Henri Lafont et la Gestapo française de la rue Lauriston + Mon oncle Raymond Monange raconté par son neveu

Publié le par Bernard Gasnot

Henri Lafont et la Gestapo française de la rue Lauriston + Mon oncle Raymond Monange raconté par son neveu
Henri Lafont et la Gestapo française de la rue Lauriston + Mon oncle Raymond Monange raconté par son neveu
Henri Lafont et la Gestapo française de la rue Lauriston + Mon oncle Raymond Monange raconté par son neveu
Henri Lafont et la Gestapo française de la rue Lauriston + Mon oncle Raymond Monange raconté par son neveu
Henri Lafont et la Gestapo française de la rue Lauriston + Mon oncle Raymond Monange raconté par son neveu
Henri Chamberlin (1902-1945), dit Henri Normand ou Henri Lafont, fut le patron de la "Gestapo française" de la rue Lauriston. 

Il figure dans plusieurs textes de Patrick Modiano. Cité notamment dans La Place de l’étoile, Henri Lafont se retrouve également sous les traits d’un des personnages importants de La Ronde de nuit, Le Khédive.
 Orphelin de père à 11 ans, abandonné au même moment par sa mère de même que ses 5 frères et sœur, Henri Chamberlin connaît une enfance miséreuse. Il vit d’expédients, et se retrouve vite envoyé dans une maison de correction très dure, celle d’Eysses, à Villeneuve-sur-Lot. Après son service militaire, puis quelques petits boulots, il vole, et est envoyé en prison, puis au bagne de Cayenne. Il réussit à s’en évader.

Vers 1939, il obtient la concession d’un garage Simca à Paris, porte des Lilas, sous la fausse identité d’Henri Normand. Avec la guerre, il est cependant obligé de stopper cette activité, faute de clients. Il devient alors gérant du mess de la préfecture de police de Paris. Peu de temps auparavant, il avait en effet noué de bonnes relations avec la police, en offrant une Simca à l’Amicale de la préfecture de police, qui était venue quêter. Un policier l’ayant reconnu, il est toutefois incarcéré en 1939 à la prison du Cherche-midi puis au camp de Cépoy, pour ne pas avoir répondu à l’ordre de mobilisation. Il s’évade lors d’un transfert, en compagnie de plusieurs autres prisonniers, dont deux espions allemands. Recherché par la police française, il se rapproche alors des autorités allemandes installées à Paris, en particulier le colonel Rudolph, patron de l’Abwehr, et ses deux adjoints : Hermann Brandl dit Otto et le capitaine Radecke.

Sous le nom de Lafont (Patrick Modiano orthographie Laffont), il met alors en place pour leur compte une officine chargée à la fois de s’approprier des richesses françaises, et de participer à l’espionnage allemand. Après plusieurs autres adresses, notamment l’avenue Pierre 1er de Serbie, ce bureau s’installe 93, rue Lauriston, dans le XVIème arrondissement. Il est parfois surnommé La Carlingue.
 Entre un cinéma et un restaurant, La Carlingue est citée par le narrateur de 
Voyage de noces dans la "liste approximative de quelques endroits que nous fréquentions". Codirigée par l’ancien policier Pierre Bonny, cette annexe de la Gestapo emploie une vingtaine de condamnés de droit commun libérés à la demande de Lafont : truands, hommes de main, proxénètes, etc. Parmi les membres de la bande, Louis Pagnon dit Eddy Pagnon, Charles Delval, Annie de Saint-Jaymes, Jo Attia, Abel Danos dit Le mammouth, etc. Le faux marquis Lionel de Wiett, Guy de Voisin, Jean Luchairesa fille Corinne et sa maîtresse Yvette Lebon fréquentent également les lieux…

Peu à peu, ce « bureau d’achat » très particulier se double d’un service de basse police, où la torture est monnaie courante. Une annexe située 3 bis place des Etats-Unis, et où s’installera plus spécialement 
Pierre Bonny, sera d’ailleurs en partie aménagée en prison.

"Ces criminels utilisaient les sévices corporels comme méthodes d’interrogatoire et profitaient de l’immunité que leur conférait leur ausweis spécial et leur permis de port d’arme, pour commettre d’innombrables délits : vols au cours de perquisitions, fausses perquisitions au domiciles de personnes riches, chantages, trafics de toutes sortes. "(Jacques Delarue, Histoire de la Gestapo, Fayard 1962).

A son zénith, « Monsieur Henri » roulera en Bentley, s’entourera d’orchidées et de comtesses, et ses derniers mois seront hantés de rêves mégalomaniaques caractérisés."
Dénoncés par Joseph Joanovici, Henri Lafont, Pierre Bonny et six autres membres de la bande, dont Eddy Pagnon, sont condamnés à mort à la Libération et exécutés le 27 décembre 1944.

 

 

Un du 93 rue Lauriston

Des fortifs au « milieu », du « milieu » à la gestapo, de la gestapo au poteau.


 

Mon oncle Raymond Monange, enfant des banlieues, abandonna très jeune son métier de peintre en bâtiments à Montreuil pour celui plus lucratif de proxénète à Pigalle, puis gestapiste à la « Carlingue ». J’ai découvert un peu par hasard son histoire qui avait été soigneusement occultée par notre famille.

Petit souteneur de banlieue

 

A dix ans, on lui aurait donné le bon dieu sans confession.

Condamné une première fois, en 1931, pour proxénétisme, il choisit l’engagement aux « Bats-d’Af » pour échapper à sa peine. Il y connut à Tataouine tout le gratin du futur grand banditisme.  Après la fin de la « drôle de guerre », il fit son entrée dans la bande à Lafont du 93 rue Lauriston et participa comme cadre, à la création de la « Brigade nord-africaine, BNA », sous les ordres de Lafont, et équipé par Joanovici, aux exactions, sous l’uniforme allemand, contre les maquis de Tulle et Périgueux. Impuni à l’issue de la fin de la guerre il reprit ses petites affaires ordinaires et fit quelques coups de main avec la bande de Pierre Loutrel alias « Pierrot le fou ». Il y retrouva ses anciens amis des « Bats-d’Af » Abel Danos et Jo Attia entres-autres. Arrêté un peu par hasard, sous une fausse identité, il fut identifié et inculpé pour intelligence avec l’ennemi. Condamné à mort, il fut fusillé au fort de Montrouge , le 13 mars 1952 en même temps que son complice Abel Danos.
Obséquieux envers Abel Danos dit « Le Mammouth », dans le milieu, on appelait Raymond : « La Soubrette »

Histoire de « La soubrette »

Engagé volontaire à l’âge de 18 ans, dans la Légion Etrangère, il est mobilisé en 1939 comme sous-officier volontaire dans les Corps Francs, décoré de la croix de guerre, et cité à l’ordre du régiment.

Démobilisé, à la fin août 1940 il travaille comme peintre avec son père « l’Auguste ». Il retrouve Klen, d’origine allemande, qu’il avait connu avant la guerre aux Bats-d’Af, qui vit du produit de la prostitution et de trafics avec les Allemands.  Monange d’après une de ses maîtresses aurait d’abord refusé de se mettre au service des Allemands.

 

Aux Bats-d’Afs Raymond en 1933

Puis en janvier 1942 il est arrêté comme souteneur par la police française et condamné à un an d’emprisonnement par le tribunal correctionnel de la Seine il est relaxé par la cour d’appel de Paris. 
Détenu à la Santé jusqu’en octobre 1942 il aurait été mis à la disposition des autorités allemandes et incarcéré à la section des détenus politiques. Ce serait sur l’intervention de Klen qu’il aurait été libéré en janvier 1943 de la prison du Cherche-Midi. Il fêta sa sortie de prison au cours d’un festin avec Klen, sa maîtresse et deux autres prostituées, le même jour Klen lui remit la somme de dix mille francs en présence de son hôtelier qui connaissait déjà Klen comme un actif agent de la Gestapo. Celui se vantait d’avoir déjà été condamné à mort en 1940 par un tribunal militaire français pour sabotages et reconnaissait avoir largement mérité sa condamnation.

D’après cet hôtelier Klein avait sous ses ordres de nombreux souteneurs du quartier de Barbès dont Monange et leurs activités s’exerçaient particulièrement contre les israélites et dans les affaires d’or ou de bijoux. L’appartenance de Monange à la police allemande semble démontrée par un rapport rédigé de sa propre main le 26 novembre 1943 et adressé à son patron Klen dans les circonstances suivantes. Le 26 novembre 1943 Monange est arrêté par la police française parce qu’il circulait sur la voie publique après l’heure du couvre-feu. Il exhibe alors un Ausweis délivré par la Gestapo de la rue des Saussaies, non validé pour la période présente. 
Après avoir pris contact avec la Feldgendarmerie, la Police reçu l’ordre de le libérer à 5 heures du matin. Aussitôt après il relate l’incident dans un rapport adressé à son chef Klen, qui fut retrouvé au domicile de ce dernier, il y signale l’attitude germanophobe des policiers français et d’une autre personne retenue avec lui au commissariat.  L’hôtelier de Monange a reconnu formellement l’écriture de Monange sur ce rapport et signalé par ailleurs que Monange et Klen ont travaillé un certain temps ensemble, mais qu’ils se sont séparés par la suite, Monange reprochant à Klen de garder par de vers lui le produit de leurs perquisitions. Les deux hommes ne se cachaient nullement pour parler de leurs exploits en public et l’hôtelier vit à deux reprises Klen remettre dix mille francs à Monange.

C’est à la suite de leur séparation que Monange passe au service de Lafont-Chamberlain. Monange prétend qu’il passa au service de Lafont pour échapper au STO et au marché noir jusqu’à la fin mars 1944.
Sollicité alors par deux agents de la rue Lauriston il aurait été contraint de se rendre chez Bonny ou il fut présenté à Laffont, qui le mit dans l’alternative d’être remis aux autorités allemandes ou de servir en uniforme allemand, en qualité de sous-officier dans la légion nord-africaine qu’il venait de créer. Pour lutter contre le maquis dans la région de Limoges Tulle et Périgueux.

La brigade nord-africaine

Les quatre sous-officiers et officiers français, en uniforme allemand encadraient des hommes de troupes nord-africains habillés en costume de ski bleu marine. Leur solde était de 5000f par mois pour les hommes de troupe et de 5500f pour les caporaux, les armes étaient fournies par les allemands l’argent par les SS et l’équipement par Joanovici.

 

La bande de la rue Lauriston

La bande de la rue Lauriston en uniforme allemand probablement à Tulle". Lafont est accroupi ; derrière debout à gauche Raymond Monange ; au dernier rang au milieu droite (le grand) en calot debout probablement Danos. Les autres sont à identifier. Le commandement fut confié à Lafont qui avait le grade de capitaine, Bonny était plus spécialement chargée des interrogatoires des patriotes arrêtés qui étaient contraints aux aveux sous l’action de mauvais traitements ou de la torture en baignoire. Nombre d’entre eux furent déportés, quelques-uns exécutés sur place. Des pillages de grande envergure furent organisés jusqu’à la fin 1944, terrorisant les habitants qui n’osèrent plus sortir de chez eux.

Le départ de Paris eut lieu le 11 mars 1944 et la légion fut divisée en cinq sections, une vers Montbéliard, l’autre sur Périgueux commandée par Villaplana, et les trois dernières sur Tulle sous le commandement de Lafont, le groupe de Tulle auquel appartenait Monange fut cantonné à l’hôtel St Martin. La femme de chambre de l’hôtel rapporte que Raymond aurait déclaré : « Pour moi plus il y a de bagarres, plus je suis content ». Café de la Rotonde à Tulle : le 18 mars 1944 un groupe de cinq amis fête l’enterrement de la vie de garçon de l’un d’eux. Vers 15 heures survint un individu armé d’un revolver revêtu de l’uniforme allemand et accompagné d’un Nord-Africain qui fit sortir les consommateurs et les aligna sur le pont de la Vézère. Leur disant les bras levés ou je vous abats comme des chiens, il vérifia leurs papiers d’identités, en les injuriant et en frappant certains d’entre eux à coups de pied. Il les laissa se disperser. Sur présentation de sa photographie, Monange fut formellement reconnu en 1949.

Café « le bon vin » : deux résistants qui consommaient, dans ce café, le 18 avril 1944, furent appréhendés et conduits à l’hôtel St Martin, au vu de sa photographie, ils reconnurent Monange comme étant un de ceux qui avaient procédé à leur arrestation, puis à leur interrogatoire à l’hôtel St Martin. L’interrogatoire fut conduit par Monange avec beaucoup de brutalité, pour leur faire avouer où était l’emplacement d’un maquis, il les frappa à coups de poing et de cravache au visage et à la tête. Alors qu’un des membres de la légion tentait de le calmer, il s’écria : « Ah vous ne savez pas ce que c’est que la Gestapo, et bien je vais vous l’apprendre moi ». Aucun des deux résistants ne parla, un fut relâché après huit jours, l’autre fut enfermé au fort de Vincennes d’où il s’évada. Le 18 avril 1944 vers 17 heures, Georges Bessoux., âgé de 24 ans, circulait à proximité de la gare de Tulle. Il fut abordé par deux individus qui lui demandèrent ses papiers. L’un d’eux était armé d’une mitraillette, l’autre portait un uniforme allemand c’était Monange, les papiers n’ayant pas paru en règle ils voulurent lui passer les menottes, il refusa en protestant de son innocence. Monange le frappa de ses poings et avec les menottes, pendant que l’homme en arme tirait une rafale de mitraillette dans ses jambes. Monange essaya de le remettre sur ses pieds, mais la victime était incapable de tenir debout. Il fut hospitalisé du 19 avril au 16 août 1944 pour fracture de la jambe droite par balles, blessures par balles à la jambe gauche et contusions à la tête par coups de crosse. 
Le 19 mai 1948 il fut réformé définitivement, avec pension permanente. Son père a déclaré que, depuis cette époque, son fils ne jouissait plus de toutes ses facultés mentales, ses blessures ont provoqué chez lui des troubles cérébraux et de fréquentes pertes de mémoire. Avant cette agression, il travaillait à la préfecture de Tulle et, était promis à un brillant avenir, titulaire de ses deux bacs, il préparait sa licence en droit. Madame Sol est arrêtée, à son domicile le 4 mai 1944 à Brive, par deux Allemands et deux Français de la Gestapo, dont Monange, qui lui volèrent une montre en or et un poste de TSF, au cours d’une perquisition, elle fut conduite à l’hôtel St Martin, et ne recouvra sa liberté qu’au bout de trois semaines. Au cours de son transfert Monange lui décrivit les supplices qui seraient infligés à son mari, résistant, en cas d’arrestation : ongles et yeux arrachés, oreilles coupées, sans compter le reste, il ajouta que dans trois mois les maquis auraient disparu grâce à l’énergie de la répression.

Les époux Rheims qui faisaient partie de la résistance furent arrêtés le 6 mai 1944 à Bessac en Corrèze par des agents de la gestapo, détenus pendant quatre mois à la prison de Limoges, ils furent libérés par l’avance alliée, confrontés avec Monange, ils le reconnurent formellement comme un de ceux qui avaient participé à leur arrestation et qui assuraient leur garde. Monange quitta Tulle, à la fin mai 1944, sur l’ordre de Lafont pour arriver à Périgueux, pour prendre le commandement de la légion nord-africaine, comme lieutenant, en remplacement de Villaplana. Son arrivée à Périgueux a été marquée par une plus grande activité dans la lutte contre la résistance par des opérations menées par la légion ou la police allemande. Le Pc de la légion était situé au siège de la BNCI de Périgueux, tous les témoins entendus indiquent que le chef était le lieutenant Raymond.

Une vingtaine d’otages furent fusillés à Brantôme par un peloton d’exécution de la légion nord-africaine, commandés par un sous-officier, la présence en leur sein de Raymond n’est pas établie. En juin 1944 à Mussidan 49 otages furent fusillés par un peloton de Nord-Africains en présence de cinq ou six Français en uniforme allemand, nul doute que le responsable de la brigade, Raymond ait été absent. Le 20 juin 1944 au Château de la Feuillade, ou trois maquisards trouvèrent la mort, le même jour au Château Levêque et à la chapelle Gonnagay où plusieurs patriotes furent arrêtés la présence de Raymond est établie. Le sieur Pasquier, instituteur arrêté par Monange, ce jour-là a confirmé la présence de Raymond, au cours d’une halte à la Chapelle Gonnagay, Monange lui avait déclaré : « Je suis le chef de la légion arabe, je n’ai pas peur du maquis, d’ailleurs j’ai appartenu à la Légion Étrangère ». Madame Godichon atteste la présence du lieutenant Raymond vers 11 heures au village de Pessard, commune de Château-Lévêque qui fut encerclé par la brigade nord-africaine, pendant que Raymond se livrait à une fructueuse perquisition chez les Coraval, les deux Allemands de la Gestapo interrogeaient le père, la mère, la fille. Ils fusillèrent le père et arrêtèrent la fille qui fut conduite dans un des camions de l’expédition. Vers 15 heures, Raymond se trouva à la Chapelle Gonnagay où furent arrêtées deux autres personnes dont le sieur Rate qui eut sa maison pillée.

Ce même jour, Madame Lagarde, garagiste est sommée d’ouvrir son garage, accusée de sabotage et malmenée, pendant qu’un jeune passant voulant prendre sa défense est roué de coups. Furieux de ne pouvoir dépanner leur voiture, Raymond et un certain Willy qui l’accompagnait tirent des coups de revolver dans les fenêtres avant de se retirer. Le 19 juin 1944 un veilleur de nuit de l’hôpital de Périgueux fut arrêté par Raymond, dans un café sous prétexte d’avoir insulté la police allemande. Giflé et battu tant par Raymond que par ses Nord-Africains, il fut gardé pendant quatre heures à leur Pc. Arrêtée le 10 juillet 1944 Madame Bernard fut conduite devant Monange qui l’interrogea sur le maquis dont son mari devait faire partie. Comme elle ne répondait pas de manière satisfaisante, après l’avoir menacée de son revolver, il la frappa d’un grand coup de nerf de bœuf au visage, puis il lui remit le canon de son revolver sur la tempe comme elle persistait dans son silence, il lui dit : « Ton mari est mort, je te le montrerai ». 


L’interrogatoire dura encore une heure et demie en présence de la sœur de Madame Bernard. Elles furent enfermées toutes deux dans une étroite cellule durant 3 jours, attenante au bureau de Monange. Ceci leur permit d’entendre un interrogatoire d’une extrême violence, ou un homme qui devait appartenir au maquis d’Hercule était sommé d’en indiquer l’emplacement.  Les deux femmes affirment que Raymond était déchaîné pendant que la personne arrêtée poussait des hurlements suivis de gémissements plaintifs, puis était conduit à la douche d’où elle sortait au bout d’une heure claquant des dents et paraissant épuisée. De là elle fut conduite à un autre étage. Le 9 juillet 1944 Monange perquisitionne chez les époux Pradier avec quelques hommes dans l’espoir d’arrêter leur fils. Ils revinrent à plusieurs reprises sans trouver le jeune homme qui avait rejoint le maquis. Ils firent main basse sur divers objets et sur une somme de 500 F. Un soir Monange menaça Madame Pradier en ces termes : « Si vous ne voulez pas me dire où est votre fils et bien je le tuerai et je viendrai vous dire Madame, j’ai tué votre fils ».

Le 6 juin 1944 Monange tenta d’arrêter Madame Gilles dont le fils et le mari avaient rejoint le maquis, il déclara à ses employés « Il me faut la patronne morte ou vivante », il visita les pièces, revolver au poing et brutalisa une servante. Il revint le surlendemain et porta des coups à une bonne qu’il fit rouler dans l’escalier. À Périgueux, Monange voulut réquisitionner un gardien de la paix de service en ville afin de l’obliger à escorter un de ses détenus à la prison. Devant le refus de ce dernier, il le désarma, l’arrêta et ne le relâcha que sur l’intervention du brigadier de police qui échangea avec lui des propos assez vifs. Il concevait ainsi ses relations avec la police française, « Vous êtes tous à notre disposition et vous devez savoir que nous pouvons agir sur vous comme bon nous semble » Ce brigadier remarqua que Monange avait les mains pleines de sang, venant, parait-il de corriger des nord-africains. Le 10 août 1944 Monange rédige un rapport à l’intention du général Arndt, lui signalant la désagrégation de la légion nord-africaine par suite de nombreuses désertions. Il est arrêté le 31 octobre 1946, il tente de faire usage d’un pistolet dont il était porteur et opposa une vive résistance aux agents chargés de l’arrêter. Il possédait une fausse carte d’identité et de faux certificats de la Résistance. Il fut condamné le 3 janvier 1947 par le tribunal correctionnel de la Seine à quatre mois d’emprisonnement pour port d’arme prohibée et rébellion. On découvrit lors de sa détention ses activités de Gestapiste. Il fut transféré à la prison de Fresnes dans l’attente de son procès.

Procès, Cour de Justice de la Seine du 13 au 17 mai 1949

Entre le 16 juin 1940 et la date de la libération entretient, étant français une intelligence avec l’ennemi, condamne Raymond Alfred Monange à la peine de mort, prononce la confiscation des biens divis ou indivis présents et futurs, constate qu’il est en état de dégradation nationale. 
Condamne Abel Danos aux mêmes peines.
Condamne Paul Victor à 20 ans de travaux forcés.
Un recours en grâce a été dressé le 27 juin 1949, pour Monange, par Maître Yvonne Pige
L’avocat de Danos interjette appel.

Le 22 décembre 1950 un courrier du directeur des grâces indique que l’arrêt Danos a été cassé le 4 mai 1950 et ordonne un supplément d’information. Le 29 décembre 1950 Raymond Monange est à Fresnes. Le 24 février 1951 un courrier indique que la décision concernant Monange est suspendue durant l’information supplétive de Danos. En janvier 1951, l’assistante sociale de Fresnes demande un meilleur régime pour Danos et Monange, depuis deux ans et demi ils portent les chaînes et ne peuvent plus cantiner, ils demandent une nourriture améliorée comme les années précédentes. Le 30 mai 1951, une note du ministère de l’intérieur informe la prison d’un projet d’évasion avec complicité extérieure, un revolver serait déjà en leur possession et qu’un second doit leur parvenir prochainement  La grâce présidentielle est problématique, Danos est actuellement poursuivi devant plusieurs parquets pour assassinats et vols qualifiés il est spécialiste de l’évasion, il s’est enfui de Fresnes en février 1942 et du dépôt de la préfecture de police en janvier 1945, il a trois meurtres d’agent de la force publique à son actif (Signé commissaire Chenevier).

Le 17 décembre 1951 une lettre signale une grève de la faim commencée le 6 décembre 1951, et terminée le 17.
Le 27 février 1952 un décret de Vincent Auriol refuse la grâce. Le 14 mars 1952 à 7 h 26 Raymond Monange et Abel Danos sont passés par les armes au fort de Montrouge.

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