Un journaliste refuse la Légion d’honneur et dénonce l’état de la liberté de la presse en France….

Publié le par Bernard Gasnot

 

 

Aaaah! qu’est ce qu’on ne ferait pas avec les millions que distribue l’état, à tous ces milliardaires, patrons de presse, soucieux de leur image, qui musellent leurs « journalistes », heureusement, il en reste des intègres. Faut bien dépenser l’argent des impôts ou des emprunts, ça nourri la dette et les créanciers à nos dépends..

Chère Madame Royal,

D’abord, j’ai cru à une plaisanterie : un appel de votre chef de cabinet adjoint me demandant si j’acceptais d’être décoré de la Légion d’honneur. J’ai retenu mon envie de rire. Et puis le courriel est arrivé, confirmant la proposition. Je vous remercie de votre attention, mais ai l’honneur de refuser cette distinction. Elle me parait tout à fait incompatible avec l’exercice du métier de journaliste, dont un principe de base est, pour assurer sa liberté, de se tenir à distance des personnes de pouvoir et d’en refuser les avantages ou distinctions qu’elles voudraient lui prodiguer.

Permettez-moi, d’ailleurs, de vous rappeler l’état déplorable de la liberté de la presse :Quasiment tous les grands médias, écrits et audiovisuels, appartiennent à des milliardaires ou à des grandes La liberté de la presse subit des attaques régulières : loi sur le « secret des affaires » en 2015, procès d’oligarques contre les médias libres, ou, en ce moment, projet de loi « Egalité et citoyenneté » ;Les journalistes sont de plus en plus fréquemment empêchés d’informer le public : qu’ils subissent des violences policières (comme l’a constaté le Rapport de la mission d’information civile sur les actions de maintien de l’ordre établi par Reporterre), ou qu’ils soient poursuivis en justice sous des prétextes fallacieux, comme notre confrère Gaspard Glanz Et le journalisme environnemental est particulièrement visé dans le monde : depuis 2010, dix journalistes ont été assassinés parce qu’ils enquêtaient sur des scandales écologiques. Tout ceci rend impossible à un journaliste, s’il lui en prenait la fantaisie, d’accepter une décoration de la part d’un gouvernement qui n’a rien fait, au contraire, pour limiter le pouvoir des oligarques et les atteintes à la liberté d’informer.

Rétablir l’équité entre les médias des oligarques et les médias libres

Je travaille, au sein de l’équipe de Reporterre et comme beaucoup de journalistes et de médias libres, pour que puissent être entendues d’autres voix que celles du néo-libéralisme, de la xénophobie, et du productivisme. Ce dont nous avons besoin, ce n’est pas de décorations, mais de la liberté de travailler, et de l’équité. Comment expliquez-vous qu’Aujourd’hui en France, qui appartient au milliardaire Arnault, Libération, qui appartient au milliardaire Drahi, Le Monde, qui appartient au milliardaire Niel et à ses comparses, Le Figaro, qui appartient au milliardaire Dassault, reçoivent de l’Etat respectivement 7,8 millions d’euros, 6,5 millions, 6,5 millions et 5,4 millions ? Alors que, pour prendre un exemple au hasard, Reporterre ne reçoit pas un centime de ces aides ?

Je ne tends pas la main pour mendier, Mme Royal, mais pour qu’on mette tout le monde sur pied d’égalité : que soient supprimées les subventions à ces titres de milliardaires, et on verra qui recueillera l’attention du public.  Lectrices, lecteurs, apportez à l’information libre votre soutien financier, plutôt que la Légion d’honneur. Nous dépendons des lecteurs. C’est ce que je leur demande ici. Plutôt que de nous envoyer des Légions d’honneur,. Révélations du scandale Renault,

Au fait, Mme Royal, vous nous avez refusé jusqu’ici une interview.. Maintenant que vous voulez me donner une décoration, ça sonne vraiment bizarre, ce refus. On se parle bientôt ?

Mme Royal ne veut pas, mais vraiment pas, parler à Reporterre

 

le quotidien de l’écologie devait interviewer la ministre de l’Environnement, Ségolène Royal. Las, celle-ci a finalement annulé sans raison, la veille. Non pas repoussé, mais annulé. Reporterre vous raconte son parcours du combattant pour tenter d’obtenir une interview de la ministre depuis… plus d’un an. La ministre de l’Environnement, Ségolène Royal, a décidé de ne pas répondre à nos questions. Cela fait pourtant plus d’un an que Reporterre tente d’obtenir une interview auprès d’une actrice importante des sujets que traite le quotidien de l’écologie.

Une première demande avait été faite le 24 février 2015. Par courriel, Hervé Kempf, le rédacteur en chef de Reporterre, demandait à s’« entretenir avec Mme Ségolène Royal dans la perspective de l’anniversaire de son arrivée au ministère de l’Écologie. » Sans réponse. Après quelques vaines relances téléphoniques, nous nous étions alors résolus à souffler la bougie sans elle : le 3 avril, Reporterre publiait son bilan, un an jour pour jour après sa prise de fonction.

Dans la perspective de la COP 21, les occasions n’ont pas manqué de relancer la ministre : la diminution du budget d’Airparif, le projet de décret sur l’affichage publicitaire, les permis de recherche d’hydrocarbures, etc. Pas plus couronnées de succès.

« Je relance mon collègue qui s’en occupe »

Alors, en janvier, lorsque nous l’interpellons directement au sujet de Notre-Dame-des-Landes lors de ses vœux à la presse, on saisit l’opportunité : au milieu des petits fours, nous reformulons directement la demande. Dans les yeux, la ministre nous donne son accord verbal. À côté d’elle, un de ses collaborateurs prend bonne note : il s’agira juste de trouver un créneau dans son agenda.

La suite ?

Nous envoyons un courriel, le 15 janvier, pour prendre date. Il trouve réponse, après une première relance, quatre jours plus tard : « Je ne vous oublie pas mais pense avoir une proposition de date en fin de semaine (tunnel PJL biodiversité au Sénat). Je vous tiens au courant », nous écrit Raphaël Sart, chargé de mission auprès de la ministre. Dix jours plus tard, nous sommes renvoyés vers Maryline Simoné, désignée comme l’attachée presse de la ministre. Après un premier texto le 29 janvier, Mme Simoné nous rappelle quelques jours plus tard : le message est transmis directement à la ministre et des dates devraient nous être proposées à la fin de la semaine. Vendredi 5 février, 16 h 30, toujours rien. Nous renvoyons un texto. « J’espère pouvoir vous dire ce qu’il en est début de semaine prochaine », nous répond-on dans la minute.

La relance du mardi 9 février restera sans réponse, remaniement ministériel oblige. Mais ouf, seul le nom du ministère change ! Une fois les secousses politiques calmées, nous remettons le couvert : le 25 février, nous renouvelons par texto « la demande d’interview de Reporterre ». En fin de journée, le portable vibre : « Oui, je relance la ministre dès son retour d’Afrique. J’espère sincèrement que nous aboutirons. Bien à vous. »

Rappel la semaine suivante ; pas de réponse. Nous renvoyons un message le mardi 8 mars. Retour immédiat : « Je relance mon collègue Raphaël Sart, qui s’en occupe. » Deux mois plus tard, nous voilà revenus à la case départ, mis en relation avec notre premier interlocuteur. Nous décrochons le combiné pour le contacter et manifestons une pointe d’agacement : à quoi joue-t-on ?

« On m’a demandé d’annuler »

En moins de 48 h, la situation semble se débloquer : rendez-vous est pris et l’interview finalement calée pour la semaine suivante, ce jeudi 17 mars, à 17 h. Las, nous recevons un coup de fil mercredi vers 10 h, la veille. « J’ai une très mauvaise nouvelle, l’interview ne pourra pas se faire demain et je n’ai aucune nouvelle date à vous proposer », s’excuse Raphaël Sart. Qu’est-ce que cela veut dire ? « Je ne peux rien vous dire de plus, ma hiérarchie est au courant de votre demande mais on m’a demandé d’annuler. » Quid de la semaine prochaine ? « Je n’ai pas de nouvelles dates à vous proposer », répète Raphaël Sart, manifestement désolé. Une urgence pourrait-elle justifier ce coup de dernière minute ? Pour en avoir le cœur net, nous consultons l’agenda de la ministre sur le site officiel du ministère : il est vide les journées à venir…

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