James Bond est un personnage de fiction

Publié le par Bernard Gasnot

James Bond est un personnage de fiction
James Bond est un personnage de fiction

Aujourd'hui, nous connaissons tous le personnage de James Bond, inventé en 1953 par l'écrivain britannique Ian Flemming. Toutefois, comme il est connu que cet agent secret de papier partage un grand nombre de points communs avec son créateur (origines écossaises, apparence physique, goûts culinaires, goût pour les femmes, consommation de tabac et d'alcool, etc.), l'on peut donc se demander s'il fut ou pas le produit d'une création ex nihilo.

1 James Bond, interprété par l'acteur Sean Connery dans le film James Bond 007 contre Dr. No (1963).

En réalité, le personnage de James Bond s'inspire fortement de Dusan « Dusko » Popov, un agent double d'origine yougoslave, connu sous le nom de code Tricycle, côté anglais, et Ivan, côté allemand.

Ce dernier, né en 1912 au sein d'une riche famille serbe, passa son enfance à Dubrovnik, ville côtière de l'actuelle Croatie. A l'adolescence, il partit faire des études de droit à Fribourg. Dusko, parlant allemand couramment, était un jeune homme dandy et séducteur. Hostile à la montée du nazisme en Allemagne (Adolf Hitler était arrivé au pouvoir en 1933), le jeune homme eut maille à partir avec la Gestapo. Toutefois, bénéficiant du soutien de ses amis d'université, issus de la haute bourgeoisie, principalement de Johan « Johnny » Jebsen (lui aussi anti-nazi), il parvint finalement à se tirer d'affaire.

2 Dusan « Dusko » Popov.

Quelques années plus tard, en février 1940, Jebsen fut recruté par l'Abwehr (ce qui signifie « défense »), service de renseignement de l'Etat-major allemand (en réalité, Jebsen souhaitait éviter le service militaire). A cette occasion, il invita Dusko à le rejoindre. Ce dernier accepta, mais en informa immédiatement Clément Hope, officié de contrôle des passeports à l'ambassade de Grande-Bretagne. Hope enrôla alors le jeune homme sous le nom de code Scoot (qui devint plus tard Tricycle), lui demandant de rester en contact avec Jebsen. Dusko, épousant ainsi une carrière d'agent double, se rendant en Angleterre, afin de prendre contact avec le Comité XX. Cette organisation secrète, dépendant du MI5 (Military Inteligence, section 5, ou« intelligence militaire, section 5 », le service de renseignement britannique), était chargée du système XX (ou Double Cross), dont l'objectif était la capture des agents ennemis et la gestion des agents doubles. Parmi les agents XX les plus connus, l'on peut citer, outre Dusko : Eddie Chapman (nom de code Zigzag, côté anglais, Frizchen, côté allemand), ancien gangster anglais qui indiqua aux Allemands que les V1 atteignaient le centre-ville de Londres, alors qu'ils touchaient la campagne ; l'Espagnol Joan Pujol Garcia (Garbo/Arabel), qui créa un réseau d'espion fantômes, envoyant des fausses informations à l'Abwehr ; Johan Jebsen (Artist) ; le Polonais Roman Czerniawski (Brutus/Hubert) ; etc.

Dusko, quant à lui, s'inventa une couverture d'homme d'affaires travaillant dans l'import-export, ce qui lui permit de voyager sans difficultés en direction du Portugal, pays resté neutre pendant le second conflit mondial. Se rendant chaque semaine à Lisbonne, via une compagnie aérienne civile, il y prenait régulièrement contact avec son agent de liaison de l'Abwehr. En réalité, Dusko ne « révélait » à l'ennemi que des informations approuvés au préalable par les services de renseignement britannique. A noter que c'est au casino de l'hôtel Palacio, à Lisbonne, que le Yougoslave rencontra Ian Flemming, alors agent du MI5. A cette occasion, Dusko mit en jeu les 38 000 $ de ses frais de mission lors d'une partie de baccara, parvenant à bluffer un riche Lithuanien (ce coup de poker fut immortalisé dans Casino Royale, premier roman de la série James Bond, publié en 1953).

3 Couverture du roman Casino Royale, 1953.

En 1941, Dusko fut chargé de se rendre en Amérique du sud, dans le cadre de l'opération Bolivar, destinée à récupérer des informations et à établir un réseau de communications dans cette région du monde. A cette occasion, il prit contact avec Gustav Albrecht Engels, établi au Brésil. Très rapidement, les informations collectées par les agents allemands furent transmises au MI5, et furent au final plus utile aux alliés qu'aux Allemands.

Par la suite, Tricycle se rendit aux Etats-Unis, ayant reçu l'ordre d'y établir un réseau d'espionnage (à noter que parmi ces papiers, il possédait un questionnaire destiné aux éventuels agents allemands, dont l'une des pages comportait des questions très détaillées quant aux défenses américaines sur la baie de Pearl Harbor). Il prit alors contact avec John Edgar Hoover, le directeur du FBI, en août 1941. Toutefois, ce dernier rejeta la demande de son interlocuteur, considérant que ce dernier était peut être un agent triple. Par la suite, ayant appris que Dusko, véritable homme à femmes, s'était installé en Floride avec une jeune New-Yorkaise, Hoover contraignit le Yougoslave à quitter le pays, le menaçant d'utiliser le Mann Act pour le faire arrêter.

4 John Edgard Hoover, vers 1941.

Malgré tout, Dusko participa à l'opération Fortitude (ou « opération Courage »), au printemps 1944. Cette dernière, organisée en deux temps, devait faire croire à l’imminence d’un débarquement en Norvège, mais aussi persuader l’ennemi que le débarquement allié s’effectuerait dans le Pas-de-Calais et non en Normandie. Afin de mener à bien cette manœuvre d’intoxication, des fausses fuites diplomatiques furent organisées, et les agents allemands présents sur le sol britannique, identifiés par les services secrets, reçurent et diffusèrent de fausses informations.

L’opération Fortitude, un temps mise en péril par l'arrestation de Jebsen, fut finalement un franc succès, car au moment où les alliés débarquaient en Normandie, les Allemands étaient persuadés qu'il ne s'agissait que d'une manœuvre de diversion.

5 Faux char déployé lors de l'opération Fortitude, afin de tromper l'ennemi, 1944.

Après la guerre, Dusko décida de s'installer en France, souffrant de plusieurs ulcères, causés par le stress subi pendant la guerre. En 1974, il publia ses mémoires, Tricycle, qui furent un temps interdites aux Etats-Unis, dans la mesure ou l'ouvrage incriminait directement Hoover dans l'affaire de Pearl Harbor. Dusko mourut quelques années plus tard, en août 1981.

6 Couverture de l'ouvrage Tricycle, 1974.

En février 1952, alors qu'il était en vacances dans sa résidence jamaïcaine, Ian Flemming commença à écrire le premier roman de James Bond. Casino Royale, publié en 1953, connut toutefois un succès modeste. Ainsi, les romans de Flemming ne passèrent à la postérité qu'à compter de 1961, date à laquelle le président John Fitzgerald Kennedy mentionna Bon baisers de Russie (cinquième opus de la série) dans la liste de ses dix livres préférés.

Flemming, qui avait emprunté le nom de son personnage auprès de l'ornithologue américain James Bond, affirma que son personnage de papier était un mélange de tous les agents secrets qu'il avait croisé au cours de sa carrière. Toutefois, comme nous avons pu le constater au cours de cet article, Bond et Dusko comportent de nombreux points communs.

Interrogé sur sa ressemblance avec l'agent 007, Dusko affirma qu'il portait rarement une arme sur lui (sauf dans les situations périlleuses), et n'utilisait pas de gadgets. Il ajouta aussi qu'un James Bond réel n'aurait pu survivre plus de 48 heures.

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