Staline, continuateur de Lénine bourreau psychopathe

Publié le par Bernard Gasnot

La question fait débat, depuis le célèbre XXeme Congrès du PCUS, où Nikita Khrouchtchev avait dénoncé les crimes de Staline et avait donc diabolisé, à jamais, le Petit Père des Peuples
Le successeur d'Ilitch étant devenu "persona non grata", les communistes du monde entier, s'évertuèrent à dissocier les deux hommes, en affirmant que le stalinisme était, fondamentalement différent du léninisme ...Pourtant, tout pousse à croire que Staline s'est inscrit dans le sillon léniniste et qu'il n'a fait que se servir des outils forgés par Ilitch !

1°) La conception de Parti.

Formalisé dans Que Faire, en 1903, Lénine théorise un Parti de militants professionnels, centralisé et hiérarchisé, voué à la conquête du pouvoir, passage obligé pour déclencher la révolution socialiste, ce qui le différenciera fondamentalement d'un Plekhanov, intellectuel raffiné qui fut un des fondateurs du Parti Ouvrier Social-Démocrate de Russie, en 1898, matrice des mouvements bolcheviks et mencheviks. Rosa Luxembourg stigmatisera cette conception élitiste du Parti, qui débouchera, nécessairement, sur une dictature sur le prolétariat de la part du Parti. Staline s'inscrira dans cette conception léniniste du Parti, organisation d'élus, dépositaires de la Vérité Historique, seuls capables de guider un prolétariat, incapable de dépasser le stade du trade-unionisme, c'est à dire la seule défense des intérêts corporatistes, vers une conscience de classe. Le corollaire de cette conception du Parti, sera la purge, nécessaire pour renouveler les effectifs et imposer une tension permanente aux militants, pour attiser leur ardeur révolutionnaire. 
"...le parti se renforce en s'épurant ..." sera le credo mis dans la préface de Que Faire !

Lénine n'a certes jamais purgé le Parti, mais il n'en a, peut-être, pas eu le temps ... Staline, lui, ne s'en privera pas, selon l'antienne léniniste !

2°) La conception du pouvoir et de l'Etat..

Jusqu’alors, Lénine avait surtout théorisé la prise de pouvoir par un parti, dans son Que faire, en 1903, mais n'avait jamais vraiment précisé sa pensée quant à l'organisation du futur état révolutionnaire. Ce sera chose faite lors de son exil en Finlande, en 1917, avec son livre L'Etat et la Révolution.
Curieux ouvrage, à la limite de l'anarchisme, que cet Etat et la Révolution. La destruction totale de l'Etat bourgeois, sera remplacée par un Etat prolétarien qui prendra la forme de la Commune. Ici, Lénine est astucieux car il réutilise un épisode qui est resté mythique chez les socialistes et qui a longuement été analysé par Marx. L'état prolétarien se distinguera de l'état bourgeois, en ce que le pouvoir policier et militaire, piliers du second, seront gérés par le peuple en armes, qui élira et révoquera ses représentants. Cette idée léniniste est en contradiction avec ses écrits antécédents, qui érigeait le Parti, avant-garde du prolétariat, comme tout-puissant. On peut y voir un écrit de circonstance, adapté au contexte de l'époque, puisque Lénine et les bolcheviks n'ont pas encore le pouvoir, et doivent rallier le maximum de personnes pour y arriver. Aussi, affirmer qu'il remettra tout le pouvoir au peuple ne pouvait lui attirer que les faveurs de ce dernier ! Après le coup d'état manqué de Lénine, en juillet 1917, obligé de s'enfuir en Finlande, Illitch écrit Les illusions constitutionnelles, dans lequel Lénine stigmatise le gouvernement provisoire pour avoir arrêté quelques dirigeants bolcheviks, dont Trotsky, et reproche à celui-ci de toujours remettre aux calendes grecques la tenue de l'Assemblée Constituante ...accusation savoureuse lorsqu'on sait que les bolcheviks dissoudront cette même assemblée constituante, début janvier 1918. Mais l'autre idée importante dans ce texte d'ailleurs assez confus, c'est l'idée, c'est qu'en période révolutionnaire, la majorité, à la limite, importe peu, ce qui est décisif, c'est qu'il faut vaincre !

Continuons. La révolution se distingue précisément de la situation « normale » des affaires de l'Etat en ce que les questions litigieuses de la vie publique sont tranchées directement par la lutte des classes et par une lutte des masses qui va jusqu'au recours aux armes. Il ne peut en être autrement, puisque les masses sont libres et armées. Il résulte de ce fait essentiel qu'il ne suffit pas, en période révolutionnaire, de connaître la « volonté de la majorité » ; non, il faut être le plus fort, au moment décisif et à l'endroit décisif ; il faut vaincre.

Sous-entendu, c'est ceux qui prendront le pouvoir effectivement, qui auront raison, même au détriment de la majorité du pays. Ici, Lénine renoue avec sa conception du Parti, avant-garde éclairé qui doit guider le prolétariat.

 


Il faut rajouter que Lénine a toujours été contre un gouvernement de "coalition", avec les autres familles socialistes, que ce soit avec les Mencheviks ou le Socialistes-Révolutionnaires. En septembre 1917, alors qu'il était en exil en Finlande après les journées de juillet 1917, il adressa plusieurs missives violentes au comité central du parti bolchevik, à Petrograd, pour organiser au plus vite une insurrection armée et prendre le pouvoir, qui tendait les mains aux bolcheviks, le gouvernement provisoire, guidé par Kerenski, étant à l'agonie.

 

 Mais cette option n'a pas la préférence de beaucoup de membres du CC, notamment Kamenev et Trotski, qui aimeraient attendre le congrès des soviets le 17 octobre 1917, pour prendre le pouvoir en douceur, les bolcheviks étant majoritaires depuis fin août dans les soviets de Petrograd et de Moscou.  Lénine ne voulait nullement prendre le pouvoir lors de ce Congrès, qui l'aurait obligé à gouverner avec les autres formations socialistes, d'où son obsession d'une insurrection armée, jusqu'à insulter ses amis bolcheviks en les traitant de "traîtres à la cause prolétarienne". Certes, il composera avec les SR de gauche, après sa prise de pouvoir, mais c'était avant tout une opération tactique pour élargir un peu sa base politique et avoir de l'influence dans les campagnes, terrain de prédilection des SR. Des SR de gauche, qui, de toute façon, seront absorbés par le Parti ou chassés. Cet épisode de septembre-octobre, montre bien que Lénine voulait tout le pouvoir pour son Parti, conception du pouvoir solitaire et totalitaire.

 

3°) La conception de la révolution: Tchernychevski contre Marx, ou le socialisme dans un seul pays. Nikolaï Tchernychevski, est un philosophe et un socialiste utopique russe. Il aura influencé tous les futurs marxistes russes, dont Lénine  Son frère admirait Tchernychevski, écrivain démocrate et révolutionnaire, arrêté en 1862, après avoir dénoncé la réforme abolissant le servage et spoliant les serfs émancipés, condamnés à 20 ans de bagne puis d'exil après lesquels il rentrera à Sarat, pour y mourir. Que faire ? son roman didactique et allégorique sur l'avènement du socialisme était une des lectures favorites d'Alexandre. Vladimir, qui l'avait lu, à 14 ans, sans intérêt, le relit et dévore pendant des semaines entières ses articles le crayon à la main. Il en fait de longs extraits et des résumés qui couvrent plusieurs cahiers. Que faire ? écrit par l'auteur dans sa prison de Pierre et Paul pendant l'hiver 1862-1863, a enthousiasmé toute une génération de jeunes révolutionnaires. [...] Quand en février 1904, l'éphémère bolchevik Valentinov manifestera son dédain pour Tchernychevski, Lénine se fâchera tout rouge et déclarera inadmissible qu'on trouve Que faire ? Primaire et pauvre !  "Tchernychevski est le plus grand et le plus doué des représentants du socialisme avant Marx !"

Tcherny, dit-il, l'a initié au matérialisme philosophique, à la dialectique hégélienne, lui ouvrant à la compréhension à Marx ...


Le "Que faire" écrit par Lénine, en 1903, est, évidemment, un hommage au "Que faire" de Tchernychevski, roman écrit en 1862-1863, alors qu'il était emprisonné dans la Forteresse Pierre et Paul, à Petersbourg.

Les deux principales idées des populistes, c'est qu'il faut s'appuyer sur la science, pour organiser la société et qu'il existe une spécificité russe, par rapport à l'Europe occidentale, c'est la "communauté villageoise" ou "Mir", autour duquel la nouvelle société socialiste pourrait s'organiser, sans passer par la transition bourgeoise, chère à Marx.

Cette singularité russe, dans la future révolution socialiste, sera fortement critiquée par Plekhanov, le père du marxisme russe, dans "Nos désaccords", en 1885, qui stigmatisera cette spécificité russe, cheval de bataille des populistes, et affirmera que la révolution russe marchera sur les traces du modèle occidental. Il rajouta que miser sur la spécificité de l'organisation rurale russe constituait une dangereuse utopie. On ne peut, écrira-t-il souvent, éviter le capitalisme, éviter la lutte des classes. Et il entrevoit lucidement les périls d'une révolution qui se réclamerait du socialisme et n'en remplirait pas les conditions préalables :

« Ce serait un monstre politique..., un despotisme tsariste repeint aux couleurs communistes".  Pierre Strouvé, théoricien marxiste qui virera libéral, qui participa à la fondation du PSODR, le Parti ouvrier social-démocrate de Russie, à Minsk, en 1898, dans son livre, paru en 1894, "Remarques critiques sur le développement économique de la Russie", stigmatise, encore une fois, la conception populiste de la révolution, et niait à la Russie une spécificité quelconque, par rapport à la future révolution socialiste, qui devrait suivre les canons marxistes de la nécessaire transition bourgeoise. La pensée léniniste, est donc un mélange entre l'héritage marxiste et la pensée populiste, entre l'influence internationaliste du philosophe allemand et la singularité russe de Tchernychevski et des populistes. Or, dès avril 1917, alors que Lénine remet le pied sur le sol russe, après 17 ans d'exil, Illitch remet en cause la légitimité du gouvernement provisoire, censée incarner, pour beaucoup de socialistes et de bolcheviks, comme Kamenev, la phase de transition bourgeoise, chère à Marx. Lénine stigmatise ces socialistes comme les SR et les mencheviks, qui sont prêts à soutenir cette phase bourgeoise, prodrome indispensable à une révolution socialiste, selon les canons de la théorie marxiste. D'ailleurs, dans son slogan "Terre et Paix", consacrant, implicitement, le partage des terres à la base, par les paysans, via la "communauté villageoise", qui se retrouvera dans le décret sur la Terre du 26 octobre 1917, Lénine, s'inspire ouvertement des thèses populistes relayées par les Socialistes-Révolutionnaires.


De même, les journées de juillet 1917, puis d'octobre 1917, avec la prise de pouvoir des bolcheviks, et la traduction de cette volonté de Lénine de contrôler tout seul le pouvoir, sans les autres partis socialistes, et sans passer par la transition bourgeoise. Même si il remettra en cause ce décret sur la Terre, vision populiste et anarchisante de pouvoir à la base, promue par les SR, en exportant la lutte des classes à la campagne, par le décret du 11 juin 1918, instituant le "comité des paysans pauvres", on peut dire que Lénine, en refusant toute coalition avec les autres forces socialistes russes et en appuyant le décret sur la Terre, mettait en avant une conception "russe" de la révolution, annonçant le "socialisme dans un seul pays", de Staline. De même, le choix de la paix de Brest-Litovsk, de février 1917, dénoncée par Boukharine, qui voulait faire de la guerre "impérialiste", une guerre "révolutionnaire", et acceptée, du bout des lèvres, par un Trotski, qui voulait ne rien signer avec les allemands, fut une décision du seul Lénine, qui voulait sauver, à tout prix, la Révolution russe, fermant définitivement la porte à une possible "guerre révolutionnaire" initiant une révolution "allemande". Ce choix, que l'on peut voir comme uniquement pragmatique, préfigurait aussi le "socialisme dans un seul pays" !

4°) Les bolcheviks et le monde paysan.

Pour beaucoup de socialistes, une révolution dans un pays arriérée comme la Russie, dont la grande majorité de la population était composée de paysans, était vouée à l'échec ou rait nécessité une longue période de transition bourgeoise selon les SR et les Mencheviks, pour sortir ses masses paysannes de l'analphabétisme.
Or, après octobre, Lénine et les bolcheviks se trouvent confrontés à un "océan paysan", des millions de petits propriétaires qui se sont partagé la Terre, dont l'horizon se borne aux limites de la communauté villageoise et qui défendent férocement leur liberté les  face aux oukazes de Moscou. Lenine ne les aiment pas du tout il les souffrirent sous de différentes tortures
Avec la totale désorganisation de la production et des circuits commerciaux, les paysans ne vendent plus leur production contre de l'argent qui ne vaut plus rien ou contre d'autres produits de la ville qui n'existent plus. Aussi, la confrontation des bolcheviks avec le monde paysan devient inévitable lenine cree la famine qui guette les villes menace la survie même de la révolution d'octobre. Cette lutte était déjà inscrit dans l'idéologie léniniste, qui voyait plutôt les paysans comme une masse obscurantiste, petite-bourgeoise dans son attachement à la terre, superstitieuse et arriérée.
La dissolution de la Constituante, le 5 janvier 1918, à majorité SR, qui reflétait la sociologie rurale du pays, était déjà un acte de guerre contre le pays profond. Les débats furent intenses dans le parti bolchevique pour savoir quelle position adopter par rapport à ce problème du ravitaillement des villes et c'est la ligne gauchiste, incarnée par Boukharine, qui va l'emporter. Cela se traduira par la loi sur le monopole du grain, en mai 1918, qui ordonnera aux paysans de donner leur grain à l'Etat et par le déplacement de la lutte des classes à la campagne, avec la création des comités de paysans pauvres, ou kombedy, en juin 1918, pour faire rendre gorge aux koulaks, les paysans riches et pauvres . Le nombre de paysans ayant des salariés était très faible, avant 1917, mois de 2 %, et la révolution de février va faire baisser ce chiffre, Mais la figure du koulak, paysan riche, vampire et sangsue, affameur du prolétariat, aura la vie dure dans l'imaginaire bolchevik, comme le montre de discours très violent de Lénine envers eux, cet été 1918:

"Les koulaks sont les ennemis enragés du gouvernement soviétique[...] Ces vampires se sont enrichis sur la faim du peuple. [...] Ces araignées ce sont engraissées aux dépens des paysans ruinés par la guerre, aux dépens des ouvriers. Ces sangsue ont sucé le sang des travailleurs et se sont enrichies alors que les ouvriers des villes et des usines mourraient de faim [...]. Guerre implacable aux koulaks ! Tous à mort." (in La Révolution russe, d'Orlando Figes, Denoël, 2007, page 762).

La désignation du koulak comme ennemi de la révolution, aura le mérite de détourner la colère des citadins et des ouvriers vers cette figure du "paysan riche", qui n'existait quasiment pas dans les campagnes russes. Staline reprendra cette logomachie anti-koulak qui était inscrite dans les gênes du parti bolchevik.

La dernière grande flambée paysanne, fut la révolte du Tambov, immense jacquerie de moujiks qui se révoltait contre la brutalisassions des méthodes bolcheviks, avec son cortège de brigades d'approvisionnements, qui traquait les stocks de grains. un rapport de Toukhatchevski à Lénine, daté du 16 juillet 1921, qui fait commencer la révolte en septembre 1920, et qui qualifie les révoltés de "bandits" ! En février 1921, devant l'ampleur de la révolte, Lénine fera donner la troupe contre les moujiks, et Thoukhatchevski utilisera les gaz combats pour débusquer les révoltés dans les immenses forêts du Don.

5°) L'hypercentralisation du Parti.

Rosa Luxembourg avait rapidement percé la nature centralisatrice du parti bolchevik et elle stigmatisa cette conception léniniste du parti léniniste :

 

"Ce qui importe, pour la social-démocratie, ce n'est d'ailleurs pas de prévoir et de construire à l'avance une recette toute prête de tactique future, mais de maintenir vivante dans le parti l'appréciation politique correcte des formes de la lutte  correspondant à chaque circonstance, le sens de la relativité de chaque phase de la lutte, de l'inéluctabilité de l’aggravation des tensions révolutionnaires sous l'angle du but final de la lutte des classes. Mais, en accordant à l'organisme directeur du parti des pouvoirs aussi absolus de caractère négatif que le souhaite Lénine, on ne fait que renforcer très dangereusement le conservatisme naturel inhérent à un tel organisme. Le centralisme extrême défendu par Lénine nous semble imprégné non point d'un esprit positif et créateur, mais de l'esprit stérile du veilleur de nuit. Tout son souci tend à contrôler l'activité du parti et non à la féconder, à rétrécir le mouvement plutôt qu'à le développer, à le juguler, non à l'unifier. »

Le comité central du Parti, organe dirigeant, va, dès 1917, laisser place à un comité restreint, qui se nommera, en 1919, le Politburo, ou Bureau Politique, se composera de 5 dirigeants, dont Lénine, Staline et Trotsky. Nécessaire en cas de guerre, pour centraliser les décisions, après la fin des hostilités, le Bureau Politique se pérennisera comme instance de pouvoir. Normalement, le Politburo était subordonné au Comité Central, mais dans les faits, il concentre le pouvoir et fera du Comité Central une chambre d'enregistrement. Il suffira à Staline de neutraliser les 4 autres personnalités du Bureau Politique et de les remplacer par des créatures à lui, pour avoir le pouvoir absolu !
Il est à noter que lors du XIeme Congrès du Parti, début 1922, Preobrajensky stigmatisa la concentration des pouvoirs que collationnait Staline, membre du Bureau Politique, de l'Orgburo, Commissaire aux Nationalités et patron de l'Inspection ouvrière et agricole. Qui défendit Staline ? Lénine, qui le déclara irremplaçable !
Peu après, en avril 1922, Staline sera nommé secrétaire général du PCUS, qui contrôlait tous les permanents du Parti et qui passa de 150 à 15 000 fonctionnaires de 1920 à 1922, traduisant la bureaucratisation du Parti, avec l'extrême-onction de Lénine.

6°) La bureaucratisation du Parti.

Dans son Etat et la Révolution, Lénine affirmait que l'état prolétarien, ou la Commune, remettrait son pouvoir au peuple qui élira et révoquera ses représentants et les fonctionnaires. Or, dès 1919, Chliapnikov, au comité central du parti bolchevique depuis 1918, seul dignitaire léniniste à avoir vraiment travaillé en usine, défend l'idée que la production doit être contrôlée par les syndicats, par la base, et non pas par des "spécialistes", souvent bourgeois, nommés par le Parti. Il dénonce d'ailleurs la bureaucratisation du parti et rappelle l'importance du principe électif, défendu par Lénine dans son Etat et la Révolution

 

Mais la bureaucratisation du Parti va se développer sous Lénine:

-Un décret du 3 mars 1918, pris par le VSNKh (organisme gérant la planification économique) précise que chaque direction principale est chargée de nommer, dans les entreprises relevant d'elle, un commissaire représentant le gouvernement, et deux directeurs, l'un technique, l'autre administratif. Seules les décisions du directeur administratif pourraient être contestées par les comités d'usines. Quant au directeur technique, il relevait exclusivement de la Direction centrale de l'Industrie.


-Un autre décret du 21 février 1919, organisera une échelle des salaires beaucoup plus variée que prévue, selon les principes d'Octobre. Le salaire minimum sera fixé à 600 roubles et le traitement maximum pour le "personnel administratif hautement qualifié" sera fixé à 3000 roubles, ceci pour la ville de Moscou et ses environs. Ailleurs, selon le contexte local, les salaires minimums peuvent varier. Pour le personnel administratif hautement qualifié, le salaire maximum peut dépasser 3000 roubles. Devant le mécontentement que peut générer ses

mesures, Lénine répondra qu'on ne peut "obliger toute une couche sociale à travailler sous le régime de la trique".(

- En avril 1919, un décret fixe les traitement des "travailleurs politiques responsables" et décide que les commissaires du Peuple, les membres du VTsIK et quelques hauts fonctionnaires percevront un traitement de 2000 roubles par mois, ce qui correspond à abandonner partiellement le "partmax", c'est à dire la règle selon laquelle les membres du parti ne doivent pas recevoir un salaire supérieur à un salaire ouvrier Le salaire ne comprend pas les avantages en "nature". Par ces mesures, Charles Bettelheim parle de la formation d'une bourgeoisie d'Etat. Un second groupe se forma, composé de Valerian Ossinski, Timofei Sapronov et Vladimir Smirnov demandant un vrai centralisme démocratique et critiquant la bureaucratisation galopante du Parti.
Or, dès le IXème Congrès du PCUS, en mars 1919, Lénine s'opposera à Chliapnikov, et refusera la soumission de la production aux syndicats, dans lequel il y voit une entorse au principe d'Unité du Parti, fondamental, pour lui et il éliminera le principe d'élection des dirigeants et des fonctionnaires, au profit de la nomination, participant donc à la formation d'une nouvelle classe bureaucratique qui n'aura plus aucun compte à rendre au peuple. Sous Staline, ce principe électif sera définitivement enterré !Au niveau quantitatif, de 1917 à 1921, le nombre de fonctionnaire est passé de 576 000 à 2 400 0007°  L'interdiction des oppositions.

Les oppositions externes au Parti, comme l'interdiction des KD, SR de droite et des Mencheviks, puis des alliés des bolcheviks, les SR de gauche, opposés à la paix de Brest-Litovsk, en février 1918.Puis, il y aura l'interdiction des oppositions internes. Lors du Xeme Congrès du PCUS, en mars 1921, l'interdiction des fractions est votée, sous la houlette de Lénine ... Radek, en votant cette motion, avouera qu'il avait l'impression de se mettre la corde au cou ! De l'interdiction à la criminalisation des oppositions, il n'y a qu'un pas, que Staline franchira allègrement ! Mais encore une fois, le géorgien se servira des outils forgés à l'époque de Lénine. D'ailleurs, à la même époque, en mars 1921, Lénine ne se gênera pas pour réprimer dans le sang la "révolte de Cronstadt", initiée, notamment, par des anarchistes, demandant la fin de la dictature bolchevique ! sur cette révolte des marins de Cronstadt, qui fut précédé par des grèves à Petrograd, des ouvriers des usines Poutilov, qui furent réprimées par les pouvoir bolchevik via Zinoviev.


8°) La prédominance des organes de sécurité.

La police politique, la V.Tcheka, fut crée par Lénine en décembre 1918, dans le cadre de la guerre civile qui se pointait à l'horizon. De 1918 à 1921, l'inflation des organes de sécurité va être impressionnante, passant de 30 000 tchékistes, fin décembre, à 260 000 en 1921 ! Certes, c'était la guerre civile, et cette inflation était légitime, mais avec la fin de celle-ci, la Tcheka ne vit pas ses effectifs diminuer ...

9°) Le Goulag.

Les camps de travaux forcés furent crées en avril 1919, à l'époque de Lénine, Staline ne fit qu'utiliser, plus massivement, un Goulag déjà existant ! Aussi, il est difficile d'affirmer qu'il n'y a rien à voir entre les deux hommes, Staline ne faisant qu'utiliser les outils forgés par Lénine, en y ajoutant sa paranoïa extrême !

 

 

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