1900 Bienvenüe dans le METRO 2 -1

Publié le par Bernard Gasnot

1900  Bienvenüe dans le METRO 2 -1
1900  Bienvenüe dans le METRO 2 -1
1900  Bienvenüe dans le METRO 2 -1

Ainsi, à minuit : vous sentez-vous ainsi plus en sécurité sur des Champs-Elysées illuminés au milieu de la foule ou seul(e) dans une forêt ? La réponse vous semble évidente, spontanée, intuitive. Et pourtant, rarissimes sont les attaques par un prédateur, les agressions, les vols de portable et les violences de toute sortes dans les forêts françaises alors que, dans le quartier de la plus belle avenue du monde, on recensait en 2006 plus de 1500 actes de délinquance 

Et vous sentez-vous plus en sécurité sur un quai ou dans une rame ? Eh bien, sachez que, Métro + RER confondus, les chiffres 2007 de l’ONDRP indiquent que, en fait, 65 % du total des délits sont perpétrés à l’intérieur de la rame. Qui l’eut imaginé ?

Pourtant, de l’avis général, « le métro, c’est dangereux ».

Ainsi, en 1982, 7 % des personnes interrogées déclaraient avoir été personnellement victimes d’une agression dans le métro : un chiffre évidemment extravagant puisque, à cette date, rapporté à la fréquentation générale, une telle donnée aurait mathématiquement induit un nombre d’agressions de… 150 000 (contre 1 585 recensées à l'époque par la police) ! Et nul ne sera rassuré par le fait qu’un vol dans le métro peut être sanctionné par 5 ans de prison (contre 3 en surface). Chacun sait que ces peines ne sont nullement dissuasives parce qu’elles sont ignorées des auteurs des faits et qu’elles ne sont jamais appliquées par les tribunaux dans la vraie vie. La très modeste communication de la RATP sur le sujet de la sécurité dans le métro attise, dès lors, les amplifications navrantes sur la criminalité (réelle) dans le métro. Il suffit de lire les blogs français ou la télévision pour mesurer  combien tout fait divers (voyageur poussé, femme violée) est relayé avec gourmandise et annoncé d’un titre angoissant, donnant une impression d’insécurité massive et permanente dans le métropolitain. Sans parler des sites internet et de la télévision où des reportages (genre « immersion dans le métro avec les services de police ») reprennent des images choquantes de caméras de vidéosurveillance montrant des agressions gratuites, des coups, des vols de sacs à main, des portables arrachés, des adolescents rackettés, etc…, tout cela sur fonds de bruits de cavalcades et de musique angoissante. La presse étrangère (pas toujours bien intentionnée au plan touristique) n’est pas en reste et se fait l’écho des lamentations (justifiées) de touristes dévalisés par des pickpockets roumains ou molestés par des groupes de jeunes délinquants venus perpétrer un raid dévastateur depuis leur proche banlieue. Les forums des sites internet touristiques se font même l’écho de voyageurs inquiets qui demandent s’ils doivent louer une voiture pour éviter le métro ?

Les risques du métro : la réalité criminelle

Gardons la tête froide : le métro est un endroit où la délinquance est présente, endémique et s’exerce essentiellement dans un but de vol. Y circuler nécessite un certain nombre de précautions élémentaires en terme de vêtement, d’horaire ou de destination. Le métro est surtout le repaire de pickpockets ou de zonards, très rarement de réels criminels. Le métro reste incontestablement dangereux dans certaines circonstances, mais pas davantage que n’importe quel boulevard parisien aux mêmes heures. Pour s’en convaincre, ce n’est pas facile. Il faut se livrer à des recherches hasardeuses aux résultats difficiles à croiser mais dont il ressort tout de même quelques enseignements.

Date                            Agressions + vol          Vols simples    Meurtres

 

Jusqu’en 1970                < 100                         ND                   ND

1970                                 133                         ND                   ND

1981                             1 100                         3 469                10 sur les 10 années précédentes

1982     (métro + RER)    1 585                         ND                   ND

2000                            + 7.18 % / 1999           12 368 (*)

2007     (métro)             10 543  (**)                  10 072 (***)       0

 

(*) niveau identique à 1999                                                                  

(**) inclus 452 « violences et menaces sans vol » (= dites « gratuites » !)

(***) dont 85.4 % « sans violence » (ouf)

Ajoutons à ce charmant tableau un total de 37 plaintes pour « atteintes sexuelles » dans les transports en commun de l’Ile-de-France, tous moyens de transport confondus pour l’année 2007. De cela, il ressort d'abord clairement que l’explosion de la délinquance dans le métro sur les années 80 à 90 est incontestable. Certains la minimisent pourtant en :s’abritant derrière la montée générale de celle-ci dans la société (du genre « Ah là là, de toutes façons, c’est partout pareil, quelle époque… ») - arguant que cette insécurité se répercute fatalement dans les transports en ce rapportant au nombre de passagers transportés (1.4 milliard / an) dont le nombre a augmenté exponentiellement depuis 30 ans, ce qui est sans comparaison avec la hausse de la population elle-même (la plus belle des statistiques suffit toutefois rarement à calmer les inquiétudes du bon peuple…)

Ainsi, dans Le Parisien du 4 mai 2014, la RATP se félicite-t-elle : « Le métro est réputé 8 fois plus sûr que la rue. Nous nous maintenons au niveau des années 1989-90, je ne connais pas beaucoup d'autres grandes villes qui peuvent se targuer d'un tel résultat. On peut toujours faire mieux, mais l'insécurité est maîtrisée. » Et l’exercice d’autosatisfaction aussi, est bien maîtrisé… Conclusion de ces beaux esprits : statistiquement, vous avez plus de chances de vous faire détrousser en-dehors du métro que dedans ! Donc, « y’a pire ailleurs »… Mais comme argument touristique, y’a mieux ! De l’analyse de l’excellente et honnête étude de l’OND sur l’année 2007 que j’ai effectuée pour vous, tirons aussi quelques grands traits, lesquels vous surprendront parfois : Globalement, toutes plaintes confondues, les faits de délinquance sont commis entre 17 h 00 et 21 h 00 (l’heure de pointe, évidemment, propices aux vols à la tire). Dans ce cadre, il apparait que la ligne 1 (La Défense – Vincennes, celle du Louvre, des Champs-Elysées bref, des touristes) concentre essentiellement des vols sans violences (919 sur 1012) soit 91 % du total des actes de délinquance qui y sont commis mais que c’est la ligne n° 4 (Porte d’Orléans – Porte de Clignancourt via Saint-Michel et Chatelet) qui détient le palmarès des vols (15 %) de tous styles et est donc la plus « dangereuse ».

On retiendra aussi que près de 20 % des agressions (avec vol ou « gratuites ») sont commises après 21 h 00.

Et que 75 % de ces agressions ont lieu en semaine.

Mais on se fera, au final, la réflexion que les vols ou agressions perpétrés sur les touristes sont vraisemblablement très sous-évaluées, compte tenu d’une faible propension de ceux-ci à porter plainte (une démarche difficile à mener quand on ne parle pas la langue, quand on est là pour trois jours et que, de toute façon, on n’espère pas récupérer ses biens…) D’ailleurs, d’une façon générale, même l’ONDRP a l’honnêteté de dire (non sans un humour involontaire) qu’« il ne faut pas confondre la délinquance commise dans les transports en commun avec celle connues des services de police » : en gros, il y a les chiffres (officiels) et il y a la réalité (pire). Merci de la précision !

Mais pas rassurant, tout ça…

Car la conclusion statistique du touriste est sans appel : il vaut mieux éviter de se promener en semaine en métro au-delà de 21 h 00 sur les Champs-Elysées… Pas terrible pour la fréquentation de la plus belle avenue du monde !

On comprend mieux maintenant l’omerta qui règne sur la délinquance dans le métro. Mais on la déplore car, là comme ailleurs, l’absence de transparence suscite les pires méfiances, les craintes les plus irraisonnées et les angoisses les plus folles. Il n’y a pourtant que la vérité qui vaille le coup, tout mensonge par action ou par omission étant assurément une offense à la dignité humaine. Et en l’espèce, les dissimulations des Pouvoirs Publics sont particulièrement contre-productives pour l’image du métro. Si l’on n’y recense (heureusement !) aucun homicide volontaire depuis bien longtemps, en revanche, des morts, il y en a dans le métro…

 

Commenter cet article