1937 Le terrorisme en CAGOULE 1

Publié le par Bernard Gasnot

1937  Le terrorisme en CAGOULE 1
1937  Le terrorisme en CAGOULE 1

Imaginez-vous il y a 68 ans, en France, ce même jour du 16 novembre, en 1937. Ce jour-là, un groupe de conjurés a décidé de faire basculer le pays dans le chaos. Après avoir usé de leur influence intellectuelle, morale, puis avoir pratiqué la corruption, la concussion, monté un réseau de soutiens, opéré des assassinats, accumulé des fonds, des armes et des appuis, ces hommes décidés se sont résolus de passer un bonne fois pour toutes à l’action pour renverser la république.  Plantons préalablement le décor. Au début des années 1930, l’Europe est encore étourdie par l’hécatombe de la guerre de 1914-18 qui a complètement bouleversé tant les sociétés que les relations internationales. Les contemporains de l’époque ne sont séparés de l’armistice de novembre 1918 de seulement une quinzaine d’années et restent marqués par la plus terrible (pour l’époque) tuerie jamais vue : 10 millions de personnes en Europe dont 1,6 million de personnes en France et 1,8 million en Allemagne.

 

Mais l’Europe, et la France, font l’objet d’autres menaces vis-à-vis desquelles les différents pays ont réagi de façon très diverses.

 En Union Soviétique, le gouvernement bolchevique a pris le pouvoir depuis 1917 et, de famines en purges, d’exécutions sommaires en déportations massives, Staline dirige maintenant depuis une dizaine d’années, d’une poigne de fer, un pays qui compte mettre la « révolution prolétarienne » à l’ordre du jour partout en Europe. On peut craindre qu’il n’y réussisse.

 

Car en France, par exemple, le Parti Communiste Français se veut le relais de cette internationale ouvrière dirigée par le jeune pays des Soviets, dont tous les lendemains chanteront. Il a multiplié les agitations et les grèves pour affaiblir les hétéroclites coalitions de centre-gauche qui ont gouverné le pays au fil des innombrables changements de gouvernements qui ponctuent les années 20 et 30. Si les Français aspirent à des évolutions au plan social, leurs demandes sont peu relayées par une classe politique largement repliée sur elle-même, ils n’en sont pas pour autant prêts au « Grand Soir », à la vraie « Révolution », et encore moins au Bolchevisme.

 

L’Allemagne non plus. La jeune république de Weimar a échappé de justesse à la révolution prolétarienne en écrasant dans le sang les « Spartakistes » en 1920 (Spartakus, mouvement socialiste et communiste allemand fondé et organisé par Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg Spartakistes et indépendants de gauche occupent le siège des grands journaux. Mais elle n’a pas su consolider ses acquis démocratiques. Le pays a bientôt basculé dans un chaos économique qui a permis à un groupe d’activistes nationalistes dirigé par un ex-autrichien dénommé Adolf Hitler de prendre le pouvoir. En 1933, cet ancien caporal de l’armée bavaroise, récemment naturalisé allemand (1932), est devenu Chancelier de la République. Un an après, il s’est arrogé le titre de « Führer du Reich ». Le pays est désormais soumis à sa doctrine « nationale-socialiste » : militarisation de la société et des industries du pays, embrigadement de la jeunesse, réformes économiques de type « socialiste » (nationalisation et confiscation de biens, spécialement ceux appartenant aux Juifs, impôts, relance économique par des grands travaux typiquement « keynésiens »), anéantissement de toute opposition politique et intellectuelle grâce à une répression totale (emprisonnements, assassinats). Hitler multiplie par ailleurs les discours agressifs à l’endroit des pays disposant d’un empire colonial dont l’Allemagne est désormais dépourvue puisque la défaite de 1918 l’en a privé. Il développe également des idées expansionnistes vers l’Europe centrale.

 

Mais peu de personnes, en France, semblent encore réellement s’inquiéter de ses gesticulations et, de toutes façons, au début des années 30, il n’est pas question de déclencher une nouvelle guerre pour mettre fin à ses agissements : on a déjà assez souffert comme cela. Dans l’opinion française, le pacifisme domine, exalté tantôt par la gauche et l’Extrême gauche, par principe idéologique, et tantôt par l’Extrême droite, laquelle privilégie un combat politique centré sur les affaires intérieures françaises.

 

En Italie, pourtant, les choses ne sont guère rassurantes non plus. Depuis 1922, le pays est dirigé par un énergumène populiste du nom de Benito Mussolini. Ses « Chemise Noires », largement composées d’anciens combattants au nationalisme ardent, quadrillent désormais brutalement la société. Désormais, les communistes et les syndicats ayant été mis hors d’état de nuire, les trains arrivent à l’heure, les grèves sont interdites et le plein emploi règne sur fond de grands travaux d’infrastructures. L’objectif de Mussolini est la « fascisation » de la société : la construction d’un homme nouveau, le « fasciste » dont l’identité individuelle doit se dissoudre entièrement dans l’intérêt national. Au bout de 10 ans de pouvoir, la rhétorique se durcit : elle devient militariste, agressive et expansionniste. En 1935, l’Italie envahira l’Ethiopie  Face à l’immobilisme du gouvernement français, le réseau associatif national a pris le relais depuis de nombreuses années. Et ces associations, bien sûr, sont d’abord celles qui regroupent des anciens combattants de la Première Guerre Mondiale, entre lesquelles la solidarité de la souffrance est grande… Ce ne sont pas à l’origine des associations para-militaires au sens strict. Mais leur recrutement va en faire de redoutables machines anti-démocratiques.

 

Il faut dire que, depuis quelques années, le ressentiment populaire à l’encontre d’une classe politique coupée des réalités quotidiennes est déjà grand. Occupée à des querelles intestines, empêtrée dans des scandales financiers qui mettent en lumière la corruption du personnel politique et discréditée par une instabilité gouvernementale chronique, la IIIème république fait, à l’aube des années 30, l’objet d’un vif rejet dans l’opinion.

 

C’est alors le temps de l’agitation des « ligues » : des associations qui tiennent toutes (à des degrés divers) un discours tout-à-la fois traditionaliste au plan moral, antiparlementaire, anticommuniste, anticapitaliste et largement antisémite. Ne prenez pas ces ligues pour des groupuscules : ce sont au contraire des mouvements structurés d’ampleur rassemblant de nombreux adhérents. Certaines sont à cet égard plus puissantes que bien des partis politiques officiels. Brossons-en un panorama rapide à travers les principales.


- Les « Croix de Feu » sont un mouvement fondé en 1928 avec 500 adhérents qui se développe avec l’arrivée à sa tête, en 1931, d’un ancien militaire : le lieutenant-colonel de la Rocque. Elles se transformeront en 1936 en PSF (Parti Social Français). Elles rassemblent historiquement des anciens combattants.


- Les Jeunesses Patriotes, fondées en 1924 par l’industriel du champagne Pierre Taittinger, se situent davantage dans le droit fil du nationalisme de la Ligue des Patriotes de Paul Déroulède : un nationalisme offensif et tourné vers la révision constitutionnelle en faveur d’un renforcement de l’exécutif. Il atteint son apogée à la fin des années 20 mais, en 1934, comptera encore environ 60 000 à 90 000 membres. 1

 

 


- Solidarité Française : fondé par Jean Renaud, il va être pris en charge par un célèbre et riche parfumeur de l’époque, François Coty, qui défraie la chronique « people » et dont le rêve de puissance et de gloire le conduit à se proclamer le « duce français »  : 10 000 adhérents


- Les Chemises Vertes d’Henri Dorgerès (1933) défendent un corporatisme agricole intitulé « fascisme agrarien »


- Le Faisceau : Premier mouvement français ouvertement fasciste (c’est-à-dire inspiré des idées de Mussolini afin de les transposer en France), le Faisceau a été fondé en 1925 par Georges Valois, à la suite d'une scission d’avec l'Action Française jugée trop molle et archaïque dans son idéologie


- Et, bien sûr, l’Action Française : ce mouvement résolument royaliste (le seul, quasiment, dans ce cas) a été fondé en 1898 par des journalistes et écrivains (Léon Daudet, Charles Maurras, Jacques Bainville, Maurice Pujo) et un militaire en retraite le vice-amiral Schwerer. C’est un mouvement actif et puissant, qui dispose de nombreux relais intellectuels en raison de son contenu idéologique très au-dessus des autres mouvements. L’ « AF » défend un retour à la monarchie dans le cadre d’une vision largement idéalisée d’une société française pré-révolutionnaire structurée autour de « corps intermédiaires » (assemblées locales, corporations professionnelles, tissus « associatifs », paroisses) eux-mêmes coiffés par un pouvoir monarchique de droit divin. Elle est très présente au Quartier Latin où la qualité de ses cadres ainsi que son idéologie très élaborée influencent nombre de jeunes étudiants. Le jeune François Mitterrand, par exemple, la fréquentera et y adhéra . En 1928, le Vatican condamne l'Action Française et Charles Maurras lui-même est excommunié. Qu’importe. Son influence décline mais reste forte : l’AF regroupe en 1934 environ 60 000 adhérents nationaux, dont 8 300 sur la région parisienne. Ses troupes de choc sont les « Camelots du Roy », lesquels, armés de leurs traditionnelles cannes, provoquent des rixes avec les associations socialistes et communistes étudiantes. Mais l’AF est également secouée par des forces centrifuges : querelles idéologiques et luttes de personnes vont provoquer son affaiblissement progressif. 2

 

 

 

Le début de l’année 1934 va marquer un tournant dans la vie de ces mouvements. L’ « affaire Stavisky » (du nom d’un escroc mondain affilié aux cercles politiques en place et retrouvé mystérieusement « suicidé ») sert de détonateur à l’exaspération de l’opinion publique. Le soir du 6 février 1934, une énorme manifestation a lieu à Paris, place de la Concorde : c’est une manifestation de ras-le-bol contre la corruption du pouvoir en place et dont les ligues prennent le leadership. C’est le moment pour elles de tenter un coup de force Les manifestants sont résolus et équipés. Les forces de l’ordre sont hésitantes. Les Camelots narguent la police en frappant les pavés en cadence avec leurs cannes. Pour résister aux charges des troupes à cheval, les ligueurs y ont même attaché des rasoirs afin de blesser les animaux aux jarrets. On veut marcher sur le Palais Bourbon…L’affrontement est violent. Des voitures sont incendiées. La police est insuffisamment organisée.

 Par chance, les émeutiers aussi : la manifestation n’a pas de chef en tant que tel, pas d’objectifs précis et de plans de déroulement coordonnés. Il y manque de nombreux leaders et De la Rocque, par exemple, refuse même d’autoriser ses troupes à mener le putsch à son terme en donnant l’assaut à l’Assemblée Nationale. Il s’agit donc davantage d’une violente émeute que d’une révolution stricto sensu. Dans la confusion, la police reprend finalement le contrôle de la situation.

 

Mais le bilan est lourd : 230 blessés et 16 morts.

 

Dans les jours suivants, les hommes politiques devraient tirer les leçons d’une telle violence ? En aucun cas. L’aveuglement domine. Les Ligues, alors, vont se recomposer autour des éléments les plus radicaux.

 Des démissions secouent les Croix de Feu : ses adhérents ne comprennent pas les hésitations de leur chef. Idem à l’Action Française où l’on s’étonne que les chefs Maurras, Daudet et Pujo n’aient même pas été présents à la manifestation. Comment, dans ces conditions, juger crédibles leurs appels à renverser la république corrompue ? Face à des gouvernants pourris, ce ne sont pas des mots qu’il faut mais des actes, des vrais. La révolte ne suffit pas, il faut prendre le pouvoir de façon méthodique, rationnelle et déterminée. C’est ce que pense notamment un dénommé Jean Filliol qui est le chef incontesté de la 17èmesection des Camelots du Roy : un dur qui n’hésite pas, dans les semaines qui suivent, à violemment agresser le socialiste Léon Blum lors des obsèques de l’écrivain Jacques Bainville, un des fondateurs du mouvement royaliste français. En décembre 1935, furieux de la mollesse de l’Action Française, Filliol fait sécession avec 97 membres pour créer le PNR (Parti National Révolutionnaire). Cette poignée d’activistes fait désormais le choix de la clandestinité, de l’action violente, bref, ce de que nous appellerions aujourd’hui : le terrorisme.

 

L’émeute antiparlementaire du 6 février 1934 n’aura pas servi de prise de conscience à une IIIème république engluée dans un parlementarisme impuissant et un aveuglement complet face aux périls totalitaires. Plutôt que d’opérer des réformes, on préfère interdire les ligues. C’est plus spectaculaire mais peu efficace. De nouvelles associations se créent, qui traduisent un durcissement du paysage politique : c’est par exemple le cas du Parti Franciste (parti ouvertement pro-allemand et pro-italien, financé par ces gouvernements, dirigé par un dénommé Marcel Bucard) et du Parti Populaire Français (dirigé par Jacques Doriot et qui sera ouvertement collaborateur).

Le Parti populaire français est créé le juin 28 juin 1936 à Saint Denis (93) par Jacques Doriot. Formé dans les écoles du Komintern à Moscou (ancien chef des Jeunesses communistes (JC) (1923), membre du comité central du Parti communiste français(PCF), maire de Saint-Denis (1931)., il est élu député communiste à 25 ans (1924). Jacques Doriot (1898-1945) fut au sein du PCF le grand rival de Maurice Thorez. En 1934, pour avoir refusé de se plier aux exigences de Staline et prôné trop tôt une alliance avec la SFIO avant que celle-ci ne soit autorisée, il est exclu du PCF.

 

En décembre 1935, 97 membres de la 17ème section des « Camelots du Roy » de la ligue d’Action Française quittent cette formation sous la direction de leur chef Jean Filliol. Jugeant l’AF désuète dans sa doctrine, inadaptée à l’époque moderne et timorée dans ses méthodes, ils se regroupent au sein d’une nouvelle formation : le Parti National Révolutionnaire. Son but ? Il est contenu dans ses statuts, déposés à la préfecture : « organiser une action sociale pour le redressement économique et (…) lutter contre les influences intérieures ou extérieures (…) qui s’opposeraient à la réalisation de ce programme ». Ces influences, naturellement, ce sont celles des communistes et de l’URSS.

 

Voyons les principaux membres fondateurs du PNR :

·         Eugène Deloncle : un brillant ingénieur polytechnicien né en 1890 et expert dans les questions de navigation (il a d’ailleurs bourlingué en tant que simple matelot). Engagé passionnément dans la vie politique au sein d’Action Française, il juge le mouvement royaliste vieillissant et inadapté.

·         Jacques Corrèze : un ancien ouvrier tapissier décorateur qui a rencontré Eugène Deloncle en 1928 et qui vit avec le couple Deloncle.

·         Henri Deloncle : frère d’Eugène, un ancien bijoutier qui a récolté 4 citations et 2 blessures pour sa brillante guerre

 

·         Jean Filliol, bien sûr : un ancien apprenti-papetier qui participe à toutes les actions violentes, c’est un activiste-né

 

La tête pensante du PNR, c’est bien sûr Eugène Deloncle, lequel comprend bien vite que l’activité du PNR comme les identités de ses membres font l’objet d’une surveillance étroite de la part de la police. Rapidement, il décide de dissoudre le PNR pour poursuivre clandestinement ses activités.

Cette transformation s’opère durant l’année 1936, une année qui va être une année cruciale pour la vie politique française : c’est l’année des élections législatives, lesquelles vont porter au pouvoir, pour la première fois en France, une coalition emmenée par la SFIO (socialiste) sous le nom de « Front Populaire ».

 

La campagne électorale des législatives de 1936 est marquée par une grande violence, notamment vis-à-vis de Léon Blum, le leader de la SFIO. Ses ennemis voient en lui le représentant de forces venues de l’étranger (le socialisme et le communisme) que sa qualité de juif, donc apatride, ne peut que renforcer. « Blum ! C’est le bruit que font 12 balles françaises entrant dans la peau d’un traître ! » dit le député Xavier Vallat. Bonjour l’ambiance… En juin 1936, pour la première fois, une coalition socialo-communiste forme un gouvernement en France, suite à la performance de la SFIO et du PCF aux élections législatives (à l’époque, on vote à la proportionnelle pure) : c’est le « Front Populaire ». Celui-ci instaure les congés payés (on touche désormais son salaire même lorsqu’on est en vacances) et s’engage (prudemment et dans la polémique) aux côtés des Républicains espagnols dans la guerre civile qui déchire l’Espagne. Or, après l’exaltation de l’arrivée de cette nouvelle majorité parlementaire, les lendemains déchantent vite : le gouvernement est entravé dans ses réformes par la crise économique qui, déclenchée aux Etats-Unis en 1929, frappe le pays à retardement. Les grèves et les manifestations se multiplient. Pire, l’engagement de la France en Espagne inquiète légitimement : vu la situation politique, est-ce que le pays ne va pas basculer lui aussi dans la guerre civile ? Cette éventualité n’est pas à exclure. Certains veulent à tout prix l’éviter… A moins qu’ils ne cherchent au contraire à semer le chaos pour en profiter ?…

 

Car, dans ce contexte, le PNR disparaît et laisse la place à… l’OSARN, l’ « Organisme Spécial d’Action Régulatrice Nationale ». C’est, disons-le tout de suite, l’organisation que les enquêteurs appelleront ultérieurement le « CSAR » (Comité Secret d’Action Révolutionnaire) et que le grand public connaîtra plus tard sous le sobriquet fort pittoresque mais plus inquiétant de… « LA CAGOULE » Anticommuniste, antirépublicain et antisémite, la Cagoule est de tendance fasciste. 

 

C’est sous cette dénomination théâtrale que nous en parlerons quoique, au strict plan historique, elle ne soit pas appropriée. La Cagoule est en réalité une nébuleuse à vocation terroriste, ce qui constitue paradoxalement une faiblesse : réunir au sein d’une même structure des « fascistes », des royalistes, de simples anticommunistes « musclés », des « modérés » partisans d’une république forte et des « radicaux » partisans d’une dictature pure et simple n’est pas chose aisée. La Cagoule fédère, quoiqu’il en soit, en son sein les activistes venus des divers groupuscules qui prolifèrent en ce début de l’année 1936 sous des noms apparemment anodins (« Centre d’Information et de Coopération » à Paris ou « Union des Enfants d’Auvergne » à Clermont-Ferrand) ou ouvertement offensifs (« Groupement Militaire Patriotique » à Toulouse ou « Chevaliers du Glaive » à Nice). Tisser une telle toile est capital pour la Cagoule qui se dote ainsi en province d’un réseau de soutiens intellectuels, financiers et logistiques. Mais la Cagoule, après la dissolution du PNR, doit cependant disposer d’une vitrine légale officiellement déclarée : ce sera l’UCAD (Union des Comités d’Action Défensive) qui compte entre 3 000 et 5 000 membres.

 

La Cagoule a un réseau étendu.

 

Conçue par Deloncle, la Cagoule se dote d’une structure militaire pyramidale hiérarchisée. A la base, la « cellule » rassemble 7 à 12 hommes pourvus d’armes légères et de grenades. Les hommes de la cellule doivent s’entraîner régulièrement entre eux au maniement des armes, explosifs et aux techniques de combats de rues. On leur communique des lieux de rassemblement qu’ils sont chargés de rejoindre en cas de « mobilisation ». Trois cellules forment une unité et trois unités un bataillon. Trois bataillons forment un régiment, deux régiments forment une brigade et, enfin, trois brigades forment une division. LA CAGOULE doit donc compter, au moins dans ses objectifs, sur 3 000 hommes entraînés : une petite armée.

 

Grossièrement, l’état-major se structure ainsi :

·         une Direction Générale qui s’occupe notamment de rechercher des alliances et des soutiens à l’étranger, de se procurer des armes, de fomenter des « opérations spéciales »

·         un Service de Renseignements qui collecte les informations (armements détenus par les Communistes, plans de villes et de bâtiments abritant les ministères officiels, adresses personnelles de personnalités) nécessaires au coup d’Eta

·         un organe qui doit préparer l’insurrection dans son déroulemen

·         une équipe chargée de la logistique : transport, ravitaillement, hébergement, soins médicaux

 

A la Cagoule, on est organisé.

 

Le secret est de rigueur : pseudonymes et mots de passe caractérisent évidemment l’identité clandestine de membres entre lesquels, pour plus de sécurité, le cloisonnement est obligatoire, ce qui participera largement de la difficulté de la police à pénétrer l’intégralité de l’organisation. Toute entrée d’un nouveau membre dans l’organisation conduit celui-ci à prêter serment et la sanction naturelle de toute traîtrise est la mort. Léon Jean-Baptiste et Maurice Juif, par exemple, achetaient des armes pour le compte de l’organisation. Quand celle-ci s’aperçoit que les deux hommes touchaient des commissions de la part des fournisseurs pour leur bénéfice personnel, elle fait disparaître les deux hommes (respectivement en juin 1936 et février 1937).

 

La Cagoule, on s’en doute, ça ne rigole pas.

 

Au sein de la Cagoule, les principaux personnages se sont répartis les rôles.

 

Le patron, le cerveau, c’est évidemment Eugène Deloncle. En son absence, c’est un dénommé Edmond Duseigneur (dit « l’archevêque ») qui prend les commandes : l’homme est un brillant Saint-Cyrien moult fois cité et décoré durant la Première Guerre Mondiale. Revenu à la vie civile en 1936, c’est Duseigneur qui a fondé l’UCAD (voir ci-dessus). Il dispose d’un important réseau de relations au sein de l’armée française : le but de la Cagoule est évidemment de s’assurer, au pire, de la neutralité bienveillante de certains chefs de corps, au mieux de leur complicité ouverte pour un coup d’état. Le frère d’Eugène Deloncle, Henri, joue au contraire le rôle discret et ingrat (mais crucial) de comptable et de trésorier de l’organisation. Jacques Corrèze, lui, en est la cheville ouvrière. Sous le pseudonyme de « la bûche », on le retrouve à tous les niveaux de l’organisation, s’occupant des prestations de serment, des exercices de tir, du convoyage de matériel, de la participation aux divers coups de main…

Jean Filliol, au contraire, homme d’action plus que de réflexion, est le prototype de l’homme de main : c’est lui l’exécuteur impitoyable des basses œuvres. (Ci-contre un livre paru récemment sur lui). Gabriel Jeantet, lui, s’occupe des approvisionnements en armes de l’organisation sous le pseudonyme de « Gabès ».

 Car la Cagoule est une organisation qui va faire la preuve de son activisme et de son efficacité : Le 18 mars 1937, elle réalise le vol audacieux de 4 mitrailleuses et de 3 fusils-mitrailleurs à la caserne Théremin d’Hame à Laon

 

En 1937, toujours, elle se procure des armes auprès du fabricant d’armes allemand Schmeisser pour faire l’acquisition de fusils-mitrailleurs soi-disant destinés au gouvernement espagnol de Franco. Elle achète aussi directement des fusils semi-automatiques Beretta au gouvernement italien de Mussolini. Pour ce faire, elle collabore à diverses opérations « spéciales » relatives à la Guerre Civile espagnole et dans laquelle l’Italie de Mussolini est, elle, naturellement engagée aux côtés des Franquistes : opérations de sabotage de voies ferrées acheminant des Français en Espagne, destruction de navires de ravitaillement entre la France et l’Espagne. Elle rend même un service signalé à l’état fasciste en assassinant les frères Carlo et Nello Rosselli, intellectuels italiens antifascistes, le 9 juin 1937 à Bagnole-de-l’Orne : un assassinat exécuté (on en aura la certitude ultérieurement) par Filliol en personne. Mais ce n’est pas tout : la Cagoule ne se contente pas d’un rôle de faire-valoir, elle agit avant tout pour son compte propre afin d’atteindre les objectifs qu’elle s’est fixée… D’une part éliminer les personnalités qu’elle hait.

 

Le 24 janvier 1937, Jean Filliol assassine ainsi à coups de baïonnette le directeur de la Banque Commerciale pour l’Europe du Nord, Dimitri Navachine : un juif communiste franc-maçon et lié à certains membres du gouvernement du front Populaire.

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