Collaboration avec l’ennemi, seconde guerre Mondiale

Publié le par Bernard Gasnot

Les collaborationnistes en France et Les partis collaborationnistes

Le terme « collaborationniste » serait dû à Marcel Déat, dans L’Œuvre du 4 novembre 1940. Le collaborationnisme ne se contente pas de pratiquer la collaboration, mais de l’encourager, de la promouvoir, d’en faire un thème politique. Il est le fait des partis politiques et de la presse collaborationnistes.

Ces serviteurs pourtant ostensibles de l’ennemi n’hésitaient pas à se qualifier de « nationaux ». Les Allemands eux-mêmes, qui ne les prenaient pas très au sérieux, les utilisèrent surtout pour accroître leur pression sur le gouvernement de Vichy. Les «collabos » n’étant qu’une poignée d’hommes isolés et méprisés par la masse du pays (quelque 2 % de la population), Adolf Hitler se garda de leur confier des responsabilités trop importantes. D’autant que dans son esprit, le fascisme rendait les peuples forts, ce qui aurait donc été un danger à ses yeux pour l’hégémonie allemande.

L’agitation menée par les « collaborateurs » les plus voyants, installés pour la plupart à Paris occupé, et venus d’horizons politiques variés, fit parfois oublier l’action patiente et résolue du gouvernement de Vichy en matière de collaboration.

Dès juillet 1940, des activistes tentent leur chance en créant des partis politiques favorables à l’occupant nazi. Ils sont ensuite rejoints par les hommes politiques fascistes déçus par le caractère réactionnaire, catholique et moralisant du régime de Vichy (vers l’automne 1940).
Tout en se réclamant officiellement du maréchal Pétain, le petit monde collaborationniste parisien se distingue tout d’abord par sa volonté d’aller plus loin que le régime de Vichy. Au contact direct des forces d’occupation allemandes, il prône l’instauration d’un régime fasciste ou nazi en France, plus « révolutionnaire », et engagé sans arrière-pensée dans la collaboration avec l’Allemagne nazie. Les collaborationnistes parisiens vont progressivement prendre des places au sein du régime de Vichy qu’ils ont tant critiqué au départ et tendront à radicaliser encore plus le régime (Marcel Déat ministre en 1944).
Autre caractéristique du petit monde collaborationniste, l’incapacité à s’unir, et les intrigues entre chefs (la rivalité entre Jacques Doriot et Marcel Déat, mais aussi entre Marcel Déat et Eugène Deloncle, etc.). Marcel Déat a tenté de réaliser un parti unique en 1941 en alliant RNP et MSR, puis en 1943 au sein d’un éphémère Front révolutionnaire national.
Tout ce petit monde là se retrouvera, avec le maréchal Pétain et les derniers fidèles de Vichy en exil en Allemagne, à Sigmaringen en 1944-1945. Jacques Doriot tentera de rejouer l’aventure gaullienne à l’envers en prenant la tête d’un Comité français de libération nationale et enverra quelques agents pro-allemands dans la France libérée par les alliés. Certains se retrouveront dans la LVF, à défendre le dernier carré des chefs nazis dans le Berlin dévasté au printemps 1945.

Les 2 principaux partis collaborationnistes :

·         Parti populaire français (ou PPF), fondé en 1936 et dirigé par Jacques Doriot, ouvertement fasciste. Maximum de 20 000 à 30 000 membres

·         Rassemblement national populaire (ou RNP), fondé en 1941 et dirigé par Marcel Déat, ancien député socialiste SFIO puis néo-socialiste, parti de classes moyennes, plus « modéré » que le PPF. Maximum de 20 000 à 30 000 membres.

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·         Satellites du RNP :

·         Ligue de la pensée française, fondée en 1942 par René Château, ancien député radical-socialiste. Le mouvement le plus étonnant, constitué de sincères intellectuels républicains favorables à la Collaboration pour que, en échange, l’Allemagne permette à la France de rétablir la République.

·         Partis collaborationnistes « moyens»

·         Parti franciste, fondé en 1933 par scission de la Milice socialiste nationale de l’ancien leader socialiste Gustave Hervé. Fondé et dirigé par Marcel Bucard, réactionnaire de droite, passé par toutes les ligues.

·         Mouvement social révolutionnaire (ou MSR), issu de la Cagoule, fondée en 1936 par scission de l’Action française. Fondée et dirigé parEugène Deloncle, ancien membre de l’Action française, puis dirigé en 1942-1944 par Georges Soulès, socialiste SFIO membre du cabinet deCharles Spinasse dans le gouvernement du Front populaire. Parti de comploteurs d’extrême-droite.

·         Jeunes de l’Europe nouvelle (issu de la branche jeunes du groupe Collaboration). Dirigé par Marc Augier, ancien organisateur du Centre laïc des auberges de jeunesse et membre de cabinet de Léo Lagrangedans le gouvernement du Front populaire, puis par Jacques Schweizer, président des JNS, successeur de la ligue d’extrême-droite des Jeunesses patriotes.

·         Les jeunes du Maréchal, créés par Jacques Bousquet, professeur de lycée, puis prise en main par Jean-Marie Balestre et Robert Hersant.

·         Ligue française d’épuration, d’entraide sociale et de collaboration européenne (Mouvement social européen), dirigé par Pierre Costantini, officier bonapartiste.

·         Organisations collaborationnistes de notables et d’élus

·         Groupe Collaboration (dirigé par Alphonse de Châteaubriant, écrivain réactionnaire. Groupe de notables conservateurs spécialisés dans les conférences à thèmes sur la collaboration. Audience : 33, comité en zone sud et un nombre inconnu en zone nord.

·         Comité d’action antibolchévique (CAA), dirigé par Paul Chack, officier de marine et écrivain d’extrême-droite, membre de l’Action française jusqu’en 1939. Groupe de soutien à la LVF.

·         Parti ouvrier et paysan français (POPF), dirigé par Marcel Gitton, ancien n°3 du PCF puis Marcel Capron, député-maire d’Alfortville élu en 1936 sous l’étiquette PCF. Parti regroupant d’anciens communistes passés à la collaboration. Membres :

·         Comité ouvrier de secours immédiat (Cosi), dirigé par Georges Yvetot, figure historique du syndicalisme français, puis par René Mesnard, socialiste passé au RNP, et Jules Teulade, ancien communiste passé au PPF. Organisation « caritative » pour les ouvriers bombardés, en fait instrument de propagande collaborationniste envers les milieux ouvriers.

·         Les Énergies françaises, ébauche de futur parti unique piloté fin 1942 par Pierre Laval. Chef : Léon Cayla, ancien gouverneur général de Madagascar. Mais restera un petit groupe de notables conservateurs.

Groupuscules collaborationnistes

·         Parti français national-collectiviste (PFNC), fondé en 1934 et dirigé par Pierre Clémenti, journaliste de la presse radicale-socialiste. Membres : quelques centaines. Proche en 1940 du Jeune front (dirigé par Robert Hersant, ancien membre des Jeunesse socialistes) et des Gardes françaises.

·         Front franc, dirigé par Jean Boissel, ancien combattant d’extrême-droite et ultra-raciste. Membres : quelques dizaines.

·         Le Feu, dirigé par Maurice Delaunay, ancien député apparenté au PDP démocrate-chrétien. Il se fait appeler « François Henry Prométhée », « le Maître du feu » et prône une renaissance de la France sans idée politique claire. Cette histoire de fou ne dure que 6 mois mais largement subventionnée par l’Allemagne qui voulait peut-être discréditer les collaborationnistes.

·         Autres groupuscules : Parti national-socialiste français (PNSF)Croisade française du national-socialisme (CFNS), Formations éclaires révolutionnaires Les Hitlériens français (une douzaine de membres), le Mouvement national-syndicaliste-L’Union française, Les Gardes du peuple révolutionnaire, Comité d’épuration de la race française, Cadets de Francs (organise quelques camps de jeunesse).

·         Collaborationnistes régionalistes

·         Parti national breton pro-nazi.

·         Brezona, détaché du Parti national breton, qui se réclame du national-socialisme ; et dans cette mouvance Galv ouvertement pro-nazi, et formé à partir des rédacteurs de la revue Arvor, Stur d’Olier Mordrel, et le Bezen Perrot formé par une fraction du Parti national breton.

La presse collaborationniste

Avant le début de la Seconde Guerre mondiale, le décret-loi du 26 juillet 1936 (décret Daladier) institue un « Commissariat Général à l’Information » qui dépend directement de la Présidence du Conseil. Dirigé par le diplomate Jean Giraudoux, il est chargé de contrôler les médias et mobiliser l’opinion contre l’Allemagne nazie. Pendant la Drôle de guerre, le commissariat est transformé par le décret du 1er avril 1940 en « Secrétariat d’État de l’Information et de la Propagande » du Ministère de l’Information sur lequel va s’appuyer la collaboration pour faire accepter aux français la défaite à travers trois médias : France-Actualité pour les actualités cinématographiques, Radiodiffusion nationale et la presse écrite.

Les principaux journaux de presse existant alors adoptent trois attitudes : soit ils se sabordent (comme Le Canard enchaîné, l’Intransigeant, le Populaire ou L’Humanité); soit ils se replient en zone libre dès le 10 juin 1940, essentiellement sur Lyon où existent de nombreuses imprimeries (comme Le Journal, Paris-Soir ou le Figaro); soit ils décident de reparaître en zone Nord (comme Je suis partout ou Le Matin).

La majorité des titres de la presse collaborationniste en zone occupée sont subventionnés ou détenus en sous-main par l’ambassade d’Allemagne d’Otto Abetz, qui a créé à cet effet les Éditions Le Pont. La presse parisienne est dominée par la personnalité du patron de presse Jean Luchaire. L’ambassade d’Allemagne exerce principalement la propagande et la Propaganda Staffel se spécialise dans la censure, notamment grâce à ses bureaux en province. À part les ultra-collaborationnistes, les journalistes agissent plus par opportunisme, appât du gain (alors que les salaires en France sont bloqués, leurs appointements sont doublés par l’entremise de laPropaganda Staffel) ou lâcheté que par idéologie.
La presse maréchaliste en zone libre soutient majoritairement la politique collaborationniste et antisémite de Pétain en pratiquant l’autocensure car elle est contrôlée par le « Secrétariat d’État de l’Information et de la Propagande » du Ministère de l’Information (dirigé par Paul Marion puis Philippe Henriot).

Peu à peu, face à la propagande manifeste, les Français se détournent des journaux politiques de collaboration qui continuent à annoncer des tirages phénoménaux alors qu’ils réalisent de 30 à 50 % de bouillons. Ils privilégient alors la presse spécialisée (sport, presse féminine) et la presse clandestine (comme Franc-tireur, Combat ou Libération).

Des dizaines d’écrivains ou journalistes de renom furent des collaborateurs. Les articles spécialisés permettent de connaître plus en détail la nature des engagements de différents écrivains de renom en faveur de l’occupant ou de la Révolution nationale.

·         Jacques Benoist-Méchin, historien

·         Henri Béraud, journaliste, écrivain

·         Abel Bonnard, académicien

·         Georges Albertini, journaliste et secrétaire général du RNP

·         Robert de Beauplan, journaliste, écrivain

·         Robert Brasillach, journaliste, écrivain

·         Charles Spinasse, député socialiste et fondateur de l’hebdomadaire collaborationniste Le Rouge et le Bleu

·         Paul Chack

·         Jacques Chardonne, romancier

·         Alphonse de Chateaubriant

·         Pierre Drieu La Rochelle

·         Abel Hermant, académicien

·         George Montandon, ethnologue

·         Camille Mauclair, écrivain

·         Charles Maurras, directeur du journal L’Action française.

·         Maurice Sachs, écrivain, juif, collaborateur.

·         Lucien Rebatet, romancier

·         Louis-Ferdinand Céline, écrivain pacifiste.

·         Jean-Paul Sartre, philosophe passif mais également résistant.

L’engagement militaire aux côtés des Allemands

·         La LVF

La Légion des volontaires français contre le bolchévisme fut une initiative privée des chefs des partis collaborationnistes parisiens en juillet 1941 et non pas une création du régime de Vichy. Mais le maréchal Pétain l’a encouragée publiquement à sa création (par exemple en novembre 1941) avant d’adopter une attitude plus prudente par la suite. La LVF fut reconnue d’utilité publique et Pétain déclara que ses soldats détenaient « une part de notre honneur militaire ». Ceux-ci prêtaient serment de fidélité personnelle à Adolf Hitler.

·         La Waffen SS française

La constitution d’une Waffen-SS française (unité militaire de la SS) fut autorisée par le régime de Vichy en juillet 1943.

·         La phalange africaine

En réaction du débarquement allié en Afrique du Nord (Opération Torch), le gouvernement français veut envoyer une force militaire en Tunisie. Les amirauxDerrien et Esteva restent fidèles au maréchal qui a demandé aux forces militaires d’Afrique du Nord de résister contre les alliés.

Autres personnalités ayant joué un rôle important dans la collaboration

·         Pierre-Louis Brice, patron de l’entreprise Sainrapt et Brice

·         Jean-Marie Clamamus, premier sénateur communiste français et maire de Bobigny

·         Gaston Bergery, député radical-socialiste

·         Louis Darquier de Pellepoix, commissaire général aux affaires juives à partir de mai 1942

·         Maurice Gabolde, garde des Sceaux

·         Pierre Galien, adjoint de Darquier de Pellepoix

·         Étienne Leandri (porte l’uniforme de la Gestapo)

·         Jean Leguay, représentant de René Bousquet à Paris

·         Maurice Papon secrétaire général de la préfecture de la Gironde chargé des affaires juives

·         André Pascal, député communiste de Paris

·         Simon Sabiani, adjoint du maire de Marseille pendant l’entre-deux-guerres puis maire par intérim

·         Xavier Vallat commissariat général aux questions juives jusqu’en mai 1942

La Collaboration privée

La collaboration d’ordre privée, même si elle est encouragée par des déclarations du régime de Vichy, est celle qui relève de l’initiative privée en particulier dans l’activité professionnelle (le collaborationnisme politique est traité plus haut). Des degrés de responsabilité particuliers peuvent être dégagés : les chefs d’entreprise (en raison des implications collectives des décisions qu’ils prennent) et les artistes et « vedettes » (en raison de l’exemple que constitue leur conduite).

·         Louis Renault a été accusé à la Libération de collaboration avec l’armée allemande. Les usines Renault (Groupe) furent confisquées et nationalisées sous ce motif.

·         Gnome et Rhône fournissait des moteurs d’avions à l’Allemagne. Elle fut nationalisée à la Libération pour faits de collaboration et deviendra la Snecma (actuelle société Safran).

·         Marius Berliet est condamné, en 1946, à deux ans de prison et à la confiscation de ses biens par la Cour de justice de Lyon pour collaboration avec l’occupant. On lui reproche de s’être empressé de fabriquer des camions pour l’armée allemande, d’avoir la Résistance (refus des sabotages internes). Il est aussi accusé d’avoir livré l’un de ses ouvriers à la Gestapo par l’intermédiaire d’un responsable de la sécurité de l’usine milicien, ce qui sera confirmé au cours du procès Lehideux.

·         En mai 1941, après les premières arrestations de Juifs, l’entreprisePhotomaton propose ses services à l’occupant : « Nous pensons que le rassemblement de certaines catégories d’individus de race juive dans des camps de concentration aura pour conséquence administrative la constitution d’un dossier, d’une fiche ou carte, etc. Spécialistes des questions ayant trait à l’« identité », nous nous permettons d’attirer particulièrement votre attention sur l’intérêt que présentent nos machines automatiques Photomaton susceptibles de photographier un millier de personnes en six poses et ce en une journée ordinaire de travail. »

·         Des entreprises du BTP (comme Sainrapt et Brice) et des cimenteriesont participés à la construction du mur de l’Atlantique et d’ouvrages bétonnés effectués par l’organisation Todt…

·         La Banque Worms, bien introduite au sein du régime de Vichy, avec notamment Jacques Barnaud (1893-1962), responsable des relations économique franco-allemandes et Pierre Pucheu 

·          

Collaboration artistique

Des hommes et des femmes du monde du spectacle (par exemple Sacha Guitry ou Arletty) se virent reprocher une attitude de collaboration parce qu’ils avaient, pendant l’Occupation, entretenu des relations pour le moins cordiales avec l’occupant. De fait, si nombre d’artistes (comme Ray Ventura) avaient émigré à cette époque, un certain nombre d’autres ont — pour reprendre l’expression de Guitry —continué à exercer leur métier. Il n’en reste pas moins que plus d’une personnalité des arts et des spectacles ne manifesta aucun état d’âme particulier à s’afficher régulièrement aux côtés des Allemands, et que ceux-ci furent largement mêlés pendant quatre ans à la vie d’un Tout-Paris pas toujours regardant. La boutade prêtée à la comédienne Arletty est restée célèbre : « Mon cœur est à la France, mais mon cul est international ».

De plus, les nazis voulaient faire de Paris une préfecture de la frivolité (treize bordels réservés aux Allemands) et des loisirs de masse, une des manières de résister à cette décadence pour certains artistes était de maintenir un certain niveau de culture (théâtre, opéra) en contradiction avec les désirs triviaux de l’occupant.

Enfin, la politique allemande visait à briser l’hégémonie culturelle française et en faire la région agricole de l’Europe, favorisant le régionalisme littéraire développé par Vichy.

Libération et épuration

Les nouveaux pouvoirs issus de la Résistance intérieure et du GPRF mirent fin aux violences spontanées et procédèrent à l’épuration judiciaire. Les excès de l’« épuration sauvage » n’ont pas dégénéré dans un « bain de sang » général. Mais, avant que les cours de justice et chambres civiques soient créées et installées, et parfois après, les résistants et les populations s’en prennent aux collaborateurs. Cette épuration extrajudiciaire, ou « épuration sauvage », vise principalement des collaborateurs avérés, notamment les miliciens de Darnand, ou des militants de partis collaborationnistes. Elle a également lieu à la Libération à la faveur des mouvements de foules, où la joie et le désir de vengeance se mêlent. Les femmes ayant collaboré sont tondues (20 000 au total), à la Libération, mais aussi au printemps 1945, au retour des camps. Les exécutions extrajudiciaires de collaborateurs, ou considérés comme tels, sont l’objet d’une légende noire où les chiffres deviennent de vrais arguments dans les tentatives de réhabilitation de certains. Cependant même si les dérapages et les actions de pur banditisme existent (Maquis Le Coz), toutes les exécutions « extralégales » ne sont pas empreintes d’injustice.

Par la suite l’épuration judiciaire prend le relais. Elle s’exerce par l’entremise de tribunaux d’exception : la Haute cour de justice, les cours de justice, et les chambres civiques pour les actions non réprimées par le code pénal. L’épuration touche tous les secteurs d’activité et toutes les couches de la société.

Le cinquantenaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, au milieu des années 1990, fut l’occasion de nombreuses études permettant d’éclairer d’une lumière nouvelle cette période extraordinaire, au sens propre du terme, qu’est la Libération. Ce fut également le moment de synthétiser l’ensemble des travaux concernant la période. Ainsi, l’épuration extrajudiciaire entraîna la mort de 10 000 personnes, la tonte de 20 000 « horizontales ». L’épuration légale concerna plus de 300 000 dossiers, dont 127 000 entraînent des jugements, ce qui donne 97 000 condamnés. Les peines allant de 5 ans de dégradation nationale à la peine de mort. Soucieux de réduire rapidement la fracture entre les Français, le gouvernement de la République française vota trois amnisties pour les épurés, dès 1947, puis en 1951 et 1953.

L’épuration est très rapidement un sujet polémique. Les premiers à écrire sur le sujet sont les épurés eux-mêmes ou les épurateurs. Ce qui ne favorise pas la neutralité des propos. De plus, les journaux d’extrême-droite et les anciens vichystes ou leurs avocats relaient la « légende noire » de l’épuration : massacres, chiffres farfelus. Cependant, les dernières enquêtes réalisées par le Comité d’Histoire de la Deuxième Guerre mondiale (CHGM) et son successeur, l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP), donnent pour 84 départements (sur 90 en 1945) le chiffre de 8 775 exécutions sommaires lors de l’épuration extrajudiciaire, auxquels il faut ajouter les condamnés à mort par la Haute cour de justice et les cours de justice (791 ou 767 suivant les enquêtes), et par les cours martiales (769 pour 77 départements selon l’IHTP). L’épuration aurait donc fait entre 10 000 et 11 000 morts.

En valeur absolue, moins de Français furent internés que dans les Pays-Bas. Moins d’un Français sur 1 000 fut interné ou arrêté, ce qui reste très en dessous des taux du Danemark, de la Norvège, de la Belgique et des Pays-Bas. Plus de 1 500 condamnés à mort furent exécutés, cependant deux condamnations sur trois à la peine capitale furent commuées, taux le plus élevé d’Europe occidentale.

Les collabos de la seconde guerre mondiale

 

Philippe Pétain, né le 24 avril 1856 à Cauchy-à-la-Tour (Pas-de-Calais) et mort le 23 juillet 1951 à Port-Joinville, sur L’Ile-D’yeu, est un militaire, diplomate, homme politique, et homme d’État français. Rappelé au gouvernement le 17 mai 1940 au moment de l’invasion allemande, il s’oppose à la poursuite d’une guerre qu’il considère comme perdue et dont il impute bientôt la responsabilité au régime républicain. Chef de file des partisans de l’arrêt des combats, il devient président du Conseil en remplacement de Paul Reynaud le soir du 16 juin et appelle, dès le 17, à cesser le combat. Il fait signer l’armistice du 22 juin 1940 avec l’Allemagne d’Adolf Hitler, retirant la France du conflit. Jugé à la Libération pour intelligence avec l’ennemi et haute trahison par la Haute Cour de justice, il est, par arrêt du 15 août 1945, frappé d’indignité nationale, condamné à la confiscation de ses biens et à la peine de mort, la cour recommandant la non-application de cette dernière en raison de son grand âge. Sa peine est commuée en emprisonnement à perpétuité par le général de Gaulle, chef du Gouvernement provisoire de la République. Il meurt en détention sur l’île d’Yeu, où il est inhumé.

 

Marcel Déat, né à Guérigny (Nièvre) le 7 mars 1894 et mort à San Vito, près de Turin, le 5 janvier 1955, est un homme politique français, socialiste, puis néo-socialiste, et collaborationniste. Normalien, journaliste et intellectuel, il est député SFIO de 1926 à 1928 et de 1932 à 1936. En 1933, il est exclu du parti pour ses doctrines de plus en plus autoritaristes, ses positions d’union nationale et de soutien au cabinet Daladier. Il participe à la création le 5 novembre 1933 du Parti socialiste de France et devient le chef de file des néo-socialistes, séduits de plus en plus par les modèles fascistes. Ministre de l’Air en 1936, dans le cabinet Sarraut, député « rassemblement anticommuniste » en 1939, il devient le fondateur en 1941 du Rassemblement national populaire, parti collaborationniste, qui se déclare socialiste et européen. Il termine sa carrière politique en 1944 comme ministre du Travail et de la Solidarité nationale dans le gouvernement de Vichy, et s’enfuit à Sigmaringen avec le dernier carré des ultra-collaborationnistes, puis en Italie.

Jacques Doriot (Bresles dans l’Oise 1898 – Mengen, dans le Wurtemberg, en Allemagne, 1945) est un homme politique et journaliste français, communiste puis fasciste. Il fut pendant la Seconde Guerre mondiale l’une des figures de proue du collaborationnisme. Après son départ du Parti communiste français, il fonda le Parti populaire français, qui fut durant l’Occupation allemande l’un des deux principaux partis français de la Collaboration.

René Château (1906-1970), connu aussi sous le pseudonyme de Jean-

Pierre Abel, est un philosophe, militant radical-socialiste et collaborateur français.

Ligue de la pensée française, fondée en 1942 par René Château, ancien député radical-socialiste. Le mouvement le plus étonnant, constitué de sincères intellectuels républicains favorables à la Collaboration pour que, en échange, l’Allemagne permette à la France de rétablir la République.

Gustave Hervé (Brest 1871-Paris 1944) est un homme politique socialiste puis fasciste français. Divers témoignages font ressortir qu’il se détacha du pétainisme et de ses appels à une réconciliation avec l’Allemagne : son journal fut supprimé dès juin 1940 et ses activités lui valurent d’être inquiété par la police française et par la Gestapo. Il décède en octobre 1944.

Marcel Bucard est un homme politique français né le 7 décembre 1895 à Saint-Clair-sur-Epte (Seine-et-Oise) et exécuté le 19 mars 1946 au fort de Châtillon (Seine). En 1941, Bucard se range du côté de la Collaboration et reforme une nouvelle fois son mouvement, sous le nom de Parti franciste. C’est un des cofondateurs de la Légion des volontaires français contre le bolchevisme (LVF), mais interdit à ses militants de l’intégrer lorsqu’il apprend que l’uniforme est celui de la Wehrmacht. Il ne tient cependant qu’un rôle limité sous l’Occupation, souffrant de ses anciennes blessures de guerre, pour lesquelles il sera opéré à deux reprises.

Eugène Antoine Deloncle est né à Brest (Finistère) le 20 juin 1890. Sur beaucoup de documents officiels son prénom est Antoine. Il est assassiné par la Gestapo, à Paris, le 7 janvier 1944 (à l'âge de 53 ans).

 

 

C'est un homme brillant : Polytechnicien, major de l'Ecole du Génie maritime et un homme d'ordre, un orléaniste. Ce Condottiere des temps modernes, féru d'histoire des sociétés secrètes et d'ésotérisme, est aussi un maître conspirateur acharné. Ancien combattant de la Première Guerre mondiale, il quitte l'Action française en 1935, pour fonder son propre organisation, le Comité Secret d'action révolutionnaire (C.S.A.R.), plus connu sous le nom de ''La Cagoule''. Au début de la Seconde Guerre mondiale, Deloncle créé un mouvement soutenant la France de Vichy et Philippe Pétain, le Mouvement Révolutionnaire Social (Mouvement social-révolutionnaire) M.S.R.. Ensuite, il se rapproche du Rassemblement national populaire (R.N.P.) de Marcel Déat, mais entre en conflit avec celui-ci en mai 1942.

La participation de Deloncle aux complots de Canaris et l'Abwehr, pour assassiner Hitler fait de lui un ennemi de la Gestapo. Des nazis le tuent et blessent son fils. Le reste de sa famille est emprisonné à Fresnes. ''La Cagoule'' a beaucoup de ses membres tués par les nazis. Les survivants quand ils reviennent de déportation sont emprisonnés. est un homme politique français, né à Brest (Finistère) le 20 juin 1890 et mort à Paris le 7 janvier 1944 (à 53 ans), cofondateur de La Cagoule en 1935.Fin 1940, Eugène Deloncle crée le Mouvement social révolutionnaire pour la Révolution nationale (MSR), soutenant le maréchal Pétain, puis, par le Rassemblement national populaire, se rapproche de Marcel Déat. Les intrigues entre les deux hommes ont raison de cette alliance et Deloncle est exclu en mai 1942. Il collabore aussi avec l’amiral Wilhelm Canaris, qui dirige le contre-espionnage militaire allemand.

Le 7 janvier 1944, Deloncle est assassiné

 

Charles Spinasse est un homme politique français né le 22 octobre 1893 à Égletons (Corrèze) et mort le 9 août 1979 à Rosiers-d’Égletons (Corrèze). Le 6 juillet 1940, devant de nombreux parlementaires réunis à Vichy, il plaide en faveur d’un changement de régime dans un sens autoritaire, et proclame son appui à la poli

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