La Crise de 1929 et Ses Causes

Publié le par Bernard Gasnot

La Crise de 1929 et Ses Causes
La Crise de 1929 et Ses Causes
La Crise de 1929 et Ses Causes
La Crise de 1929 et Ses Causes

Un parallèle avec la crise de 2008

Le prélude à la crise

A de nombreuses reprises des acteurs du système financier ont voulu mettre en place une banque centrale. Le risque d'une panique bancaire était souvent le motif invoqué. En 1913, un conglomérat de 12 banques réussit finalement à obtenir du congrès américain l'autorisation d'instaurer la Federal Reserve, qui est la seule institution autorisée à imprimer de l'argent et a fixer un taux d'intérêt de base pour les banques auxquelles elle prête. Si le gouvernement américain d'aujourd'hui a besoin d'argent, il devra l'emprunter de la Fed. La mission première de la Fed était d'empêcher un écroulement du système bancaire en cas de panique et d'acheminer les capitaux nécessaires si tous les déposants d'une banque désiraient retirer leurs économies. Certains déclarèrent même que ce 'pas de géant' permettrait d'éviter les crises de crédit et les récessions qui s'étaient manifestées ça et là au cours du siècle précèdent. Non seulement les récessions ne disparurent pas, mais la Federal Reserve allait faillir lamentablement à sa mission première et laisser des milliers de banques faire faillite entre 1930 et 1932; ce qui n'était qu'une récession sévère en 1930 se transforma ainsi en une gigantesque dépression.

Il y avait un danger réel à concentrer tous les pouvoirs entre les mains d'un groupe restreint de banquiers ou un cartel. Les Etats-Unis adhéraient toujours, du moins en théorie, à l'étalon d'or mais les variations de taux d'intérêt n'étaient plus nécessairement dictées par le marché mais par des acteurs politiques. La Fed avait et a toujours des relations ambivalentes avec le gouvernement américain. Elle exerce une influence sur celui-ci non seulement en dégageant les fonds nécessaires pour financer sa dette mais aussi parce que dans une démocratie, les politiciens qui ont besoin d'argent pour financer leurs campagnes peuvent difficilement se mettre a dos un puissant cartel de banques qui sont en relation avec de grosses compagnies. D'un autre coté le pouvoir peut toujours retirer à la Fed les privilèges qui lui furent octroyés jadis.

Après la première guerre mondiale, le monde avait changé de fond en comble. L'Allemagne était ruinée et de nombreux pays d'Europe, particulièrement l'Angleterre, avaient financé l'effort de guerre en exportant leurs réserves d'or vers les Etats-Unis. Malgré cette saignée, malgré l'adoption d'une monnaie fiat par plusieurs belligérants, l'Angleterre avait accumulé une montagne de dettes envers les Etats-Unis. La présence d'une réserve considérable de capitaux permet, certes, de financer des projets viables, mais elle permet parfois l'apparition de bulles spéculatives. Les taux d'intérêt relativement bas permirent aux ménages américains de s'endetter a un rythme de plus en plus rapide. L'achat de radios, d'appareils ménager et de nouvelles inventions pouvait maintenant se faire à crédit. Les Américains baignaient dans un climat d'optimisme que rien ne semblait pouvoir ébranler. Mais à Londres, on maugréait. La livre ne s'échangeait plus que pour une fraction de sa valeur de 1914 en dollars. Jadis capitale financière du monde, Londres vivait dans l'ombrage de Wall Street. La nostalgie de cette époque bénie où l'Angleterre adhérait à l'étalon d'or gagnait le monde politique et financier. L'Angleterre cherchait un moyen de ré-adhérer à l'ancien système. Mais Londres se donna un objectif trop ambitieux; elle voulait adhérer à ce système avec le même taux de change qu'en 1914. Comme il serait plus facile de rembourser le créancier américain avec une livre forte! L'Angleterre voulait le beurre et l'argent du beurre.

Le pas fut finalement franchi en avril 1925; l'Angleterre re-adhéra à l'étalon d'or. Mais pour pouvoir adhérer au système de l'étalon d'or avec l'objectif que l'Angleterre s'était donné, soit convertir au besoin 4 livres sterling pour une once d'or, il fallait drainer l'or des pays étrangers; la France et les Etats-Unis possédaient à eux seuls les trois quart des réserves mondiales d'or. Les taux d'intérêt furent donc augmentés de façon significative à l'instigation de Sir Montagu Norman, gouverneur de la Banque d'Angleterre. La récession qui s'en suivit fut catastrophique. 1.2 millions de britanniques s'étaient retrouvés au chômage, mais Norman, qui affichait du mépris pour le secteur industriel et ne jurait que par le secteur financier, garda le cap. Mais la livre était maintenant tellement surévaluée que les exportations de produits anglais, devenus plus chers, chutèrent massivement. L'industrie britannique et sa machinerie dépassée ne pouvait compétitioner avec l'industrie américaine vu le taux de change fixé par Londres. L'absence de flexibilité des salaires en Angleterre y etait aussi pour quelque chose. Les taux d'intérêt plus élevés avaient drainé du capital, mais le déficit commercial entraînait un exode encore plus grand de ce qui restait de l'or anglais vers l'Amérique. Le plan de Norman avait échoué. Si l'Angleterre était restée accrochée à l'étalon d'or en 1914, un léger déficit commercial aurait été réglé graduellement par un effet de rétroaction mais le rééquilibrage brutal désiré par Londres ne pouvait se faire sans que les ouvriers anglais ne travaillent pour une bouchée de pain. En termes physiques ou matériels, le re-ancrage à l'étalon d'or était une tentative de Norman de liquider d'un seul coup une fraction importante des promesses de paiement faites pendant la guerre envers le créancier américain, d'augmenter le pouvoir d'achat des spéculateurs désireux d'investir aux Etats-Unis, de faire baisser le prix des marchandises américaines importées en faisant porter le poids de cette amélioration sur les épaules des entreprises manufacturières et des ouvriers qui dépendaient de celles-ci.

Norman se rendait maintenant compte que le mécontentement populaire ne lui permettrait plus de conserver le support de Churchill. Alors Norman opta pour un plan B. Plutôt que de maintenir le taux d'intérêt à un niveau élevé en Angleterre, il serait préférable de demander à son homologue américain d'abaisser son taux d'intérêt afin que le capital reprenne le chemin de Londres. Si Benjamin Strong, qui dirigeait la Federal Reserve aux Etats-Unis, adoptait une politique agressive axée sur le crédit facile, nul doute aussi que les exportations anglaises en profiteraient d'une façon ou d'une autre. De forts liens d'amitié unissaient les deux hommes. Avant la création de la Fed, une telle collusion aurait été impossible mais les Etats-Unis ne possédaient plus un système bancaire décentralisé. Apres une visite de Norman aux Etats-Unis a la fin de juillet 1927, la Federal Reserve mena des opérations sur le marché pour augmenter le crédit et le taux d'intérêt fut abaissé en août. De juin a août la Fed injecta plus de 500 millions de dollars et ce n'était qu'un début; en 18 mois le débit des banques vers les comptes de particuliers passa de 53,6 à 82 milliards de dollars

Bulle spéculative à Wall Street

Mais la politique de crédit facile utilisée par Benjamin Strong ne donna pas les résultats escomptés. Bientôt une grande partie du crédit généré aboutit à Wall Street et les courtiers utilisèrent largement l'effet de levier d'un système d'appel sur marge; la bourse explosa. L'indice Dow Jones doubla pratiquement en deux ans. Le système était fort simple et reposait sur le principe d'une chaîne pyramidale. Si un Américain ou un Anglais possédait 1,000$, il lui était possible d'emprunter 10,000$ pour 'investir' a la bourse. Si le prix d'une action à 10$ grimpait jusqu'à 12$, notre investisseur aurait fait 200$ avec sa mise initiale. Mais avec 10,000$, il faisait 2,000$ de profit moins des frais d'intérêt peu élevés. Il pouvait parfaitement vendre pour 2,000$ d'actions, emprunter 20,000$ de plus et recommencer. Ou, se prenant pour un génie de la finance, tenté d'éblouir ses amis en parlant du magnifique coup qu'il avait fait, ce qui ne manquait pas d'amener d'autres 'clients' dans le circuit. Si, par contre, le client achetait pour 10,000$ d'action à 10$ en couvrant 1,000$ de celles-ci avec son propre argent et que le prix passait sous la barre des 9$ il se devait de vendre aussitôt. Mais qu'est-ce que notre homme avait à craindre après tout, plus il y avait une demande pour ces actions et plus leur prix grimpait....

Bien entendu il y a une faille dans le raisonnement. Les banques ne peuvent pas financer à l'infini une telle chaîne et lorsque les actionnaires découvrent que le prix plafonne ils commencent à vendre, ce qui fait chuter les prix jusqu'à ce qu'un vent de panique amène l'écroulement de cette pyramide. En fait, en octobre 1929 les investisseurs furent tellement pris de panique que même en vendant au dixième du prix d'achat certains ne trouvaient pas d'acheteur. Beaucoup n'avaient pas le choix; une fois que la marge ou la mise de fonds n'était plus couverte c'était la vente automatique, parfois à un prix ridicule faute d'acheteurs. Beaucoup de banques, lourdement impliquées dans cette fièvre spéculative, étaient au bord de la faillite. Souvent la 'comptabilité créative' (disons la falsification des bilans) permit a certaines d'entre elles de survivre un, deux ou trois ans mais leur existence ne tenait qu'à un fil; des centaines, puis des milliers de banques firent faillite entre 1930 et 1932. Les paniques bancaires se multiplièrent. Pour répondre à ceux qui se bousculaient pour ravoir leurs économies, les banques n'avaient d'autre choix que d'exiger un remboursement immédiat auprès de leurs emprunteurs, acculant ainsi de nombreuses compagnies (qui n'avaient jamais joué à la bourse) à la faillite.

Au début de 1929 les membres de la Federal Reserve commençaient à s'inquiéter sérieusement de la tournure des choses à Wall Street. Le prix des actions n'avait plus aucun rapport avec les dividendes versés aux actionnaires. Plus la pyramide spéculative prenait de l'ampleur, plus son dégonflement brutal risquait de provoquer une onde de choc qui pousserait l'économie dans une récession prolongée. La Federal Reserve hésitait cependant à hausser les taux d'intérêt par crainte de déclencher la panique et préférait d'utiliser la persuasion envers les dirigeants de banques dont les activités de spéculation lui paraissaient "excessives". Mais rien n'y fit.

La situation n'était pas très rose pour Montagu Norman non plus. La baisse des taux d'intérêt aux Etats-Unis était supposée aider le Royaume Uni à regarnir ses réserves d'or, mais une fois de plus les choses ne se déroulaient pas comme prévu. La flambée du prix des actions a Wall Street était telle que, non seulement les Américains ne plaçaient pas leur or dans les banques anglaises, mais de nombreux investisseurs anglais retiraient leur argent des banques anglaises pour la placer à Wall Street.

Le 6 février, le gouverneur de la Banque d'Angleterre arriva a Washington pour s'entretenir avec Andrew Mellon, le secrétaire au Trésor. Peu après la visite de Montagu Norman, la réserve fédérale changea brusquement de politique. Cependant si le président Herbert Hoover voyait d'un mauvais oeil la spéculation en cours a Wall Street, il craignait qu'une hausse des taux d'intérêt ne pénalise trop le secteur manufacturier. Il poussa plutôt Andrew Mellon, le secrétaire au Trésor, à faire une déclaration à la presse. Pour ne pas déclencher la panique Mellon utilisa un langage voilé. Le 15 mars celui-ci déclara:

"La situation présente sur les marchés financiers donne la possibilité aux investisseurs prudents d'acheter des bons du gouvernement. Les bons reviennent moins cher que les actions."

Il ajouta être en parfait accord avec la Federal Reserve concernant les restrictions à imposer au crédit servant à des fins spéculatives. Roy Young, le nouveau gouverneur de la Fed, fit des déclarations similaires le lendemain. Les nerfs de certains boursicoteurs fléchirent et la bourse eut quelques soubresauts. Mais l'attitude de défiance de Charles E Mitchell, président de la National City Bank, lourdement impliquée dans le financement de spéculateurs utilisant le système d'appel sur marge, rassura les marchés boursiers; le Dow Jones poursuivit son envol.

Le krach de 1929

En août 1929, la réserve fédérale décida finalement de faire grimper son taux de base à 6%. Les marchés boursiers etaient de plus en plus nerveux alors qu'une récession s'amorçait. Au cours des semaines qui suivirent les investisseurs les moins téméraires vendirent et leur nombre excéda pour la première fois le nombre de nouveaux spéculateurs. Le premier krach majeur eut lieu le 24 octobre et l'intervention de certaines banques et de plusieurs gros industriels pour soutenir les cours retarda l'échéance. Le 28 octobre le Dow Jones plongea de nouveau fortement, laissant ainsi de nombreux spéculateurs avec une marge à découvert. Le 29 octobre, la panique fut totale et aucune intervention des banques ne pouvait enrayer la chute.

Un certain fléchissement dans les ventes d'automobiles commençait déjà a se faire sentir avant le krach.

L'engouement pour la bourse était tel que plusieurs personnes retardaient l'achat de biens durables afin d'offrir une marge appréciable et emprunter pour acheter des actions. Les bulles spéculatives ont existé de tout temps et sont associées à une soudaine abondance d'argent, qu'il s'agisse d'argent épargné ou d'argent obtenu par une extension du crédit. Une partie de l'argent sert à l'achat de biens de consommation mais une autre partie est dirigée vers des opérations de financement afin d'obtenir un rendement sur le capital. L'afflux massif de fonds dans un secteur bien précis (bourse, terrains, etc..) crée des poches à haut rendement et tôt ou tard ces investissements prennent une forme pyramidale; la cupidité aidant la fièvre spéculative contamine une part croissante de la population jusqu'à l'effondrement final. Mais les bulles spéculatives et leur éclatement sont une calamité pour l'économie parce qu'elles n'impliquent pas seulement le transfert de richesse d'un groupe de personnes vers un autre. Il y a un gaspillage physique et matériel énorme qui est engendré, de capital qui affecte négativement la richesse du pays.

Prenons l'exemple d'une personne qui voulait étudier pour devenir agronome; s'il y a un boom artificiel dans l'immobilier suite à une bulle spéculative cette personne peut décider d'emprunter pour suivre un cours d'agent immobilier alors que d'autres individus empruntent pour créer des écoles de formation dans ce domaine. La personne peut travailler 1, 2 ans dans ce secteur mais lors du dégonflement de la bulle elle perd son emploi. Elle est déjà endettée et y songe à deux fois avant d'emprunter de nouveau pour devenir agronome; dans le meilleur des cas cette personne a perdu deux ans de sa vie. Ceux qui ont emprunté pour créer une école dans le domaine font faillite aussi. Une bulle spéculative fausse le jugement d'une multitude d'acteurs et amène ceux-ci à gaspiller leur temps ou leur argent ce qui a un effet domino sur l'ensemble de l'économie. Avant l'éclatement de cette bulle les "nouveaux riches", croyant qu'ils ont un coussin confortable, s'offrent des biens de luxe et créent une demande artificielle dans un autre secteur ce qui amène un entrepreneur à emprunter pour prendre de l'expansion, etc.. A la fin l'économie doit retourner a un équilibre où chacun sait à peu près combien d'heures il doit travailler dans un certain métier pour échanger ses heures de travail contre d'autres heures de travail ou des biens de consommation, mais ce retour à la normale est pénible; il y a beaucoup de perdants.

La Grande Dépression

L'économie américaine ne plongea pas immédiatement dans une profonde dépression. Une récession se fit sentir, mais au début de l'été 1930 un regain d'activité fit croire à plusieurs que la récession s'achevait. Le 19 juin, William Green, le président de l'American Federation of Labor, informa le président Hoover et la presse que la situation de l'emploi commençait à s'améliorer. Mais deux événements presque simultanés allaient tuer dans l'oeuf cette reprise; Une sécheresse sévère dans les états agricoles en août et le dumping de blé soviétique sur le marché mondial. La collectivisation des terres en Ukraine par Staline rencontrait beaucoup de résistance et on sait aujourd'hui qu'une grande partie du 'bond en avant' de l'industrie soviétique fut financée par la confiscation massive des récoltes de blé en Ukraine. Des millions de paysans hostiles au régime moururent, mais la vente massive de blé déprécia d'avantage le prix et accula à la faillite non seulement plusieurs fermiers américains mais aussi leurs banques, déjà fragilisées par le krach de 1929 et les pertes qu'elles avaient essuyées. La faillite grandissante de centaines de banques amena un nombre record de déposants à se présenter pour retirer leurs économies plutôt que de tout perdre. Pour satisfaire cette vague de retraits, les banques durent rappeler leurs prêts afin de soutenir la demande en liquidités. Des dizaines de milliers d'entreprises qui dépendaient du crédit pour leur survie furent poussées vers la faillite. Le point culminant de l'année 1930 fut atteint le 12 décembre lorsque qu'une banque de l'état de New York, la Bank of the United States, déclara faillite. 400,000 déposants perdirent leurs économies. Un nombre grandissants d'américains retiraient leurs économies pour les mettre dans un bas de laine, ce qui exerçait encore plus de pression sur un système déjà fragilisé. On apprit plus tard que certaines pratiques comptables de cette banque avoisinaient carrément la fraude.

Néanmoins une telle spirale est rarement irréversible. La faillite d'un nombre grandissant d'entreprises met à la disposition des entreprises qui survivent un capital humain et matériel surtout qui peut s'obtenir pour une bouchée de pain. L'abaissement des coûts de production qui en résulte amène à un redressement après l'atteinte d'un point d'équilibre. Le Federal Reserve Board publia les chiffres concernant l'indice de production industriel; de janvier à février 1931, celui-ci était passé de 83 à 86 (sur une base de 100 pour 1929) et à 87 pour mars 1931. La situation de l'emploi avait cessé de se dégrader même si le chômage demeurait chronique.

Une autre secousse vint cependant ébranler l'économie américaine au printemps de 1931; l'effondrement des économies européennes. L'Allemagne et l'Autriche étaient en très mauvaise posture à cause des réparations imposées par le traité de Versaille.Les contre coup du krach de 1929 avaient engendré une hausse du chômage et une instabilité politique croissante dans ces pays. L'économie de la Grande Bretagne était en chute libre; les tentatives maladroites de Norman pour ancrer la livre sur l'étalon d'or à un taux d'échange grotesque avaient mené au désastre. Pour faire face a leurs propres problèmes de liquidités plusieurs pays d'Europe n'avaient d'autre choix que de rapatrier en hâte les réserves d'or qu'elles avaient placées aux Etats-Unis lors de l'achat de bons. La réserve fédérale américaine tenta d'enrayer cet exode mais la contraction monétaire qui s'en suivit plongea l'économie d'avantage dans la dépression. La France aussi désirait échanger ses réserves de livres anglaises contre de l'or mais malgré ses tentatives l'Angleterre, à bout de souffle, fit défaut. Le Royaume Uni se détacha de l'étalon d'or.


Roosevelt et le New Deal

En 1932, 25% des travailleurs aux Etats-Unis n'avaient pas d'emploi. Une légende tenace veut que Roosevelt, son New Deal et ses déficits keynésiens aient mis fin à la crise; il n'en fut rien. Les emprunts massifs pour financer la construction de routes ou de ponts créèrent certes des emplois, mais de tels programmes servirent souvent à placer des amis politiques a la tête d'organismes pour lesquels ils n'avaient aucune compétence. Surtout Roosevelt mis en branle des politiques imbéciles qui firent durer la crise. Alors qu'en Allemagne, en Suède, au Japon, en Grande Bretagne et dans plusieurs pays d'Europe le chômage tomba rapidement pour revenir a son niveau normal bien avant 1936, il était, aux Etats-Unis, encore à 17% en 1936 et près de 14.3% en 1937 soit près de quatre fois son niveau de 1928. Lorsque Roosevelt, alarmé par la croissance spectaculaire du déficit américain et l'impossibilité qu'il y avait à maintenir cette croissance exponentielle, commença à limiter un peu plus les dépenses de l'état a la fin de 1937 l'économie américaine replongea en récession et le taux de chômage atteignit 19% l'année suivante. La théorie keynésienne prévoyait pourtant qu'en se substituant a l'entreprise privée l'état pouvait servir de catalyseur et créer une dynamique qui se suffirait à elle-même après un certain temps.

Dans la logique de Roosevelt, ce n'était pas la dépression qui causait la chute des prix mais la chute des prix qui causait la dépression. Une batterie de lois fut votée pour entraver le jeu de l'offre et de la demande. Six millions de porcs furent égorgés et jetés, des stocks de blé, de coton et de maïs furent détruits pour raffermir les prix, des fermiers reçurent l'aide de l'état pour ne pas produire d'avantage. Pendant ce temps des millions d'américains qui ne mangeaient pas à leur faim durent se contenter de soupes populaires et d'un régime alimentaire de survie. Un nettoyeur de New York fut même jeté en prison parce qu'il offrait de presser des pantalons pour 35 cents au lieu des 40 cents minimums prescrits par la loi. Roosevelt favorisa énormément le syndicalisme parce que celui-ci exerçait une pression a la hausse sur les salaires dans les entreprises. Mais comme la marge de profit des employeurs n'augmentait pas ceux-ci n'engageaient qu'au compte-goutte. En 1937 le nombre de jours de grève sur l'ensemble du territoire passa de 14 à 28 millions par rapport à l'année précédente.

En fait les Etats-Unis ne se sortirent de la crise qu'en 1940. La demande énorme en provenance de l'Europe pour alimenter l'industrie de guerre fit tomber le chômage à son niveau de 1928. Plusieurs des politiques associées au New Deal furent supprimées la même année; il n'était plus question de limiter la production ou de favoriser directement ou indirectement les grèves au moment où la nation s'engageait de plus en plus derrière son allié britannique dans le jeu d'alliances qui précéda Pearl Harbour.

Un parallèle avec la crise économique de 2008

Il existe un parallèle entre la crise de 2008 et celle de 1929 lorsqu'on regarde les causes, mais certainement pas concernant les solutions tentées. Le niveau d'endettement des consommateurs par rapport a leur capacité a payer permet de dresser un parallèle frappant comme le graphe suivant.

En orange, ratio de la dette des ménages sur le PNB americain.

Le ratio de l'endettement sur le PIB américain atteignit un sommet en 1929 mais cet endettement chuta abruptement par la suite. Certains remboursaient leurs dettes, d'autres faisaient faillite. Ce ratio d'endettement ne fut atteint de nouveau qu'au début des années 2000. La politique de crédit facile de la Federal Reserve fut encouragée sous Clinton et Bush. Pour éviter une récession en 1998, Alan Greenspan le gouverneur de la Federal Reserve baissa les taux d'intérêt de façon agressive et une conséquence indirecte fut la création d'une bulle spéculative à la bourse, notamment pour les entreprises d'informatique et de télécommunications (le NASDAQ). A partir de 2001 le NASDAQ se dégonfla de 5,000 à 1,600 points et des millions d'Américains qui s'étaient vu riches menaçaient de couper drastiquement dans leurs dépenses. Pour éviter une longue et profonde récession, tout fut fait pour encourager la formation d'une autre bulle spéculative, encore plus grosse, cette fois dans le secteur immobilier. Les économistes de la Fed sont acquis aux idées de Milton Friedman; pour ceux-ci la crise de 1929 ne fut pas créé par un surendettement mais par la hausse des taux d'intérêt en août 1929 et le laxisme de la Federal Reserve qui ne vola pas au secours des banques en faillite. Il y a du vrai; même si plusieurs banques ont montré une grande imprudence en finançant des activités spéculatives, le durcissement du crédit pour des entreprises saines, le rappel massif de prêts aux entreprises pour couvrir les retraits en espèce et la perte des économies d'une vie infligée à de nombreux déposants donnèrent le coup de grâce à l'économie. Mais les monétaristes (Friedman) qui remplacent une bulle spéculative par une autre croient-ils que la capacité des gens à emprunter soit illimitée?

Au mois de juin 2008, alors que la baisse du secteur immobilier s'accentuait, la plupart des économistes monétaristes estimaient les probabilités d'une récession a 50%. En septembre 2008, ceux-ci prévoyaient une légère récession. En octobre, une récession a menant à une baisse de 4 a 5% du PIB américain. Début décembre, on parlait d'une baisse de 5% uniquement pour le dernier trimestre de l'année 2008. Fidèle a ses idées Ben Bernanke, le gouverneur de la Fed qui promettait de larguer des montagnes de dollars du haut d'un hélicoptère en cas de déflation, a maintenant ramené le taux de base à pratiquement zéro. La planche à billets fonctionne maintenant à plein régime et plus de 250 milliards de dollars ont été attribués aux banques américaines pour leur éviter la faillite. Qu’ont fait ces banques? Après avoir créé de toutes pièces la crise des sub primes, déclaré des profits monstrueux pour leurs actionnaires avec des prêts octroyés à des individus non solvables et refilé la facture aux contribuables, elles ont utilisé ce nouveau pactole pour faire des acquisitions, soit des plus petites banques.

Bank of American Corp. (BAC), qui a reçu 15 milliard du gouvernement, en a profité pour doubler ses actifs dans la banque chinoise China Construction Bank Corp. et possède maintenant 20% de celle-ci.

PNC Financial Services Group Inc., qui reçoit 7.7 milliard du programe TARP, utilise cet argent pour financer son acquisition de 5.2 milliards de la National City Corp (NCC). U.S. Bancorp (USB), qui a reçu 6.6 milliards $ vient d'acquérir Downey Savings & Loan Association et la banque PFF Bank & Trust. En fait le programme TARP, supposément crée pour empêcher une contraction du crédit, permettra plutôt aux banques de jouir d'un crédit d'impôt allant jusqu'à 140 milliard de dollars.

Grâce à une loi récemment votée par le gouvernement américain, elles peuvent soustraire le passif de ces banques de leur propres bénéfices pour payer moins d'impôt. Ainsi si la banque 'B' prête 1 milliard de dollars et que la moitié de ces prêts consiste en mauvaises créances, la banque A qui achète B avec l'argent des contribuables et qui n'a pas prêté un seul sou rafle les remboursements sur les bons prêts et déduit 500 million de pertes de ses propres profits pour fins d'impôt. Seule une faible fraction de cet argent a servi a stimuler l'activité économique et soutenir les entreprises en difficulté.

La reprise de Freddie & Fanny n'est qu'un début. L'état de la Californie est quasiment en faillite et le gouvernement américain volera au secours d'un nombre croissant d'états, de villes et d'entreprises. Le déficit du gouvernement américain atteindra vraisemblablement les 2 trillions de dollars en 2009, soit 14% du PNB du pays. L'endettement total du pays, des états, des particuliers et les obligations (sécurité sociale) atteint maintenant 55 trillions de dollars, soit 400% du PNB. Lorsque Roosevelt prit le pouvoir, les Etats-Unis n'avaient qu'une faible dette représentant environ 20.0 % du PIB et sa marge de manoeuvre était beaucoup plus considérable. Au bon vieux temps des rois et empereurs, un pays dans une telle situation aurait mené une operation anti-terroriste dans le pays voisin et confisqué de façon préventive ses réserves d'or pour ne pas que celles-ci tombent entre de mauvaises mains. Aujourd'hui les USA émettent des bons du trésor et laissent la Chine ou le Japon acheter ceux-ci. Il y a cependant une limite à une telle opération, notamment lorsque l'acheteur doute des capacités du pays émetteur à repayer les sommes avec intérêt. Mais comme les dettes sont en dollars, il est toujours possible au gouvernement américain de faire fonctionner la planche à billets et laisser l'inflation déprécier le dollar. C'est exactement la politique adoptée par le gouvernement américain depuis peu. On peut donc s'attendre à ce que les 'treasuries' trouvent de moins en moins de preneurs à l'etranger. Le rejet des accords de Bretten-Woods en 1971 et le désencrage du dollar pour en faire de l'argent fiat ne pouvait aboutir qu'à une telle conclusion tôt ou tard.

Comme il faut quelques mois avant que les politiques inflationnistes de Bernanke ne fassent effet, il est probable que les Etats-Unis connaissent une phase de déflation de quelques mois. Lorsque les montagnes d'argent crée se mettront à circuler par contre, il n'y aura guère d'option pour arrêter la spirale inflationniste, voir même hyper inflationniste. Une hausse massive des taux d'intérêt ramènerait le spectre d'une dépression et l'émission de bons sur le marché intérieur pour retirer de l'argent de la circulation risque de ne pas trouver de preneurs en période d'hyperinflation. Que ce soit par le biais d'une dépression, de stagflation, de récessions à répétition ou d'inflation le niveau de vie des Américains ne peut que s'affaisser, quel que soit le gouvernement en place. Les dettes se règlent toujours, d'une façon ou d'une autre.

Commenter cet article