Josef Mengele et Shirō Ishii (similitudes)

Publié le par Bernard Gasnot

Josef Mengele et Shirō Ishii (similitudes)
Josef Mengele et Shirō Ishii (similitudes)
Josef Mengele et Shirō Ishii (similitudes)
Josef Mengele et Shirō Ishii (similitudes)
Josef Mengele et Shirō Ishii (similitudes)

Josef Mengele, photographié en 1956 en Argentine. Surnom L'ange de la mort

Compléments

SS-Hauptsturmführer

Josef Rudolf Mengele (16 mars 1911 à Günzburg enAllemagne7 février 1979 à Bertioga au Brésil) est un medecin nazi allemand et un criminel de guerre

Il a été actif notamment au camp de concentration d'Auschwitz, participant à la sélection des déportés voués à un gazage immédiat et s'est livré sur de nombreux prisonniers à des expériences pseudo-scientifiques constituant des crimes de guerre.

Après la guerre, il ne fut jamais capturé et vécut 35 ans enAmérique latine sous divers pseudonymes, dont celui de Wolfgang Gerhard sous lequel il fut inhumé en 1979 auBrésil. Il est connu sous le surnom d'« ange de la mort »

Jeunesse

Josef Mengele naît à Günzburg, cité médiévale située au bord du Danube. Il est le deuxième enfant et l'aîné des trois fils de Karl Mengele (1881-1959) et de sa femme Walburga (née Hupfauer, † 1946), de riches industriels bavarois. Ses frères se nomment Karl (1912-1949) et Alois (1914-1974). Enjanvier 1930, il quitte sa ville natale pour rejoindre Munich. C’est dans cette ville qu’il va adopter l’idéologie nationale socialiste, par conviction, et ambition. Enmars 1931, il entre dans la Stahlhelm, Bund der Frontsoldaten (Ligue des Soldats du Front, Casque d’Acier), qui le rapprocha du NSDAP. En octobre 1933, il s’enrôle dans la Sturmabteilung.

Il part ensuite pour Francfort-sur-le-Main, où il étudie la médecine. En 1935, il soutient brillamment sa thèse surL’Examen morphologique de la partie antérieure de la mâchoire inférieure dans quatre groupes raciaux, qui soutient grandement ses théories eugénistes et ses visions de la race supérieure. L’année suivante, il passe avec succès l’Examen d’État, et commence à pratiquer à Leipzig. Il obtient son doctorat en 1938, alors qu’il exerçait auprès de l’Institut National Socialiste de Recherche pour la Pureté de la Race. La même année, il devient également membre du NSDAP (n°5.574.974); il entre ensuite dans la SS (n°317.885) et enfin, il épouse Irène Schönbein le 28 juillet. Peu de temps après, il est nommé à l'Institut de Biologie Héréditaire et d'Hygiène Raciale de Francfort, où il travaille comme assistant d'Otmar von Verschuer, selon lequel « le meilleur moyen de repérer les influences héréditaires était d'étudier les jumeaux ».

Du 24 octobre 1938 au 21 janvier 1939, il effectue son service militaire au sein de la Kompanie des Gebirgsjägerregiments 137, puis s’engagea comme membre de la Waffen-SS, en 1940. Il sert comme médecin militaire sur le front de l'est dans la 5e Panzerdivision SS Wiking. Fin 1942, il est blessé au front à la jambe et est jugé inapte à retourner au combat. Pour son engagement héroïque au cours des batailles, il est promu au grade de SS Hauptsturmführer ; et est décoré de la croix de fer, puis il est transféré, en mai 1943, au Bureau Central SS de l'Administration et de l'Économie, qui supervise les camps de concentration nazis, puis, le 24 mai, il est affecté au camp de concentration d'Auschwitz.

Auschwitz

Bloc 10 à Auschwitz

Mengele est notamment chargé, comme d'autres médecins SS du camp, de la sélection des déportés qui arrivent au camp : ceux qui peuvent travailler sont temporairement gardés en vie ; les autres, dont les femmes, les enfants et les vieillards, sont immédiatement dirigés vers les chambres à gaz et exterminés. Toujours vêtu d'un uniforme bien coupé et de bottes parfaitement cirées, il fait souvent impression sur les détenus par sa politesse et son élégance. Lorsqu'il rencontre une résistance, il« abandonne sa pose élégante » pour fouetter de sa cravache ceux qui refusent d'être séparés de leur famille ; lorsqu'une mère attaque un SS qui veut la séparer de sa fille, il l'abat d'un coup de revolver, puis assassine également la fille avant d'envoyer la totalité des déportés du convoi vers les chambres à gaz.

Faisant partie des médecins du camp, Mengele visite régulièrement les salles de l'hôpital de celui-ci, « avec le manteau blanc immaculé qu'il portait par-dessus son uniforme SS, fleurant l'eau de Cologne et sifflant des airs deWagner » : au cours de ces inspections, il désigne, en levant ou en baissant le pouce, les malades voués aux chambres à gaz, parfois simplement « sur des bases purement esthétiques », une vilaine cicatrice ou une éruption cutanée équivalant à une condamnation à mort. Lors d'une de ses visites, il fait tracer une ligne horizontale sur un des murs du bloc des enfants et fait gazer ceux dont la taille est inférieure à la limite qu'il a fixée. Dans certains cas, il procède lui-même et immédiatement à une injection mortelle de phénol, en « prenant un plaisir évident à son travail ».

Mengele utilise également sa nomination à Auschwitz comme une occasion de reprendre sa carrière de chercheur scientifique, entamée à l'université de Francfort mais interrompue par la Seconde Guerre mondiale ; l'un de ses projets porte sur l'étude du noma, maladie qui provoque de graves mutilations faciales et dont il pense qu'elle a un caractère héréditaire, particulièrement fréquent chez les Tziganes. Dans la ligne de son mentor, Otmar von Verschuer, il met également en place des programmes de recherche pseudo-scientifiques, portant sur les jumeaux, mais aussi sur les nains, les bossus, les homosexuels… Dans ce cadre, il se considère comme un « scientifique normal » et tient un séminaire de recherche régulier avec ses assistants, auxquels il intègre des déportés ayant une formation médicale.

Pour ses recherches sur le noma, Mengele traite un grand nombre d'enfants souffrant de cette maladie, en leur administrant des vitamines et des sulfamides ; mais dès que les progrès sont suffisants pour attester de l'efficacité du traitement, il interrompt celui-ci et laisse les enfants rechuter.

Même quand il n'est pas de service, Mengele inspecte les nouveaux arrivants à la recherche de jumeaux ou supposés tels : il les préserve de l'extermination immédiate, les installe dans des baraques séparées du reste du camp, en conservant leurs effets personnels et, lorsqu'ils sont très jeunes, sauve leur mère de la chambre à gaz pour s'occuper d'eux. Si Mengele ne permet pas que les jumeaux soient battus ou maltraités, il les traite comme des rats de laboratoire, en leur injectant divers produits chimiques ou en leur en appliquant sur la peau, afin de mettre au jour d'éventuelles différences de réaction ; si des jumeaux tombent malades et que le diagnostic est incertain, il leur fait une injection mortelle pour les autopsier afin de déterminer les causes exactes de la maladie.

Fuite, disparition et décès

En janvier 1945, peu avant la libération de Cracovie par l'Armée rouge, Mengele quitte le camp et rejoint sa Bavière natale. Sa famille l'y accueille en soldat qui a fait son devoir. Peu sont ceux qui lui réclament des détails sur ses années de services et pendant près de cinq ans, il vit confortablement.

Cependant, les témoins aux procès des criminels de guerre commencent à citer son nom. Ses anciens collègues, son chauffeur SS, révèlent des détails toujours plus accablants. Les Américains, qui contrôlent la zone de Günsburg et qui jusque-là avaient ignoré le personnage, commencent à s'y intéresser. Mengele estime qu'il est temps de disparaître. Au début de l'année 1951, Mengele franchit clandestinement le col de Reschen et gagne Merano. De multiples détours le conduisent en Espagne d'où il s'embarque pour l'Amérique latine. Il arrive à Buenos Aires en 1952 où il ouvre quelques mois plus tard un cabinet médical dans un quartier résidentiel. Mengele n'a pas de permis de travail mais ce n'est pas un problème : il a d'excellentes relations avec la police du président Juan Perón et compte de nombreux amis dans l'influente colonie nazie.

En 1954, sûr de sa retraite, il expédie une demande de divorce à Fribourg-en-Brisgau, son dernier lieu de résidence avec sa femme. Une erreur qui permettra à Simon Wiesenthal de retrouver sa trace en 1959. Insouciant, Mengele fréquente allègrement les cercles mondains de Buenos Aires et épouse en seconde noces la femme de son frère Karl, mort pendant la guerre. Mais le 16 septembre 1955, le régime de Peron s'effondre. Leur protecteur disparu, la plupart des nazis réfugiés en Argentine émigrent alors au Paraguay voisin. Mengele en fait partie mais la situation se stabilisant en Argentine, il revient s'y installer. Aucune poursuite n'étant entreprise contre lui dix ans après la capitulation nazie, il prend la direction de la succursale argentine de l'entreprise familiale sous sa véritable identité.

Au début de l'année 1959, le père de Mengele meurt. Mengele n'hésite pas à rentrer à Günsburg pour assister aux obsèques. Personne ne songe alors à le dénoncer. Mais depuis quelques mois a commencé en Allemagne le grand procès d'Auschwitz et bientôt son nom est cité parmi les principaux accusés. Le 5 juillet 1959, le procureur de Fribourg-en-Brisgau lance un mandat d'arrêt contre lui. Une demande d'extradition est formulée mais les Argentins prétendent ne pas connaître son adresse. Simon Wiesenthal prend alors l'affaire en main et demande à un de ses informateurs à Buenos Aires de découvrir l'adresse exacte de Mengele, ce qui est fait le 30 décembre 1959. Deux demandes d'extraditions se heurteront à un refus poli : le passé de Mengele est jugé comme relevant du délit politique, ce qui sur un continent où les coups d'État se succèdent, ne constitue pas un motif légitime pour une extradition.

Mengele a de toute manière pris les devants. Alerté dès le début des procédures engagées contre lui, il s'est rendu au Paraguay dont il a acquis la nationalité le 27 novembre 1959. Le témoignage de deux de ses amis, le baron Alexandre von Eckstein et l'homme d'affaire Werner Jung, lui ont permis de prouver qu'il réside dans le pays depuis plus de cinq ans, condition préalable à l'obtention de la nationalité. Muni de ce sauf-conduit rassurant, Mengele rentre à Buenos Aires et attend la suite des événements. Mais la passivité des Argentins pousse les agents israéliens, qui ont récemment retrouvé et enlevé Adolf Eichmann, à agir. Ils resserrent la surveillance autour de sa villa et se préparent à l'enlever aussi. Mais Mengele leur échappe.

Il est brièvement aperçu à San Carlos de Bariloche, station de villégiature à proximité de la frontière chilienne, avant de disparaître de nouveau. Entre-temps, l'Argentine s'est décidée à lancer un mandat d'arrêt contre lui, et la piste de Mengele se perd dans la forêt brésilienne. Pendant plus d'un an, il restera introuvable. En avril 1961, un informateur, ancien membre des SS dont il s'est vite désolidarisé, alerte Wiesenthal : Mengele a été repéré en Égypte où il se prépare à gagner la Crète ou une des îles voisines. Les services israéliens s'activent mais Mengele parvient à nouveau à s'échapper.

Convaincu que l'Amérique latine est le seul endroit où il sera en sécurité, Mengele est de retour au Paraguay en1962. Sa femme et son fils sont restés en Europe, où ce dernier poursuit ses études. Simon Wiesenthal les localise sans peine mais l'enquête révèle que Mengele n'est pas sur place, même de façon épisodique. Mengele est en effet àAsunción, la capitale du Paraguay, véritable refuge pour anciens nazis. En juillet 1962, le Paraguay reçoit à son tour une demande d'extradition. Craignant que sa nouvelle nationalité ne le protège pas suffisamment, Mengele se retire dans une province reculée près de la frontière.

La veille de Noël 1963, Rolf Mengele (né en 1944), le fils du Dr Mengele, prévient ses camarades qu'il doit se rendre en Italie pour rencontrer un proche parent qui vit depuis de nombreuses années en Amérique du Sud. Lorsque Simon Wiesenthal, prévenu trop tard, arrive à l'hôtel milanais où le jeune homme est descendu, il apprend que la note a été réglée par le Dr Gregor Gregory, une des nombreuses identités dont use Mengele.

En août 1966, à Hohenau, petite station de villégiature prisée des Paraguayens, six hommes font irruption dans l'hôtel Tirol à la recherche du Dr Fritz Fischer. Lorsqu'ils arrivent dans la chambre de celui-ci, elle est vide, l'homme s'est échappé par les toits et ses poursuivants israéliens ont encore raté leur cible.

Mengele finit sa vie dans un deux-pièces cuisine de la banlieue de São Paulo, complètement reclus, sans aucune relation sociale de peur d'être reconnu, vivant chichement des subsides envoyés par sa famille ou d'anciens nazis.

Malgré tous les efforts internationaux pour le trouver, Mengele ne fut jamais pris et après 34 ans de fuite, il meurt noyé au Brésil en 1979, foudroyé par une attaque cardiaque durant une baignade à Bertioga. Sa tombe fut localisée en 1985 par un effort combiné des autorités américaines, allemandes et sud-américaines. Après exhumation, il fut identifié en 1992 par des tests génétiques sur ses os (mâchoire) réalisés par les légistes de l'UNICAMP (Université d'État de Campinas) ; l’anthropologue Clyde Snow a confirmé l'identité de Mengele.

Postérité

Selon les services israéliens, Mengele ne constitue pas le pire des criminels nazis. D'autres médecins, tels Carl Clauberg ou Horst Schumann, lui sont bien supérieurs en ce domaine. De la même manière, son rang dans la SS était modeste et ses recherches n'ont jamais attiré l'attention d'Himmler, le chef suprême de la SS peu réticent à ce genre d'expériences. Cependant il a des centaines de victimes à son actif ; rien que pour ses expériences sur les jumeaux, il fait 111 victimes. D'avoir échappé si longtemps aux polices les plus expérimentées a certes contribué à faire de Mengele un personnage médiatique, mais il restera avant tout dans les mémoires et dans l'histoire du xxe siècle ( au même titre que le Japonais Shirō Ishii qui dirigeait l'Unité 731 en Chine occupée) comme l'un des pires symboles de la médecine dévoyée et criminelle à l'œuvre sous le Troisième Reich.

en 1935, Mengele a soutenu sa thèse d'anthropologie qui porte sur 1' « examen radio morphologique de la partie antérieure de la mâchoire inférieure dans quatre groupes raciaux ». Ses conclusions, absurdes d'un point de vue scientifique, veulent prouver la "supériorité" de l'Européen de type nordique, incarnation parfaite de la race aryenne.

Entre 1940 et 1943, Joseph Mengele sert notamment dans la Waffen SS. A la suite d'une blessure sur le front de l'Est qui le rend médicalement inapte au combat, il rentre en Allemagne Il est promu au grade de Hauptsturmfiirhrer, de capitaine, et reçoit quatre décorations.

Il arrive à Auschwitz le 30 mai 1943, avec la fonction de médecin-chef de Birkenau.

Que fait-il à Auschwitz ?

Il participe aux sélections des déportés « valides au travail » à l'arrivée des convois. Il déploie ici une énergie et un zèle peu communs afin de remplir les chambres à gaz. Des témoins l'ont vu abattre lui même une mère qui refusait d'être séparée de ses enfants.

Il utilise les déportés pour ses expériences médicales. Il fait mettre les jumeaux dans des blocks à part (des baraques). Il les examine, les mesure, les tue pour disséquer leur cadavres. Ces expériences n'apportent rien, ne débouchent sur rien, mais il les continue, dans une sorte de délire, d'obsession. Son objectif est de faciliter la reproduction des soi-disant "êtres supérieurs que seraient les "aryens", les Allemands. Il fait une sorte de catalogue des traits physiques mais n'est aucunement un précurseur de la génétique. C'est plutôt une sorte de collectionneur d'anomalies physiques.

Elisabeth et Perla Moshkowitz, deux jumelles naines, ont survécu parce que Mengele s'intéressait à elles. Après la guerre, le "docteur" Mengele réussit à fuir et serait mort en 1979 au Brésil.

Le témoignage d'une infirmière sur le délire raciste des expériences inutiles du Docteur Mengele :

« Je me rappelle la petite Dagmar. Elle était née à Auschwitz en 1944 de mère autrichienne et j'avais aidé à la mettre au monde. Elle est morte après que Mengele lui eut fait des injections dans les yeux pour essayer d'en changer la couleur. La petite Dagmar devait avoir des yeux bleus !... »

Témoignage d'Ella Lingens, infirmière polonaise déportée à Auschwitz, cité par H. Langbein, Hommes et femmes à Auschwitz, Paris, Fayard, 1975

Après la guerre, une commission d'enquête sur les Crimes allemands en Pologne rapporte qu'il y eut d'autres expériences, tout aussi inutiles, menées par d'autres médecins nazis :

Il y a des preuves irréfutables qui démontrent que certaines expériences ont été faites sur des hommes vivants. Ce sont les dépositions de plusieurs témoins et le compte rendu de la séance de la Section de chirurgie du 16 décembre 1943 qui cite notamment: 90 castrations, 10 ablations d'ovaires et une ablation de l'oviducte. Les expériences avaient lieu dans le Block 10 du camp principal. On peut les classer comme suit : expériences visant à l'examen du cancer, expériences de stérilisation, expériences hématologiques et sérologiques. Le plus souvent, des juives étaient employées à cet effet. Beaucoup d'entre elles furent à plusieurs reprises l'objet d'expériences. On constata, après quelques essais, qu'une fois opérées, les femmes n'étaient plus bonnes pour les expériences et dès lors on les expédiait directement aux chambres à gaz. Les expériences de stérilisation au moyen de rayons étaient l'oeuvre du professeur Schumann de Berlin, lieutenant d'aviation de la Wehrmacht. Beaucoup de femmes vomissaient violemment après de telles expériences, beaucoup moururent peu après. Au bout de trois mois, chaque opérée subissait encore deux opérations de contrôle, pendant lesquelles une partie de leurs organes était incisée afin d'en vérifier l'état. C'est probablement à la suite de transformations hormonales provoquées par ces opérations que les jeunes filles vieillissaient précocement et faisaient l'impression de femmes âgées.

Quant aux hommes, un testicule seulement était soumis à l'insolation. Après cette opération, ils retournaient aux Blocks généraux et, après un repos d'une journée seulement, ils étaient remis au travail, sans qu'on tienne compte de leur état de santé. Beaucoup d'entre eux succombaient à la première expérience. Ceux qui y avaient survécu étaient au bout d'un mois castrés par le même Schumann, qui collectionnait les testicules coupés et les expédiait à Berlin. On choisissait pour ces expériences des hommes et des femmes jeunes et robustes, le plus souvent des juifs de Grèce. Au cours d'une séance, trente femmes environ étaient soumises à l'insolation. De telles séances étaient organisées par Schumann deux ou trois fois par semaine. Mais c'est le professeurClauberg, gynécologue allemand, qui fut le principal expérimentateur sur des êtres humains vivants. »

Les Crimes allemands en Pologne, Varsovie, 1948,rapport de la commission générale d'enquête sur les crimes allemands en Pologne

Expérience « médicale » pratiquée sur un cobaye humain dans la camp de Dachau :
Il s'agissait de tester la résistance du corps humain à la pression atmosphérique.
Tableau des expériences "pseudo-médicales" réalisées dans les camps

Auschwitz

Expériences de stérilisation sur des femmes par injections intra utérines

Expériences de stérilisation sur des hommes et des femmes au moyen de rayons X (150 expériences)

Etude de l'évolution du cancer de la matrice (au moins 50 victimes)

Expériences sur les phlegmons (au moins 30)

Examens de l'atrophie du foie

Modification dans l'organisme sous l'influence de la faim

Expériences sur les jumeaux (111 victimes)

Expériences avec de la mescaline : obtention des aveux

Expériences à l'aide de brûlures (16 victimes)

Expériences par électrochocs, sur des aliénés

Expériences avec le sérum sanguin, afin d'obtenir un titre d'agglutination plus élevé, mélange de sang des groupes A II et B III

Expériences sur la malaria

Fabrication de moulages en plâtre d'organes génitaux féminins prélevés sur les déportées

Buchenwald

Expériences de "traitement" au phénol

Essais de vaccins de typhus exanthématique

Controle du vaccin de la fièvre jaune (485 cobayes humains)

Immunisation avec des vaccins de Frankel (gangrène gazeuse) (15 victimes)

Expériences sur des hormones

Expériences sur la pervitine

Expérience sur des bombes incendiaires au caoutchouc phosphoreux (5 victimes)

Essais de vaccins de typhus exanthématique

Expériences en grand nombre sur des vaccins ou pseudo - vaccins contre la dysenterie, l'hépatite épidémique, la tuberculose...

Expériences en grand nombre sur des vaccins ou pseudo-vaccins contre la dysenterie, l'hépatite épidémique, la tuberculose...

Dachau

Expériences de ponction du foie (175 victimes environ)

Expériences sur la malaria (1.100 cobayes humains)

Expériences d'absorption d'eau de mer (40 victimes)

Expériences de basses pressions (plus de 200 victimes)

Expériences sur le froid (250 victimes)

Expériences sur la tuberculose (114 victimes)

Opérations chirurgicales expérimentales inutiles

Essais d'alimentation

Emploi de la mescaline

Cristallisation du sang par solution

Expériences de ponction du foie (175 victimes environ)

Expériences sur la malaria (1.100 cobayes humains)

Expériences d'absorption d'eau de mer (40 victimes)

Expériences de basses pressions (plus de 200 victimes)

Expériences sur le froid (250 victimes)

Expériences sur la tuberculose (114 victimes)

Opérations chirurgicales

Expérimentales inutiles

Essais d'alimentation

Emploi de la mescaline

Cristallisation du sang par solution Expériences de stérilisation sur des femmes par injections intra utérines

Expériences de stérilisation sur des hommes et des femmes au moyen de rayons X (1500 expériences)

Etude de l'évolution du cancer de la matrice (au moins 50 victimes)

Expériences sur les phlegmons (au moins 30)

Examens de l'atrophie du foie

Modification dans l'organisme sous l'influence de la faim

Expériences sur les jumeaux (111 victimes)

Expériences avec de la mescaline : obtention des aveux

Expériences à l'aide de brûlures (16 victimes)

Expériences par électrochocs, sur des aliénés

Expériences avec le sérum sanguin, afin d'obtenir un titre d'agglutination plus élevé, mélange de sang des groupes A II et B III

Fabrication de moulages en plâtre d'organes génitaux féminins prélevés sur les déportées

Mauthausen

Mêmes expériences sur les vaccins (2.000 victimes)

Expériences avec des poux contaminants

Natzweiler Schirmeck

Expériences sur le typhus

Expériences sur l'ypérite et le phosgène (300 victimes)

Expérience avec l'urotropine

Expériences menées par les professeurs Hirt, Bickenbach et Letz, de l'Université allemande de Starsbourg, dans une section spéciale appelée "Héritage des ancêtres"

Expériences menées par les professeurs Hirt, Bickenbach et Letz, de l'Université allemande de Strasbourg, dans une section spéciale appelée "Héritage des ancêtres"

Neuengamme

Expériences de désintoxication de l'eau potable polluée par des substances toxiques (plus de 150 victimes)

Ravensbrück

Expériences sur la gangrène gazeuse (75 victimes)

Expériences sur la régénération des muscles, des nerfs et des os (nombre inconnu de victimes)

Expériences de stérilisation de femmes

Expériences de greffes de peau

Expériences mystérieuses avec une poudre blanche non identifiée

A Ravensbrück, les déportées soumises à ces expériences étaient appelées les "lapins".

Sachsenhausen

Expériences avec des balles de nitrate d'acotinine (6 victimes)

Expériences pour ralentir le rythme cardiaque

Expériences sur les différences sérologiques des "races" (47 victimes tziganes)

Expérience avec du cyanure de potassium (1 victime avérée au crématorium)

Expériences sur les intoxications saturnines insensibles dues à l'absorption d'eau provenant des conduites de plomb

Expériences avec des sulfamides

Essais d'alimentation

Expériences avec des balles de nitrate d'acotinine (6 victimes)

Expériences pour ralentir le rythme cardiaque

Expériences avec l'ypérite (gaz moutarde)

Expériences sur les différences sérologiques des "races" (47 victimes tziganes)

Expérience avec du cyanure de potassium (1 victime avérée au crématorium)

Expériences de vessies artificielles

Expériences sur les intoxications saturnines insensibles dues à l'absorption d'eau provenant des conduites de plomb

Expériences avec des sulfamides

L'Ahnenerbe, une société criminelle qui organisait les «expériences médicales »

Ahnenerbe — ou Héritage des Ancêtres — dont le siège était installé 16, Pûcklerstrasse à Berlin-Dahlem et qui était chargée à partir de 1935 d'étudier tout ce qui avait trait à l'esprit, aux actes, aux traditions, aux caractéristiques et à l'héritage de la soi-disant race « nordique indo-germanique ». Le 1er janvier 1939, elle reçut un statut nouveau qui la chargea de recherches scientifiques, lesquelles aboutirent aux expériences dans les camps.

Le 1er janvier 1942, la société fut rattachée à l'état-major personnel de Himmler et devint un organisme S. S. Le Comité directeur comprenait Himmler, président, le Dr Wuest, recteur de l'Université de Munich, et Sievers, ancien libraire devenu colonel S. S., secrétaire de la société, qui joua un rôle très important. C'est l'Ahnenerbe qui, sur les instructions de Himmler, provoqua, organisa et finança la plupart des

expériences. L'Ahnenerbe prit un développement énorme et disposa finalement de cinquante Instituts scientifiques spécialisés. Le point de départ des expériences paraît être une demande adressée à Himmler par le Dr Sigmund Rascher »

La passion de Himmler pour les expériences scientifiques, ou plutôt « pseudo-scientifiques », spécialement dans le domaine des recherches raciales, l'avait amené à créer en 1933 la société A la Libération, la découverte des traces des expériences, à Strasbourg Compte-rendu du Commandant RAPHAËL, du Service Cinématographique des Armées.

Le vendredi 1er décembre 1944, au cours d'une visite à l'Hôpital Civil de Strasbourg pour rechercher du matériel photographique provenant de l'Institut allemand, le Commandant Raphaël, du Service Cinématographique de l'Armée, a constaté la présence dans le sous-sols du bâtiment de l'Institut d'Anatomie de cadavres entassés, dans des cuves peines d'alcool.

Ces cadavres étaient destinés aux expériences du Professeur Hirth, Directeur de l'Institut. D'après les déclarations des employés alsaciens : Peter, Wagner et Gabel, ces corps auraient été livrés à l'Institut, sur la demande du Professeur Hirth, par un camp d'internés politiques (Schirmeck ou Struthof).

Sur 120 cadavres commandés, 86 ont été livrés (dans la même journée, en plusieurs fois) à 5h du matin.

Les corps étaient transportés nus, à raison de 50 par camion.

Lors de leur déchargement, les témoins ont pu constater que les cadavres présentaient les caractéristiques suivantes : Ils étaient encore tièdes et ne présentaient pas la raideur cadavérique. Leurs yeux étaient congestionnés et rouges. Ils portaient un matricule tatoué sur le bras. Ils comprenaient 30 femmes de tous âges.

D'autre part, il est à signaler qu'il a été trouvé dans le laboratoire du Professeur une bombe puissante à oxygène liquide (10kgs) destinée à provoquer la destruction de toute l'installation, et à faire disparaître ainsi toute trace compromettante. L'Avance rapide de l'armée Leclerc a empêché la réalisation de ce projet. Toutefois, le Professeur Hirth a réussi à s'enfuir, mais une partie de ses assistants sont restés sur place.

Les personnes dont les noms suivent sont à même de fournir tous détails complémentaires sur cette affaire et de servir de témoins :

1- Eléments alsaciens ayant dénoncé les agissements du Professeur et continuant leur service à l'Hôpital Civil : Pater, Wagner, Gabel.

2 - Eléments allemands (internés ou surveillés) : Mlle Seepe, secrétaire du Professeur Hirth ; M. et Mme Bong, assistants du Professeur.

Mr Bong devait être fusillé, et n'a pas été exécuté, afin de servir de témoin. Il est interné.

En résumé : Le nombre de cadavres, la manière anormale dont ces corps ont été amenés à l'hôpital, les précautions prises pour pouvoir faire disparaître toutes traces de ces installations, enfin, les déclarations des employés attachés à ce service, prouvent que le Professeur Hirth était un triste personnage dont l'activité est à mettre en lumière.

Il semble qu'on se trouve en face d'une manifestation de la barbarie allemande.

Shiro Ishii

Ishii en 1932.

Shirō Ishii (石井 四郎, Ishii Shirō, 1892-1959) était le lieutenant-général de l’unité 731, chargée de la recherche sur les armes bactériologiques pendant la Seconde Guerre sino-japonaise. Il poussa le Japon à adopter une stratégie de guerre bactériologique alors que le pays était signataire de la Convention de Genève de 1925 interdisant le recours aux armes chimiques. Il fut la clé de voûte de l'organisation de programmes massifs d'expérimentations biomédicales, sur des cobayes humains notamment. Il fut à ce titre suspecté de crimes de guerre.

Jeunesse et années d'études : 1892-1920

Shiro Ishii naît le 25 juin 1892 dans l’ancien village de Chiyoda dans la préfecture de Chiba au Japon (à deux heures de voiture du centre actuel de Tokyo) dans une famille de riches propriétaires terriens. Il entre au département de médecine de l’université impériale de Kyōto en 1916 et en sort diplômé en 1920.

Débuts dans l'armée : 1922-1932

Il rejoint l'armée en tant que Chirurgien Lieutenant peu après avoir obtenu son diplôme, obtenant son transfert durant l'été 1922 à l'hôpital de la Première Armée de Tokyo.

À cette époque, il apparaît brillant, charismatique, parfois instable, versatile, extravagant et ambitieux. Il est aussi ultra-nationaliste, cherchant avec ferveur à faire du Japon un leader en Asie. Son travail le distingue aux yeux de ses supérieurs, qui le renvoient en 1924 à l'Université de Kyoto, préparer un doctorat. L'année suivante, Shiro Ishii et sa femme, la fille du directeur de l'Université impériale de Tokyo, donnent naissance à leur fille aînée Harumi Ishii. Un an plus tard, Shiro Ishii obtient son doctorat en microbiologie.

Au cours de ses travaux scientifiques, Shiro Ishii tombe sur un rapport qui va changer sa vie : écrit par le Premier Lieutenant de Seconde Classe Harada, ce rapport se concentre sur les armes bactériologiques, au cœur de la Conférence de Genève de 1925 à laquelle Harada, en tant que membre du Bureau de la Guerre, a assisté. Ishii y voit un potentiel énorme pour l'armée japonaise et décide de s'y intéresser.

Membre de plusieurs sociétés secrètes influentes dans les milieux militaires, son charisme et ses talents de persuasion le font vite remarquer auprès des personnalités influentes de l'armée, notamment l'ex-général Chirurgien de l'armée et ex-ministre de la santé, Koizumi Chikahiko, qui lui obtient le poste de Professeur d'Immunologie à l'Université médicale militaire de Tokyo, l'école médicale militaire la plus prestigieuse du Japon.

Au début de l’année 1928, il fait un voyage de 2 ans en Europe et en Amérique où il se lance dans des recherches intensives sur les effets des armes bactériologiques et des armes chimiques. Il y étudie notamment les armes chimiques utilisées pendant la Grande Guerre, visitant plusieurs instituts médicaux européens, canadiens et américains.

En 1930, de retour d'Europe, Ishii est promu commandant. Ses recherches sur les armes bactériologiques suscitent l'intérêt des hautes sphères militaires. Devant l'infériorité du Japon par rapport aux États-Unis et à l'URSS en termes de population et de capacité de production de guerre, les armes bactériologiques apparaissent en effet comme une solution pour inverser le rapport de force. Dans ce contexte, Shiro Ishii reçoit le soutien du Ministre de la Guerre Araki Sadao, du chef du bureau militaire des Affaires Nagata Tetsuzan et de colonels de factions ultra-nationalistes. Grâce à ses contacts, Shiro Ishii monte régulièrement en grade (tous les trois ans jusqu'à obtenir le grade de Lieutenant Général en 1930).

Il intègre en 1930 le service de la prévention des épidémies de l’école de médecine de l’armée. Il s'intéresse alors autant à la prévention des maladies qu'à la mise au point des armes bactériologiques. Il commence à cette date à conduire secrètement des expériences sur des cobayes humains non consentants dans son laboratoire à Tokyo.

En 1931, il invente un filtre à eau capable de nettoyer l’eau des bactéries, dispositif utilisé dans la Marine impériale japonaise.

Les expérimentations : 1932-1945

Article détaillé : Unité 731.

Dès 1930, réalisant que Tokyo n'est pas l'endroit approprié pour conduire des expérimentations à grande échelle, Shiro Ishii voit dans le Mandchoukouo l'endroit adapté à ses projets et commence les opérations en 193213.

Après le stade de Harbin, le village de Beiyinhe de 1932 à 1936

En 1932, il reçoit la permission du ministre de l'Armée, Sadao Araki, de développer un programme de recherche bactériologique et de mener des expériences sur les humains. Il dirige donc de 1932 à 1934 le “laboratoire de recherches sur la prévention des épidémies” chargé en réalité d'étudier les armes bactériologiques, qu'il installe d'abord en 1932 à Harbin, ville cosmopolite du Nord de la Mandchourie, non loin de la frontière sino-russe. Il achète de nombreux bâtiments, dispose d'un personnel (300 hommes) et d'un équipement importants, et un budget lui est confié (200 000 yens). Les recherches sur les armes bactériologiques restent secrètes et la structure est désignée sous le nom d'Unité Togo (東郷部隊, Tōgō Butai). Il devient vite manifeste cependant qu'Harbin est encore trop ouverte pour préserver le secret des expériences. Le choix se porte alors, fin 1932, sur Beiyinhe, petite ville isolée à 60 kilomètres au sud de Harbin. Shiro Ishii y fait construire un bunker-laboratoire gigantesque surnommé “La Forteresse Zhongma”. Il mène des expériences sur des prisonniers politiques et lorsque ces derniers viennent à manquer, sur d'autres prisonniers. Il doit cependant interrompre les expériences qui s'y déroulent fin 1934 à cause d'une révolte des cobayes humains et de l'explosion d'un dépôt de munition voisin qui endommage les installations. Certains prisonniers-cobayes s'étant échappés, le secret de l'opération est menacé. Shiro Ishii obtient alors la construction d'un nouvel ensemble de 70 bâtiments à Pingfang (à 24 kilomètres au sud de Harbin).

Le camp de Pingfang : 1938-1945.

Shiro Ishii bénéficie du soutien, dont le caractère volontaire ou involontaire reste inconnu, de l'Empereur Hirohito qui, le 1er octobre 1936, passe un décret impérial établissant une nouvelle unité de l'armée, la Boeki Kyusui Bu ou « Administration de fourniture d’eau et de prophylaxie de l’armée du Guandong ». Ishii est promu colonel lors de l'ouverture du nouveau centre en 1938.

Si l'Unité effectue effectivement un travail de purification des eaux, l'essentiel de sa tâche est secret. Chef de Bureau, Shiro Ishii peut organiser le projet avec une ample marge de manœuvre. Il ajoute à l'Unité Togo des médecins civils et des soldats venus de son village d'origine qui lui sont loyaux. Cette nouvelle unité prend le nom d'Unité Ishii et sera renommée en 1941 la fameuse Unité 731 (731 部隊, Nana-san-ichi butai). Il se retrouve alors à la tête d'une organisation plus importante, qui emploie près d'un millier de chercheurs (médecins, biologistes, vétérinaires et chimistes). Ses deux frères participent activement au projet : son frère Takeo supervise les systèmes de sécurité des prisonniers humains afin d'éviter les évasions pendant que Mitsuo supervise les espèces animales et la reproduction des divers cobayes animaux (rats, bacilles, puces).

Une fois l'installation de PingFang complétée, d'autres unités plus réduites sont créées d'abord en Mandchourie, a anda, 140 kilomètres au Nord de Harbin et Dalian, un port du sud de Mandchourie. L'influence de Shiro Ishii s'étend aux parties occupées de la Chine, à la Mongolie intérieure, puis aux autres territoires occupés par le Japon au début de la Seconde Guerre mondiale : Singapour, etc. Au sommet de son pouvoir, Shiro Ishii contrôle une flotte aérienne, un personnel scientifique et médical composé de plusieurs milliers d’individus et une armée de soldats. Plus important, il gère à lui seul des sommes énormes. Il est également en étroite relation avec les hôpitaux japonais : les médecins de l’unité sont des médecins civils et les conclusions des expériences sont communiquées régulièrement au monde médical japonais. Enfin il bénéficie également du concours de la kempeitai, la police militaire de l'armée de terre, qui lui fournit ses cobayes humains.

La taille du complexe lui permet d'organiser dès 1938 des tests à l'air libre sur des soldats et des civils chinois, mandchous, coréens et russes blancs. L’affirmation selon laquelle des prisonniers de guerre britanniques et américains auraient été « utilisés » lors de ces tests prête à débat. Selon Sheldon Harris cette affirmation est infondée, mais le journal personnel de Robert Peaty, major du Royal Army Ordnance Corps (RAOC) et prisonnier de guerre au camp de Mukden, mentionne en janvier et février 1943 l'inoculation de maladies infectieuses aux prisonniers de guerre américains par des médecins de l'unité 731 sous prétexte de faire des vaccins.

L'application de ses expériences

Dans le cadre des recherches de l'Unité 731, Shiro Ishii est amené à donner des conférences et à faire des démonstrations de vivisections devant des personnalités médicales, militaires et politiques japonaises. Viennent notamment y assister les princes Chichibu, et Mikasa, jeunes frères de l'Empereur Hirohito, ainsi qu'Higashikuni Naruhiko, l'oncle de l'Empereur .

Il organise dans son centre des essais de toutes sortes visant à étudier les effets sur les « marutas » (surnom donné aux cobayes signifiant « bûches » ou « billes de bois ») de nouvelles armes, des températures extrêmes, de l'inoculation de souches bactériologiques. Ces expériences conduisent à l'utilisation d'armes bactériologiques utilisant principalement l'anthrax, le tétanos et la peste. Les méthodes imaginées pour répandre les bactéries sont diverses : distribution de nourriture ou de vêtements infectés, bombes, largage de puces, infestation des sols et de l'eau...

Entre 1937 et 1945, des dizaines de milliers de Chinois décèdent de la peste bubonique, du choléra, de l’anthrax, de la tuberculose, de la typhoïde et d’autres virus. Le nombre total de morts chinois qui résulte des armes bactériologiques utilisées par l'armée japonaise est estimé à 208 000, dont 187 000 civils par R.J Rummel . Sheldon Harris fixe quant à lui le nombre de morts aux alentours des 250 000. Quant à Shiro Ishii et l'unité 731, ils sont responsables de la mort d'entre 3 000 et 12 000 « cobayes » selon Sheldon Harris .

Défaite japonaise et démantèlement : 1945

Deux jours après l'explosion de la bombe nucléaire à Hiroshima, le 8 août, l'Union Soviétique entre en guerre et ses troupes avancent rapidement en Mandchourie. Les prisonniers du complexe de PingFang sont tués par injections d’acide prussique et incinérés en 3 jours. La centrale thermique, la prison le 11 août puis tout le reste sont détruits, sauf les bâtiments de l'entrée. Le groupe des aviateurs est chargé de dynamiter les bâtiments. Les trains se succèdent pour acheminer les nombreux membres du personnel de l'unité 731 jusqu'en Corée. Le dernier train part le 14 août au soir. Le 15 août, l'Empereur Hirohito déclare à la radio la fin de la guerre .

5 jours plus tard, le dernier convoi d'évacuation du complexe de Pingfang arrive à Busan (ou Pusan, sur le littoral coréen). Shiro Ishii y attend les membres de l'Unité 731. L'unité est définitivement dissoute, mais les membres de l'Unité sont contraints au silence, avec ordre de dire qu'ils veillaient à empêcher la propagation d'épidémies et de purification des eaux. Shiro Ishii commande une équipe qui rejoint secrètement Tokyo en s'arrêtant chaque soir dans des temples amis. Il atteint Tokyo à la fin du mois d'août et découvre une ville dévastée, en attente des décisions américaines.

Le pacte avec les États-Unis : 1945

Douglas MacArthur arrive à la fin du mois de septembre 1945 au Japon accompagné d'un personnel nombreux comprenant des avocats, des détectives et des forces de police pour traquer les criminels de guerre japonais. De nombreux propos sont rapportés aux forces de police américaines quant aux agissements de l'Unité 731 et à la personne de Shiro Ishii, souvent anonymes, et quand déclarés souvent envoyés par les Partis Communistes Chinoisou Japonais. La précision et l'exhaustivité de certains renseignements laissent à penser que l'Unité avait peut-être été infiltrée par une cellule des Partis Communistes chinois ou soviétique. En conséquence, le 12 janvier 1946, l'ordre est donné par l'agence de contre-espionnage américaine d'arrêter Shiro Ishii pour lui faire subir un interrogatoire. Contrairement aux principaux criminels de guerre japonais, il n'est alors pas emprisonné mais assigné à résidence dans sa demeure de Tokyo. Ce dernier s'est jusque-là caché dans la montagne. Shiro Ishii et d'autres individus ayant joué un rôle important dans l'Unité 731, tels que Ryoichi Naito, sont alors interrogés. Des délégations de scientifiques envoyées de Fort Detrick, dans le Maryland, à Tokyo à l'automne 1945 (conduites par le Lieutenant-Colonel Murray Sanders), en 1946 (Lieutenant-Colonel Arvo Thompson), en 1947 (Dr Norbert H. Fell) et en 1948 (Dr Edwin V. Hill) rencontrent également Ishii et les autres dirigeants de l'Unité 731. Ces délégations, intéressées par les résultats scientifiques des expériences menées par l'Unité, jouent un rôle important dans la gestion de l'affaire. Alors qu’en Europe en 1947, le procès de Nuremberg met en évidence les responsabilités des nazis, un pacte secret est conclu entre Douglas MacArthur et Shiro Ishii. Ce pacte lui garantit l’immunité et le secret sur les atrocités commises en échange des résultats qu’il a obtenus. Une entente est conclue et tous les membres de l’unité sont exonérés de poursuites devant le Tribunal de Tōkyō. Ils reçoivent en plus une allocation à vie, sans doute de l’armée américaine.

Certains médecins capturés par les Soviétiques sont toutefois jugés en 1949 lors du procès de Khabarovsk mais cela ne représente que 12 membres de l’Unité 731. Shiro Ishii n’est pas inquiété. Richard Drayton, maître de conférence en histoire à l'Université de Cambridge, écrit que Shiro Ishii a donné plus tard une conférence dans le Maryland à propos des armes bactériologiques. D'autres sources disent qu'il est resté au Japon et a dirigé une pension. Il meurt d'un cancer de la gorge le 9 octobre 1959 .

Shiro Ishii en 1939.

Mémoire

Bien que les milieux médicaux, militaires et aristocratiques (la famille impériale notamment) connaissent l'histoire de l'Unité 731, longtemps les Japonais ignorent son existence. Sur les 9 éditeurs de livres d'histoire de secondaire, un seul consacre quelques lignes à l'Unité 731 et ses crimes. Ceux qui veulent briser le silence ou critiquer les agissements criminels japonais sont sujets à des pressions et menaces. La première étude japonaise sérieuse sur l’unité 731 est faite en 1976 . En 1981, la parution du livre-enquête de Seiji Morimura Unité 731 (éditions du Rocher) porte pour la première fois les activités de l'unité 731 à la connaissance du grand public. Dans la foulée, la publication d’articles de John Powell dans le Bulletin of Concerned Asian Scholars et dans le Bulletin of Atomic Scientists confirment également l'existence de l'Unité 731. Un an plus tard, le Ministère de la Santé japonais reconnaît officiellement l'existence de l'Unité 731 mais pas les expérimentations, sous prétexte d'insuffisance de preuves. Cette même année, la fille de Shiro Ishii, Harumi Ishii, donne une interview à Masanori Tabata, journaliste du Japan Times. Elle y explique qu'elle a travaillé comme secrétaire particulière de son père au quartier-général de Pingfang (près de Harbin) en 1945 et après la reddition, au domicile des Ishii à Tokyo, sténographiant une grande partie des entrevues livrées par celui-ci aux enquêteurs américains. L’article publie une photo la montrant assise à une table de banquet entre deux de ces enquêteurs.

En 1982 également le site de Pingfang est classé au patrimoine mondial et devient un lieu de mémoire. Les bâtiments administratifs sont aménagés en musée. Ce dernier présente une maquette du complexe de l'Unité 731, composé de laboratoires, d'une prison et de logements de fonctions pour le personnel japonais. Il contient aussi des scènes de vivisections avec mannequins, des photographies de prisonniers hagards, des répliques des bombes porteuses de maladies infectieuses lâchées dans des régions isolées où des prisonniers cobayes étaient placés.

En juin 1989 une grande quantité d'ossements sont découverts sur le site de l'ancienne école de Médecine de l'armée à Tokyo. Aucune enquête n'est menée pour savoir d'où ils proviennent. Entre 1993 et 1994, une exposition itinérante sur l'Unité 731 attire plus de 200 000 visiteurs. Cette même dernière année une liste officielle de 2000 ex-membres de l'Unité 731 est publiée. En 1995, un mouvement d'opinion demande que lumière soit faite sur les agissements de Shiro Ishii et des autres membres de l'Unité 731.

Tokyo s'est engagé à débarrasser la Chine de stocks d'armes chimiques produites pendant la guerre sur l'île d'Okonoshima. Plus de la moitié se trouve dans l'ancien Mandchoukouo.

En dépit des recherches d'historiens japonais et américains, des preuves apportées par les Chinois et de témoignages des certains ex-membres de l'Unité, le Japon refuse de faire véritablement la lumière sur les agissements de Shiro Ishii et l'unité 731. En 2002 cependant, une Cour de justice japonaise reconnaît officiellement le rôle de l'Unité 731 dans la guerre bactériologique qui s'est déroulée en Chine pendant la Seconde Guerre mondiale, mais elle dédouane le gouvernement japonais de toute réparation envers les plaignants chinois et russes.

Similitudes avec Mengele

Shiro Ishii compte parmi les symboles de la médecine dévoyée qui ont marqué le XXème siècle, à l'instar de Josef Mengele, médecin nazi connu notamment pour ses expérimentations médicales sur des cobayes juifs au sein du camp d'Auschwitz lors de la seconde Guerre Mondiale. Si le but des expérimentations différaient – les expérimentations de Shiro Ishii avaient une finalité surtout militaire, puis médicale, tandis que celles de Josef Mengele visaient à étayer scientifiquement la théorie raciale nazie – , Shiro Ishii et Josef Mengele se retrouvent quant aux méthodes utilisées – l'utilisation de cobayes humains forcés dans le cadre d'expériences médicales – et à l'impunité dont ils ont bénéficié.

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