4 La Phalange nord-africaine, l’instrument de terreur de la Gestapo en France

Publié le par Bernard Gasnot

4  La Phalange nord-africaine, l’instrument de terreur de la Gestapo en France

La brigade nord-africaine –Paris 1

Bien avant Mohamed Merah et les candidats au jihad, la France a déjà connu les crimes des nazis algériens, considérés alors comme les “ultraracistes” de la collaboration.

Ils s’appellent Mohamed el Maadi, Mohammedi Said, Mohamed Begdane (alias « Jean le Manchot », alias « Von Kerbach ») et étaient tous membres de la Gestapo. Ils ont collaboré activement avec les nazis pendant l’occupation française et ont massacré des dizaines de résistants français. Mohamed el-Maadi, gestapiste, collabo, ancien de la Cagoule Mohamed El Maadi Mohamed el-Maadi, ancien officié français, membre du mouvement d’extrême-droite la Cagoule et nationaliste algérien, est l’un d’entre eux. Né en 1902 à Constantine, il mourra vers 1954 en Egypte. Il est le fils du Caïd Mahfuz al-Ma’adi et d’une française. Il quitte l’armée en 1936 pour ne pas rester aux ordres du gouvernement « du juif Léon Blum », puis milite au Mouvement social révolutionnaire, fondé par d’anciens cagoulards. Il devient ensuite responsable des questions du Maghreb au Rassemblement national populaire de son ami Marcel Déat, et organise le Comité du RNP nord-africain.

 

 Bimensuel Er Rachid « pour la libération de l’Afrique du Nord aux côtés de l’Allemagne nazie »2

 

 3  Durant cette période, il entre en contact avec le milieu indépendantiste algérien présent en France et fonde, en janvier 1943, un bimensuel, « Er Rachid » (le messager), financé par l’Abwehr, les services secrets du 3e Reich Le crédo d’Er Rachid : la lutte pour la libération de l’Afrique du Nord aux côtés de l’Allemagne nazie. El-Maadi écrira : « Notre devoir est de nous libérer de l’emprise judéo-anglo-saxonne ». La rhétorique, en 2014 au Moyen-Orient, n’a pas changé, elle a été enrichie de la création du « peuple palestinien ». Le tirage atteindra 100 000 exemplaires, et il est imprimé sur les presses de Paris-Soir, journal collabo. Il sera alors expulsé du Rassemblement National Populaire en tant « qu’anti-français ».

El-Maadi forme également une éphémère Fédération raciste et national-socialiste nommée « Eurafrique », et publiera un article « l’Eurafrique vaincra » dans Er Rachid n°5 de mai 1943 :

« Nos idéaux musulmans, confrontés aux idéaux nationaux socialistes de la Nouvelle Europe, se révèlent – fait troublant – identiques. […] Libyens blonds apparus brusquement sur les monuments égyptiens après la XIXe dynastie, Vandales, Berbères. […] Ces élans, cet amour un peu romantique des Nord-Africains pour tout ce qui est germain ne seraient-ils pas une sorte de nostalgie subconsciente de la première Patrie perdue dans la nuit des temps ? »

En 1943, el-Maadi rencontre Henri Chamberlain, dit Lafont, le chef du bureau de la Gestapo parisienne. La Phalange nord-africaine, ou Brigade nord-africaine, sous les ordres de la SS

 

 4  Le 28 janvier 1944,el-Maadi fonde avec Lafont la Brigade nord-africaine sous les ordres du colonel SS Helmut Knochen, chef de la Gestapo en France.

 

5  Pour composer cette brigade, el-Maadi et son bras droit, un certain Brahim, recrutera des musulmans Arabes et des Kabyles, environ 300 personnes, à Barbès et à la Goutte-d’Or, à Paris, ce même quartier dont les rues sont occupées par les prières du vendredi. Les officiers et sous-officiers de la brigade, divisée en cinq sections, portent l’uniforme SS. Les hommes de troupe ont un équipement ressemblant à celui de la Milice, ceinturon et poignard de la Waffen SS en prime, un brassard blanc sur lequel est inscrit « Hilfspolizei » – police auxiliaire, et sont armés de mitraillettes.

 

 6  La brigade prend part à des combats contre la résistance intérieure française, en Corrèze (trois sections participent aux combats contre le maquis), en Dordogne (une section) et en Franche-Comté (une section).

 

7   Elle s’appellera Légion nord-africaine, Brigade nord-africaine, ou encore Phalange nord-africaine en Dordogne, et devait, en cas de victoire allemande, constituer le noyau dur de la future armée de l’Etat National-socialiste algérien. En France, comme unité paramilitaire collaborant à l’Allemagne nazie, elle s’illustrera par d’innombrables pillages, viols, tortures, assassinats, parmi lesquels, pour la seule Brigade nord-africaine, durant les cinq mois de sa présence en Dordogne, ceux de Brantôme (20 fusillés le 26 mars 1944), Sainte-Marie-de-Chignac (25 fusilles le 27 mars 1944), Saint-Martin-de-Fressengeas (10 personnes torturées puis fusillées le 28 avril 1944), Mussidan (52 fusillés), Saint-Germain-du-Salembre et des Piles à Cornille (40 fusillés)…

 

8  Ce seront cinq mois terrifiants, dont le récit donne l’envie de vomir.

Bien plus qu’une unité de répression chargée de lutter contre la Résistance, la Phalange nord-africaine est déjà une entreprise terroriste. Elle constitue l’instrument de terreur de la Gestapo sur les habitants du département. Sous l’autorité de Mohamed el-Maadi (dit Messie), cette brigade emploie une violence extrême pour débusquer, voler, violer et assassiner les Français soupçonnés – à tort ou à raison – de résistance au régime nazi.

« Sans ces derniers [la Brigade nord-africaine], l’occupant n’aurait pu mettre à moindre frais le pillage de la France »,  Fuite en Egypte pour rejoindre le nazi et grand mufti de Jérusalem En août 1944, Mohamed el-Maadi se réfugie avec son épouse en Allemagne où il est accueilli par un criminel de guerre, le nazi et Grand Mufti de Jérusalem Amin al-Husseini, qui fut relâché en 1946 par la France avec de faux papiers pour pouvoir fuir ses condamnations. Le 11 octobre 1944 aura lieu le premier procès d’un membre de la Phalange (ou Brigde) nord-africaine : Mohamed Aboudi. Il est condamné à mort par la Cour martiale de Périgueux.

 

Le procès d’une quarantaine d’ancien membres de la Phalange nord-africaine, c’est à dire peu par rapport aux 200 hommes au minimum qui y avaient appartenu, eut lieu à Paris au mois de juillet 1947. Les peines prononcées le 26 juillet 1947 furent les suivantes : 23 ex-membres de la Phalange furent condamnés à une peine de prison ferme ; deux autres membres furent condamnés par contumace ; enfin, huit autres furent acquittés. » Le cofondateur de la Phalange, Mohamed El Maadi fut condamné par contumace aux travaux forcés en 1953.

Que retenir de tout ceci ? Mohamed el Maadi est aujourd’hui considéré par les Algériens comme un « héros authentique mais inconnu. »

 

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