1 Le colonialisme et la falsification de l’histoire…

Publié le par Bernard Gasnot

“L’historiographie dominante a durablement préféré aux sources originales et à l’indépendance financière de la recherche les “liens de confiance” avec le patronat, vainqueur par KO contre les classes dominées et avec le gouvernement à son service… En moins de dix ans, au lieu de s’améliorer comme quelques signes le laissaient augurer au tournant du XXème siècle, la situation s’est détériorée à tous les niveaux. Quatre décennies de crise du capitalisme et d’affaiblissement des résistances de ses victimes ont gravement dégradé

L’histoire est toujours écrite par les vainqueurs” disait Robert Brasillach, “Aussi longtemps que les lions n’auront pas leur historien, les récits de chasse tourneront toujours à la gloire du chasseur”, dit le proverbe africain et Honoré de Balzac nous disait: “Il y a deux histoires: l’histoire officielle, menteuse ; puis l’histoire secrète, où sont les véritable causes des évènements”.

Les exemples foisonnent, et en cela les médias alternatifs d’aujourd’hui sont peut-être les gardes-fou d’une plus grande objectivité historique pour les générations futures dans la mesure où ils essaient de rétablir la vérité de l’autre camp avant que la machine propagandiste coloniale ne s’empare et n’impose son narratif de manière définitive. L’internet et la communication instantanée possible aujourd’hui permet une véritable opposition des versions sur différents évènements historiques cruciaux pour l’avenir de l’humanité. Il a fallu la controverse internationale sur les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis pour qu’une masse d’information jusque-là grandement ignorée du public au sujet des opérations fausse-bannière ou faux-drapeau, émerge au grand jour. Aujourd’hui, plus personne ne peut ignorer l’existence de ces opérations secrètes gouvernementales, qui de l’incendie de Rome par l’empereur Néron à l’utilisation d’armes chimiques à La Ghoutta en Syrie en passant par l’explosion de l’USS Maine à Cuba en 1898, l”incident frontalier” germano-polonais de 1939 déclenchant la seconde guerre mondiale et l’incendie du Reichstag de Berlin en 1933, pour n’en citer que quelques-uns, ont servi des agendas politiques peu avouables par les gouvernements en place.

Le fait est que l’histoire officielle est encadrée et que les rapports des historiens avec le milieu du pouvoir et de l‘argent sont des plus inquiétant puisqu’ils n’ont jamais été aussi solides qu’aujourd’hui “Dans une atmosphère où le grand vainqueur actuel du combat entre forces opposées, “L’entreprise” incarne le modernisme, le mouvement, la réforme, voire la révolution et les ouvriers et leur mouvement, le conservatisme, l’opposition à la “réforme” proclamée indispensable, bref le musée ou le cimetière, des relations, nouvelles par leur ampleur, se sont nouées entre historiens professionnels et grande entreprise privée ou publique, industrielle ou financière…

 N’oublions jamais que les sciences humaines dont l’histoire est au cœur, sont le moteur de la “science politique” et des études et des recherches s’y appliquant. Les intérêts du pouvoir et du système oligarchique à contrôler le narratif historique sont peut-être plus importants que jamais et nous vivons une époque de véritable lutte pour la vérité historique et le rétablissement d’un narratif équilibré.

Toute recherche historique doit être contrôlable par ses lecteurs, spécialistes ou non. Cet impératif, qui constitue un des fondements de la pratique historique, exclut l’octroi privilégié à des auteurs sélectionnés de sources non accessibles au commun des lecteurs.

Ainsi, le grand historien américain Howard Zinn bouleversa t’il le narratif du consensus du statu quo historico-politique lorsqu’il publia en 1980 son fameux ouvrage: “Une histoire populaire des Etats-Unis de 1492 à nos jours” (publié en français chez Agone) démythifia et pulvérisa l’image du “grand découvreur” Christophe Colomb dans son premier chapitre: “Colomb, les Indiens et le progrès humain”., Zinn amèna au grand jour la mystification de l’histoire concernant la fondation et l’évolution de cette “nation” et son révisionnisme historique sur les grands et plus petits évènements de l’histoire des Etats-Unis sert toujours aujourd’hui à comprendre l’empire établi par cette seule “superpuissance” sur la base criminelle, raciste et génocidaire de la doctrine chrétienne de la découverte.

La mort controversée de George Armstrong Custer, un exemple classique de falsification historique coloniale

Nous avons choisi ici d’illustrer la manipulation voire la falsification de l’histoire en démontant un des mythes les plus vivaces ancré dans la culture populaire américaine et qui concerne la fameuse bataille de Little Big Horn, qui vit la mort d’un des soi-disant “héros” de l’Ouest américain (c’est du moins le narratif officiel), le colonel George Armstrong Custer et les hommes de son 7ème régiment de cavalerie, officiellement “massacrés” par une coalition des nations Sioux et Cheyenne.

Nous voyons déjà certains sourire et dire: “Pfff ! qu’est-ce qu’on en a à faire de çà ?… En quoi cela peut-il nous apporter quoi que ce soit dans le monde d’aujourd’hui ?…” Soit. Mais réfléchissons-y à deux fois, peut-être que cela nous aidera de savoir que cet “évènement historique” qui eu effectivement lieu les 25 et 26 Juin 1876 dans l’état du Montana, est le sujet qui a vu le plus de livres publiés aux Etats-Unis; qu’il y a eu plus de livres écrits sur Custer que sur Abraham Lincoln soi-même, ce qui n’est pas rien sachant l’importance qu’a Lincoln dans la culture populaire américaine, image qui fut rectifiée elle-aussi comme il se doit par Howard Zinn, mais ceci est un autre sujet…

Qu’en pensent les Indiens? Leur a t’on donné la chance d’exprimer leur version de l’affaire ? Après tout, il n’y a eu aucun survivant du dernier carré de Custer à Little Big Horn. Les seuls témoins oculaires à courte distance furent… les Indiens eux-mêmes. Nous avons choisi de vous narrer la chose du point de vue de l’histoire orale des Lakota Sioux telle qu’elle fut racontée par des témoins occulaires et des participant(e)s à la “dernière résistance de George Armstrong Custer” et de ses hommes.

Alors, est-ce la véritable histoire de la fin du “boucher des grandes plaines” qu’était Custer ? N’oublions pas une chose: les seuls véritables témoins occulaires de la fin de ce “dernier carré” de la bataille de Little Big Horn furent les Amérindiens… Laissons leur donc la parole en la personne d’un de leur plus grand activiste moderne Russell Means:

“Grand-maman Étoile Scintillante m’a aussi raconté quelque chose qu’elle avait entendu de sa propre mère et de son propre père: A la session “d’entraînement à la sensibilité” du 7ème de Cavalerie le long des rives de la rivière Greasy Grass en 1876, ce que les blancs appellent “la bataille de Little Big Horn”, George Armstrong Custer ne fut pas tué dans la bataille. Il se suicida, comme le firent bon nombre des soldats qu’il avait sous son commandement. Voici ce qui se passa, expliqua grand-mère Étoile Scintillante. Custer était connu parmi les membres des alliés qui campaient le long de Greasy Grass. Ils le haïssaient et il n’était pas un ennemi méritant le respect. Custer avait bâti sa réputation dans la population blanche comme un “combattant d’Indiens”, avec des attaques furtives et lâches sur des villages essentiellement composés de femmes, d’enfants, de bébés et d’anciens. C’était un boucher et non pas un soldat. Les alliés Sioux : la grande nation Sioux est composée de plusieurs nations alliées comme les Lakota, Dakota, Yankton, Brûlés, Hunkpapa, Oglala etc les Cheyennes et les Arapahos, tous le considéraient comme un homme sans honneur. Lorsqu’il attaqua de folle manière ce qu’il pensait être des campements Lakota sans défense le long des rives de la rivière Greasy Grass, il se retrouva soudain faisant face à de nombreux hommes armés. Custer a dû être très choqué, parce qu’il savait qu’à l’encontre des Européens, les Indiens ne maintenaient pas d’armée sur pieds. Avant l’arrivée de l’homme blanc, nos conflits étaient brefs et souvent sans effusion de sang, ressemblant plus à un match de football américain moderne qu’aux guerres de conquête et d’annihilation européennes. Mes ancêtres trouvaient plus honorable d’aller frapper l’ennemi avec la main ou un long bâton sans le tuer. Cela s’appelait “compter les coups”.

Bon nombre des hommes de Custer étaient de jeunes recrues, immigrants polonais ou irlandais, ayant eu très peu de formation militaire. Un certain nombre d’entre eux pouvait à peine parler anglais. Beaucoup avaient bu. Lorsque les Lakota se rassemblèrent pour se défendre eux et leurs familles, beaucoup de ces soldats, peut-être par peur des tortures et mutilations en représailles de celles que tant de fois les soldats des régiments de cavalerie avaient infligé à leurs victimes indiennes, se suicidèrent. Aucun Lakota ayant un respect de lui-même aurait voulu du déshonneur de tuer un asticot comme Custer, (je m’excuse ici auprès des asticots, mis sur cette planète par le grand mystère et qui ont un but et leur rôle à jouer dans le cycle de la vie…). Les Lakota allaient laisser partir Custer, le laisser retourner au sein de son peuple et souffrir la honte et l’humiliation pour le reste de sa vie, ce qu’il avait amplement mérité pour avoir massacré tant de femmes et d’enfants.

Des douzaines de femmes, la plupart armées avec ce qu’elles avaient pu trouver dans leur tipi, des outils et des ustensiles de cuisine, se mirent à courir en direction de Custer, criant, hurlant et gesticulant afin de le chasser. Grand-mère Étoile Scintillante me raconta que Custer se sauva un court moment, puis s’arrêta, se retourna et regarda la nuée de femmes se dirigeant vers lui, mis son révolver sur sa tête et se fit sauter la cervelle. Parce que personne ne voulut se salir les mains avec lui, les Lakota laissèrent son cadavre là où il était tombé. Il n’y eu pas de survivants blancs de la dernière résistance de Custer le long de la rivière Greasy Grass et il n’y eut aucun témoin occulaires blanc de la mort de Custer. Lorsque quelques jours plus tard, les soldats américains récupérèrent son corps, ils donnèrent à l’événement la plus belle façade qu’ils purent à ce qu’ils trouvèrent.

Ils dirent alors que les Indiens avaient tant respecté Custer et pour éviter plus de souffrance à un homme mourant, ils lui donnèrent le coup de grâce et par ce même respect envers le grand soldat blanc, ils ne mutilèrent pas son corps.

La très vaste majorité des cultures indigènes du monde sont des cultures de traditions orales, c’est à dire que rien ne fut conservé par écrit, mais conservé par la tradition orale. Russell Means explique le consensus traditionnel des sociétés à culture orale:

Ironiquement, non seulement la créativité et l’expression souffrent lorsqu’un langage devient un langage écrit, mais cela devient aussi beaucoup facile de mentir. Lorsqu’une histoire ou un témoignage est écrit, l’histoire par exemple, cela devient la version acceptée de la vérité sans considération pour l’erreur ou la fausse information qui y sont consignées, ni même du niveau de partialité de la source. Les peuples qui vivent dans la tradition orale doivent se rappeler de ce qui a été dit et le meilleur moyen de le faire est sans conteste de dire la vérité. Les menteurs sont le plus souvent confondus parce que leurs histoires sont inconsistantes quand ils ne tirent pas leur narratif des mémoires véritables transmises, très fréquemment ils ne peuvent plus se rappeler ce qu’ils ont dit précédemment.. Mentir ne marche pas quand vous êtes face à face dans la tradition orale. Les écrivains en revanche, travaillant seuls, parfois même sous pseudonyme ou même anonymement ne peuvent pas être vraiment tenus pour responsable. Ils peuvent écrire ce qu’ils veulent sans aucune considération pour la vérité ou la justice.

’approcher l’histoire du point de vue des victimes, des perdants des guerres, des opprimés, des petites gens, des citoyens du commun. Si nous voulons comprendre pourquoi le monde est ce qu’il est aujourd’hui et avoir une chance d’anticiper l’avenir et de contre-carrer le désir toujours plus hégémonique des “puissants”, nous devons connaître le passé, l’analyser sous le plus de coutures possibles, y déceler les falsifications et leur motif et les amener à la lumière du jour. Zinn disait: “si vous ne connaissez pas l’histoire, c’est comme si vous étiez né hier...” Combien d’entre nous sont donc “nés hier” ?… L’oligarchie en a parfaitement conscience depuis bien longtemps et elle dépense des milliards pour manipuler, falsifier l’histoire, qui avant de devenir “histoire” est “information” ne l’oublions jamais. Contrôler l’information, c’est contrôler, à terme, le narratif historique. Napoléon ne disait-il pas que “L’histoire est une suite de mensonges sur lesquels on est d’accord.” Le pouvoir et les hommes/femmes qui l’exercent sont cyniques et corrompus.

Douter et rechercher, éclairer le passé pour comprendre le présent et anticiper l’avenir, est au bout du compte la seule chose lucide et utile à faire, parce que:

“Dans un monde de tromperie universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire.” (George Orwell)

 

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