La grippe  espagnole plus meurtrière que la Guerre de 1418

Publié le par Bernard Gasnot

La grippe  espagnole plus meurtrière que la Guerre de 1418
La grippe  espagnole plus meurtrière que la Guerre de 1418
La grippe  espagnole plus meurtrière que la Guerre de 1418
La grippe  espagnole plus meurtrière que la Guerre de 1418
La grippe  espagnole plus meurtrière que la Guerre de 1418
La grippe  espagnole plus meurtrière que la Guerre de 1418

La grippe de 1918, nommée à tort « grippe espagnole », est due à une souche (H1N1) particulièrement virulente et contagieuse de grippe qui s’est répandue en pandémie de 1918 à 1919. Cette grippe a fait de 20 à 40 millions de morts, 30 millions selon l’Institut Pasteur, voire 100 millions selon certaines réévaluations récentes. Elle serait la pandémie la plus mortelle de l’histoire avec les 34 millions de morts (évalués) de la peste noire.

Le Nord-Est des Etats-Unis, est a  l’origine l’épidémie de la grippe

 première expérience en chine

Le nom impropre de grippe espagnole semble venir du fait que seule l'Espagne - qui ne s'était pas engagée dans la Première Guerre mondiale - publia librement les informations relatives à cette épidémie et notamment celles concernant la maladie du roi Alphonse XIII. Les journaux français parlaient donc de la grippe espagnole qui faisait des ravages en Espagne sans mentionner les cas français qui étaient tenus secrets pour ne pas faire savoir à l’ennemi que l’armée était affaiblie L’origine de la grippe de 1918 sont multiples mais toutes convergent vers une même région : le Nord-Est des États-Unis d'Amérique, dans la région de Boston, premier lieu semble-t-il où la grippe devint mortelle, vers la mi-septembre 1918. Ce n'est qu'à partir de là que l'on suit avec certitude le virus en question.

Un « virus père » en Chine

Cependant, la pandémie commença bien avant avec le « virus père ». L'origine la plus communément admise, notamment par l'Institut Pasteur, est l'Asie, la région de Canton plus précisément, en Chine. Bien qu'elle ne repose sur aucune preuve indéniable, cette hypothèse s'appuie sur deux constats effectifs : une épidémie de grippe bénigne, mais à forte contagiosité, sévit effectivement en Chine au printemps 1918. Et cette région, par son interaction entre les populations humaines, aviaires et porcines, a toujours été la source principale des épidémies de grippe. Le mode d'organisation traditionnel de la paysannerie mettait alors en contact direct et continuel les oiseaux de basse-cour, les porcs et les humains. Les premiers, souvent des canards, servant de réservoir naturel de virus. Les populations porcines, servant d'éprouvettes, subissent ainsi continuellement l'assaut des virus grippaux aviaires, qu'ils ne craignent normalement pas du fait de la barrière des espèces. Mais ce contact continuel permet, le cas échéant, aux variantes des virus de s'adapter au système immunitaire mammalien. Et du fait que le système immunitaire des porcs est proche de celui de l'homme, les virus grippaux aviaires peuvent donc atteindre l'homme par le biais des porcs.

La courbe de mortalité de la grippe espagnole en 1918-1919

 

Des chercheurs américains ont d'ailleurs publié en octobre 2005, dans les revues "Science" et "Nature" une étude sur un virus de la grippe espagnole reconstitué (à partir d’un prélèvement de poumon d’une femme décédée lors de la pandémie de 1918 en Alaska et enterrée dans le pergélisol), qui tend à montrer que son origine était aviaire. Le virus aurait été  inoculé les États-Unis sur  d'un bataillon américain revenant de la région de Canton vers une base de Boston. Le virus aurait alors muté pour devenir plus mortel (pour 3% des malades, contre moins de 1/1000 pour les autres épidémies de grippe). Elle se transforma alors en pandémie, à travers l’Europe, puis dans le monde entier par ses colonies.

Des victimes de la grippe espagnole enterrés en hâte au Labrador en 1918

 

Une autre hypothèse pose comme autre origine possible de cette épidémie la Caroline du Sud où quelques cas mortels auraient été annoncés dès le printemps 1918.

Premiers cas européens dans les tranchées

 les premiers cas de grippe espagnole seraient apparus dans les tranchées, en France, en avril 1918, les premiers frappés étant des spldats britanniques stationnés dans les environs de Rouen. Il y eut effectivement des morts dus à une épidémie de grippe particulièrement contagieuse, mais les conditions d'hygiène des tranchées étaient amplement suffisantes à transformer une grippe des plus banales en maladie mortelle.

Les troupes alliées, vecteur de transmission

Toujours est-il que cette épidémie, liée ou non à l'épidémie chinoise, se répandit rapidement, par le biais des mouvements de troupes alliées, d'abord aux États-Unis en Grande-Bretagne, puis, et enfin en Italie et en Allemagne, atteignant son apogée vers juin 1918. La progression du virus fut foudroyante : des foyers d’infection furent localisés dans plusieurs pays et continents à la fois en moins de 3 mois, et de part et d’autre des Etats-Unis, au Mexique et au Canada, en sept jours à peine. Localement, deux, voire trois vagues se sont succédé. C'est aux États-Unis, dans la région de Boston, aux environs du 14 septembre, que les premiers cas mortels de « grippe espagnole » furent signalés. À partir de cette date, cette vague virale, bien qu'étant dans la lignée directe de la précédente, se caractérisa par une mortalité 10 à 30 fois plus élevée que les épidémies grippales habituelles. Du fait de sa grande contagiosité, elle se répandit partout où les voyageurs contaminés, civils ou militaires, allèrent, au gré des transports ferroviaires et maritimes de cette époque, inconscients du danger qu'ils colportaient. Dès le 21 septembre 1918, dans l'ensemble du Nord-Est des États-Unis, des côtes américaines du golfe du Mexique, ainsi qu'en Californie et dans la majorité des grandes villes de l'Est américain, sont signalés des décès dus à la grippe : c'est le début d'une augmentation significative et anormale du nombre de cas mortels.

Aux Etats-Unis, une infirmière sur quatre meurt...

Dès lors, la plupart des grandes villes américaines furent paralysées du fait du grand nombre de malades, mais aussi du nombre sans cesse croissant de personnes refusant d'aller travailler. Alors que les médecins américains, désemparés, sans grande ressources thérapeutiques, tentaient d'endiguer l'épidémie, une infirmière sur quatre mourait.

En Europe, suivant la même évolution qu'aux États-Unis, la maladie, partant du Nord-Est de la France, conquit bien vite l'ensemble des tranchées alliées ainsi que le territoire français et, par les mouvements de troupes britanniques, se propagea Grande-Bretagne.

Des centaines de militaires victimes de la grippe dans un hôpital du Kansas

 

 

Vers le 15 octobre, l'Espagne, l'Italie, l'Allemagne et l'ensemble des pays limitrophes comptèrent leurs premiers morts. De là, l'Europe étant à l'époque le centre colonisateur du monde, des bateaux, avec à leur bord des marins grippés, partirent vers l'Afrique, l'Amérique du Sud, les Indes et la Chine, ainsi que vers l'Océanie, ces marins colportant vers ces terres alors encore épargnées un virus épidémique qui, de fait, devint pandémique.

Novembre 1918, le mois le plus meurtrier en France

Fin octobre et début novembre, d'abord en France et en Grande-Bretagne, ensuite dans l'Europe entière durant le mois de novembre 1918, l'importance devint l'égale de celle des États-Unis. Cependant, les populations européennes, affaiblies par quatre ans de guerre et de pénuries, subirent des pertes plus grandes encore que celles des États-Unis. La France, à elle seule, subit quasiment autant de pertes que l'ensemble des États-Unis. Des villes entières sont paralysées, autant par la maladie que par sa crainte. Aux États-Unis, l'épidémie perdit enfin de sa force en novembre, après deux mois en moyenne de sévices : septembre, le mois de la propagation, et octobre, le mois des morts. En Europe, pour la France et la Grande-Bretagne, le mois de la propagation ayant été octobre, ce fut en novembre, en raison des infrastructures sanitaires débordées, qu'on enregistra le plus grand nombre de morts. Pour les autres pays d'Europe, la période de propagation de la maladie s'étendit de mi-octobre à mi-novembre, celle des morts, de mi-novembre à mi-décembre.

Parmi les comptoirs et colonies européenne, seule l'Australie fut en mesure d'appliquer une quarantaine rigoureuse. Pour les autres, l'épidémie fut inévitable. À partir de novembre 1918, le virus se répandit très vite dans toute l'Afrique, l'Amérique Latine, les Indes et la Chine, ainsi qu'en Océanie. Le pourcentage de grippés dans les populations locales oscillait alors entre 30 et 80 % de contaminés, parmi lesquels de 1 à 20 % de cas mortels. Les épidémies, là aussi, passant en deux mois sur une région, l'activité de la maladie diminua en janvier 1919, avec un pic de mortalité en décembre 1918.

408 000 morts en France

Durant l'hiver 1918-1919, on compta 1 milliard de malades dans le monde, et 20 à 40 millions de morts, chiffre approximatif faute de statistiques réellement fiables. Aujourd'hui, le maximum de la fourchette reste imprécis mais a été porté à 50-100 millions, après intégration des évaluations rétrospectives concernant les pays asiatiques, africains et sud-américains. au cours de ces différentes vague. Il y eut 549 000 décès aux États-Unis, premier pays touché. L'épidémie fit environ 408 000 morts en France - parmi lesquels Guillaume Apollinaire et Edmond Rostand - mais la censure de guerre en limita l'écho. Au Royaume-Uni on compta 220 000 morts. Globalement, en Europe occidentale, on enregistra sans doute près de 2 à 3 millions de morts. En Inde et en Chine il y aurait eu environ 6 millions de morts. Au Japon il y en aurait eu près de 250 000. En quelques mois, la pandémie fit plus de victimes que la Première Guerre mondiale qui venait de s'achever.

Guillaume Apollinaire, une des plus emblématiques victimes de la grippe

Espagnole

 

 

Après deux mois d'accalmie, de décembre 1918 à janvier 1919, l'année 1919 vit étrangement une recrudescence importante du nombre de cas de grippe espagnole. Cette nouvelle « vague », par chance fut mineure. du fait que l'ensemble des individus ayant déjà été atteints lors de la seconde vague de grippe présentaient désormais une immunité, et ne pouvaient donc transmettre le virus. Cette vague pandémique, qui balaya la planète entière, n'enclencha que des foyers épidémiques localisés, notamment dans les régions épargnées jusqu'alors, telle que l'Australie.

Photographie électronique du Virus de 1918 rétrospectivement reconstitué par génie génétique à partir d'échantillons de restes humains de 1918.

 

 

Les trois caractéristiques de la pandémie de 1918

La pandémie de 1918-1919 fut essentiellement caractérisée par trois faits :

- Un taux de mortalité induit inhabituellement important pour une grippe, avec une moyenne d'environ 3 % du milliard de personnes atteintes.

- Une morbidité extrêmement élevée, estimée à 50 à 70 % de la population mondiale atteinte. Ceci s'expliquant par le fait qu'il s'agissait d'un virus grippal de type nouveau vis-à-vis duquel la population ne possédait aucune immunité.

- Une courbe de mortalité inhabituelle, avec un pic chez les 20-40 ans. Pour expliquer ce fait, on avança d'abord que cette tranche d’âge (notamment pour des raisons professionnelles ou de guerre) était celle qui se déplaçait le plus où cotoyait le plus de personnes, la multiplicité des contacts augmentant le risque d’être contaminé. Cette constatation avait déjà été faite lors de l’épidémie de choléra de 1866 à Liège. Mais, en fait c’est le système immunitaire de cette classe d’âge qui a trop vigoureusement réagi à ce nouveau virus, en déclenchant une "tempête de cytokines" qui endommageait tous les organes, au point de tuer nombre de malades.

Ainsi, au total, sur une population mondiale estimée à l'époque à environ 1,9 milliard d'individus, l'ensemble des estimations évaluent à plus d'un milliard le nombre de personnes atteintes par la première grande pandémie de l’ère moderne, sans distinction de continent, d'ethnie ou du niveau technologique de leur civilisation.

 

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