Quand le privé prend les choses en mains sur le service public Pôle emploi

Publié le par Bernard Gasnot

Depuis l’été 2015, Pôle emploi prescrit à haute dose deux formations se retourne vers opérateurs privés de placement. La méthode n’est pas nouvelle, mais la pression mise sur les chômeurs n’a jamais été aussi forte, avec, à la clé, un emploi au rabais ou la radiation! Et dune pierre deux coups: moins de chômeurs et moins de service public!

Les chômeurs, entre pression et menaces

Un conseiller Pôle emploi constate ainsi, un brin désabusé: « Il y a une pression par Pôle emploi pour envoyer le maximum de monde vers ces opérateurs privés, Ces opérateurs étant en grande partie payés en fonction des résultats, certains chômeurs racontent avoir été harcelés pour accepter des contrats au rabais qui ne leur correspondaient pas. Les personnes se font engueuler devant tout le monde si elles refusent des offres. » Il y a aussi ces formations refusées alors que ces prestations sont « vendues » avec l’idée qu’il sera possible de solliciter leur financement. Certains opérateurs n’hésitent pas à pousser directement vers la sortie les demandeurs d’emploi perçus comme trop « difficiles » à recaser, afin de faire « rentrer » à leur place d’autres chômeurs).

Le lent démembrement du service public

Les opérateurs privés entrent aussi dans une logique de dématérialisation du service public: « Il sagit de retirer aux conseillers la gestion de nombreuses prestations. On veut banaliser le recours à la sous-traitance. On dépèce Pôle emploi. Avec l’informatisation systématique de nombreux services – inscription, gestion des allocations –, on a l’impression qu’à terme tout sera sous-traité au privé

Les conseillers Pôle emploi interrogés soulignent le sentiment de perte de sens dans leur métier, l’impression d’être devenus des « opérateurs de saisie »: « On est devenu un établissement public avec une logique de productivité. On est donc moins efficace dans laccompagnement des demandeurs demploi

Le MEDEF en a rêvé, Pôle emploi le fait

Systématiser le recours à ces entreprises revient de fait à considérer que le chômage est devenu un terrain sur lequel des profits peuvent être faits, la gestion des demandeurs d’emploi est devenue un marché juteux et les OPP en profitent. Les sociétés d’intérim ne s’y sont pas trompées, L’État y trouve aussi un avantage: il délègue simplement aux opérateurs privés, à la logique tout économique, la fonction de gendarme. Ceux-ci permettent, sans beaucoup d’état d’âme, la mise au pas des chômeurs, voire leur radiation, ce qui est autant d’économisé sur les allocations chômage.  A qui le tour dans le secteur public

 

Commenter cet article