Le grand capital allemand et le III ème Reich : Audi a exploité 35 000 esclaves des camps de concentration jusqu’à la mort

Publié le par Bernard Gasnot


Comme le disait Brecht, celui qui veut combattre le fascisme sans mettre en cause le rôle joué par le Capital se condamne à ne pas le vaincre… Ici Audi met à joue son passé, mais Auschwitz n’est pas le lieu de l’horreur métaphysique, il est le choix d’IG Farben. Leçon de hier bonne pour aujourd’hui où certains pleurnichent sur la montée de l’extrême-droite sans jamais mettre en cause l’intérêt d’une telle ascension pour un capitalisme en crise qui a de plus en plus de mal à imposer sa surexploitation et son choix de guerre.

Combien d’articles dithyrambiques sur le « modèle économique » allemand ? Combien rappellent d’où viennent les fortunes des Krupp, Mercedes, Siemens, Bayer, Volkswagen … un sombre passé lavé après 1945 sous prétexte de lutte contre l’ennemi commun à l’Allemagne nazie et à la RFA de l’après-guerre.

Un sombre passé qui refait surface grâce au travail des historiens. Les uns après les autres, les groupes automobiles comme Volkswagen, Daimler, BMW doivent admettre le recours à grande échelle aux internés des camps de concentration pendant la Seconde guerre mondiale.

Eclairant sur la logique du nazisme : l’exploitation jusqu’à la mort Dernier en date : Audi. La marque de luxe allemande a du sang sur ses jantes dorées. Consciente du malaise causé par son action sous le III ème Reich, désireuse de contrôler le scandale,  l’oeuvre d’Auto Union-Chemnitz pendant la Seconde guerre mondiale » est éclairant sur le nazisme, quel rôle joue cette forme extrême du fascisme dans le système capitaliste.

Un régime qui a poussé l’horreur jusqu’à l’extermination méthodique d’un peuple, d’abord exclu puis interné par millions, le massacre systématique des peuples sur le Front de l’est.

Mais un régime qui est né d’abord de la mise au pas de la classe ouvrière allemande, de l’exploitation rationnelle au plus bas prix possible des travailleurs allemands puis de l’ensemble des peuple conquis – jusqu’au recours à des formes d’esclavage dans les camps.

C’est ce que nous apprend ce travail de recherche centré sur « Auto Union » né en 1932 de la fusion des firmes automobiles Audi, DKW, Horch et Wanderer. Auto Union, grand rival de Mercedes, a pu user de ses liens privilégiés avec les dirigeants nazis pour profiter d’un « avantage compétitif » imbattable : une main d’œuvre au prix de la force de travail réduit à son minimum, un système d’esclavage de fait.

Camps de concentration, camps de travail de la SS, travail forcé dans les usines :

Les facettes de la « compétitivité » Made in nazi Germany !

Ainsi, l’étude souligne le recours différencié à trois type de travailleurs forcés :

D’abord, les internés du camp de concentration de Flossenbürg, en Bavière. En tout, ce sont 18 000 prisonniers qui ont dû travailler dans ce camp pour construire les voitures de luxe Audi. Selon les responsables de l’étude, Audi porte une « responsabilité morale » dans la mort de 4 500 prisonniers par la suite de leur travail pour le groupe automobile : cela représente 1/6 ème des internés morts à Flossenbürg. Ensuite, ce sont les 3 700 internés des camps de concentration intégrés aux sept camps de travail créés et dirigés par la SS sur mesure pour le groupe Auto Union afin de construire des véhicules pour l’effort de guerre nazi.

Enfin, il faut y rajouter 16 000 travailleurs forcés incorporés dans les usines traditionnelles du groupe saxon Ils ne faisaient pas partie du système de camps de concentration mais étaient employés à produire des véhicules pour Audi dans les usines de Chemnitz et Zwickau. Parmi ce personnel semi-esclave, un quart était juif.

Selon les historiens, les conditions dans les usines de Chemnitz et Zwickau étaient « terrifiantes ». Lorsque les ouvriers-prisonniers étaient jugés inaptes au travail, pas assez productifs, ils étaient transférés au camp de Flossenburg pour y être exécutés. Naturellement, la direction actuelle d’Audi a feint l’indignation et l’incrédulité face à ce passé : « Je suis très choqué par l’ampleur de l’implication de la direction de l’ex-Auto Union dans le système de travail forcé et esclave », a déclaré le cadre dirigeant du groupe Peter Mosch.

Le fondateur d’Audi : un nazi convaincu adulé par la RFA « libérale » !

Pourtant, la tête d’Audi pendant la Seconde guerre mondiale n’est pas un illustre inconnu. Dr Richard Bruhn est le fondateur chéri d’Audi, le « père d’Auto Union », il en fut le directeur de 1932 à 1945.Il est loué dans les fascicules historiques du groupe, les dispositifs de retraite privés du groupe portent son nom et dans la ville d’Ingolstadt en Bavière, où se trouve Audi aujourd’hui, plusieurs rues portent son nom. Le Dr Bruhn, comme tant d’autres patrons allemands, fut un nazi convaincu, il fut même doté du titre de « Wehrwirtschaführer », soit chef de l’industrie de défense, révélateur de l’importance de l’entreprise dans l’effort de guerre nazi. Comme le soulignent les auteurs de l’étude historique, « il n’y a aucun débat possible sur l’étendue des liens entre les dirigeants nazis et ceux d’Auto Union », sachant qu’elle était « pleinement intégrée au régime national-socialiste ».

Après avoir fui l’Allemagne de l’est libérée par les Soviétiques, craignant d’y être condamné par ses crimes, le nazi Bruhn « choisit la liberté », à l’Ouest. Bon choix, il est brièvement interné par les Britanniques, il y avoue même alors avoir employé massivement des prisonniers des camps de concentration mais est libéré dans une « dénazification » qui ressemblait en RFA plus à une mascarade qu’à une réelle épuration. Il est remis par les autorités d’occupation à la tête du groupe Auto Union, dont le siège est déplacé de Chemnitz, contrôlé par les Soviétiques, à Ingolstadt, en Bavière, zone d’occupation américaine.

Avec les fonds du plan Marshall, Bruhn parvient en 1949 à refonder le groupe Auto Union et contribue à nouveau à la prospérité d’un régime voué à la lutte contre le communisme, et désireux de gonfler les profits des barons de l’industrie.

L’Allemagne de l’ouest a fait du nazi Bruhn un de ses héros du « miracle ouest-allemand » : en 1953, il obtient la « Grande croix de l’Ordre du mérite » pour son rôle dans la reconstruction de la puissance économique du groupe après la guerre. Il meurt en 1964, avec les honneurs de la RFA. Son groupe est racheté en 1966 par Volkswagen, il sera renommé en 1985 Audi. Le cas d’Audi n’est ni le premier ni le dernier à être soulevé, il est révélateur à plus d’un titre : il nous apprend l’origine des fortunes allemandes actuelles, l’insensibilité des grands groupes à la forme du régime, même le plus brutal, tant qu’il protège leurs intérêts.

Plus fondamentalement, c’est la logique mortifère du système capitaliste qui est dévoilée, prête à sacrifier les vies humaines pour le profit de quelques-uns, diabolisant les penseurs et bâtisseurs de l’alternative pour mieux blanchir les criminels d’hier et d’aujourd’hui.

 

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