La Phalange nord-africaine en Dordogne 1944

Publié le par Bernard Gasnot

La Phalange nord-africaine en Dordogne 1944

Le scénario de la répression allemande du 11 juin 1944, qui a entraîné l’exécution de 52 civils, il faut bien parler de massacre- constitue un véritable crime de guerre qui illustre la stratégie de terreur organisée par les responsables militaires allemands en France durant l’été 1944. À Mussidan, la répression était le fait de l’action conjointe de la 11e Panzer Division de la Wehrmacht, de la Sipo-SD  et de ses auxiliaires de la Brigade nord-africaine, perpétrant ainsi le dixième plus important massacre de civils de la Seconde Guerre mondiale en France.

Les résistants n’ont pas encore quitté les rues de Mussidan que les soldats de la 11e Panzer Division commencent à procéder à une rafle de grande ampleur parmi la population de la ville et des environs. Sur une distance de plusieurs kilomètres, le long de la Route nationale 89, de Fournils à Gabillou, les soldats allemands arrêtent tous les hommes âgés de 16 à 60 ans -quelques-uns sont encore plus jeunes- sur les routes, dans les rues et les maisons. Les arrestations sont ininterrompues du début de l’après-midi jusqu’en soirée. Certains habitants, pressentant le danger mortel qui risque de s’abattre sur eux, tentent de fuir la ville pour se réfugier dans la campagne environnante. Ils doivent vite y renoncer devant les coups de feu nourris tirés sur eux par les soldats allemands. Marc Lacour, fils d’une institutrice de Mussidan, raconte :

« Ma mère m’a demandé de quitter la ville pour rejoindre Saint-Étienne-de-Puycorbier. Je ne suis pas allé loin, car je me suis fait tirer dessus et je suis rentré dans l’appartement, qui était à la mairie.»

Implacablement, la nasse se referme sur la population prise au piège. Paul Fauriaux, un jeune lycéen de 16 ans qui fait ses études dans la Creuse, est venu passer le week-end chez ses parents. Ces derniers possèdent une maison sur la route de Bordeaux, non loin du passage à niveau des Mauries, situé à quelques centaines de mètres de la gare. La famille est restée enfermée chez elle toute la matinée et elle est très inquiète du combat intense qui se déroule entre les maquisards et les soldats allemands du train de protection. Soudain, alors que les affrontements se poursuivent, des soldats font irruption chez les Fauriaux. Ils emmènent immédiatement avec eux le jeune Paul et son père, Antoine. Les soldats semblent d’autant plus déterminés à accomplir leur besogne qu’ils viennent de découvrir, près du passage à niveau tout proche, une voiture allemande dont les occupants ont été mitraillés par les maquisards.

 

La Phalange nord-africaine en Dordogne

Histoire d’une alliance entre la pègre et la « Gestapo »

(15 mars - 19 août 1944)

4e de couverture

 

Le 15 mars 1944, une étrange unité militaire composée de Nord-africains placés sous le commandement de truands issus de la pègre parisienne fait son entrée à Périgueux sous le regard stupéfait de la population. Leur chef est Alexandre Villaplane, l’ancien capitaine de l’équipe de France de football lors de la coupe du monde de 1930. Ces hommes constituent la tristement célèbre Phalange nord-africaine (également connue sous le nom de Légion nord-africaine ou Brigade nord-africaine) mise immédiatement à la disposition du chef de la Gestapo en Dordogne, le brutal Michaël Hambrecht. Le but de la présence de cette police auxiliaire « allemande » en Dordogne ? Lutter contre la Résistance dont l’essor et les actions toujours plus spectaculaires menacent désormais directement le fonctionnement de la machine de guerre du Troisième Reich et la sécurité des troupes allemandes dans le département.

 

Dans les faits la Phalange nord-africaine, dès son arrivée et durant les cinq mois de sa présence, s’illustrera surtout par ses innombrables exactions et massacres parmi lesquels ceux de Brantôme, Sainte-Marie-de-Chignac, Saint-Martin-de-Fressengeas, Mussidan, Saint-Germain-du-Salembre et des Piles à Cornille. Bien plus qu’une unité de répression chargée de lutter contre la Résistance, la Phalange nord-africaine constitua l’instrument de terreur de la Gestapo sur les habitants du département. l’histoire d’une époque tragique où la fine fleur de la pègre parisienne s’associa au nazisme ; un temps où le crime organisé s’allia à la terreur institutionnalisée et sema l’effroi dans le département en commettant impunément pillages, extorsions de fonds, tortures et meurtres

 

.Introduction

Durant la Seconde Guerre mondiale, seule une partie de la Dordogne dut subir la présence des troupes allemandes dès le mois de juin 1940 ; le reste ne fut complètement occupé qu’à partir du 11 novembre 1942 en conséquence du débarquement anglo-américain en Afrique du Nord survenu trois jours plus tôt. Jusqu’au mois de février 1943, l’activité de la Résistance fut relativement peu importante. À cette date, la situation évolua notablement : en effet, le 16 février, le chef du gouvernement Pierre Laval, sous la pression du Gauleiter Fritz Sauckel, le plénipotentiaire général pour l'emploi de la main-d'œuvre européenne en Allemagne, instaura le Service du travail obligatoire (STO). Désormais, tous les jeunes nés entre 1920 et 1922 furent requis comme travailleurs forcés au cœur du Reich et de ses multiples dangers.

 

La création du STO entraîna la constitution de maquis de réfractaires au travail en Allemagne. Ces jeunes, de plus en plus nombreux au cours de l’année 1943, furent pris en charge par les différents mouvements de la Résistance avant d’être militarisés grâce à la réception de parachutages d’armes organisés par les Alliés. Les maquisards purent ainsi passer à une phase active de la lutte contre les troupes d’occupation et les représentants du gouvernement de Vichy si bien que durant les trois derniers mois de l’année 1943 se multiplièrent les sabotages et les exécutions de collaborationnistes. Les troupes ennemies commencèrent également à être directement inquiétées puisque le premier soldat allemand, l’adjudant Munch, fut tué le 23 octobre près de Cadouin. Face à l’activité croissante de ceux qu’elles nommaient les « terroristes », les autorités allemandes répliquèrent impitoyablement, en particulier la redoutable police de sûreté allemande ou Sicherheitdienst(SD), plus connue sous le nom familier de « Gestapo ». De nombreux réseaux furent ainsi démantelés au cours de l’année 1943, sans toutefois parvenir à détruire ou même à contenir l’activité de la Résistance, malgré la terreur exercée sur la population, les tortures, les déportations et les exécutions. D’autant plus que l’occupant ne put que constater la carence des forces répressives du gouvernement de Vichy et de ses représentants qui étaient discrédités par une population de plus en plus ouvertement favorable à la Résistance.

 

Ainsi, malgré la brutale répression dont elle faisait l’objet, la Résistance ne cessa de se développer de telle sorte qu’au début de l’année 1944 les troupes allemandes furent confrontées en Dordogne et dans le centre-ouest de la France à un véritable phénomène de masse. De fait, les effectifs du SD devinrent largement insuffisants pour espérer pouvoir garder durablement le contrôle de la situation. Dans ce contexte, toute initiative visant à combattre la Résistance suscita l’intérêt bienveillant des autorités d’occupation qui décidèrent de constituer à Paris, au mois de janvier 1944, une unité supplétive susceptible de contenir le « vent de folie et de terrorisme » qui, selon les termes du responsable de la Gestapo en France Karl Boemelburg, soufflait sur le pays. Cette unité était la Légion nord-africaine également connue sous le nom de Brigade nord-africaine ou, plus spécifiquement en Dordogne, sous le nom de Phalange nord-africaine .  Elle devait assurer la fonction d’une police auxiliaire (Hilfspolizei) chargée de la lutte contre les maquis, essentiellement dans les départements de la Dordogne et de la Corrèze La constitution de la Brigade nord-africaine était le fruit des ambitions du truand Henri Lafont, le chef aussi redoutable qu’incontesté de la toute puissante officine de la « Gestapo française de la rue Lauriston » et de l’indépendantiste algérien pronazi Mohamed El Maadi. Lafont régnait alors en maître sur le grand banditisme parisien qui s’était opportunément et massivement mis au service de la machine de guerre allemande depuis 1940. L’occupant avait quant à lui saisi tout l’intérêt d’employer des individus dénués de tout sens moral qui participaient sans vergogne au pillage des ressources économiques du pays. Ces hommes assurèrent ensuite des fonctions répressives de police, voire militaires dans le cas de la Phalange. En effet, la pègre eut un rôle considérable dans la stratégie de terreur mise en place par les Allemands. Stratégie qui exploita sans scrupule le désir de revanche sociale de toute une faune d’escrocs, de trafiquants, de dénonciateurs et autres tueurs sans idéologie en leur permettant de se hisser à un niveau de puissance inégalée.

 

Lafont fut donc appuyé dans son projet de constitution de la Brigade nord-africaine par Mohamed El Maadi. Ce dernier était un fervent partisan de l’indépendance des peuples du Maghreb qui auraient formé une fédération à tendance raciale et nationale-socialiste nommée « Eurafrique ».

Or, en janvier 1944, l’Afrique du Nord était perdue pour les armées allemandes depuis presque un an et les rêves d’El Maadi d’une Afrique du Nord indépendante sous influence nazie s’étaient effondrés. Il ne lui restait plus alors qu’à combattre avec Henri Lafont les « terroristes » sur le territoire métropolitain. Pour ce faire, Mohamed El Maadi recruta, essentiellement dans les quartiers de Barbès, Belleville et de la Goutte d’or, plusieurs centaines de Nord-Africains, pour la plupart peu politisés, qui vivaient dans des conditions précaires, voire misérables, à qui il promit un salaire plus que confortable pour l’époque.

 

La Phalange nord-africaine prit donc la route de la Dordogne pour y combattre la Résistance. Elle fit son entrée à Périgueux le 14 mars 1944 sous les yeux d’une population périgourdine pour le moins interloquée à la vue de cette étrange unité qui lui sembla présager le pire pour les jours et les semaines à venir. D’autant plus qu’elle fut dès son arrivée placée sous le commandement du SS Untersturmführer Michaël Hambrecht, le brutal chef du SD en Dordogne, et que son installation donna lieu à un déferlement de violence inouï à l’encontre de la population.  La Phalange, qui était composée d’une cinquantaine de Nord-Africains -que les Périgourdins ne tardèrent pas à désigner par l’adjectif péjoratif et méprisant de « bicots »- et de membres de la pègre qui avaient endossé l’uniforme allemand, était commandée par l’ancien capitaine de l’équipe de France de football Alexandre Villaplane. Ce dernier avait acquis dans les années 30 une renommée sportive incontestable avant de défrayer la chronique judiciaire à la suite d’une rocambolesque escroquerie de paris hippiques truqués. Villaplane avait ensuite profité de l’Occupation pour intégrer un service de répression économique allemand ; il devint un spécialiste des affaires d’or et de faux policiers qui détroussaient impitoyablement et essentiellement les Juifs qui, terrorisés, représentaient une proie facile. Villaplane était ensuite devenu un lieutenant de Lafont au sein de la Gestapo de la rue Lauriston.  En Dordogne, Alexandre Villaplane fut secondé par d’autres individus sans scrupules qui appartenaient également à l’officine de la rue Lauriston. Car, sous couvert de répression de la Résistance, les membres de la Phalange, qui bénéficiaient d’une impunité totale en raison de leur statut de policiers, en profitèrent pour exporter en province les crimes en tout genre qu’ils perpétraient à Paris depuis quatre ans. Nous verrons en effet que la Phalange nord-africaine fonctionna comme une organisation criminelle qui mit le département de la Dordogne en coupe réglée en s’adonnant quotidiennement à d’immenses pillages, trafics et extorsions de fonds qui générèrent des profits considérables pour leurs auteurs..

 

  Ainsi, le grand banditisme participa en l’amplifiant au système de terreur mis en place par l’occupant. En effet, la Phalange fut également et surtout l’exécuteur des basses œuvres du SD en commettant durant les six mois de sa présence, de mars à août 1944, de nombreux massacres tels ceux de Brantôme, Sainte-Marie de Chignac, Mussidan, Les Piles (Cornille) sans oublier les assassinats quotidiens de civils. Par sa fonction de police auxiliaire qui dépendait directement du SD de Périgueux, la Phalange fut systématiquement associée aux pires crimes commis par les différentes unités répressives allemandes qui sévirent en Dordogne en 1944 :   la division Brehmer, le 799ebataillon de Géorgiens, le 95e régiment de sécurité, la sinistre division Das Reich et la non moins redoutable 11e Panzer Division. Momentanément, les membres de la Phalange accédèrent au sommet de leur puissance tout en se situant hors de portée de la justice française puisqu’ils étaient sous la protection de l’occupant. Les commissaires Metra et Petit ont indiqué en préambule du procès des membres de la Gestapo française de la rue Lauriston la situation édifiante dans laquelle ils se trouvèrent face à ces truands :

 

 « Arrestations, perquisitions, détentions s’opéraient sans contrôle de l’autorité allemande qui ne s’immisçait pas dans les affaires de ces messieurs et qui ne prenait en charge que les malheureux que Lafont consentait à lui livrer. Pillage des biens juifs, récupération d’or, des bijoux de valeur, chasse aux patriotes, luttes contre les maquisards étaient les moindres actions de cette équipe de tueurs à la solde des Allemands qui les chargeaient des hautes et basses œuvres de leur justice, enlèvements, exécutions, disparitions des traces de crimes, etc. […]

 

 Souvent les inspecteurs de la Police judiciaire se sont trouvé face à face avec les hommes de la rue Lauriston, auteurs, complices et receleurs d’affaires de faux policiers sans pouvoir intervenir contre eux. […] Pour ces policiers, il devenait clair que rien ne pouvait être tenté contre tous les repris de justice qui, couverts par une carte allemande de policier et une autorisation de port d’arme, paradaient publiquement démontrant ainsi leur provisoire puissanceC’est ainsi que les membres de la bande Lafont menaient grande vie, dépensaient sans compter, s’offrant tout le luxe possible pendant l’époque la plus restreinte quant au standard vital du peuple».

 

l’histoire d’une époque tragique au cours de laquelle la fine fleur de la pègre parisienne rejoignit le camp de l’occupant. Une période où le crime organisé s’allia à la terreur institutionnalisée et sema l’effroi en Dordogne.

Soixante-dix ans après, il fallait écrire l’histoire de la Phalange nord-africaine, aussi douloureuse soit-elle, en mémoire de ses très nombreuses victimes. 

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Rolli 31/03/2017 16:58

Et en plus, mon nom n'apparait pas sur la couverture de mon ouvrage et vous ne me citez jamais ce qui est parfaitement déloyal. Je vous conseille de remédier à cette situation sous peine de poursuites judiciaires.

Rolli 31/03/2017 16:54

Bonjour, Vous auriez pu me demander l'autorisation avant de reprendre l'intégralité de l'introduction de mon ouvrage...
Cordialement,
Patrice Rolli