La Bible dévoilée

Publié le par Bernard Gasnot

Tout le monde est d’accord pour affirmer qu’Astarté, Isis et Osiris, Zeus et Héra, Mars et Vénus qui chacuns ont été adorés pendant plus de mille ans sont des mythes imaginés par les hommes d’une époque mais quand on prétend que Dieu, Jésus-Christ ou Allah sont le fruit de l’imagination humaine, les croyants se sentent offusqués qu’on ose mettre sur le même plan Jupiter et Dieu le Père. Selon ces bonnes âmes, la différence réside dans le fait que Dieu lui-même s’est révélé aux hommes comme il est indiqué dans la Bible, l’Ancien Testament pour les chrétiens. On parle alors de religions du Livre, livre sacré qui ne saurait mentir.

 

Jusqu’aux années 70, l’archéologie en Terre sainte avait une idée fixe, mettre en évidence les preuves de la justesse des récits bibliques. Toutes ces recherches se sont soldées par des échecs. On en était arrivé à admettre qu’on ne pouvait rien prouver dans ce sens et de cette façon. Ce qui n’empêchait pas de faire totale confiance aux textes bibliques que l’on considérait comme le récit historique du peuple élu. D’ailleurs, les auteurs de la Bible, n’avaient-ils pas truffé leur récit de repères historiques, en l’occurrence de références au pharaon (le grand voisin) régnant à l’époque de tel ou tel évènement biblique ? Mal leur en prit, car les nouvelles révélations de l’archéologie (par Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, La Bible dévoilée, Fayard, 2002) ont réduit à néant toutes les certitudes concernant le déroulement de l’histoire d’Israël. A commencer par Abraham, considéré par les juifs et les musulmans comme l’ancêtre des peuples sémitiques.

 

La plupart des livres d’histoire situent l’existence d’Abraham au XVIIIme siècle av. JC, babylonien natif de Ur qui s’est rendu à Haran en Turquie du Sud, jusqu’au jour où Dieu lui a dit de se rendre à Canaan en Palestine. La Bible indique avec précision les détails de ce voyage. On mentionne les villes et bourgades qu’il a traversées, les caravanes de chameaux qu’il a rencontrés. La "nouvelle" archéologie dévoile qu’à l’époque présumée, la plupart des villes et bourgades énumérées dans la Bible n’existaient pas encore et que dans la région, le dromadaire n’a été domestiqué qu’au VIIe siècle av. JC !!! Exit le patriarche et sa descendance, en particulier les 12 tribus d’Israël.

 

Les biblistes situent l’Exode à la fin du treizième siècle av. JC. En ce temps là, ce sont six cents mille Israélites qui y avaient été maintenus en esclavage, qui s’enfuient d’Egypte et qui sous la conduite de Moïse vont errer dans le désert du Sinaï pendant quarante ans avant de partir à la conquête de la Terre promise, Canaan dont ils extermineront tous les primo-occupants avant de s’y installer. Tout cet épisode est totalement imaginaire et ce pour plusieurs raisons : Primo, en Egypte où chaque pharaon veillait à ce que tous les évènements ayant marqué son règne soient gravés sur les murs de son tombeau, on ne trouve nulle mention d’un éventuel asservissement d’Israélites dans le royaume et encore moins de la fuite hors d’Egypte d’une multitude d’hommes, de femmes et d’enfants. Secundo, il y a eu de nombreuses campagnes de fouilles dans le Sinaï à la recherche des vestiges que n’aurait pas manqué de laisser une foule de gens aussi importante y errant pendant quarante ans. Comme dans le cas d’Abraham, la Bible donne moultes précisions sur l’itinéraire suivi lors de cet exode et il faut se rendre à l’évidence que la plupart des bourgades dont les noms sont cités dans la Bible n’existaient pas encore. Tertio, à cette époque en terre de Canaan, il n’y avait aucun site fortifié. Inutile de demander aux anges de sonner les trompettes pour faire tomber les murailles !!!

 

La Bible parle de l’âge d’or du royaume uni d’Israël gouverné par David, puis son fils Salomon. Elle décrit un empire qui s’étendait de la Mer Rouge aux abords de la Syrie, la splendeur de Jérusalem et la magnificence du premier Temple construit par Salomon. Or s’il est probable que David et Salomon ont existé, ils étaient des chefs de tribus dont l’autorité ne s’exerçait pas sur plus de cinq mille âmes. A leur époque, Jérusalem n’était qu’une modeste bourgade sans aucune architecture monumentale. Il n’y a jamais eu d’unification entre Israël, le royaume du Nord, avec Samarie pour capitale, plus prospère et plus peuplé que le royaume de Juda au Sud dont Jérusalem était la capitale et qui est situé dans une zone semi-désertique.

 

Jéroboam II, roi d’Israël fut le premier monarque israélite à posséder un sceau. Cette période d’euphorie fut de courte durée, car après la mort de Jéroboam II en 747 av. JC, son successeur Menahem mourut dix an plus tard et son fils fut assassiné peu de temps après. Le royaume d’Israël est ensuite envahi par les Assyriens et ses habitants déportés et intégrés dans l’empire. Le royaume de Juda se retrouva comme seul favori du divin. Point de départ de l’Histoire biblique qui insiste sur l’adoration d’un Dieu unique et qui entérine la séparation complète entre le peuple juif et les communautés environnantes. L’histoire du royaume de Juda culmine avec la montée sur le trône de Josias dont l’époque fut véritablement messianique. L’Etat était bien organisé et hautement centralisé. Hélas, Josias perdit la vie dans une bataille contre les Babyloniens. Le mouvement de réforme s’effondra et pendant les trois mois de son règne, son fils Joachaz rétablit les anciennes coutumes idolâtres des anciens rois de Juda. Babylone envahit le royaume qui fut victime d’un pillage général, Jérusalem y compris. Les dix mille personnes qui y étaient restées furent emmenées en captivité.

 

C’est, semble-t-il, sous l’impulsion du roi Josias que fut initiée la rédaction de la Bible avec le mot d’ordre suivant : doter le peuple israélite d’une identité forte étayée par un passé prestigieux basé sur son Alliance avec le Dieu unique. La Bible ainsi confectionnée, la Torah accompagna par la suite tous les Juifs en exil, tout au long de leur histoire mouvementée. Cela représenta un chantier considérable. Tout n’était pas à inventer car à l’époque de la rédaction, les Israélites devaient avoir des pans de mémoire de leurs passés, l’un fantasmé, l’autre réel. Après la guerre de 1967, les archéologues israéliens ont découvert dans les collines de Juda l’existence, datant du 11me siècle av. JC, de 250 sites ayant abrité env. 45 000 personnes. Etant donné qu’on n’a trouvé aucun ossement de porc sur ces sites – contrairement à d’autres – on présume qu’il s’agissait de l’habitat des premiers Israélites qui se sont sédentarisés lors du déclin de la culture cananéenne. On n’exclut pas que certains de ces premiers Israélites étaient d’origine cananéenne. Les auteurs de la Bible se sont aussi largement inspirés de légendes sumériennes et mésopotamiennes comme par exemple l’épisode du déluge, des plaies d’Egypte de Moïse sauvé des eaux comme le fut Sargon Ier au IIIe millénaire av. JC, etc., etc….

 

 

Quel impact auprès du public après ces révélations fracassantes irréfutables ?

 

Sur le Net, on trouve des réactions provenant d’horizons divers. De la part de personnalités chrétiennes, les avis sont plutôt favorables quoique parfois un peu nuancés. Il semble ainsi que nombre de théologiens catholiques et protestants ont cessé depuis longtemps de considérer l’Ancien Testament comme un livre d’histoire. Ce qui est important pour eux, c’est Dieu et non pas les péripéties des Israélites. Comme les auteurs de ces révélations ne mettent pas en doute l’existence même de Dieu, alors il n’y a pas lieu de s’affoler. En ce qui concerne les Juifs orthodoxes, I. Finkelstein dit dans une interview que ceux-ci refusent catégoriquement toute entrée en matière.

 

En ce qui me concerne, si "La Bible dévoilée" ne permet pas de conclure à l’inexistence de Dieu, je trouve qu’il en sort réduit à un simple point d’interrogation. Il faut être sacrément infecté par le virus de la foi pour retrouver Yahvé dans un texte décrivant des personnages et des faits qui n’ont manifestement jamais existé. Isaac sauvé in extremis, l’armée du pharaon engloutie par les flots, la manne qui tombe du ciel, le buisson ardent et les tables de la loi, les trompettes de Jéricho en j’en passe ; tous ces signes divins passés à la trappe ! Les auteurs du Deutéronome ne devaient certainement pas être inspirés par le Tout Puissant ou alors ce dernier avait de sérieux trous de mémoire. En fait, j’imagine que les rédacteurs d’un ouvrage qui avait pour but de rassembler les Israélites sous sa bannière ont parsemé le récit de manifestations de la volonté divine parce qu’il était de la plus haute importance que ce peuple se sente le chouchou d’un personnage considérable. Le gâteau, c’était le passé glorieux, celui auquel il fallait toujours se référer au plus profond de l’adversité ; Dieu, c’était la cerise qui rend le gâteau encore plus délicieux. Le mythe du Dieu unique existait bien avant le début de la rédaction de la Bible mais chez les Israélites il était souvent associé à d’autres divinités. Le peuple rechignait à mettre à l’écart les idoles qui avaient rendu tant de bons et loyaux services.

 

Pour les Palestiniens, la "Bible dévoilée" est susceptible d’ouvrir des horizons nouveaux, car les Juifs ne sont plus en droit de prétendre que la Palestine leur appartient parce que conquise de haute lutte avec l’appui de Jéhovah. Certes, leurs ancêtres vivaient sur ces terres, il y a plus de 3 000 ans, mais ils les partageaient avec les Cananéens, ancêtres probables des Palestiniens. De toute façon, les Juifs ont perdu tout droit à l’exclusivité du fait de leur absence pendant 20 siècles. Depuis l’ère des cités états de Mésopotamie, le brassage de populations a été très intense dans la région et les identités ont été redistribuées éliminant ainsi des conflits potentiels. La Bible hébraïque a rempli son rôle au-delà de toute attente. Elle est devenue la malédiction des Juifs qui ayant toujours répugné à se fondre dans l’environnement de leur exil ont très souvent été la cible de persécutions. La Shoah en étant le point d’orgue. La Bible est également devenue la malédiction du peuple palestinien, spolié de sa terre légitime, opprimé, humilié par les nostalgiques du Grand Israël.



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