Nicolas Flammel 

Publié le par Bernard Gasnot

Nicolas Flammel 
Nicolas Flammel 
Nicolas Flammel 

Personnage énigmatique, Nicolas Flamel est probablement l’alchimiste sur lequel circulent les informations les plus contradictoires.

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Ses dates de naissance et de décès sont estimées approximativement, autour de 1330 pour la première et 1417 ou 1418… pour la seconde. Nous savons seulement qu’il est mort à plus de 80 ans passés. Mais ce n’est pas la seule interrogation qui subsiste à son propos car les thèses les plus documentées sont autant de démentis quant à sa qualité d’alchimiste.

Celle-ci ne repose, en fait, que sur une fortune énorme acquise dans des circonstances inexpliquées. Commençant par être écrivain public, il a acheté, par la suite, une charge de libraire juré et a fait commerce de (beaux) livres. Ce qui est, en revanche, à peu près certain, c’est que son mariage avec la dame Pernelle, deux fois veuve de précédentes unions et réputée comme étant relativement riche, lui a servi incontestablement de marchepied vers les sommets…

Cela dit, Nicolas Flamel a été bien davantage qu’un petit bourgeois aisé ; c’était non seulement un homme établi, mais aussi un philanthrope puisqu’il a employé son argent à construire des hôpitaux et des écoles. Quant aux bâtiments qu’ils possédaient dans Paris (la maison connue comme étant la plus ancienne de la Capitale est la sienne…), leur nombre était considérable. Il est donc assez logique, dans ces conditions, que des questions demeurent à son endroit… et l’alchimie peut constituer une réponse plausible.

Comme beaucoup d’alchimistes, pour ne pas dire la quasi-totalité, le Divin serait intervenu dans son existence. À l’occasion d’un voyage, un ange lui aurait exhibé un livre qu’il aurait revu plusieurs années après et qui aurait déterminé son intérêt pour l’alchimie. Cette anecdote paraît de plus en plus remise en cause ; en outre, ayant construit sa tombe un peu avant son décès, il y aurait fait tracer des symboles du Grand Œuvre.

Ces inscriptions furent loin de mettre un terme à la polémique car, quelques années plus tard, son tombeau fut ouvert… et on constata qu’il était vide !)

Qui était Nicolas Flamel ?

Nicolas Flamel (vers 1330 ou 1340, peut-être à Pontoise – 1418 à Paris), est un bourgeois parisien du XIVe siècle, écrivain public, copiste et libraire-juré. Sa carrière prospère, son mariage avec une veuve ayant du bien, et ses spéculations immobilières lui assurèrent une fortune confortable, qu'il consacra, à la fin de sa vie, à des fondations et constructions pieuses. Cette fortune, que la rumeur amplifia, est à l'origine du mythe qui fit de lui un alchimiste ayant réussi dans la quête de la Pierre philosophale permettant de transmuter les métaux en or. À cause de cette réputation, plusieurs traités alchimiques lui furent attribués, de la fin du XVe siècle au xviie siècle, le plus célèbre étant Le Livre des figures hiéroglyphiques: édition intégrale paru en 1612. Ainsi, « le plus populaire des alchimistes français ne fit jamais d'alchimie ».

Nicolas Flamel, sa stèle funéraire est conservée au musée de Cluny à Paris.

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Trois personnages en buste apparaissent dans la fenêtre, en haut de l'inscription. Ils sont couronnés d'une auréole.

Au centre le personnage tient de sa main gauche le globe crucifère, symbole de notre monde et en notation spagyrique l'antimoine. De sa main droite il bénit. Sa tête se tient entre les deux luminaires, le soleil et la lune. Il s'agit de Dieu, du Créateur. La croix du globe crucifère touche la lune.

A sa droite l'homme porte une clef, l'identifiant à Saint Pierre. A sa gauche l'homme portant l'épée est Saint Jacques. Cette représentation de Saint Jacques nous rappelle que la stèle funéraire se trouvait, à l'origine, dans l'église de Saint Jacques la Boucherie où fut enterré Nicolas Flamel. Saint Jacques est considéré comme le successeur chrétien de l'Hermès grec, le Mercure des latins. Cette résonance ici n'étonne pas.

Des symbolistes voient ici une clé qui permettrait de trancher le noeud gordien du Grand Oeuvre.

Nicolas Flamel est décédé en mars 1418. Il est né à Pontoise mais sa date de naissance est inconnue. Elle peut être raisonnablement fixée vers la décennie 1340 ou 1350. Il rédige plusieurs manuscrits alchimiques qui sont conservés à la Bibliothèque Nationale, sous les références fr.19075 et fr.14765 et à la Bibliothèque de l'Arsenal, références n° 2518 et n° 3047.

Il écrit :" ... encore que moi, Nicolas Flamel, écrivain et habitant de Paris, en cette année 1399 et demeurant en ma maison en la rue des Ecrivains, près la chapelle Saint-Jacques de la boucherie...".

Nicolas Flamel affirme avoir achevé le Grand Oeuvre et obtenu la Pierre Philosophale, au pouvoir transmutatoire : " ...donc la première fois que je fis la Projection, ce fut sur du mercure, dont j'en convertis une demi-livre ou environ en pur argent, meilleur que celui de la minière comme j'ai essayé et fait essayer par plusieurs fois. Ce fut le 17 janvier, un lundi environ midi, en ma maison, en présence de Perrenelle (son épouse) seule, l'an 1382 ... Je la fis ensuite avec la pierre rouge, sur semblable quantité de mercure, en présence encore de Perrenelle seule, en la même maison, le 25 avril suivant de la même année, sur les cinq heures du soir..."

Il précise : "Lorsque j'écrivais ce commentaire, en l'an 1413, sur la fin de l'an, après le trépas de ma fidèle compagne... elle et moi avions déjà fondé et renté quatorze hôpitaux en cette ville de Paris, bâti à neuf trois chapelles... (et donné de) bonnes rentes à sept églises avec plusieurs réparations en leurs cimetières..."

Il aurait fait, dans sa jeunesse, un rêve étrange au cours duquel un ange lui montrait un livre extraordinaire. Il aurait ensuite découvert dans la réalité cet ouvrage, de trois fois sept feuillets, contenant des gravures et des textes alchimiques et signé «Abraham le Juif». Nicolas Flamel épousa ensuite dame Pernelle, compagne non seulement de sa vie mais aussi de ses recherches hermétiques ; les deux époux représentent sans doute le plus célèbre couple d’alchimistes en Occident.

Pendant des années, ils essaient de déchiffrer le précieux volume ; comme ils n’y parviennent pas, Nicolas Flamel décide de faire le pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle, où il rencontre un certain maître Canches, savant juif converti qui lui fournit des clefs d’interprétation. Dès lors, toujours selon la légende, la fortune de Nicolas Flamel serait, grâce à l’alchimie, devenue énorme : outre la création de nombreuses fondations charitables, on lui attribue la reconstruction de l’église Saint Jacques la Boucherie - dont il reste l’actuelle tour Saint Jacques - et l’édification de deux "arcades" symboliques au charnier des Innocents, également à Paris."

Nicolas Flamel est un personnage bien réel personnage dont s’empara très tôt la légende, faisant de lui un grand alchimiste. Né près de Pontoise, Nicolas Flamel vint travailler à Paris, tout près de l’église Saint-Jacques-la-Boucherie, comme écrivain public, profession d’autant plus lucrative que l’imprimerie n’était pas encore inventée.

Photo de la tour Saint Jacques prise de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Au pied de cette tour se trouvait l'église "Saint-Jacques-la-boucherie". L'échope de copiste et d'enlumineur de Nicolas Flamel était installée contre cette église dont il ne reste rien aujourd'hui.

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La tour Saint-Jacques.

Au premier plan, à droite : le mystérieux corbeau voilé, chimère posée sur la rambarde de la tour nord de la cathédrale Notre-Dame de Paris lors des restaurations conduites au XIXème siècle par Viollet le Duc.

Citation :" La pierre philosophale l’aurait rendu immortel. Mais on sait, de source sûre, que Nicolas Flamel mourut le 22 mars 1418, à Paris... Une de ses maisons se trouve encore, rue de Montmorency, à Paris également. La rue de son domicile principal porte son nom ; une rue voisine s’appelle Pernelle.

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Citation : "Les textes attribués à cet hermétiste " Le Livre des figures hiéroglyphiques: édition intégrale«, 1409, (édition critique par R. Alleau, Paris, 1970) et la partie légendaire de sa vie doivent sans doute être interprétés dans un sens symbolique renvoyant à la signification profonde de toute alchimie traditionnelle. Par exemple, le voyage à Saint-Jacques de Compostelle lui-même n’aurait pas eu lieu mais signifierait l’une des étapes de la réalisation "philosophale". Fin de citation de l'Encyclopédie Universalis.

Pour accroître notre interrogation il faut noter que le symbole de la terre des alchimistes, le globe surmonté de la croix, est figuré par la disposition même de la tour et des rues Flamel et Pernelle. Sur le plan de la ville de Paris la tour Saint-Jacques est figurée par un cercle. De ce cercle part vers le haut la rue Flamel, elle-même coupée transversalement par la rue Pernelle. Nous avons bien là le globe crucifère.

Fulcanelli indique que le fameux "Livre des figures hiéroglyphiques" dont parle Nicolas Flamel dans son manuscrit a été "pastiché", fabriqué aprés-coup, d'après sa description. Quelques exemplaires manuscrits sont ainsi fabriqués au XVIIème ou XVIIIème siècle, suite aux descriptions données par Flamel dans son manuscrit, puis imprimés en tant que "livres" en 1612.

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Fulcanelli précise, dans son livre "Les Demeures Philosophales" : "... On voit parfois, il est vrai, de loin en loin, passé dans le commerce de soi-disant copies du Livre d’Abraham ; celles-ci, en très petit nombre, ne présentent aucun rapport les unes avec les autres, et se trouvent réparties dans quelques bibliothèques privées.

Celles que nous connaissons ne sont que des essais de reconstitution d’après Nicolas Flamel. Dans toutes, on retrouve le titre, en français, très exactement reproduit et conforme à la traduction des Figures Hiéroglyphiques, mais il sert d’enseigne à des versions si diverses, si éloignées surtout des principes hermétiques, qu’elles révèlent ipso facto leur origine sophistique.

Or, Nicolas Flamel exalte précisément la clarté du texte, " script en beau et tres-intelligible latin ", au point qu’il en prend acte pour refuser d’en transmettre le moindre extrait à la postérité. En conséquence, il ne peut exister de corrélation, et pour cause, entre l’original prétendu et les copies apocryphes que nous signalons.

Quant aux images qui auraient illustré l’ouvrage en question, elles ont aussi été faites d’après la description de Nicolas Flamel. Dessinées et peintes au XVII e siècle, elles font actuellement partie du fonds alchimique français de la bibliothèque de l’Arsenal.

En résumé, tant pour le texte que pour les figures, on s’est seulement contenté de respecter, dans ces tentatives de reconstitution, le peu qu’en a laissé Nicolas Flamel ; tout le reste est pure invention. Enfin, comme jamais nul bibliographe n’a pu découvrir l’original (le fameux livre comportant les figures hiéroglyphiques), et que l’on se trouve dans l’impossibilité matérielle de collationner la relation de l’Adepte, force nous est de conclure qu’il s’agit bien là d’une œuvre inexistante et supposée...." Fin de citation de Fulcanelli.

Nicolas Flamel et son épouse Dame Pernelle ont donc vraiment existé. Ce ne sont pas des personnages de légende.

Au XVIIIème siècle le curé de la paisible paroisse Saint-Jacques-la-Boucherie, l'abbé Villain, semble gêné par l'ombre sulfureuse projetée post-mortem par Nicolas Flamel et Dame Pernelle (ou Perrenelle). Il veut démontrer que Nicolas Flamel et Dame Pernelle ne doivent rien de leur richesse à la soi-disante Pierre Philosophale. Il collationne alors tous les actes notariés, registres, documents dûment authentifiés parvenus jusqu'à son époque et rédige un ouvrage consacré à ses anciens paroissiens, intitulé "Histoire critique de Nicolas Flamel et de Pernelle sa femme, recueillie d'actes anciens qui justifient l'origine et la médiocrité de leur fortune contre les imputations des alchimistes... . Par son travail nous pouvons mesurer l'étendue de leurs biens.

Aujourd'hui subsiste à Paris une hostellerie bâtie par Nicolas Flamel, en 1407. Celle-ci, située au 51 rue de Montmorency, était mise à la disposition des nécessiteux de son temps.

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Nicolas Flamel, photo de la partie basse de sa plaque funéraire

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Un décharné est allongé, et non un squelette. Des morceaux de chair sont visibles. Il nous parle : "De terre suis venu et en terre retourne".

Biographie

Pour un personnage de l'époque n'appartenant pas à la noblesse, une documentation relativement importante existe sur Nicolas Flamel : les actes de la paroisse de Saint-Jacques-de-la-Boucherie, réunis au xviiie siècle, divers documents personnels de lui et de sa femme dont son testament, ainsi que des descriptions et des illustrations, postérieures à sa mort, des bâtiments et monuments religieux qu'il fit bâtir.

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Flamel écrivain-public et libraire-juré

Nicolas Flamel naquit vers 1340 (plutôt que vers 1330 comme souvent indiqué), peut-être à « Pontoise à sept lieues de Paris ». Il échappa dans sa jeunesse à la peste noire de 1348, qui emporta entre un tiers et la moitié de la population européenne. Sa vie s'écoula à Paris pendant la guerre de Cent Ans, de la bataille de Crécy en 1346 à celle d'Azincourt en 1415. Il dut assister en 1389, avec tous les bourgeois de Paris vêtus de rouge et vert, à l'entrée à Paris de la reine Isabeau de Bavière, et il vécut peu avant sa mort en 1418, les troubles parisiens de la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons et la révolte des Cabochiens (1413). À partir duxiiie siècle, la fondation des universités mais aussi le développement de la littérature profane et de la lecture dans la noblesse et la haute-bourgeoisie entraîna la constitution d'ateliers laïques de copie et d'enluminure, qui étaient jusqu'alors l'apanage des monastères. Ils se constituèrent dans les grandes villes, et tout particulièrement à Paris.

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Le Paris de Nicolas Flamel, de sa maison au coin de la rue de Marivaux et de la rue des Écrivains au cimetière des Innocents - Plan de Truschet et Hoyau (1552) dit « plan de Bâle ».

Il commença à Paris une carrière de copiste et d'écrivain public, dans une petite échoppe adossée à l'église Saint-Jacques-de-la-Boucherie, dans la rue des Écrivains. Il était peut-être le frère aîné, ou un parent, de Jean Flamel, secrétaire et bibliothécaire du grand bibliophile Jean Ier de Berry (celui des Très Riches Heures du duc de Berry). Il acheta par la suite une maison en face de l'échoppe, au coin de la rue des Écrivains et de la rue de Marivaux (renommée rue Nicolas-Flamel en 1851), dans laquelle il habita et installa son atelier, à l'enseigne de La fleur de Lys. Cette maison, décorée de gravures et d'inscriptions religieuses, et de la maxime « Chacun soit content de ses biens, Qui n'a suffisance il n'a riens », témoigne de l'aisance alors acquise par Flamel, sans que celle-ci, par comparaison avec d'autres demeures bourgeoises bien plus luxueuses de l'époque, semble avoir été exceptionnelle. La rue de Rivoli, bien plus large, recouvre aujourd'hui la rue des Écrivains, l'emplacement de la maison de Flamel et la majeure partie de l'église, dont il ne reste que la tour Saint-Jacques (construite au début du xvie siècle, un siècle après la mort de Flamel).

Probablement après 1368, il devint libraire-juré (juré parce qu'il devait prêter serment à l'université de Paris), membre de la catégorie privilégiée des « libraires, parcheminiers, enlumineurs, écrivains et lieurs de livres, tous gens de métier appartenant aux diverses sciences et connus au Moyen Âge sous l'appellation générique de clercs. Ils dépendaient de l'Université et non de la juridiction du prévôt de Paris, comme les autres marchands ». Ils sont notamment exemptés en principe des tailles (impôts directs). Flamel essaya d'ailleurs en 1415 de faire valoir ce privilège pour éviter de payer une taxe.

Nicolas et Pernelle

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Portail de l'église Saint-Jacques-de-la-Boucherie, financé en 1389 par Nicolas Flamel, et sur lequel il s'était fait représenter avec son épouse

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Vers 1370, il épousa une femme deux fois veuve, Pernelle, et en 1372 ils se firent devant notaire un legs mutuel de leurs biens, don qui fut renouvelé à plusieurs reprises, et qui excluait de l'héritage de Pernelle sa sœur et les enfants de celle-ci. Eux-mêmes sans enfants, les deux époux Flamel commencèrent à financer des œuvres et constructions pieuses.

Afin de vider les fosses du cimetière des Innocents, les bourgeois de Paris firent construire tout autour, au XIVe siècle et xve siècle des charniers où les ossements exhumés étaient entassés et mis à sécher, en hauteur, au-dessus d'arcades. En 1389, Nicolas Flamel fit construire et décorer l'une de ces arcades, du côté de la rue de la Lingerie, où se trouvaient également des échoppes d'écrivains publics. Y étaient gravés, autour d'un homme noir figurant la mort, les initiales de Nicolas Flamel en lettres gothiques, un poème et des inscriptions religieuses, « ecritures pour émouvoir les gens à dévotion » selon Guibert de Mets dans sa Description de Paris(1434). La même année, il finança la réfection du portail de Saint-Jacques-de-la-Boucherie, en s'y faisant représenter en prière avec sa femme, au pied de la Vierge Marie, de saint Jacques et de saint Jean.

Pernelle mourut en 1397. Juste avant sa mort, sa famille essaya de faire annuler le legs mutuel entre les époux. Il s'ensuivit un procès entre les héritiers de la sœur de Pernelle et Nicolas Flamel que ce dernier finit par gagner. Après la mort de son épouse, il continua à financer des constructions dévotes, et s'engagea dans des investissements immobiliers à Paris et dans les alentours.

En 1402, il fit reconstruire le portail de l'église Sainte-Geneviève-la-petite, qui était située sur l’île de la Cité, le long de la rue Neuve-Notre-Dame, sur l’emplacement de l’actuel « parvis Notre-Dame - place Jean-Paul-II ». Elle fut appelée Sainte-Geneviève-des-Ardents à partir du début du xvie siècle et détruite en 1747. Sa statue, en robe longue à capuchon, et avec l’écritoire, symbole de sa profession, fut placée dans une niche à côté du portail. En 1411, il finança une nouvelle chapelle de l’hôpital Saint-Gervais (qui était en face de l’église Saint-Gervais), et semble avoir contribué aux réfections de l’église Saint-Côme et de Saint-Martin-des-Champs20. En 1407, il fit élever un tombeau pour Pernelle au cimetière des Innocents, sur lequel il fit graver une épitaphe en vers.

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La même année, il fit construire une nouvelle arcade (celle qui allait principalement retenir l'attention des alchimistes), cette fois du côté du charnier de la rue Saint Denis, et la fit décorer de sculptures. Il y était à nouveau représenté avec sa femme, en prière au pied du Christ, de saint Pierre et de saint Paul, entourés d'anges, et avec ses initiales NF dans des écritoires. Au-dessous, se trouvait une frise de cinqbas-reliefs représentant diverses figures religieuses conventionnelles : un lion ailé, des anges, une scène de résurrection, deux dragons combattant, etc. Au-dessous encore, trois panneaux représentaient leMassacre des Innocents, qui avait donné son nom au cimetière. L'iconographie de ces sculptures est similaire à celle d'autres monuments funéraires du cimetière des Innocents. Ces constructions et ornementations étaient courantes à l'époque : en 1408, le duc de Berry fit sculpter sur le portail de l'église du cimetière le Dit des trois morts et des trois vifs et, en 1423-1424, il fit peindre la grande fresque de la Danse macabre, sur les arcades du charnier sud (le long de la rue de la Ferronnerie). En 1786, lors de la destruction complète du cimetière des Innocents, plusieurs dessins en furent réalisés par Charles-Louis Bernier (1755-1830), dont l'arcade de Flamel.

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La maison de Nicolas Flamel ou maison « au grand Pignon », au 51 rue de Montmorency, aujourd’hui auberge Nicolas Flamel.

Toujours en 1407, Flamel fit construire plusieurs maisons destinées à accueillir les pauvres, et sur lesquelles on voyait « quantité de figures gravées dans les pierres avec un N et un F gothiques de chaque côté ». La plus connue, et la seule qui existe encore aujourd'hui, est la maison de Nicolas Flamel, aussi dite « au grand pignon », rue de Montmorency (aujourd'hui au n°51). Outre les initiales de Flamel et diverses figures dont des anges musiciens, elle porte l'inscription : « Nous hommes et femmes laboureurs demeurants ou porche de ceste maison qui fut faite en l'an de grâce mil quatre cens et sept sommes tenus chacun en droit soy dire tous les jours une pater nostre et un ave maria en priant Dieu que sa grâce face pardon aux pauvres pêcheurs trépassés Amen. » Baptisée aujourd'hui « maison de Nicolas Flamel », bien que ce dernier n'y ait jamais habité, elle est réputée être l'une des plus anciennes demeures de Paris.

Flamel possédait en outre un certain nombre de maisons à Paris et dans les villages environnants, certaines lui rapportant des rentes, mais d'autres abandonnées et en ruine. Avec le succès de son activité de copiste et de libraire, et l'apport de sa femme Pernelle, deux fois veuve avant de l'épouser, ces investissements immobiliers, faits dans le contexte de dépression économique de la guerre de Cent Ans, ont probablement contribué à sa fortune.

Pierre tombale et testament

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Pierre tombale de Nicolas Flamel, 1418, Paris, Musée de Cluny.

Il mourut le 22 mars 1418, et fut enterré à l’église Saint-Jacques-de-la-Boucherie où sa pierre tombale fut installée sur un pilier au-dessous d'une image de la Vierge. L’église fut détruite à la fin de la période révolutionnaire, vers 1797. La pierre tombale fut cependant conservée, et rachetée par un antiquaire à une marchande de fruits et légumes de la rue Saint-Jacques de la Boucherie, qui l’utilisait comme étal pour ses épinards. Rachetée en 1839 par l'hôtel de ville de Paris, elle se trouve actuellement au musée de Cluny : « Feu Nicolas Flamel, jadis écrivain, a laissé par son testament à l'œuvre de cette église certaines rentes et maisons, qu'il avait fait acquises et achetées à son vivant, pour faire certain service divin et distributions d'argent chaque an par aumônes touchant les Quinze Vingt, l'Hôtel Dieu et autres églises et hospitaux de Paris. Soit prié ici pour les trépassés. » Ses ossements, ainsi que ceux de son épouse Pernelle inhumée avec lui, sont alors transférés aux catacombes de Paris27.

Le nombre et le caractère ostentatoire de ses fondations pieuses, en fait relativement modestes, et l'accumulation dans son testament (conservé aujourd'hui à la Bibliothèque nationale) de legs de montants peu importants ont probablement contribué à amplifier l'importance de sa fortune dans la mémoire de l'époque. Peu après sa mort, Guibert de Mets dans sa Description de la ville de Paris (1434) parle de Flamel comme l'« écrivain qui faisait tant d'aumônes et d'hospitalité et fit plusieurs maisons. Dès 1463, lors d'un procès concernant sa succession, un témoin disait déjà que « [Flamel] etait en renom d'etre plus riche de moitié qu'il n'etait ». C'est dans ce contexte qu'apparut la rumeur qu'il avait dû sa richesse à la découverte de la Pierre Philosophale des alchimistes, capable de transformer les métaux en or.

La légende de l'alchimiste

Comment on devient alchimiste

Le mythe de Nicolas Flamel alchimiste est le résultat de plusieurs phénomènes de la tradition alchimique. Tout d'abord, à partir du xve siècle, la croyance en l'origine alchimique de certaines fortunes bourgeoises du Moyen Âge : outre Flamel (le plus connu), ce fut le cas de Jacques Cœur (c. 1400-1456), de Nicolas le Valois (c. 1495-c.1542) (la plus grosse fortune de Caen et fondateur de l'hôtel d'Escoville), ou encore du marchand allemand Sigmund Wann (c. 1395-1469). Ensuite la pseudépigraphie, par laquelle on attribua des traités alchimiques à des autorités antiques (Aristote, Hermès Trismégiste, etc.) ou médiévales (Albert le Grand, Thomas d'Aquin, Raymond Lulle, Arnaud de Villeneuve...), pour compenser « la marginalité d'une discipline qui ne fut jamais vraiment intégrée au savoir universitaire ». Enfin, avec la Renaissance, « le recours au langage allégorique et au symbolisme pictural devient systématique » dans les textes alchimiques ; cela entraîne, à partir du milieu du XVIe siècle une « exégèse alchimique » qui recherche un sens caché tant dans les textes bibliques que dans les récits de la mythologie gréco-romaine (notamment la légende de la Toison d'or), et enfin dans les décorations symboliques de l'architecture médiévale.

La plus ancienne trace de cette légende est un texte de la fin du XVe siècle, Le Livre Flamel, qui est en fait la traduction française d'un traité en latin du XIVe siècle, le Flos forum (La Fleur des fleurs), attribué alors à Arnaud de Villeneuve. Ce texte connut une certaine diffusion, et une version courte en fut traduite en anglais au milieu du xvie siècle. D'autres traités furent attribués à Flamel au cours du xvie siècle. C'est notamment le cas du Livre des laveurs, qui est en fait la traduction française du Rosarius traité latin du XIVe siècle de l'alchimiste anglais John Dastin : sur un manuscrit du XVe siècle, le nom du possesseur a été gratté et remplacé par celui de Flamel.

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La figure des deux dragons, à l'origine de l'interprétation alchimique de l'arcade de Nicolas Flamel

Dans le même temps apparaît l'idée qu'un sens alchimique est caché dans les figures allégoriques religieuses qui ornent les arcades du cimetière des innocents. La première trace se trouve dans le livre D’antiquitate et veritate artis chemicæ (De l'antiquité et de la vérité de l'art chimique) (1561) de l'alchimiste Robert Duval (traité qui sera placé en tête du premier volume de la grande anthologie alchimique le Theatrum Chemicum de 1602) : « À cette catégorie de fictions appartient l'énigme de Nicolas Flamel, qui figure deux serpents ou dragons, l'un ailé, l'autre non, et un lion ailé, etc ». Cette idée se retrouve également dans des commentaires en prose de la seconde moitié du xvie siècle du poème Le Grand Olympe (qui fait une interprétation alchimique des Métamorphoses d'Ovide). Toujours en 1561, Robert Duval, dans son recueil de poèmes alchimiques De la Transformation métallique : Trois anciens tractés en rithme françois, attribua à Flamel le Sommaire philosophique, sans doute parce qu'il présentait également le motif des deux dragons (le dragon étant un des principaux symboles alchimique). Le poème, qui s'adresse à « Qui veut avoir la connaissance / Des métaux & vraie science / Comment il faut transmuer / Et de l'un à l'autre muer », reprend la théorie alchimique classique qui veut que tous les métaux soient composés de deux « spermes » : le soufre, fixe et masculin, et le mercure (vif-argent), volatil et féminin.

La légende fut reprise plusieurs fois de 1567 à 1575 par l'influent médecin paracelsien Jacques Gohory. Il s'y mêla alors un des topos les plus éculés de la littérature alchimique depuis la Table d'émeraude, et qui convenait bien au libraire Flamel : la découverte d'un ancien livre contenant le secret de la Pierre philosophale. C'est tout d'abord Noël du Fail qui l'introduisit en 1578 en citant, à l'appui des guérisons miraculeuses de Paracelse, les plus célèbres alchimistes parmi lesquels « Nicolas Flamel, Parisien, lequel de pauvre écrivain qu'il etait, & ayant trouvé en un vieil livre une recette métallique qu'il éprouva fut l'un des plus riches de son temps, témoins en sont les superbes bâtiments qu'il a faits au cimetière S. Innocents, à Sainte Geneviève des ardents, à S. Jaques de la Boucherie, où il est en Demy relief, avec son écritoire, & le chaperon sur l'épaule estimé riche lui & sa Perronelle (c'etait sa femme) de quinze cent mille Ecus, outre les aumônes & dotations immenses qu'il feint ». L'idée fit son chemin, car on la retrouve en 1592 dans une note en fin d'un manuscrit d'un texte alchimique La Lettre d'Almasatus.

La légende se popularisa à tel point qu'elle se vit moquée en 1585 par Noël du Fail (qui avait semble-t-il changé de position) dans ses Contes et Discours d’Eutrapel (1585), cependant que Flamel apparaissait comme alchimiste et auteur du Sommaire Philosophique dans les notices des Bibliotheques françaises de La Croix du Maine (1584) et d'Antoine du Verdier (1585). La Croix du Maine rapporte d'ailleurs des rumeurs qui couraient alors, selon lesquelles la richesse de Flamel ne venait pas de ses talents d'alchimiste, mais du fait qu'il se serait approprié les créances des juifs, alors chassés de Paris (Charles VI avait signé un édit d'expulsion en 1394). C'est pour dissimuler ce fait qu'il aurait fait croire qu'il avait découvert la Pierre philosophale, et aurait financé des fondations pieuses.

Elle passa les frontières en 1583, le paracelsien belge Gérard Dorn, traduisant en latin des passages du Sommaire philosophique, et on la retrouve en Allemagne en 1605 et en Angleterre en 1610.

Tous les ingrédients étaient réunis pour qu'apparaisse en 1612 l'ouvrage le plus connu attribué à Flamel : Le Livre des figures hiéroglyphiques.

Le Livre des figures hiéroglyphiques

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Couverture Trois traités de la philosophie naturelle.

En 1612, paraît à Paris Trois traitez de la philosophie naturelle non encore imprimez, par Pierre Arnauld sieur de la Chevalerie, Poitevin. Outre deux traités en versions latine et française d'Artéphius et de Synésius, on y trouve un texte en français : « Les figures hiéroglyphiques de Nicolas Flamel, ainsi qu'il les a mises en la quatrième arche qu'il a batie au Cimetière des Innocents à Paris, entrant par la grande porte de la rue S. Denys,& prenant la main droite ; avec l'explication d'icelles par iceluy Flamel ».

L'ouvrage se présente comme la traduction du latin d'un texte de Flamel écrit entre 1399 et 1413. Reprenant les topos de la littérature alchimique de la découverte d'un livre ancien, Flamel y raconte qu'il a acquis pour deux florins un mystérieux et ancien livre en latin, fait de « trois fois sept feuillets » d'écorce reliés dans une couverture de cuivre « toute gravée de lettres et de figures ». Sur le premier feuillet on trouve le titre « Le livre d'Abraham le Juif, prince, prêtre lévite, astrologue et philosophe, à la gent des juifs par l'ire de Dieu, dispersée aux Gaules, salut. D. I. » Ce livre, écrit par un « homme fort savant », explique que, « pour aider sa captive nation à payer les tributs aux empereurs romains, et pour faire autre chose, que je ne dirai pas, il leur enseignait la transmutation métallique en paroles communes [...] sauf du premier agent duquel il ne disait mot, mais bien [...] il le peignait, et figurait par très grand artifice ». Le texte du livre d'Abraham le juif explique donc le processus du Grand œuvre(que Flamel ne répète pas) sans en préciser l'ingrédient initial, la materia prima(matière première des alchimistes), qui n'est donné que par des enluminures mystérieuses, qui sont décrites mais non reproduites dans Livre des figures hiéroglyphiques.

Malgré l'aide de son épouse Pernelle, Nicolas Flamel échoue au Grand œuvre pendant vingt-et-un ans (soit le même nombre d'années que le livre compte de feuillets) faute de comprendre les enluminures. Il part alors en pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle, où il rencontre un vieux médecin juif converti, qui lui explique enfin les illustrations.

De retour à Paris, il parvient enfin à transmuter du mercure en argent, puis en or, le 25 avril 1382 : « Je fis la projection avec de la pierre rouge sur semblable quantité de mercure [...] que je transmutais véritablement en quasi autant de pur or, meilleur certainement que l'or commun plus doux et plus ployable. »

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L'arcade du cimetière des innocents dans Le Livre des figures hiéroglyphiques.

Avec la fortune ainsi acquise, Flamel et sa femme ont « fondé et renté quatorze hôpitaux en cette ville de Paris, bâti tout de neuf trois chapelles, décoré de grands dons et bonnes rentes sept églises, avec plusieurs réparations en leurs cimetières, outre ce que nous avions fait à Boulogne, qui n'est guère moins que ce que nous avons fait ici »(bien plus que les dons et œuvres du Flamel historique). Et Flamel fait peindre sur une arcade du cimetière de innocents des « figures hiéroglyphiques » qui ont à la fois une interprétation théologique et une « interprétation philosophique selon le magistère d'Hermès ». Il donne tout d'abord brièvement l'explication théologique ; ainsi « les deux dragons unis [...] sont les péchés qui naturellement sont entre cathénés [enchaînés l'un à l'autre] ; car l'un à sa naissance de l'autre : d'iceux aucuns peuvent être chassés aisément, comme ils viennent aisément, car ils volent à toute heure vers nous. Et ceux qui n'ont point des ailes ne peuvent être chassés, ainsi qu'est le péché contre le Saint-Esprit ». Il donne ensuite, de façon nettement plus étendue l'explication du sens alchimique, explication dans laquelle la symbolique des couleurs prend une grande place : « ce sont les deux principes de la philosophie que les sages n'ont pas osé montrer à leurs enfants propres. Celui qui est dessous sans ailes, c'est le fixe, ou le mâle ; celui qui est au-dessus, c'est le volatil, ou bien la femelle noire et obscure [...] Le premier est appelé soufre, ou bien calidité et siccité, et le dernier argent vif, ou frigidité et humidité. Ce sont le soleil et la lune de source mercurielle... »

Datation et attribution

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Le Voyage des Princes Fortunés (1612) roman alchimique de Béroalde de Verville, le possible véritable auteur du Livre des figures hiéroglyphiques.

Aucun original médiéval, ni du Livre des figures Hiéroglyphiques, ni du Livre d'Abraham le juif, n'a été retrouvé. Deux manuscrits latins du Livre des figures ont récemment été mis au jour, mais il s'avère qu'il s'agit de « traductions latines » du texte français de 1612 faites au début xviie siècle.

En fait tout indique qu'il s'agit d'un texte écrit entre la fin du xvie siècle et le début du xviie siècle : le vocabulaire (à commencer par le mot Hiéroglyphe), les anachronismes (le texte cite le nom de l'alchimiste Lambsprinck, mentionné pour la première fois par Nicolas Barnaud en 1599). La véritable source en est un célèbre recueil de traités alchimiques médiévaux l'Artis auriferae, paru en 1572 (Dans Les figures hiéroglyphiques, les théories alchimiques sont souvent présentées dans le même ordre, mais parfois à contresens).

Pour Claude Gagnon, P. Arnaud de la Chevalerie serait le pseudonyme de Béroalde de Verville (1556-1626) (sous la forme de l'anagramme imparfaite « Arnauld de Cabalerie »), écrivain s'intéressant à l'alchimie et la cabale, et surtout connu aujourd'hui pour sa satire Le Moyen de Parvenir (1617). À l'appui de cette thèse, Gagnon a retrouvé dans une note d'un bibliographe du xviie siècle sur un exemplaire de la Bibliothèque Françoise de La Croix du Maine, le titre d'un ouvrage de Béroalde : Les aventures d'Ali el Moselan surnommé dans ses conquêtes Slomnal Calife, Paris 1582, traduit de l'arabe de Rabi el Ulloe de Deon. « Slomnal Calife » étant l'anagramme de « Nicolas Flamel », et « Rabi el Ulloe de Deon » celui de « Béroalde de Verville ». Un autre élément est que Béroalde de Verville publie, la même année et chez le même éditeur que Les Figures hiéroglyphiques, le Palais des curieux dans lequel il met en garde ses lecteurs alchimistes contre « ceux qui vous déçoivent, et qui sous les beaux contes de Flammel & d'autres épient vos ames, pour les ruiner ».

Cette attribution n'a cependant pas convaincu certains spécialistes de Béroalde de Verville. Par contre, Bruno Roy reprend l'hypothèse de Gagnon sur l'auteur des Figures hiéroglyphiques : « En fin de compte, le Flamel de Béroalde est beaucoup plus séduisant pour nous que le véritable bourgeois bigot, mégalomane et procédurier qui vivait au xive siècle». Une autre piste, est la découverte par François Secret dans des manuscrits alchimiques du début du xviie siècle du nom d'un « Sieur de la Chevalerie de Chartres » (donc beauceron plutôt que poitevin), mais dont on ne sait rien de plus.

Fortune du mythe

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Les figures hiéroglyphiques de l'arcade du cimetière des Innocents entourées des figures du livre d'Abraham le juif.

Ce texte connut un succès immédiat et popularisa largement le mythe de Flamel, qui devint l'alchimiste français par excellence. Outre le fait que sa fortune, supposée fabuleuse, dont les traces encore visibles dans Paris témoignaient de sa réussite dans la recherche de la pierre philosophale, ce succès est peut-être en partie dû au fait qu'à l'époque de la Contre-Réforme, Flamel offrait une figure d'alchimiste révérant la Vierge et les Saints, alors que la discipline était dominée par les alchimistes réformés du « renouveau paracelsien », au sein duquel naquirent d'ailleurs d'autres mystifications littéraires alchimiques promises elles-aussi au succès : Salomon Trismosin (apparu en 1598), le prétendu maître de Paracelse (1493/4-1541), Basile Valentin (1600), qui aurait été un moine bénédictin du xve, ainsi que les manifestes Rose-Croix (1614-1615) et Les Noces Chymiques de Christian Rosenkreutz (1616).

Le Livre des figures hiéroglyphiques connut de nombreuses rééditions et traductions. Comme déjà indiqué, de pseudo-originaux latins furent forgés. Les figures du Livre d'Abraham le juif qui sont simplement décrites dans l'édition de 1612 furent rapidement représentées dans des manuscrits et dans les éditions ultérieures. Cette tradition se poursuivit jusqu'au xviiie siècle, où l'on vit paraître en allemand à Erfurt dans un Uraltes chymisches Werck (1735) : « Une très ancienne œuvre Chymiques du Rabbi Abraham Eleazar, que l'auteur a écrit partie en latin et en arabe, partie en chaldéen et en syriaque, et qui fut ensuite traduite dans notre langue allemande par un anonyme », et qui contient une nouvelle versions des figures du Livre d'Abraham.

  • 20

« Une croix où un serpent était crucifié ».

  • 21

« Des déserts, au milieu desquels coulaient plusieurs belles fontaines, dont sortaient plusieurs serpents, qui couraient par-ci, et par là. ».

  • 22

« Un jeune homme avec des ailes aux talons, ayant une verge caducée en main, entortillée de deux serpents, de laquelle il frappait une salade qui lui couvrait la tête, [...], contre icelui venait courant et volant à ailes ouvertes, un grand vieillard, lequel sur sa tête avait une horloge attachée, et en ses mains une faux comme la mort, de laquelle terrible et furieux, il voulait trancher les pieds à Mercure. »

  • 23

« Une belle fleur en la sommité d'une montagne très haute, que l'aquilon ébranlait fort rudement, elle avait le pied bleu, les fleurs blanches et rouges, les feuilles reluisantes comme l'or fin, à l'entour de laquelle des dragons et griffons aquiloniens faisaient leur nid et demeurante. »»

  • 24

« Un beau rosier fleuri au milieu d'un beau jardin, échelant contre un chêne creux, aux pieds desquels bouillonnait une fontaine d'eau très blanche, qui s'allait précipiter dans les abîmes, passant néanmoins premièrement, entre les mains d'infinis peuples qui fouillaient en terre, la cherchant :mais parce qu'ils étaient aveugles, nul ne la connaissait, fors quelqu'un, considèrent le poids. »»

  • 25

« Un roi avec un grand coutelas, qui faisait tuer en sa présence par des soldats, grande multitude de petits enfants, les mères desquels pleuraient aux pieds des impitoyables gens d'armes, le sang desquels petits enfants, était puis après recueilli par d'autres soldats, et mis dans un grand vaisseau, dans lequel le soleil et la lune se venaient baigner.»».

D'autres textes furent attribués à Flamel. En 1619 parut, avec le Traicté du Soulphre du polonais Michael Sendivogius, un Thresor de Philosophie ou Original du Desir de Nicolas Flamel, qui n'est autre qu'une version française du Thesaurus philosophiae d'Efferarius Monachius (XIVe). L'attribution est probablement liée au Livres des laveures qui commence par « Le désir désiré, et le prix que nul ne peut priser ». Il en est de même pour Le Grand Eclaircissement de la Pierre Philosophale pour la transmutation de tous les métaux(1628), traduction française du traité italien Apertorio alfabetale (1466 ou 1476) de Cristoforo Parigino (Christophe de Paris).

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Nicolas Flamel Philosophe François par Balthasar Moncornet (1600-1670), prétendument d'après une gravure de Rembrandt.

En 1655, Pierre Borel, médecin ordinaire de Louis XIV, et premier bibliographe de l'alchimie, rapporte dans son Trésor de recherches et antiquité gauloises et françaises un certain nombre de bruits et rumeurs qui couraient alors sur Flamel : le roi Charles VI aurait envoyé, pour s'enquérir de sa richesse, son maître des requêtes M. de Cramoisy, dont Flamel aurait acheté le silence avec un matras (vase) plein de poudre de projection (une des formes de la Pierre philosophale) ; la maison de Flamel aurait été fouillée à la recherche du Livre d'Abraham le juif, qui aurait été finalement retrouvé par le cardinal de Richelieu peu avant sa mort en 1642. On racontait par ailleurs que Richelieu avait fait exécuter un alchimiste nommé Dubois qui se présentait comme l'héritier du secret de Flamel.

À la même époque, l'historien de Paris Henri Sauval (1623-1676), est plus dubitatif : « Les hermétiques qui cherchent par tout la Pierre Philosophale sans la pouvoir trouver, ont tant médité sur quelques portaux de nos Eglises, qu'à la fin ils y ont trouvé ce qu'ils prétendent. [...] Ils se distillent l'esprit pour quintessencier des vers Gothiques & des figures, les unes de ronde-bosse, les autres égratignées, comme on dit, sur les pierres tant de la maison du coin de la rue Marivaux, que des deux Hôpitaux qu'il [Flamel] a fait faire à la rue de Montmorency. »

Flamel au temps des Lumières

L'alchimie ne disparut pas avec le xviiie siècle et les Lumières. Mais si elle garda une certaine caution scientifique (Newton, au cours de ses études alchimiques, s'intéressa aux « hiéroglyphes » du Livre des figures et du Livre d'Abraham le juif), car il ne semblait pas possible de montrer l'impossibilité théorique de la transmutation, l'échec de sa réalisation pratique accentua progressivement son discrédit moral et social au cours du siècle. Elle fut de plus en plus perçue comme une chimère ruineuse, comme par exemple chez Fontenelle (Histoire de l'académie des sciences 1722) et chez Montesquieu dans l'une de ses Lettres persanes (1721) : Rica raconte qu'il a rencontré un homme en train de se ruiner parce qu'il croit être parvenu au grand œuvre, et qui lui affirme : « Ce secret, que Nicolas Flamel trouva, mais que Raymond Lulle et un million d'autres cherchèrent toujours, est venu jusques à moi, et je me trouve aujourd'hui un heureux adepte. »

Avec la transmutation des métaux, la prolongation de la vie a été l'autre but de l'alchimie, sous la forme d'élixir de longue vie (parfois aussi appelé or potable). À l'époque du Comte de Saint-Germain qui se faisait passer pour immortel, apparut la croyance que Nicolas Flamel et sa femme Pernelle vivaient toujours. En 1712, Paul Lucas, antiquaire du roi et grand voyageur, rapporte sans trop y croire dans son Voyage du Sieur Paul Lucas, fait par ordre du roy dans la Grèce, l'Asie Mineure, la Macedoine et l'Afrique : Contenant la description de la Anatolie, de la Caramanie, & de la Macedoine84, qu'un derviche rencontré en Turquie lui a affirmé que la Pierre philosophale prolonge la vie de mille années, avec comme preuve qu'il aurait rencontré Nicolas Flamel aux Indes trois ans plus tôt. Sa femme Pernelle ne serait pas morte non plus en 1397 mais se serait installée en Suisse, rejointe en 1418 par son mari. La légende continua et on raconta que Flamel avait rencontré le comte Desalleurs, ambassadeur de France en Turquie de 1747 à sa mort en 1754, et 1761, avec sa femme et leur fils, il aurait été vu à l'opéra.

En 1758, l'abbé Étienne-François Villain, publia une étude fouillée sur l'histoire de sa paroisse de Saint-Jacques de la boucherie, dans laquelle il rejetait la légende de Flamel alchimiste, en affirmant premièrement que la richesse de Flamel était loin d'avoir été aussi considérable que ce que l'on racontait, par exemple Nicolas Lenglet Du Fresnoy dans son Histoire de la philosophie hermétique (1742) qui affirmait que les fondations pieuses de Flamel avaient été « plus considérables que celles mêmes que faisaient les Rois & les Princes ». D'autre part Villain soulignait que le Livre des figures hiéroglyphiques était un apocryphe dû à son prétendu traducteur, Pierre Arnauld de la Chevalerie. Il fut vigoureusement attaqué par Antoine-Joseph Pernety, dit Dom Pernety, ancien bénédictin féru d'hermétisme, relayé par Fréron dans son journal L'Année littéraire, alors que Villain, soutenu par les jésuites du Journal de Trévoux, publiait en 1761 une étude plus complète : Histoire critique de Nicolas Flamel et de Pernelle sa femme; recueillie d'Actes anciens qui justifient l'origine et la médiocrité de leur fortune contre les imputations des alchimistes. Pernéty critiquait notamment la méthode historique de Villain : « Peut‑on raisonnablement s’imaginer qu’un Philosophe Hermétique doive s’afficher tel ? Et M. l’abbé V... a‑t‑il pensé trouver Flamel Philosophe dans les contrats de rentes, les quittances, etc. de Flamel homme privé ? [...] Falloir‑il employer plus de 400 pages pour nous accabler du détail minutieux de ces rentes, de ces quittances, etc. de Flamel se conduisant comme Bourgeois bon Chrétien ? M. l’abbé V... pour se convaincre que Flamel mérite le nom de Philosophe, voudrait‑il que dans les contrats qu’il a faits, dans les quittances qu’il a reçues ou données, il est signé, Nicolas Flamel, Philosophe Hermétique ? ». Pernéty soutient qu'il existe un Bréviaire de Flamel, daté de 1414. Ce Bréviaire qu'on trouve dans deux manuscrits illustrés du xviiie siècle, qui utilise du vocabulaire et une syntaxe inconnus au xve siècle et qui citeLe Livre des Figures Hiéroglyphiques, est lui aussi un apocryphe postérieur.

Extraits de l'Alchimie de Flamel, par le Chevalier Denys Molinier - manuscrit du |XVIIIe

Les conclusions de l'abbé Villain furent aussi vigoureusement attaquées par l'alchimiste ardennais Onésime Henri de Loos (1725-1785) dans son Flamel vengé, son adoption défendue, et la tradition rétablie dans sa vigueur contre les atteintes, les insultes de l'ignorance, contre les fictions et les impostures de la critique. Il conclut : « Le commentaire sur les hiéroglyphes n'est pas et ne saurait avoir été l'ouvrage d'un philosophe spéculatif, qui ne combine que des idées, qui tâtonne des principes, et tâche d'en tirer adroitement des conséquences. C'est au contraire le chef-d'œuvre d'un homme consommé dans la pratique, un recueil des observations les plus fines et les plus délicates d'un maître accoutumé à voir et bien voir ; et qui, par la force d'un génie aidé de l'habitude, devine tout, explique tout, et remonte jusqu'aux causes secrètes des crises de la nature. Aucun livre n'est aussi rempli de ces traits qui caractérisent un témoin oculaire : aucun livre ne convient moins à un commençant, il n'est fait que pour les adeptes. Par-là, sans doute, il est plus précieux et plus estimable. Personne ne reprochera à Flamel de l'avoir conduit dans un labyrinthe, puisqu'il déclare d'abord qu'il en ferme la porte, et qu'on ne l'ouvrira jamais, à moins que d'avoir trouvé la clef ailleurs. Tout ceci, bien considéré, et y référant les autres raisons que j'ai dites, donnent l'exclusion au sieur de la Chevallerie et Gohory. »

Avec l'avènement de la chimie moderne à la fin du xviiie siècle, l'alchimie perdit tout son crédit scientifique, et connut en tant que discipline un recul considérable. Mais « le romantisme invente l'image d'une science alchimique maudite, incomprise, héroïque et persécutée ». Flamel en devient la figure par excellence, surtout en France. En 1828, le jeune Gérard de Nerval en fait une pièce de théâtre (Nicolas Flamel), comme Alexandre Dumas en 1856 (La Tour Saint Jacques). Frollo, l'archidiacre alchimiste de Notre-Dame de Paris (1831) de Victor Hugo, va se recueillir devant les figures hiéroglyphiques du cimetière des Innocents. En 1842, il est le héros du Souffleur, conte fantastique d'Amans-Alexis Monteil dans son Histoire de Français des divers états, aux cinq derniers siècles.

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