2 l’histoire sous bonne influence Christophe Colomb et la civilisation occidentale,

Publié le par Bernard Gasnot

« Un homme vivant seul répond à une frappe à sa porte. Devant lui se tient Tyrannie, armée et toute puissante qui lui demande: ‘Te soumettras-tu ?’ L’homme ne répond pas et la laisse entrer. L’homme la sert durant des années, puis Tyrannie devient malade par empoisonnement de sa nourriture. Elle finit par mourir. L’homme ouvre alors sa porte, se débarrasse du corps encore chaud, retourne dans sa maison, ferme la porte derrière lui et dit: ‘Non ! »

« Je pense que le pouvoir de la tyrannie est surestimé (pas dans le court terme mais sur le long terme) et comment elle peut être surmontée par l’unification, la détermination de gens en apparence sans pouvoir et faibles, comme cela s’est passé dans le sud des Etats-Unis… La guerre n’est pas inévitable, peu importe sa persistance dans l’histoire,  elle ne vient pas de quelque besoin naturel de l’humain; elle est fabriquée par les leaders politiques des humains, qui doivent ensuite produire des efforts extrêmes de propagande, de mensonge, de coercition, pour mobiliser une population toujours réfractaire à entrer en guerre. »

— Bertold Brecht —

 « J’ai commencé à vraiment comprendre certaines choses sur l’anarchisme dans les années 1960, en lisant l’autobiographie d’Emma Goldman, en lisant Alexandre Berkman, Pierre Kropotkine et Michel Bakounine. L’anarchisme veut dire pour moi une société où vous avez une véritable organisation démocratique de la société, tant dans la prise de décision politique, que dans l’économie où l’autorité du capitalisme n’existe plus… Les gens auraient une véritable décision de leur destinée, dans laquelle ils ne seraient plus forcés de choisir entre deux partis politiques, qui ne représentent en rien les intérêts du peuple. Je vois donc l’anarchisme comme un moyen de démocratie politique et économique et ce dans le meilleur sens du terme. »

George H. W. Bush ( le père), déclara en acceptant sa nomination présidentielle en 1988: “Ceci a été appelé le siècle américain parce que nous sommes la force dominante du bien dans le monde… Maintenant nous sommes à l’orée d’un nouveau siècle et de quel pays ce siècle à venir sera-t-il ? Je dis que ce sera un nouveau siècle américain !”Quelle arrogance d’anticiper déjà que le XXIème siècle serait aussi américain, autant que celui de n’importe quelle autre nation, alors que nous devrions nous éloigner des tendances psychopathes du XXème siècle. Bush devait sans doute se prendre pour le nouveau Colomb, “découvrant” et plantant le drapeau de son pays sur un nouveau monde, parce qu’il appela pour une base et colonie américaine sur la lune, tôt ce prochain siècle et provisionna une mission pour Mars en 2019.

Le “patriotisme” que Chauncey Depew invoquait en célébrant Colomb, était profondément lié à la notion d’infériorité des peuples conquis. Les attaques de Colomb sur les indiens furent justifiées par le statut de sous-hommes des natifs. La prise du Texas et de la moitié du territoire mexicain juste avant la guerre civile furent faite avec le même rationnel raciste. Sam Houston, le premier gouverneur de l’état du Texas proclama: “La race anglo-saxonne doit dominer toute l’extrémité sud de ce vaste continent. Les Mexicains ne sont pas mieux que les Indiens et je ne vois aucune raison pourquoi nous ne devrions pas nous saisir de leur terre.”

Au début du XXème siècle, la violence du nouvel expansionisme américain dans les Caraïbes et dans le Pacifique fut acceptée parce que nous gérions ces situations contre des êtres inférieurs. En 1900, Depew, maintenant un sénateur au congrès, fit encore un discours au Carnegie Hall, cette fois-ci afin de soutenir Theodore Roosevelt pour la présidence. Célébrant la conquête des Philippines comme le début de l’invasion de la Chine et plus, il proclama: “Les canons de Dewey dans la baie de Manille furent entendus à travers l’Asie et l’Afrique, ils ont résonné à travers le palace à Pékin et amené aux esprits orientaux une nouvelle grosse puissance parmi les nations occidentales. Nous, ainsi que les pays d’Europe, avons à cœur d’entrer les marchés illimités de l’Orient… Ces gens ne respectent rien d’autre que la puissance. Je pense que les Philippines vont être une source potentielle de marchés et une source de richesse.”  Theodore Roosevelt qui figure en bonne place dans la liste sans fin de nos “grands présidents” et dont le visage est un de ceux qui ont été sculptés dans la roche de Mount Rushmore dans le Dakota du sud, aux côtés des visages de Washington, Jefferson et Lincoln, appela l’échec de l’annexion d’Hawaii en 1893: “un crime contre la civilisation blanche”.

Dans son livre; “A Strenuous Life”, Roosevelt écrivit: “Bien sûr que notre entière histoire nationale a été celle de l’expansionisme… Que les barbares battent en retraite ou soient conquis est seulement dû à la puissance des races civilisées qui n’ont pas perdues leur instinct de combat. “Un officier de l’armée stationné aux Philippines le dit même de manière plus crue: “Il  n’y a aucune raison de mâcher ses mots… Nous avons exterminé les indiens d’Amérique et je pense que la plupart d’entre nous en sommes fiers et nous ne devons avoir aucun scrupule quant à l’extermination d’une autre race si elle se met sur le chemin du progrès et de la lumière si cela est nécessaire…” L’historien officiel des Indes (nouveau monde) du début du XVIème siècle, Fernandez de Oviedo, ne nia pas ce que firent les conquistadores aux natifs. Il décrivit “des morts inombrables et cruelles, aussi nombreuses que les étoiles”. Mais ceci devenait acceptable, parce que “l’utilisation de la poudre à canons contre les païens est pour faire une offrande à Dieu”… (On se rappelle également la décision du président McKinley d’envoyer l’armée et la marine prendre les Philippines en disant que cela était le devoir des Etats-Unis que de “christianiser et civiliser” les Philippins). Contre la plaidoirie de Las Casas pour sauver les indiens, le théologien Juan Gines de Sepulveda déclara: “Comment pouvons-nous douter un seul instant que ces gens, si barbares, si contaminés par leurs pêchés et leurs obscénités, ont été injustement conquis.”

En 1531, Sepulveda visita son ancienne université en Espagne et fut choqué par les étudiants qui protestaient contre la guerre de l’Espagne contre la Turquie. Les étudiants scandaient: “Toutes les guerres sont en contraste avec la religion catholique.” Ceci l’inspira pour écrire une défense philosophique du traitement des indiens par les Espagnols. Il y cita Aristote qui écrivit dans “La politique”, que certaines personnes étaient “esclaves par nature”, qu’ils “seraient chassés comme des animaux sauvages afin de les amener à un mode de vie correct.” Las Casas lui répondit en ces termes: “Fi d’Aristote puisque nous avons les commandements de notre Christ: ‘Tu aimeras ton prochain comme toi-même’”. La déshumanisation de l’ennemi a été un compagnon nécessaire des guerres de conquête. Il est plus facile d’expliquer des atrocités commises si elles sont commises contre des infidèles ou des personnes d’une “race inférieure”. L’esclavage et la ségrégation raciale dans l’impérialisme états-unien et européen en Asie et en Afrique furent justifiés de cette façon. Les bombardements américains de villages vietnamiens, les missions de recherche et de destruction et le massacre de My Lai ont été rendus agréables à leurs perpétrateurs par la simple idée que les victimes n’étaient en fait pas humaines. C’étaient des “niakoués” ou des “communistes” et ils méritaient ce qu’ils recevaient.

Durant la guerre du Golfe, la déshumanisation des Irakiens consistaient à ne même pas reconnaître leurs existences. Nous ne bombardions pas des femmes et des enfants, nous ne bombardions pas de jeunes hommes irakiens ordinaires qui s’enfuyaient ou se rendaient. Nous agissions contre un monstre à la Hitler, Saddam Hussein, bien que les gens que nous massacrions étaient en fait les victimes irakiennes de ce monstre. Lorsqu’on demanda au général Colin Powell ce qu’il pensait des pertes irakiennes, il répondit que cela “n’était pas vraiment un sujet de grand intérêt ou d’importance”. Les citoyens américains acceptèrent les violences et atrocités commises en Irak parce que les Irakiens furent rendus invisibles, parce que les Etats-Unis n’utilisaient que des “bombes intelligentes”. Les médias de masse ignorèrent complètement les pertes énormes irakiennes, ignorèrent totalement les rapports des équipes médicales de Harvard qui visitèrent l’Irak peu après la guerre et trouvèrent que des dizaines de milliers d’enfants irakiens mourraient parce que nous avions bombardé les réserves d’eau potable, résultant en une épidémie de maladies diverses.

Les célébrations entourant Christophe Colomb sont déclarées être des célébrations honorant non pas seulement ses exploits maritimes mais aussi le “progrès”, de son arrivée aux Bahamas au tout début de cette période tant adulée de 500 ans de “civilisation occidentale”. Ces concepts ont grandement besoin d’être réexaminés. On demanda un jour à Gandhi ce qu’il pensait de la civilisation occidentale, il répondit que “c’était une bonne idée”. L’objectif n’est pas de nier les bénéfices du “progrès” et de la “civilisation”, les avances dans le domaine technologique, de la connaissance, de la science, de la santé, de l’éducation et des standards de vie ; mais il y a une question qui doit être posée: Le progrès… Oui, mais à quel coût humain ? Le progrès se doit-il ne n’être mesuré qu’au moyen de statistiques sur le changement industriel et technologique achevé sans aucun égard aux conséquences de ce progrès sur les êtres humains ? Accepterions-nous une justification russe du règne de Staline, incluant l’énorme souffrance humaine causée, au compte qu’il fît de la Russie une grande nation industrielle ?

Je me souviens de mes cours d’histoire américaine de Lycée, quand on en arrivait à la période post-guerre civile( la guerre de sécession) jusqu’à en gros la première guerre mondiale, ceci était vu comme l’âge d’or, la période de la grande révolution industrielle, lorsque les Etats-Unis sont devenus un géant économique. Je me souviens de notre excitation d’apprendre la croissance énorme de notre industrie lourde et de notre industrie du pétrole, de l’avènement des grosses fortunes, du quadrillage du pays par les chemins de fer. On ne nous a rien dit du coût humain de ce grand progrès industriel, du comment l’énorme production de coton provenait des esclaves noirs, comment l’industrie de textile fut bâtie sur le travail de jeunes filles qui commençaient à travailler dans les usines à 12 ans et mourraient à 25, comment ces vénérés chemins de fer furent construits par des immigrants irlandais et chinois, qui furent littéralement tués au travail dans les fortes chaleurs de l’été et le froid intense de l’hiver, comment les travailleurs, immigrants et natifs devaient faire grève sur grève pour obtenir la journée de huit heures de travail, comment les enfants de la classe laborieuse vivant dans les bidonvilles des grandes villes devaient boire de l’eau polluée et comment ils mourraient jeunes de malnutrition et de maladies diverses. Tout ceci au nom du “progrès”.

Bien sûr il y a de gros bénéfices a l’industrialisation, à la science, à la technologie et à la médecine. Mais jusqu’ici, dans ces 500 ans de domination de la civilisation occidentale sur le reste du monde, la vaste majorité de ces bénéfices n’ont profité qu’à une toute petite portion de la race humaine. Des milliards de gens dans le tiers et quart mondes continuent de faire face à des famines régulières, au manque de logement, aux maladies et à la mort précoce de leurs enfants.

L’expédition de Colomb a t’elle marqué la transition de la sauvagerie à la civilisation ? Qu’en est-il de la civilisation des indiens, résultant de milliers d’années d’évolution bien avant que Colomb n’arrive ? Las Casas et bien d’autres s’émerveillèrent de l’esprit de partage et de la générosité qui étaient les marques des sociétés indiennes, le bâtiment communal dans lequel ils vivaient, leurs sensibilités esthétiques, l’égalité entre les hommes et les femmes. Les colons britanniques furent plus tard estomaqués de la démocratie réelle de la nation iroquoise, dont les tribus occupaient la vaste majorité des états de New York et de Pennsylvanie. L’historien américain décrivit la culture iroquoise de la sorte: “Aucune loi ou ordonnance, aucun sheriff ou officier de police, aucun juge ou jury, ou cour de justice ou prison, ne pouvaient être trouvés dans les terres boisées du nord-est avant l’arrivée des européens; et pourtant des limites de comportement acceptable étaient fermement établies. Tout en étant fier de favoriser l’individu autonome, les Iroquois maintenaient néanmoins un sens strict du bien et du mal…”

Dans le processus expansioniste vers l’Ouest de la nouvelle nation des Etats Unis d’Amérique, les terres des indiens furent volées et nous les avons tué lorsqu’ils ont résisté au pillage, nous avons détruit leur sources d’alimentation (le buffalo des plaines) et de fabrication de protection, nous les avons poussé vers des sections de plus en plus petites du pays et nous avons perpétré la destruction systématique des sociétés natives. Du temps de la guerre des Faucons Noirs (Black Hawks) dans les années 1830, une des centaines de guerres qui ont été faites contre les indiens d’Amérique du nord, Lewis Cass, le gouverneur du territoire du Michigan référa au fait de saisir des millions d’hectares de terre des indiens comme “étant le progrès de la civilisation”. Il déclara également qu’ “un peuple barbare ne peut pas vivre en contact avec une communauté civilisée.”

Nous pouvons toucher du doigt le niveau de “barbarie” auquel était les indiens, quand nous regardons les années 1880, quand le congrès des Etats-Unis prépara une législation pour briser le territoire communal sur lequel les indiens continuaient de vivre, en de toutes petites possessions privées, ce que certains appelleraient aujourd’hui avec fierté et admiration “privatisation”. Le sénateur Henry Dawes, auteur de la législation, visita la nation Cherokee et décrivit ce qu’il y trouva: “Il n’y avait pas une seule famille dans toute la nation Cherokee qui n’avait pas sa propre maison. Il n’y avait pas de pauvres dans cette nation, ni ne devait-elle un seul dollar… Elle avait bâti ses propres écoles et ses propres hôpitaux, Et pourtant le défaut du système n’était que par trop évident. Ils avaient été aussi loin qu’ils le pouvaient, parce qu’ils possédaient le terrain de manière commune… Il n’y a pas d’avantage à faire de votre maison une maison plus belle que celle votre voisin. Il n’y a pas d’égoïsme, qui est au fond du panier de la civilisation.”

Cet égoïsme au fin fond de la civilisation est connecté avec ce qui motiva Colomb et ce qui est le plus apprécié aujourd’hui, alors que les leaders politiques américains et les médias parlent du bien que ferait l’Occident à introduire la “motivation du profit” en URSS. Sûr, il y a quelques domaines pour lesquels il y a un avantage pour qu’un profit se dégage quand il aide au développement économique, mais cet avantage, dans l’histoire du “libre échange” occidental, a eu d’horribles conséquences. Il a mené au fil des siècles de “civilisation occidentale”, à un impérialisme sans scrupules et sans pitié.

Dans son roman “Au cœur des ténèbres”, écrit par Joseph Conrad dans les années 1890, après qu’il eut passé quelque temps dans le Congo supérieur en Afrique, l’auteur décrivit le travail effectué par les hommes noirs enchaînés au profit de l’homme blanc, qui n’était intéressé qu’en l’ivoire. Il écrivit: “Le mot ‘ivoire’ résonnait dans l’air, était murmuré, était soupiré. Vous auriez pu penser qu’il y avait des prières pour lui… Arracher le trésor des entrailles de la terre était leur désir profond, sans aucune raison morale derrière de plus que celle du cambrioleur fracassant un coffre-fort.” Le fil conducteur du profit à tout va, incontrôlé, a mené à une énorme souffrance humaine, exploitation, esclavage, cruauté sur les lieux de travail, conditions de travail dangereuses, travail juvénile, destruction de la terre et de la forêt et l’empoisonnement de l’air que nous respirons, de l’eau que nous buvons et des aliments que nous mangeons. Dans son autobiographie de 1933, le chef Luther Ours Debout écrivit ceci: “Il est vrai que l’homme blanc amena avec lui de grands changements. Mais les fruits variés de sa civilisation, bien que hauts en couleurs et appétissants, rendent malade et tuent. Si une part de la civilisation comprend de mutiler, de voler, et d’escroquer, alors qu’est-ce que le progrès ? Je vais oser dire que l’homme qui s’est assis sur le sol dans ce tipi, méditant sur la vie et sur sa signification, acceptant l’existence même de toutes les créatures pour elles-mêmes et reconnaissant l’unité avec l’univers des choses, infusait dans son être profond la véritable essence de toute civilisation.”

Les menaces actuelles sur l’environnement ont amené une reconsidération parmi les scientifiques et autres académiques de la valeur du “progrès” tel qu’il a été défini jusqu’ici. En Décembre 1991, il y eut une conférence de deux jours au MIT durant laquelle 50 scientifiques et historiens discutèrent de l’idée du progrès dans la pensée occidentale. Voici une petite partie du rapport de cette conférence publié par le Boston Globe:

“Dans un monde où les ressources sont gaspillées et l’environnement empoisonné, des participants à la conférence du MIT ont dit hier qu’il était grand temps que les gens repensent le problème en terme de durabilité et de stabilité plutôt qu’en termes de croissance et de progrès… Des feux d’articles verbaux et de chauds échanges qui parfois éruptèrent en joutes criardes ont ponctué les discussions entre des académiques du monde de l’économie, de la religion, de la médecine, de l’histoire et des sciences.” Un des participants, l’historien Léo Marx déclara que travailler vers une coexistence plus harmonieuse avec la nature est en soi un progrès, mais différent de celui plus traditionnel dans lequel les gens essaient de surclasser et de dominer la nature. En revenir à Christophe Colomb de manière plus critique est en fait lever toutes ces questions à propos du progrès, de la civilisation, de notre relation les uns avec les autres et notre relation avec le monde naturel. Vous avez probablement déja entendu tout comme moi, qu’il n’est pas bien de traiter l’histoire de Colomb comme nous le faisons. Ce que ces gens disent est en fait: “Vous prenez l’histoire de Colomb en dehors de son contexte, le regardant et le jugeant avec vos yeux de personne du XXème siècle. Vous ne devez pas surimposer vos valeurs actuelles sur des évènements qui ont eu lieu il y a plus de 500 ans. Ceci est anhistorique”. Je trouve cet argument très étrange. Ceci veut-il dire que la cruauté, l’exploitation, la veulerie, l’esclavagisme, et la violence contre des gens sans défense sont des valeurs tout à fait pécuniaires au XV et XVI ème siècles et que nous au XXème siècle sommes au delà de tout cela ? N’y a t’il pas certaines valeurs humaines qui sont communes au temps de Christophe Colomb et au notre ? La preuve de ceci est qu’à la fois à son époque et à la notre, il y a eu des esclavagistes et des exploiteurs et que dans les deux époques, il y a eu ceux qui protestaient contre cela, contre l’esclavage, l’exploitation et en faveur des droits de l’Homme.

Il est encourageant de voir qu’en cette année du cinq centième anniversaire, il y ait une vague de protestation sans précédent. La plupart de ces protestations sont faites par les indiens il est vrai, qui organisent des conférences et des réunions, qui s’engagent dans des actes de désobéissance civile, qui essaient d’éduquer le public américain sur ce qu’il s’est vraiment passé il y a 500 ans et ce que cela nous dit sur les problèmes de notre temps. Il est aussi très encourageant de voir qu’il y a une nouvelle génération d’enseignants dans nos écoles et que bon nombre d’entr’eux insistent pour que l’histoire de Christophe Colomb soit dite du point de vue des nations natives. A l’automne 1990, je fus appelé au téléphone par l’hôte d’une émission de télévision de Los Angeles qui voulait discuter de Colomb.. Egalement en ligne était un élève de lycée de cette ville du nom de Blake Lindsey. Qui avait insisté à prendre la parole devant la mairie de Los Angeles afin de s’opposer à la célébration du jour de Colomb. Elle leur expliqua le génocide commis par les Espagnols à l’encontre des indiens Arawak. La mairie ne répondit pas. Quelqu’un appela durant l’émission, se présentant comme une femme qui avait émigrée d’Haïti. Elle dit alors: “Cette fille a raison. Il n’y a plus de natifs à Haïti, dans notre dernier soulèvement contre notre gouvernement, les gens ont renversé la statue de C, Colomb et maintenant elle est dans la cave de la mairie de Port-au-Prince.” La correspondante finit par dire: “Pourquoi ne construisons-nous pas de statues pour les aborigènes” ?

Malgré tous les livres d’école toujours en usage, de plus en plus d’enseignants questionnent et de plus en plus d’élèves questionnent le sujet. Bill Bigelow rapporte sur la réaction de ses élèves après qu’il leur ait donné des lectures qui  contredisent les histoires traditionnelles. Un élève écrivit ceci: “En 1492, Colomb mis les voiles sur le grand océan… Toute cette histoire est aussi complète qu’un fromage suisse.” Un autre élève écrivit une critique de son livre d’histoire et l’envoya à l’éditeur du bouquin, Allyn and Bacon, en mettant à jour bon nombre d’omissions dans ce texte publié. Elle écrivit: “Je vais prendre un seul sujet du livre pour faire simple: Christophe Colomb ?” Un autre élève écrivit: “Il me semble évident que les éditeurs ont juste imprimé une histoire faite de gloriole supposée nous rendre plus patriotique envers notre pays… Ils veulent que nous regardions notre pays comme étant grand, puissant et ayant toujours raison… On nous ment.” Quand les élèves découvrent que dans leur toute première leçon d’histoire apprise au sujet de C. Colomb, on ne leur a pas dit la vérité, ceci mène à un scepticisme sain sur leur éducation historique. Une des élève de Bigelow, Rebecca écrivit: “Qu’est-ce que cela peut bien faire de savoir qui a découvert l’Amérique, vraiment ? Mais le fait de savoir qu’on m’a menti à ce sujet toute ma vie et qui sait sur quoi d’autre encore, me met vraiment, vraiment en colère !”

Ceci est un nouveau mode de pensée critique dans les écoles et dans les universités, qui semble faire peur à ceux qui ont glorifiés ce qu’on appelle la “civilisation occidentale”.

Le secrétaire d’état à l’éducation (Ministre de l’éducation aux Etats-Unis) de Ronald Reagan William Bennett, écrivit sur la civilisation occidentale en 1984, dans son “Rapport sur les sciences sociales dans l’éducation supérieure” comme étant: “Notre culture commune… ses plus hautes idées et aspirations.” Un des plus féroces défenseurs de la civilisation occidentale est le philosophe Allan Bloom qui écrivit son “Closing of the American Mind” dans un sentiment de panique envers ce que le mouvement social des années 1960 avait fait pour changer l’atmosphère éducative des universités américaines. Il eut peur des manifestations étudiantes dont il fut témoin a Cornell et qu’il vit comme étant une terrible interférence avec l’éducation. L’idée de Bloom concernant l’éducation est celle d’un groupe d’élèves d’une élite universitaire, étudiant Platon et Aristote et refusant de se laisser distraire dans leur contemplation par le bruit de l’extérieur émanant des étudiants manifestant contre le racisme ou protestant contre la guerre du Vietnam. Lorsque je lisais Bloom, cela me rappelait certains de mes collègues lorsque j’enseignais l’histoire dans un collège d’Atlanta en Georgie au moment du mouvement des droits civiques, ces mêmes professeurs qui dodelinaient de la tête lorsque nos étudiants quittaient leur salle de classe pour aller participer aux sit-ins en protestation de a ségrégation raciale et qui étaient arrêtés pour cela. Ces élèves négligeaient leur éducation, disaient-ils. En fait, ces élèves apprenaient plus en quelques semaines de participation aux luttes sociales en cours qu’ils ne le feraient en une ou deux années de classe. Quelle notion étriquée et mesquine de l’éducation ! Cela correspond parfaitement à cette vue de l’histoire qui insiste que la civilisation occidentale est le sommet de la réalisation humaine. Comme Bloom l’écrivit dans son livre “seulement dans les nations occidentales, celles influencées par la philosophie de la Grèce antique, y a t-il une volonté de douter de l’identification du bien avec sa propre voie et sa façon de faire.” Eh bien, si cette volonté de douter est la marque de fabrique de la philosophie grecque, alors Bloom et ses amis idolâtres de la civilisation occidentale sont ignorants de cette philosophie.

Si la civilisation occidentale est considérée comme étant le pinacle de la civilisation et du progrès humains, les Etats-unis sont le meilleur exemple de cette civilisation. Allan Bloom nous le dit encore: “Ceci est le moment américain dans l’histoire du monde… L’Amérique raconte une histoire: le progrès inéluctable et sans faille de la liberté et de l’égalité. De ses premiers colons et ses fondations politiques, il n’y a eu aucune dispute que la liberté et l’égalité sont l’essence même de la justice pour nous…” Oui, racontez cela aux afro-américains, aux natifs, aux sans-logis, à tous ceux sans sécurité sociale (des millions aujourd’hui aux Etats-Unis) et à toutes les victimes à l’étranger de la politique extérieure américaine, dites leur bien que “l’Amérique ne raconte qu’une histoire… Celle de la liberté et de l’égalité.”  La civilisation est complexe. Elle représente beaucoup de choses, certaines sont décentes, d’autres horribles. Nous devrions faire une pause judicieuse avant que de célébrer sans critique quand nous notons que Duke, le membre du Ku Klux Klan de Louisianne et ex-nazi dit que les gens l’ont mal compris: “le facteur prominent de ma pensée”, a t’il dit à des journalistes, “est mon amour sans bornes pour la civilisation occidentale.”

Nous qui insistons pour regarder l’histoire de Christophe Colomb de manière critique et en fait également regarder de cette manière tout ce qui touche à nos histoires traditionnelles, sommes souvent accusés d’insister sur le politiquement correct au détriment de la liberté d’expression. Je trouve cela très ambigu. Ce sont les gardiens des vieilles histoires, de l’histoire orthodoxe, qui refusent d’élargir le spectre des idées et d’accepter les nouveaux livres, les nouvelles approches, la nouvelle information, les nouvelles vues de l’histoire. Eux, qui croient encore en la doctrine du “libre-échange”, ne croient pas du tout en un libre-échange des idées, il n’y croient pas plus qu’en ce marché des libre-échanges de biens et de services. Ils veulent que le marché à la fois des biens et des idées soit toujours dominé par ceux qui ont toujours eu le pouvoir et la richesse. Ils s’inquiètent que si de nouvelles idées entre dans le marché, les gens commencent à repenser les arrangements sociaux qui nous ont donnés tant de souffrance, tant de violence, tant de guerres, ces cinq cents dernières années de “civilisation”.

Bien sûr nous avions tout cela avant que Colomb n’arrive dans cet hémisphère, mais les ressources étaient infimes, les gens étaient isolés les uns des autres et les possibilités n’étaient pas légion. Dans les dernièrs siècles néanmoins, le monde est devenu bien plus petit, nos possibilités pour crér une société décente ont été magnifiées d’autant et maintenant les raisons ou excuses pour la faim, l’ignorance, la violence et le racisme n’existent plus. En repensant notre histoire, nous ne faisons pas que regarder dans le passé, mais nous regardons le présent et nous essayons de le regarder du point de vue de ceux qui sont les laisser pour compte des bénéfices de cette soi-disant civilisation. Cela est très simple mais à la fois très signifiant, ce que nous essayons d’accomplir: essayer de regarder le monde d’un autre point de vue. Nous devons le faire alors que nous arrivons pas à pas dans le XXIème siècle, si nous voulons ce nouveau siècle être différent, si nous ne voulons pas qu’il soit un autre siècle américain ou siècle occidental, ou siècle blanc, ou siècle mâle, ou siècle de quelque nation ou quelque groupe que ce soit, mais simplement le siècle de la race humaine.

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