La grande peur de l'an mil

Publié le par Bernard Gasnot

La grande peur de l'an mil

Faux ! La légende qui veut que la grande peur de l'an mil se soit répandue comme une traînée de poudre à la fin du premier millénaire de notre ère est absolument erronée.

D'ailleurs, à cette époque, toutes les régions d'Europe, bien que chrétiennes, n'avaient pas le même calendrier (selon les pays, l'année commençait à Pâques ou à Noël.). En outre, l'éducation scolaire étant encore lacunaire, beaucoup d'Européens ne se rendirent même pas compte qu'ils rentraient dans un nouveau millénaire.

Certes, quelques membres du clergé (principalement des clercs et des moines.), une minorité, se firent du souci à la lecture de certains versets de l'Apocalypse de Saint Jean (XX, 1 à 8.) : Puis je vis descendre du ciel un ange, qui avait la clef de l'abîme et une grande chaîne dans sa main. Il saisit le dragon, le serpent ancien, qui est le diable et Satan, et le lia pour mille ans. Il le jeta dans l'abîme, ferma et scella l'entrée au dessus de lui, afin qu'il ne séduisit plus les nations, jusqu'à ce que les mille ans fussent accomplis. [...] Quand les mille ans seront accomplis, Satan sera relâché de sa prison. Et il sortira pour séduire les nations qui sont aux quatre coins de la terre, Gog & Magog, afin de les rassembler pour la guerre; leur nombre est comme le sable de la mer.

Cependant, tous ces ecclésiastiques n'étaient pas d'accord sur la date de la fin des temps : beaucoup attendirent donc 1033, soit mille ans après la mort du Christ.

Comment s'est donc mis en place ce mythe des peurs de l'an mil, sachant qu'aucune source datant du XI° siècle n'en fait état ?

En fait, tout commença avec les humanistes de la renaissance, qui décidèrent de présenter le Moyen âge comme une période noire et obscurantiste. Par la suite, ces idées furent reprises par les philosophes des lumières, puis par la révolution française de 1789.

Mais le mythe de la peur de l'an mil se répandit largement sous la III° république: en effet, les républicains voulaient démontrer que l'Église, pendant des siècles, avait eu comme objectif de tenir les masses populaires dans l'ignorance la plus crasse. De nombreux historiens, fidèles à ces idéaux républicains, diffusèrent cette propagande anticléricale, utilisant au mieux le mythe des peurs de l'an mil De nos jours, nous nous complaisons à nous moquer de nos ancêtres moyenâgeux : incultes, analphabètes, ignorants, etc. Cependant, eux n'ont pas eu peur lors du passage à l'an 1000, alors que beaucoup d'entre nous ne furent pas rassurés lors du passage à l'an 2000... L'on peut donc légitimement se demander qui furent les plus naïfs ?

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