte blindée.

Les entretiens s’étalent sur plusieurs semaines. M. a ajouté à sa liste le dirigeant du PC Jacques Duclos, qui a aussitôt accepté de rencontrer la journaliste. Peu à peu, les heures d’enregistrement s’accumulent sur bandes magnétiques. Début 1968, M. n’a plus qu’à les décrypter. Dans son bureau de la rue des Saussaies, où il dispose d’un magnétophone dont il se sert habituellement pour les écoutes téléphoniques, il se met au travail. Il s’agit maintenant d’exploiter cette abondante matière, d’isoler les analyse politiques des éléments à caractère personnel ou actuel.

Quelques temps plus tard, M. a de quoi esquisser les portraits des dirigeants interviewés et mieux évaluer leur personnalité afin d’en tirer éventuellement des enseignements pratiques. Son travail d’analyse et de déchiffrage sera utilisé par d’autres

Finalement, il n’a pas été établi que Paris sert de base arrière à la Tricontinentale et qu’il abrite des appareils clandestins. Les services considèrent que la capitale française doit rester sous surveillance. Mai 68, que M. et son service ont prédit dans plusieurs notes, le rôle supposé de certains agitateurs cubains en maraude au Quartier Latin lors des événements, l’installation de divers mouvements révolutionnaires en exil à Paris et le soutien que les trotskistes apportent aux déserteurs de l’armée américaine vont renforcer la collaboration entre services français et américains. »

quand la CIA voulait la tête de Régis Debray, conseiller à l’Elysée.

1981. L’arrivée de François Mitterrand à l’Elysée et l’entrée de ministres communistes au gouvernement suscitent des inquiétudes à Washington. Certains conseillers du Président de la République ont même une réputation sulfureuse aux yeux de la CIA. C’est le cas de Régis Debray, qui fut en 1967, sous le nom de code de Danton un agent de liaison entre Fidel Castro à Cuba et Che Guevara, qui animait une guérilla dans la jungle bolivienne. En mars 1967, Debray, jeune agrégé de philo, a été arrêté après son départ du maquis bolivien et emprisonné près de Camiri. Interrogé par la police et des agents de la CIA, le militant franco-guevariste n’a rien dit, s’en tenant à sa version des faits : il effectuait un reportage sur le Che. Un tribunal militaire bolivien l’a condamné le 17 novembre 1967 à 30 ans de prison et il a été libéré quelques mois plus tard, grâce à des interventions internationales.

« Le dossier de la CIA, qui s’est enrichi après l’épisode de Camiri, ne se refermera plus. Régis Debray demeure en bonne place sur la liste noire de Langley (siège de la CIA en Virginie, NDLR). Dans le meilleur des cas, il passe pour un « agent d’influence »cubain, au pire pour un agent tout court, d’autant que son ombre tutélaire plane bientôt sur les mouvements de guérilla sud-américains qu’on le soupçonne d’inspirer intellectuellement, tel le MIR chilien ou les tupamaros uruguayens.

Ses contacts avec le renégat Philip Agee (ex-agent de la CIA dénonçant ses turpitudes,) ne passent pas inaperçus, tout comme son amitié avec Alfredo Guevara, ambassadeur cubain à l’Unesco, que les services ont fiché comme membre de la DGI (Dirrection general de inteligencia), les services secrets cubains. Ainsi, lorsque Régis Debray se retrouve en 1981 à l’Elysée, le gros dossier de la CIA refait surface, tandis qu’un de ses anciens directeurs vient demander sa tête. Mitterrand refusant de lui offrir, on va s’employer à lui forcer la main

Régis contre la CIA

A l’automne 1981 démarre dans la presse une campagne contre Régis Debray. Des rumeurs se répandent dans Paris. Le bruit court que les deux officiers du SDECE qui ont suivi le dossier Debray ont été depuis promus. Ce qui sous-entend que, en échange de leur silence sur un terrible secret, ils ont été récompensés et ont pris du galon. Mais c’est au grand jour et dans la presse que la campagne se développe En octobre la presse, évoque le Bulletin d’information sur l’intervention clandestine (BIIC),

« si, un jour, à Paris, un agent de la CIA est victime d’un attentat gauchiste, ce sera peut-être grâce aux conseils dispensés par la revue de Régis Debray »

. Debray figurait, en effet, tout comme le fondateur d’Amnesty International, au nombre des parrains de l’Association pour le droit à l’information, éditrice du BIIC, qu’il a quittée depuis quelques mois. Une association que Minute qualifie « d’émanation » du KGB. Dans un autre article, l’hebdomadaire, tout comme George Bush (vice-président des Etats-Unis, NDLR), s’indigne de la présence à l’Elysée de Régis Debray : « Et pourtant aujourd’hui, il a accès aux secrets du SDECE ».

Eprouvé par cette campagne lancinante, l’ancien détenu de Camari offre à plusieurs reprises sa démission, mais François Mitterrand la refuse à chaque fois. Il n’a pas cédé à Bush, il ne cédera pas à Minute. Il tient à garder auprès de lui Régis Debray. En fin connaisseur, il sait qu’il ne faut jamais rien céder aux airs de la calomnie. D’autant qu’il en connaît les origines.

La plupart de ces articles sont inspirés par des membres du cercle Pinay, qui agissent avec la bénédiction des services secrets britanniques et se sont réunis au cours de l’été 1981

Lorsqu’il sera informé de ses manœuvres inamicales, le nouveau directeur du SDECE, Pierre Marion exigera de ses homologues anglais qu’ils cessent immédiatement de jouer à ce petit jeu. Mais ils ne sont pas les seuls à alimenter cette campagne au parfum d’officine. Si Georges Albertini (homme mafieux, de réseaux, financé notamment par la CIA,) dispose d’une ligne directe avec l’Elysée, des collaborateurs d’Est et Ouest (sa revue, NDLR) déploient dans les colonnes de Minute leur talent et leur énergie contre Régis Debray ou encore contre l’épouse du président de la République, Danielle Mitterrand. On lui reproche ses liens avec la guérilla d’Amérique centrale et le régime sandiniste du Nicaragua, pour lequel Debray a obtenu que la marine française sécurise les ports minés par les agents de la contra, équipés et financés par la CIA. »

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