La traite des Noirs

Publié le par Bernard Gasnot

Après la Conquista, l’Amérique était grande ouverte aux Blancs : un continent presque vide à mettre en culture et à exploiter. Les Rouges étaient rétifs à toute coopération avec les Blancs. Alors commencèrent à la fois les guerres indiennes et la traite des Noirs africains. Pour régir les esclaves, la France du 17e siècle rédigea le Code Noir. Ce n’est pas un ouvrage à proprement parler ; c’est le nom d’un ensemble de textes juridiques réglant la vie des esclaves noirs dans « les îles françaises ».

Le Code Noir fut prévu à l’origine pour réprimer les abus et mauvais traitements des Noirs dans les plantations et aussi pour mettre fin au trafic illégal. Il eut pour effet de rapprocher la condition des esclaves de celles des autres catégories de personnes, mais aussi de rendre licites les pratiques de l’esclavage et du commerce des esclaves.

Le Code Noir donne aux esclaves et aux familles d’esclaves des îles d’Amérique un statut civil d’exception par rapport au droit commun coutumier de la France de cette époque. Mais surtout, il donne aux maîtres un pouvoir disciplinaire et de police sur ses esclaves. Ce pouvoir est proche de celui alors en vigueur pour les soldats, avec des châtiments corporels.  Il exige des maîtres qu’ils fassent baptiser et instruire tous leurs esclaves, nègres, négresses ou négrillons, dans la religion catholique, apostolique et romaine, surtout romaine. Le Code Noir, comme la Loi Coranique, autorise les châtiments corporels mais il interdit de maltraiter les esclaves mâles ou femelles. Si une esclave est enceinte d’un homme libre ou pas, le fruit de cette union sera un esclave. Les esclaves peuvent se plaindre de mauvais traitements auprès des juges ordinaires et des gens du roi,  ils peuvent aussi témoigner en justice, se marier et se constituer un pécule pour racheter leur liberté.

 

Cependant leurs enfants seront esclaves de plein droit, propriété du maître de la mère.  Conçu à l’origine pour les îles françaises, le Code Noir ne concerne ni la Nouvelle France, ni le Canada français où l’introduction d’esclaves et l’esclavage resteront toujours interdits. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 énonce l’abolition de l’esclavage, mais une restriction de dernière minute « ne l’applique qu’aux habitants de la métropole » où il n’y a jamais eu d’esclave et pas à ceux des colonies d’Amérique.

Autant dire du foutage de gueule. Les politiques en ont le secret. D’ailleurs, à peine empereur, Napoléon rétablit l’esclavage dans les îles, parce bon, vous ne voudriez pas que ce soit les planteurs blancs qui se tapent le boulot ? La traite négrière sera interdite en 1815, mais l’esclavage ne sera définitivement aboli en France que le 4 mars 1848. En France. Parce que dans les jeunes Etats-Unis d’Amérique, c’est une autre histoire. Le Code Noir inspire aux Etats- Unis une version spéciale, le Code Noir de Louisiane, adopté en 1806 et révisé en 1808, qui devient le plus dur des textes d’Amérique.

 

Et puis l’enfer a continué, même après la guerre de Sécession, pour les Noirs d’Amérique. Et le racisme a continué partout…On ne fouette plus les esclaves noirs sur les rafiots négriers, mais on les assassine à main armée aux USA, on les exploite, on les égorge et on les viole en Afrique, et sans le dire, beaucoup de blancs sont encore persuadés de la supériorité de leur race sur toutes les autres. Les jaunes croient la même chose. Et les noirs aisés payent des fortunes pour se défriser les cheveux et se dépigmenter la peau.

Ségrégation, ghettos, discrimination, humiliations institutionnelles, brimades et même exécution sommaire ou sacrifice humain avec les allumés du Ku Klux Klan…Nous n’avons pas pansé nos plaies. Revisiter ce Code Noir avec les yeux du cœur est un chemin vers la réconciliation. Qu’y a-t-il dans ce fameux code ?

Le Code Noir

Le Code Noir est un ensemble de lois françaises réglant les rapports du maître blanc et de ses esclaves noirs. Rétrospectivement, ces textes dans leur froideur juridique font ressortir toute l’horreur de la traite et de l’esclavage des Noirs. Le préambule du Code Noir fait apparaître la notion d’esclave comme un fait, sans en donner ni l’origine, ni la légitimation. Il paraît que c’est absolument contraire au droit français, du coup plusieurs parlements refuseront d’enregistrer le texte.

Les dispositions du Code

Il s’agit d’un code de bonne conduite du maître, et surtout de l’esclave, avec toute une liste des fautes et de leurs châtiments. L’esclavage est vu comme une nécessité économique. Pour tout planteur, un bon esclave est un esclave vivant, qui travaille dur et mange peu. Le Code Noir n’a qu’une finalité : le profit maximum et donc le minimum de troubles. C’est pour des raisons économiques qu’il encourage à baptiser les esclaves, à les instruire, à leur fournir une éducation et une sépulture catholique. Dans les premiers articles du Code, ses rédacteurs ont l’air de penser que les Noirs sont des personnes humaines, dotées d’une âme et susceptibles de salut. Ah, ça fait plaisir. Mais leur interdire de pratiquer la foi protestante, est-ce du respect ? L’article 44 permet d’en douter : « les esclaves sont des meubles » c’est à dire des biens qu’on peut vendre, acheter, donner selon le bon plaisir du propriétaire. Pas d’état d’âme chez les planteurs. Les familles, notamment, peuvent être séparées à tout moment.

 

Quelles familles, d’ailleurs ?? Les meubles n’ont pas de famille… Si le Code accorde à l’esclave une personnalité juridique, c’est celle d’un mineur, plus restreinte encore que celle des enfants et des domestiques. Un enfant né de parents esclaves devient à son tour esclave. Le mariage des esclaves est impossible sans le consentement des maîtres. Le Code précise : « Si un esclave a épousé une femme libre, les enfants tant mâles que filles suivent la condition de leur mère. Ne nous réjouissons pas trop vite de ce qui peut apparaître comme une mesure humanitaire. L’économique n’est jamais loin. Le Code Noir ajoute : « Si le père est libre et la mère esclave, les enfants seront esclaves pareillement ». La peine de mort sans jugement est prévue pour avoir frappé son maître, pour vol de cheval ou de vache, pour la troisième tentative d’évasion, ou pour réunion. On se doute que bien des abus ont dû être commis… dans les limites d’une saine gestion, bien sûr, bien sûr…

S’il est interdit de torturer les esclaves, le maître possède un pouvoir disciplinaire : « Pourront seulement les maîtres, lorsqu’ils croiront que leurs esclaves l’auront mérité, les faire enchaîner et les faire battre de verges ou de cordes ». Pour les peines plus graves, un jugement sera nécessaire. Ainsi, l’amputation d’une oreille ou d’un « jarret », le marquage au fer chaud de la fleur de lys ou même la mort pourront être prononcé par un magistrat et exécuté par un bourreau, non par le maître lui-même. D’un autre côté, les condamnations des maîtres pour le meurtre ou la torture d’esclave seront très rares, comme on s’en doute. Si le texte oblige le maître à nourrir et à vêtir ses esclaves, il interdit aux esclaves de cultiver pour leur propre compte le moindre lopin de terre. Par ailleurs, si l’esclave a le droit de se plaindre, son témoignage n’est guère considéré. Il jouit d’une capacité juridique inférieure à celle d’un mineur. L’esclave africain est moins libre qu’un serf du Moyen Âge.

 

On se doute bien que les esclaves n’avaient pas la sécurité sociale. Ils se soignaient comme ils pouvaient et mourraient en grand nombre, d’épuisement ou de malnutrition. L’article 27 tente de fournir un minimum de protection à l’esclave, notamment en cas de vieillesse ou de maladie. Il semble que l’abandon pur et simple d’un esclave vieux ou malade soit toutefois resté la règle, sans aucune poursuite judiciaire, car une seule condamnation a été recensée. Les esclaves noirs n’avaient pas le droit de porter des armes, sauf pour la chasse. À la première tentative de fuite, le nègre marron capturé avait les oreilles coupées et était marqué au fer rouge. La deuxième tentative aboutissait à couper le jarret. La troisième tentative était punie de mort par pendaison.

Le Code noir est « le texte juridique le plus monstrueux qu’aient produit les Temps modernes » En tout cas, c’est l’implacable révélateur d’une société blanche dominatrice et raciste…

 …qui, en deux siècles, n’a pas tellement changé.

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