1 Les conditions de vie des parisiens a paris sous l'occupation allemande

Publié le par Bernard Gasnot

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2 De l'Occupation à la libération l'histoire de Paris pendant la Seconde Guerre Mondiale (1940-1944). Un exposé et des photos de la vie des parisiens sous l'emprise allemande jusqu'à l'arrivée des alliés.



Il n’est nul besoin d’épiloguer longuement sur ce constat indiscutable : durant l’Occupation, le parisien dépensa l’essentiel de son énergie à survivre et améliorer son ordinaire. Les contraintes militaires et le blocus strict maintenu par la flotte britannique sur les côtes françaises ont engendré une pénurie qu’aggravaient, évidemment, les prélèvements de l’Occupant. En France, la métropole parisienne est la première touchée par cette pénurie.

1.1. Rationnement

Pour gérer la pénurie, il fallait rationner. Le 23 septembre 1940 apparaissent les premières cartes de rationnement. Au 20 octobre était établie une classification en fonction des âges et des besoins alimentaires supposés. Désormais, on n’est plus bourgeois ou prolétaire, mais A et T.

Voici les catégories de rationnaires :

E : Enfants âgés de moins de 3ans.

J1 : Enfants âgés de 3 à 6 ans.

J2 : Enfants âgés de 6 à 13 ans.

J3 : Adolescents de 13 à 21 ans.

A : Consommateurs de 21 à 70 ans, ne se livrant pas à des travaux donnant droit aux catégories T ou C.

T : Travailleurs de force (de 21 à 70 ans). La carte T donne droit à des suppléments de pain, de viande, de vin, etc. Objet, à de titre, de biens des convoitises, elle est attribuée suivant des règles parfois incompréhensibles. Y ont droit ceux qui fabriquent des billards ou des armures de théâtre, mais non les fabricants de parapluies ; ceux qui travaillent dans une usine de conserves de poisson, mais non ceux qui sont employés par une usine de conserves de légumes ; ceux qui confectionnent des yeux de poupées, mais non les horlogers !

C : Consommateurs de plus de 21 ans se livrant à des travaux agricoles.

V : Consommateurs de plus de 70 ans.

   

 

 

 

 

 


Le gouvernement institue la carte nationale de priorité accordée aux mères de famille ayant au moins 4 enfants de moins de 16 ans, aux femmes enceintes et aux mères allaitant un enfant. Dans un très gros portefeuille, la mère de famille range donc, côte à côte, les cartes de vêtements et d’articles textiles, les cartes de famille, les cartes de tabac, de jardinage, de vin, les bons d’achat pour une veste de travail ou une culotte de bain, les coupons permettant l’acquisition d’une paire de chaussures et de produits détersifs, les tickets pour les articles de ménage

en fer et les articles d’écolier, etc.

 

Durant cette période, on assiste au phénomène de la queue, symbole de ces temps de misère : on s’y installait comme on aurait fait un salon. Faire la queue est devenu une sujétion, un divertissement, un métier.

 
Pour donner une apparence morale à la gestion de la pénurie, restaurants et cafés étaient astreints à des jours sans viande ou sans alcool.

Pendant cette période de misère, le rationnement de plus en plus sévère s’accompagnait du problème de chauffage. Les parisiens n’eurent vraiment pas de chance avec la météo : les hivers, tous ou presque, furent rudes avec les températures exceptionnellement basses, en 1940-41, il y a 70 jours de gel pendant lesquels le thermomètre atteignait couramment -14°C (on pouvait même skier sur les pentes de Montmartre en janvier). Par conséquent, une denrée rare et précieuse entre toutes : le boulet de charbon. Pendant l’hiver 1940, pas le moindre kilo n’était disponible sauf au marché noir. Ensuite, entre 1941 et 1944, on alloua par deux fois 3 tonnes de charbon par famille.

1.2. Différents types de ravitaillements

En 1938, un adulte consomme en moyenne 3,4 kg de bœuf par mois ; en mai 1941, un adulte A n’a droit qu’à 350 g par mois et en 1943, à 260 g par mois.

Peu de pain, pas de viande, et lorsque les fruits sont abondants, peu de sucre. « Je leur ferai bouffer la selle de leurs chevaux » disait Goering en parlant des français. Il y parvint presque, puisque, au début de 1944, un des restaurants universitaires de Paris affichait : « Jours pairs, rutabagas ; jours impairs, blettes » (ce sont des aliments très pauvres, de deuxième ou troisième qualité). Mais, un jour où l’autre, les ressources officielles, comme celles du troc, ne suffisent plus et les parisiens, qu'ils soient riches ou pauvres, font connaissance avec le marché noir.

Marché noir : marché clandestin où les objets sont vendus à un prix supérieur à la taxe.

Qui fait le marché noir ?
Peu ou prou, tout le monde. Celui qui vend comme celui qui achète au-dessus de la taxe. Dans une ville dominée par la faim, où ceux qui ont assez à manger manquent d’essence ou de chaussures, dans un pays où la taxe, fixée trop bas, prive les marchés de ravitaillement, où tout est rationné, le marché noir est l’affaire de la mère de famille, du lycéen, du militaire, de nos concitoyens, une image fidèle.
D’un trimestre à l’autre, parfois d’un mois à l’autre, ou d’une semaine à l’autre, les prix augmentent en fonction de l’ardeur de la répression, des difficultés d’approvisionnement et de transport, des aléas de production. Les salaires, eux, demeurent presque immuables.


Le système D n'est pas la panacée
Dans les faits, on a pu observer qu'une course de vitesse inégale était engagée entre les riches, qui pouvaient vivre presque aussi bien que par le passé, et le commun des mortels, qui essayait de s’en sortir grâce au système D. Ainsi, sur le marché noir, les parisiens moyens ne se procuraient que du pain, voire des pommes de terre.

Durant cette période, beaucoup se souviennent des cousins ou neveux paysans, de ceux qui ont abandonné un jour la Vendée ou les Landes pour le métro, la petite maison auvergnate pour la loge de concierge. Des paysans se retrouvent parents de citadins qui leur étaient encore totalement inconnus la veille. Les colis familiaux ne sont plus que l’antichambre du marché noir et l’on estime à 300 000 le nombre de parisiens qui en auront été quotidiennement les bénéficiaires. Entre le ravitaillement officiel, trop réduit, et le marché noir, trop cher, les colis familiaux constituent donc un appoint précieux.


Dans certains jardins publics, les clairières de Paris furent ensemencées et l’hippodrome de Saint-Cloud fut découpé en 600 jardins ouvriers. Certains cherchèrent à transformer leurs courettes en terrains cultivables et d’autres élevèrent des lapins sur les balcons. Bref avec le système D, les parisiens utilisent tous les moyens possibles permettant d'améliorer leurs conditions de vie difficiles.

1.3. Circulation dans Paris

La TCRP (Transports en Commun de la Région Parisienne) avait fort à faire pour transporter les parisiens. Aux heures de pointe, monter dans un de ces autobus à gaz, gonflés comme de gigantesques baudruches, relevait de l’exploit sportif. Il valait mieux tenter sa chance avec le métro, poumon souterrain de la capitale : 2 500 000 tickets en moyenne étaient délivrés quotidiennement dans le mois de février 1941, et 3 500 000 dans celui de novembre 1942. Plus d’un milliard de voyageurs a emprunté chaque année ces rames. Sans doute n’était-ce pas la joie de prendre d’assaut des voitures toujours bondées et d’en descendre en jouant des coudes, alors que les membres de la Wehrmacht voyageaient, eux, gratuitement en première classe. Il n’empêche que les stations et les couloirs étaient devenus les lieux fréquentés, signes d’une convivialité malgré les temps d’Occupation.

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Le premier produit rationné fut l’essence, l’arme stratégique par excellence dans cette guerre motorisée. Les parisiens furent rapidement réduits à la portion congrue : 1 000 m3 par mois (au lieu de 60 000 m3). Les véhicules français étaient réservés à l’administration, à certaines professions (les médecins notamment) et à celles ou à ceux qui avaient l’oreille de l’Occupant. Dans les tous débuts de l’Occupation, on vit surgir des voitures à bras de tout acabit ; la bicyclette allait prendre le relais ; les bruits de Paris ne sont plus ce qu’ils étaient.

Si vous aviez horreur du métro, vous pouviez héler un vélo taxi, une caisse peinte en bleu, en rouge ou en jaune pourvue à l’intérieur d’une banquette recouverte de coussins, le tout tiré par un homme musclé (ou supposé tel)  et arc-bouté sur un pédalier : le prix de la course n’était pas donné et il fallut en juillet 1941 réglementer cette profession qui devenait de plus en plus anarchique.

Le commun des mortels disposait d’une bicyclette qui devint par là même à nouveau la petite reine : en 1944 il y avait près de deux millions de bicyclettes. Il était nécessaire des les immatriculer. Les vélos neufs et un peu perfectionnés valaient presque le prix d’une petite voiture d’avant-guerre, tandis que les vieux clous les plus rafistolés étaient disponibles à partir de 2 500 francs (soit le salaire mensuel d’un ouvrier qualifié). 

1.4. Malgré des conditions de vie misérables, la vie continue

Il faisait si froid chez soi, pendant de longs mois, qu’il semblait préférable, les dimanches, de prendre l’air. On pouvait toujours, en matinée, s’offrir une place de cinéma ou de théâtre, en acceptant de faire la queue. Celles et ceux qui ne voulaient rien perdre des rayons du soleil arpentaient les grands boulevards où faisaient une longue halte dans les jardins publics, eux aussi très fréquentés. 


Quand les beaux jours revenaient, le parisien pouvait occuper son dimanche à se rendre en bicyclette « au bois ». Les plus sveltes barbotaient dans la piscine Deligny, qui ne désemplissait pas, ou sur la plage aménagée depuis l’exposition de 1937 près du pont d’Iéna.

La guerre, la captivité, le STO : autant de raisons qui firent chuter le taux de nuptialité. On se mariait moins, on divorçait moins ; il est vrai que les formalités pour rompre légalement une union étaient devenues beaucoup plus difficiles. Le taux de fécondité accuse, de son côté, une hausse significative à partir de 1943. Les démographes continuent de s’interroger sur sa signification : s'agit-il de séjours prolongés dans le lit conjugal pour échapper au froid ambiant ? Pareille explication, qui a été parfois avancée, paraît un peu courte ; une volonté d’assurer la descendance française envers et contre tout, ou l'espoir partagé qu’on allait sortir du tunnel de l’Occupation ? Peut-être.

Contrairement à d’autres pays, la France ne vit pas ses activités cinématographiques suspendues pendant la Seconde Guerre Mondiale. Au contraire, la production et l’exploitation connurent une certaine prospérité, et de nombreux cinéastes purent réaliser des films d’un intérêt certain. A Paris, en 1938, les recettes des cinémas étaient de 452 millions et atteignent 915 millions de francs à la fin 1943. Les théâtres parisiens font mieux encore : leurs recettes de 100 millions à la fin de 1938 ont triplé 5 ans plus tard. « L’occupation était une époque où tous les films marchaient car le cinéma tenait lieu de tout : de lieu de rencontre, d’endroit chauffé et éclairé, de moyen d’évasion, de départ en week-end » dira André Cayatte.
Une société allemande, la Continental fit travailler des cinéastes et c’est à cette époque que débutèrent Louis D’Aquin, André Cayatte, Henri Georges Clouzot, Jacques Becker, Yves Allégret. Les films français, bénéficiant de l’absence totale de films anglais et américains, remportaient de vifs succès. Les œuvres majeures de cette époque restent Lumière d’été, de Jean Grémillon, le Corbeau, de Clouzot, Goupi Mains rouges, de Becker, Douce, de Claude Autant-Lara, tous datés de 1943. 

2. L’embrigadement des parisiens dans cette propagande allemande

Très vite à Paris se dégagent les caractères spécifiques d’une propagande collaborationniste. D’abord, elle assume deux objectifs : conditionner et réprimer. Le lien entre police et propagande reste le fait des régimes totalitaires. Elle joue un grand rôle psychologique : elle tend à modifier des opinions et poursuit un but soi-disant éducatif, celui d'éclairer l’opinion de son devoir. En parallèle, elle cherche à détruire le moral et à invalider les croyances de son adversaire. La propagande entend adapter l’individu à une nouvelle société, à une autre forme d’activité et de pensée. Elle vise à le rendre conforme à de nouvelles normes.

Les moyens employés concernent son efficacité. La réunion publique, les grands spectacles, l’affiche sont les instruments de la propagande de choc, intense et temporaire qui conduisent à l’action immédiate. Les principaux journaux parisiens sont L’appel, Au pilori, Le Cri du peuple, La Gerbe et Le petit Parisien.

2.1. La propagande antisémite

Dès 1935, réapparut l’antisémitisme dans les journaux (expliqué en particulier par la crise économique de 1930). Mais durant l’Occupation, la propagande antijuive va atteindre son apogée : le Juif est jugé responsable de tous les malheurs.

La propagande cherche à convaincre toutes les couches de la population (souvent socialement antagonistes) de la nuisance juive. Émerge en effet un discours multi-cibles :

·              À la bourgeoisie, on présente le Juif comme étant un dangereux révolutionnaire. 

·              Aux ouvriers, on le décrit comme quelqu'un d'égoïste, un exploiteur, dans l’expression la plus vile du patronat rétrograde.

·              Aux paysans, on explique qu’il est un être sans terre, sans racines, sans attache au sol national.

·              Pour les catholiques, on l’identifie à la franc-maçonnerie ; il agirait au profit d’une force souterraine, caractérisée par le sectarisme, l’intrigue ; les privilèges et le crime. 

·              Pour tous les Français, enfin, le Juif doit devenir symbole de souffrances et de division sociale.


Pour les nazis, le Juif n’est pas l’allié du franc-maçon comme on pouvait le voir avant la guerre ; il est le franc-maçon ! On y ajoute des arguments sur son immoralité (usure) ou son absence de foi. Les lignes qui suivent montrent d’ailleurs le poids de la tradition judéophobe catholique sur la caricature.


Plus largement, le dialectique de l’exclusion repose sur un jeu d’images qui, flattant le lecteur, fait appel aussi à ses sens : la vue, bien sûr, mais aussi le toucher et l’odorat. On insiste sur des éléments qui doivent inspirer le dégoût : l’obésité, les mains épaisses et répugnantes, etc. Tout rapproche le Juif de l’animal le plus nuisible ; sale (mal rasé), il vit en bande (en tribu) comme des rats. Tout l’éloigne de l’homme (corps et esprit) et de la vie. Le Juif porte en lui la maladie et la mort (association Juif microbe, corbeaux, vautours, Camarde, etc.). Le Juif est impur (fréquentes références au sang). C’est pourquoi on l’identifie à un détritus jeté dans une poubelle ou un égout. Il est une insulte à la création de Dieu et se rapproche du Diable, comme le traduisent ses gestes désordonnés, ses déhanchements intempestifs, son visage (lèvre, surtout) grimaçant, etc. Il est souvent en déséquilibre dans l’image, ce qui accentue sa marginalité dans l’ordre humain. Le Juif se définit par des caractères hors normalité qui sont autant de signes ostensibles de son appartenance à une race.

Les dessinateurs jouent les contrastes entre le Juif et ses interlocuteurs ; la laideur et la perversion du premier tranchent avec l’harmonie physique et la vertu du second. Ses origines se lisent sur son visage. Et les caricaturistes ne se gênent pas d’ironiser sur l’appendice nasal ; c’est le domaine, largement répandu dans le dessin, de la légende lapidaire et du calembour (inquiétant, le Juif est aussi grotesque). Autant de spécificités, expliquent les dessinateurs, qui permettent aux Juifs de se reconnaître entre eux ! 

C’est par le portrait physique que perce la description morale. Pour les nazis, l’exploitation du prochain fait partie de la nature du Juif. Prononçant des paroles de haine, il est moralement détestable ; c’est parce qu’il hait qu’on doit le haïr ! Fourbe et hypocrite (regard fuyant ; personnage souvent figuré de dos), lâche et corrupteur, il profite toujours de la compassion du brave Français (auquel le lecteur s’identifiera), charitable et naïf, pour s’installer à sa place, puis pour l’écarter. Le parasitisme juif s’explique, en majeure partie, par sa naturelle cupidité (image du rapace) qui peut le pousser, parfois à tromper son propre frère de race. Par sa paresse aussi ; les dessinateurs se réjouissent d’ailleurs de l’existence de camps d’internements pour Juifs (Pithiviers, Drancy) où, disent-ils, ils vont en fin apprendre ce que sont le travail et l’effort.

Parce qu’il est mauvais par essence, le Juif ne peut changer (thème répandu du « Juif éternel »). Les vices du Juif se transmettent héréditairement et s’amplifient même à chaque génération ; les enfants, monstres physiques, sont souvent plus odieux et plus pervers que leurs parents (influence de la notion de « dégénérescence de race »).

L’exposition propagandiste Le Juif et la France, organisée par l'Institut des Questions Juives (sphère collaborationniste) en septembre 1941, illustre toutes les caractéristiques qui sont conférées aux personnes de confession juives.

La propagande antisémite présente deux phases : après le flux de 1940-1941, vient le temps du reflux en 1942-1944 ; 1942 apparaît donc bien comme l’année charnière. Après 1942, la caricature antijuive s’en tint essentiellement aux thèmes plus classiques du complot juif international et du Juif « étranger ».

On connaît le thème de la « guerre juive » : les Juifs (la finance juive internationale) ont poussé à l’embrassement ; ils manipulent les forces anti-allemands et sont le principal obstacle à l’arrêt des combats. Entre leurs mains, les Alliés ne sont que des pantins. On met en cause les dirigeants (Churchill, Roosevelt) et on explique leur obstination à poursuivre un combat perdu d’avance (qui, toutefois, retarde la venue de la paix) par la pression juive. Le financier juif est partout dans l’ombre des alliés car de préférence placé au second plan, comme tous les manipulateurs. On aura notamment observé l’amalgame entre judaïsme et subversion communiste, les dessinateurs ne reculant pas devant le paradoxe qui place les Juifs aussi bien aux côtés du capitalisme (américain) que du marxisme.


Pour les nazis, le Juif est, avant tout, la souillure suprême qui transforme le libérateur en oppresseur, qui change le combat pour la liberté en guerre de la barbarie, pour l’instauration de l’esclavage. Les mêmes images reviennent : celles du capitaliste Juif, obèse, au lourd faciès, coiffé d’un classique haut-de-forme et portant un habit, souvent affublé d’un monocle ou de lunettes (le Juif voit mal ou cherche à dissimuler son regard malin), fumant un énorme cigare, affalé sur des sacs d’or conquis par la spéculation. Bref, le stéréotype du capitaliste, le cigare entre les dents. Quelques détails soulignent son arrogante opulence et alourdissent le portrait : chaîne en or, broche en pierres précieuses, bagues épaisses et vulgaires, etc. 

2.1. La « croisade antibolchévique »

Ménagée jusqu’en juin 1941, l’URSS devient pour de nombreux caricaturistes, la cible privilégiée après Stalingrad (1943) : la contre-offensive soviétique donne à la guerre un caractère de plus en plus transparent de croisade antibolchévique.

Ours presque loup, oreilles couchées, crocs acérés, gueule bavante, têtes de mort, chaînes, sang, faucille/marteau communiste, insufflent une propagande manipulée qui s’adresse avant tout aux travailleurs. Le discours sur Staline renoue soudain avec ses traits anciens : c’est le retour du bolchévique, le couteau entre les dents. Le combattant misérable, le maître d’un empire chancelant, sourit à nouveau, montre les dents, et apparaît de plus en plus fréquemment comme le chef de la coalition alliée (le manteau militaire l’emporte sur la veste de moujik), jusqu’à asservir ses deux partenaires. Il retrouve la taille gigantesque qui le caractérisait avant la débâcle. On ajoutera que surgit parfois un soldat soviétique, le visage altéré par l’exaltation meurtrière, brandissant le feu par lequel il sème la terreur et porte la destruction et la désolation (images d’incendies et de ruines, expressions classiques de la barbarie).

2.3. La propagande anglophobe et les « libéra-tueurs »

Les nazis veulent inoculer aux Français la haine de l’Anglais. Ils rappellent encore, au printemps 1941, les évènements qui ont heurté la sensibilité des Français (Dunkerque, Dakar), l’année précédente ; ils évoquent de lointains souvenirs qu’ils estiment douloureux à la mémoire des occupés et générateurs de réactions anti-britanniques : Jeanne d’Arc et Napoléon sont les deux figures emblématiques de la France, les deux héros de la lutte contre le Anglais. L’appropriation de la grandeur nationale est l’une des lois fondamentales de la propagande. 


Peu après le 8 juin, date de l’entrée des forces alliées en Syrie, on voit apparaître la composition devenue classique de la pieuvre britannique à tête de Churchill ; l’actualité sert là de support direct au thème de l’affiche, une des plus saisissantes, peut-être, qu’aient contemplés les Parisiens.

En 1943, c’est l’éclosion de vastes rétrospectives murales, œuvres de la « Propaganda-Abteilung in Frankreich » (section de la propagande officielle allemande en France), qui a décidé de cueillir, dans les écrits ou les paroles des grands Français morts, les petites fleurs de rhétorique propres à enjoliver le jardin de la foi nationale-socialiste. En toute simplicité, l’Oberstleunant Schmidtke, Kommandeur der Propaganda-Abteilung en France, appelle Jeanne d’Arc à la rescousse du Dr. Goebbels. Et les Parisiens peuvent lire sur leurs murs cette phrase prononcée par la Pucelle, lors de son procès : « J’aimerais mieux rendre l’âme à Dieu que d’être en la main des Anglais. »

Puis, deux autres phrases, deux « slogans », l’un pris à Montesquieu, l’autre à Napoléon, apparaissent sur les murs de la capitale : leur choix répond aux mêmes impératifs. Une fois la «perfide Albion » exécutée par la vierge de Domrémy, le baron de la Brède et le grand empereur, Victor Hugo, embrigadé à son tour dans la cohorte des Européens « bon teint », subit l’honneur d’un généreux affichage, avec cette phrase qui résume assez bien les deux espoirs d’Hitler : « La nouvelle Europe se fera dont seront exclues l’Angleterre et la Russie. On chassera l’Angleterre dans les océans et la Russie tartare dans les steppes. » 

Même si le drame de Mers El-Kébir et les affrontements de Dakar renforcent la portée du discours anglophobe de la propagande officielle, la majorité de l’opinion, un moment troublée, reste largement favorable à la cause de la Grande-Bretagne.

À partir de mars 1943, chaque nouveau raid sur la France est l’occasion de présenter Churchill et Roosevelt comme des lâches et des barbares : comme des « cannibales », précise Soupault. Il est clair que les dessinateurs cherchent, par l’exploitation de ces raids anglo-américains, à retourner l’opinion contre les Alliés (les lâches), spéculant sur la colère et l’indignation. Ainsi soulignent-ils sans cesse le contraste entre la tragédie des familles françaises et le plaisir que les Alliés prennent à faire souffrir une population déjà meurtrie par les privatisations. Les bombardements n’ont rien d’aveugle. Les dessinateurs prétendent, au contraire, que ces opérations visent délibérément des objectifs civils pour tuer les Français « à petit feu ».

Autre idée intéressante qui joue sur la fibre religieuse et morale des Français : non seulement les Alliés s’attaquent à la population française, mais ils s’efforcent de détruire les fondements mêmes de la civilisation chrétienne, du patrimoine national, de la culture catholique nationale (eux, les adeptes d’un christianisme hérétique), en s’attaquant volontairement aux cathédrales. L’action des Britanniques répondrait donc à une stratégie de vengeance contre le peuple français et ses racines.

 


2.4. Les nouveaux saboteurs

À mesure que l’opposition à la Collaboration grandit et que les attentats contre l’occupant s’intensifient, les dessinateurs se découvrent de nouveaux ennemis intérieurs. Les nouveaux saboteurs de la France correspondent à l’anti-France active et structurée qu’on rencontre à Londres (puis en Afrique du Nord) ou dans le maquis.

Depuis Londres, l’anti-France active s’exprime au micro de la BBC, la « voix de l’étranger », la voix des Juifs.

Cette interprétation élémentaire donne lieu à des mises en scène simples et répétitives par la propagande, à travers de nouveaux dessins : devant le micro, un Juif ou un groupe de Juifs se déchaînent et déversent leur fiel, les visages altérés par la haine, les corps convulsés par la fureur. Une telle démonstration n’a d’autre objectif que de contester la légitimité de la « France libre » : les prétendus résistants (le terme n’apparaît jamais dans les titres ou les légendes) de la capitale britannique ne sont ni français ni libres.

Derrière le micro de Radio Londres se profilent les personnages emblématiques du capitalisme Juif, version anglaise ou américaine (caractérisés par les fameux sacs d’or frappés des symboles de la livre sterling ou du dollar). Et le dessinateur de s’attacher à multiplier les signes d’asservissement : chaînes aux épais maillons, boulets du bagnard, fouet, etc. Parfois Churchill apparaît dans l’ombre des Juifs, un sourire diabolique aux lèvres. Bientôt de Gaulle lui-même hurle au micro de la BBC : il tente de gesticuler bien qu’immobilisé par le boulet juif ou tenu en laisse par le premier ministre britannique (la BBC : « radio judéo-gaullarde »). Les caricaturistes révèlent ainsi le vrai visage d’une propagande lointaine réduite aux « bobards », aux « fausses nouvelles », au « bourrage de crâne » qui abrutit les Français et cherche à les détourner de la vérité. De Gaulle est un homme seul. À Paris comme à Londres, l’anti-France a les traits du Juif. 

 


 L’anti-France de Londres présente un visage emblématique : celui du Général De Gaulle. Mettre en péril la crédibilité de De Gaulle, c’est aussi montrer l’infinie faiblesse et l’isolement de la Résistance de Londres. L’impuissance de la France libre fait surtout l’objet de compositions jusqu’en 1943. Les caricatures insistent sur deux arguments qui en soulignent la vulnérabilité :

1.     De Gaulle est un homme seul, dépourvu de troupes

2.     La France libre est divisée : l’activité de la soi-disant Résistance se limite à une grotesque querelles de chefs, De Gaulle et Giraud


La rivalité entre les deux hommes est un thème dont se délectent particulièrement Soupault (Je suis partout) et Charlet (La Gerbe) en 1943, alors se construit le CFLN. Les dessinateurs espèrent ainsi susciter le dégoût des Français et réduire à néant l’espoir qu’ils nourrissaient dans la France libre.

Les « terroristes », quant à eux, sont aux « ordres de Moscou » et n’agissent pas par idéal, mais par intérêt (thème du « veau d’or » ou de l’«or juif »). Jamais en pleine lumière ; toujours dans l’ombre, ils sont lâches et frappent dans le dos de leurs victimes. Les dessinateurs soulignent ainsi le caractère ultra minoritaire des actes de résistance : ils sont le fait d’hommes isolés appartenant à un parti clandestin dangereux mais marginalisé, le Parti communiste. 

 

 

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