Attention manipulation ! Syrie ou l’humanisme à géométrie variable

Publié le par Bernard Gasnot

Vous les entendez ces bien-pensants sévir sur les ondes et dans les sites MMS, dégoulinants d’un humanisme soudain parce qu’il arrange la stratégie de l’Empire ?

Ne vous laissez pas avoir par ces écœurantes manœuvres. Oui , la guerre est cruelle, destructrice pour les êtres et les biens. Oui, c’est une horreur. Mais cette horreur n’est pas à géométrie variable comme on tente de nous le faire croire. Il n’y a pas de guerres humanistes, pas de « frappes chirurgicales », pas de bons bombardements et de mauvais bombardements. La guerre est atroce par nature, même lorsqu’elle est inévitable, et ceux qui la déclenchent pour faire semblant ensuite d’en découvrir les drames sont de foutus salauds.

On est entrain une fois de plus de nous enfumer derrière le rideau d’un humanisme instrumentalisé. Ce n’est que quand l’Empire est en difficulté qu’il use de cet argument.

Celui-ci n’a-t-il jamais gêné les alliés en 44 ?

C’est avec des moyens totalement « classiques » que les fers de lance de la civilisation ont massacré des populations uniquement civiles : – bombardements de Hambourg en juillet 1943 : 50 000 morts ; – bombardement de Tokyo en mars 1945 : 80 000 morts ; – bombardement de Dresde les 13 et 14 févriers 1945 :250 000 morts. Ce dernier bombardement est particulièrement significatif. À Dresde il n’y avait ni concentration militaire, ni objectif économique ou industriel. Il y avait surtout des réfugiés venant des autres villes qui avaient déjà été rasées. En outre, la guerre était déjà gagnée par les Alliés.

Au Japon, (227 000 morts civils) au Vietnam entre 500 000 et 1 million 200 000 , pour résumer, 4 millions de morts (publié en 2015) du fait des guerres occidentales au moyen-orient :

1ere Guerre du golfe (1991) : 200 000 morts en Irak

Sanctions brutales contre l’Irak (1993-2001) : 1 700 000 morts en Irak “Guerre contre le terrorisme” (2001-2014) : 1 300 000 morts : 1 000 000 de morts en Irak , 220 000 en Afghanistan (estimation basse, d’autres sont bien plus importantes), 80 000 au Pakistan ; Yémen et autres pays non étudiés.

(Lybie : 30 000 bombes – 60 000 morts) – Syrie, nous n’aurons les vrais chiffres qu’à la fin du conflit. Leur nombre s’élèverait autour des 450 000 actuellement.

Les alliés de l’Empire réclament-ils que les Saoud soient jugés pour crime de guerre au Yemen ? Ou Israël pour Gaza ?

Interrogez les ex-yougoslaves sur ce qu’ils pensent du « droit d’ingérence international eux qui ont vu leur pays dépecé (300.000 morts dont les 2/3 civils), demandez à nos vieux qui ont subi les vagues du débarquement sur nos côtes, ce qu’ils pensent de de la guerre « humaniste »

Pardonnez moi, mais de l’humanisme comme ça, je ne me le colle même pas où je pense, j’aurais peur de me salir !

Syrie : à quoi s’attendaient-ils ?

La guerre livrée à la Syrie passera, sans nul doute, comme la plus grande tragédie de ce début du XXIe siècle ! Comment pourrait-il en être autrement au regard des effroyables massacres qui marquent ce pays depuis plus de cinq ans ? A qui jeter la pierre ?

Personne en fait ne sort indemne de ce drame, commandité par ceux-là qui aujourd’hui crient au crime et jouent aux redresseurs de tort. Il se trouve que la Grande-Bretagne, la France (impérialistes d’hier) et les Etats-Unis (héritiers de l’impérialisme British) qui – dans le sillage du pseudo-printemps arabe – avaient allumé les feux de la discorde en Syrie, s’émeuvent des dimensions hallucinantes prises par le conflit. A quoi s’attendaient-ils quand ils ont déclenché la guerre « civile » en Syrie ?

Non Messieurs ! Cela ne peut passer. Ayez un peu de décence, face aux morts – des milliers de femmes et d’enfants, notamment, tués de votre fait – qui jonchent les rues des villes syriennes, sur lesquels vous versez des larmes de crocodile.

Vous qui, aujourd’hui, criez à l’assassin, vous avez commencé cette guerre inique imposée au peuple syrien en 2011. C’est encore cette troïka qui, dans un communiqué commun avec l’Union européenne, jugeait samedi dernier, que « le rétablissement d’une trêve en Syrie dépendait de la Russie » allant plus loin en traitant les Russes de « barbares ».

Et ce sont donc les pyromanes qui ont mis le feu aux poudres en Syrie – qui avaient déjà envahi et détruit l’Irak – qui parlent de « crimes de guerre » et réclament à la Russie d’éteindre l’incendie ? Est-ce aussi simple que cela ? Qui se soucie du peuple syrien ?

D’ailleurs, l’hétéroclite opposition syrienne dite « modérée » (qui n’existe que du fait du soutien multiforme des Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Qatar et Arabie saoudite en particulier) se plaignait samedi du silence de la « communauté internationale » (entendre la troïka citée plus haut) face aux carnages d’Alep. En réalité, personne n’est sauf du drame qui frappe la Syrie et surtout pas ceux qui évoquent aujourd’hui le droit international.

Que ne l’ont-ils pas fait quand les Etats-Unis massacraient les Irakiens, quand Israël abattait froidement des centaines de Palestiniens ?

Le drame de la Syrie, c’est d’abord ceux qui, débordant le droit international qu’ils invoquent, ont décidé de se « débarrasse » du président syrien, Bachar al-Assad, quitte pour cela à détruire le pays.

L’émergence de la rébellion armée en Syrie a été suscitée par ceux-là qui crient au crime. L’apparition du groupe terroriste « État islamique » est aussi due aux efforts des Etats-Unis de contrôler militairement et économiquement le Moyen-Orient. Il est d’ailleurs curieux de constater que chaque fois que la rébellion ou les jihadistes sont en difficulté, la troïka fait chorus, convoque le Conseil de sécurité, rameute le ban et l’arrière-ban de la société internationale.

Ainsi, quand ils ont donné le feu vert à la rébellion en Syrie, ils estimaient que Bachar al-Assad serait « dégagé » à l’instar de ses pairs tunisien, égyptien, libyen et yéménite. Or, le régime syrien résiste et rend coup pour coup. De fait, la rébellion créée et soutenue par la troïka occidentale a été balayée par l’armée syrienne qui, depuis 2013, combat en fait les groupes islamistes et jihadistes (une dizaine) dont Jabhat al-Nosra (rebaptisée « Fath al-Cham ») et Daesh.

Ce sont ces islamistes retranchés dans des quartiers d’Alep que l’armée syrienne combat. C’est dans ces quartiers que, effectivement, l’horreur prend les proportions de l’holocauste. A qui la faute ? Les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la France n’ont-ils donc rien sur la conscience de ce qu’il advient au peuple syrien ? Quel pays accepterait que des armées étrangères se battent sur son territoire sans son accord ?

Or les forces spéciales états-uniennes interviennent directement, aux côtés des FDS (forces arabo-kurdes) sur le territoire syrien, des chars turcs dans le nord de la Syrie, donnent à cette guerre une dangereuse ampleur internationale. Si les forces, russes, iraniennes et le Hezbollah libanais, appuient l’armée syrienne (à la demande du gouvernement syrien) il n’en est rien pour les États-Unis et la Turquie, dont la présence de troupes en Syrie est une flagrante déclaration de guerre qui ne dit pas son nom.

En fait, ce qui se passe en Syrie – avec l’engagement direct de trois impérialismes – illustre la nouvelle donne de la mondialisation qui prétend domestiquer les Etats et les formater à la dévotion des puissants. Ceux qui ne se soumettent pas, sont candidats à la destruction de leur pays. Il y eut l’exemple irakien.

Toutefois, le retour de la Russie au premier plan a brouillé les cartes et les plans au pays du Cham. Ce qui devait être une formalité pour la troïka, qui a instrumentlisé le « printemps syrien », s’est mué en cauchemar, avec des conséquences effroyables pour le peuple syrien.

Où est le droit international dans ce chaos organisé ?

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