Les conquistadors

Publié le par Bernard Gasnot

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Un triste jour, Quetzalcóatl le Serpent à Plumes est reparti sur la mer de l’ouest, il a quitté l’Amérique sur son canoé-serpent en direction de la lointaine Europe. Les Amérindiens étaient inconsolables, ils ont chéri son souvenir à travers les siècles. Et le serpent est revenu. Une antique prédiction annonçait son retour dans un lointain futur. Ainsi le conquistador espagnol Pizzare n’eut aucune difficulté à soumettre les Incas : il avait, lui aussi, les cheveux clairs et la peau blanche. Les Amérindiens crurent que Pizzare était le retour annoncé de leur dieu blanc, Tiki-Viracocha, Ecume de Mer. Et pourtant, bien des millénaires s’étaient écoulés depuis que le peuple des Serpents à Plumes avait quitté l’Amérique. Mais certaines rencontres ne s’oublient pas.

À travers la mémoire collective du mythe, les Amérindiens avaient conservé le souvenir du dieu à la peau claire. Seulement, si les premiers visiteurs blancs avaient laissé une bonne impression avec leurs mœurs pacifiques et leurs nombreux savoir-faire, ces nouveaux dieux blancs se montrèrent d’une inutile cruauté. Les Espagnols avaient pourtant mesuré le degré de civilisation de ces peuples, mais ça ne les a pas incité à la bienveillance, pas plus que leur soi-disant morale chrétienne. Chez ces gentilshommes de fortune, la rapacité fut la plus forte. Abasourdis, les Incas se sont à peine défendus. Leur tradition sacrée présentait les Blancs comme des dieux généreux et bons. Comment les Incas pouvaient-ils admettre que leurs anciens dieux pacifiques se soient mués en démons enragés d’or, de stupre et de sang ? Ce qui, soit dit en passant,  permet de mesurer la réalité du déclin, et son ampleur. Jadis, les Blancs étaient des dieux bienveillants. Mais ils sont devenus des fauves.  Un autre conquistador, Cortès, connut la même aubaine au Mexique. Moctezuma, l’empereur des Aztèques, avait lui aussi gardé le souvenir de ce dieu blanc, que la tradition de ses ancêtres appelait Quetzalcóatl, le Serpent à Plumes. Le Serpent était un homme bon et généreux, pacifique, cultivé, débordant de science et de techniques. Ce Quetzalcoatl était venu après le grand déluge pour apporter la civilisation à ses ancêtres, il y a de nombreux millénaires. Quand on annonça à Moctezuma l’arrivé de Cortès, blanc, barbu, vêtu de fer, l’empereur en conclut que c’était le retour du Serpent à Plumes et sans hésiter, il offrit le pouvoir au conquérant. Hernan Cortès et ses maigres troupes découvrirent alors, ébahis, la splendeur et la richesse de ce peuple. La capitale aztèque était bien plus vaste que Rome et Constantinople, villes qui leur étaient familières. Avec une population de 300.000 habitants, elle avait à peu près cinq fois la taille de Londres à l’époque.

Nombre des soldats la comparaient à Venise, sûrs d’avoir découvert une merveilleuse cité de légende comme Eldorado, Cipango ou l’Atlantide. Il y avait des jardins flottants et de vastes marchés harmonieusement agencés où abondaient l’or, l’argent, le jade et toutes sortes de victuailles. Le palais impérial avait même sa volière et son zoo, où des jaguars, des pumas et des caïmans étaient soignés par du personnel vétérinaire. Un triste jour, Quetzalcoatl le Serpent à Plumes est reparti sur la mer de l’ouest, il a quitté l’Amérique sur son canoë-serpent en direction de la lointaine Europe. Les Amérindiens étaient inconsolables, ils ont chéri son souvenir à travers les siècles. Et le serpent est revenu. Une antique prédiction annonçait son retour dans un lointain futur. Ainsi le conquistador espagnol Pizzare n’eut aucune difficulté à soumettre les Incas : il avait, lui aussi, les cheveux clairs et la peau blanche. Les Amérindiens crurent que Pizzare était le retour annoncé de leur dieu blanc, Tiki-Viracocha, Ecume de Mer. Et pourtant, bien des millénaires s’étaient écoulés depuis que le peuple des Serpents à Plumes avait quitté l’Amérique. Mais certaines rencontres ne s’oublient pas. 

À travers la mémoire collective du mythe, les Amérindiens avaient conservé le souvenir du dieu à la peau claire. Seulement, si les premiers visiteurs blancs avaient laissé une bonne impression avec leurs mœurs pacifiques et leurs nombreux savoir-faire, ces nouveaux dieux blancs se montrèrent d’une inutile cruauté. Les Espagnols avaient pourtant mesuré le degré de civilisation de ces peuples, mais ça ne les a pas incité à la bienveillance, pas plus que leur soi-disant morale chrétienne. Chez ces gentilshommes de fortune, la rapacité fut la plus forte. Abasourdis, les Incas se sont à peine défendus. Leur tradition sacrée présentait les Blancs comme des dieux généreux et bons. Comment les Incas pouvaient-ils admettre que leurs anciens dieux pacifiques se soient mués en démons enragés d’or, de stupre et de sang ? Ce qui, soit dit en passant,  permet de mesurer la réalité du déclin, et son ampleur. Jadis, les Blancs étaient des dieux bienveillants. Mais ils sont devenus des fauves.

Un autre conquistador, Cortès, connut la même aubaine au Mexique. Moctezuma, l’empereur des Aztèques, avait lui aussi gardé le souvenir de ce dieu blanc, que la tradition de ses ancêtres appelait Quetzalcóatl, le Serpent à Plumes. Le Serpent était un homme bon et généreux, pacifique, cultivé, débordant de science et de techniques. Ce Quetzalcoatl était venu après le grand déluge pour apporter la civilisation à ses ancêtres, il y a de nombreux millénaires. Quand on annonça à Moctezuma l’arrivé de Cortès, blanc, barbu, vêtu de fer, l’empereur en conclut que c’était le retour du Serpent à Plumes et sans hésiter, il offrit le pouvoir au conquérant. Hernan Cortès et ses maigres troupes découvrirent alors, ébahis, la splendeur et la richesse de ce peuple. La capitale aztèque était bien plus vaste que Rome et Constantinople, villes qui leur étaient familières. Avec une population de 300.000 habitants, elle avait à peu près cinq fois la taille de Londres à l’époque. 

Nombre des soldats la comparaient à Venise, sûrs d’avoir découvert une merveilleuse cité de légende comme Eldorado, Cipango ou l’Atlantide. Il y avait des jardins flottants et de vastes marchés harmonieusement agencés où abondaient l’or, l’argent, le jade et toutes sortes de victuailles. Le palais impérial avait même sa volière et son zoo, où des jaguars, des pumas et des caïmans étaient soignés par du personnel vétérinaire.

 

Profitant de la bienveillance de leurs hôtes, les Espagnols se livrèrent à un massacre en règle, exterminant 10.000 personnes en une seule nuit. Sans état d’âme, sans scrupule ni pitié, les conquistadores mirent le pays en coupe réglée : victimes de la guerre et des maladies apportés par les démons blancs, les populations locales furent décimées, chutant de dix millions à deux millions en l’espace de vingt ans. Ces chiffres abattent presque autant que leurs armes. Pourquoi mettre un C majuscule à Conquista ?  Pourquoi en mettre un à Colonisation ? Et les majuscules à Sainte Inquisition ? Et celle de la Shoah ? A-t-on lieu d’être si fier de tout ça ?

Le serpent blanc est revenu et les Indiens sont morts.

Les assassins de l’Atlantique

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L’effroyable et cynique violence des assassins de l’Atlantique que furent les Conquistadors et leurs successeurs les négriers reste une plaie vive au cœur des êtres sensibles. Léo Ferré nous le prouve avec brio.

 Madre de Dios

Epouvantables assassins de l’Atlantique
Négriers fous aux torses maculés
Vous avez le remords tranquille avec la trique.

Et les flottes de l’or qui dorment loin d’Europe
Au fond des mers figées par le regret
Balancent doucement leurs vergues philanthropes

Pendant que vous songez Noyés de l’aventure
Aux ventres que vous n’avez pu violer
Les ventres d’or de ces bateaux aux cales mûres

Cet or je le prendrai dans mes nuits poétiques
Et je l’orfèvrerai comme il se doit
Hauban d’azur beaupré de sang timon lyrique

Qui s’en ira dévotement vers Madeleine
Mieux qu’un bijou sonnant qui chante au doigt
Sitôt cambrée dessus elle fera misaine

Tu seras mon galion je serai ton pirate
Et je t’aborderai à bout portant
Tes dentelles feront la voile à ma frégate

Et frémiront d’amour au sextant de ma race
Dressée aux aigles doux du vent d’autan
Enchaînée à l’azur qui me suit à la trace

Ô marins de la Course étoilés de rapine
Les galions sont ventrus et vous régnez
Terriblement dans les mémoires sous-marines

Prenez le vent sur mon bateau de souvenance
Gréé d’amour et le reste aux aguets
Grevés de ciel gorgés de Dieu et d’importance

Nous écrirons partout le message atlantique

De ces galions d’Espagne et d’autres lieux

Qui s’ennuient ployant d’or et de marins épiques

Et nous y plongerons dedans tous les curieux.

 

Léo Ferré extrait du recueil Poète… vos papiers

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