JACK RUBY

Publié le par Bernard Gasnot

JACK RUBY

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Photographies anthropométriques de Jack Ruby réalisées le jour de son arrestation, après qu'il eut assassiné Oswald.

Né le 25 mars 1911 à Chicago (mois d'ailleurs très incertain), Jacob Leon Rubenstein changea son nom en Jack Leon Ruby au cours de l'année 1947.

Le 24 novembre 1963, à 11 heures 21, il assassinait Lee Harvey Oswald, l'assassin présumé du président Kennedy, dans les sous-sols des quartiers généraux de la police de Dallas, alors même que celui-ci était en train d'être escorté vers la voiture on ne peut plus normale qui s'apprêtait à le transférer à la prison du comté (pour brouiller les pistes, la police de Dallas avait fait venir un fourgon blindé de manière à faire croire que ce véhicule allait assurer le transfert de l'assassin présumé du président vers la prison du comté. Mais, quelques minutes avant le transfert, le fourgon vide partit, cédant la place à cette voiture banalisée).

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Si l'assassinat du président Kennedy fit l'effet d'une bombe, celui de son meurtrier présumé en remit une couche toute aussi importante. À ce moment-là, le monde entier pensa exactement la même chose : Jack Ruby avait fait taire Lee Harvey Oswald, réflexion impliquant dès lors que JFK avait été victime d'une conspiration. Toutefois, on peut s'en douter, la version officielle affirma que Ruby ne trempait dans aucun complot que ce soit visant à empêcher Oswald de parler.

Oswald fut assassiné dans les sous-sols du commissariat pendant son transfert, à 11 heures 21. Cependant, ledit transfert aurait dû se faire une heure plus tôt, mais un interrogatoire et la volonté d'Oswald de revêtir un pull noir le retarda.

Or, à 10 heures 20, Ruby n'était officiellement pas présent. Voici ce que dit la version officielle : quelques dizaines de minutes avant qu'Oswald ne soit transféré, Ruby se serait rendu dans le centre-ville pour verser 25 dollars à l'une des danseuses de ses boîtes de nuit (le port d'arme était certes déjà autorisé au Texas à l'époque, mais on notera qu'il avait comme par hasard cru bon d'emporter son revolver avec lui ce jour-là). Il serait alors passé par hasard (nouveau merveilleux hasard) devant le poste de police vers 11 heures 17, juste avant qu'Oswald ne soit transféré. Ayant apparemment été très marqué par l'assassinat du président, il aurait décidé sur un coup de tête de venger Kennedy en faisant payer le présumé coupable, d'où son surnom "Jack le Justicier" (on l'appela également "l'assassin de l'assassin", surnom permettant d'accuser en même temps Oswald du meurtre de JFK). Il aurait alors réussi à s'y introduire sans qu'aucun garde ne le remarque

Il est très difficile de croire à cette version-là. Plusieurs raisons à cela, qui amènent à penser pour certaines que Ruby devait bel et bien faire taire Oswald :

  • Problème très important : comment Ruby a-t-il réussi à pénétrer dans les sous-sols pourtant gardés par des policiers ? Officiellement, il est entré par la rampe donnant sur Main Street. Or, le fourgon qui allait officiellement transporter Oswald jusqu'à la prison du comté s'apprêtait à rentrer en marche arrière dans le commissariat par cet endroit (comme nous l'avons vu précédemment, ce fourgon était en réalité un leurre et fut retiré juste avant le transfert d'Oswald pour être remplacé par une voiture tout ce qu'il y a de plus classique). Par conséquent, plusieurs agents la gardaient pour s'assurer que rien ni personne n'allait l'obstruer.
    De plus, lorsque l'on sait, comme le rapportait un journaliste présent sur place, que "toutes les voitures qui sont entrées depuis ce matin ont été minutieusement fouillées. Et personne d'autre que les journalistes ne peut entrer dans les sous-sols", il convient de se demander comment il a réussi ce tour de force.

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Entrée par laquelle Ruby est officiellement entré.

Dès lors, dans la mesure où cette entrée était sous haute protection (et était d'ailleurs beaucoup trop petite pour espérer passer inaperçu), comment diable Ruby a-t-il fait pour tromper la surveillance des policiers ?

On dit qu'un camion aurait distrait leur attention (pas un pour rattraper l'autre dans ce cas !). Explication grotesque : on peut tout de même espérer des agents qu'ils soient un tant soit peu attentifs pendant le transfert de l'homme accusé d'avoir assassiné le président des États-Unis ! Et puis, même si les policiers avaient en effet été distraits pendant un instant, absolument rien ne vient prouver que Ruby est entré à ce moment-là.

On a aussi supposé qu'il aurait soudoyé un policier pour le laisser entrer. Aucun élément ne vient le prouver et, de toute façon, c'est très peu probable dans la mesure où tout le monde craignait qu'un individu essaye d'attenter à la vie d'Oswald (des menaces de mort avaient été reçues deux heures plus tôt) : autoriser l'accès aux sous-sols à un homme qui n'avait absolument rien à y faire aurait par conséquent été une faute très grave qui aurait débouché sur une enquête. Or, il n'en fut rien.

Deux hypothèses s'offrent dès lors à nous :

Ou bien le policier en faction, reconnaissant un visage familier, a accepté de laisser rentrer Ruby sans le fouiller. Pas étonnant dès lors qu'il ait plus tard témoigné n'avoir pas vu Ruby rentrer, dans la mesure où, "grâce" à lui, le vœu de tout Dallas (voir Oswald sortir du commissariat les pieds devant) fut exaucé.

Ou bien Ruby n'est jamais rentré par cet endroit-là, les policiers étant trop nombreux, et a au lieu de cela bénéficié de l'aide d'un complice qui l'a fait discrètement entrer (par exemple par une porte dérobée, comme le soutient le film JFK). C'est la définition même d'une conspiration.

Les images et vidéos prises par les médias prouvent que la théorie selon laquelle Ruby se serait trouvé là "par hasard" (et que, par conséquent, si le transfert avait eu lieu une heure ou un jour plus tôt, il n'aurait pas été présent) est fausse. La photographie qui suit fut prise aux alentours de minuit pendant la conférence de presse qu'Oswald donna dans la soirée du 22 au 23 novembre (Ruby est l'homme en complet noir et aux lunettes, en haut à droite). Quant à la vidéo ci-après, elle fut tournée dans la soirée du 23 novembre 1963, la veille de l'assassinat d'Oswald.

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En haut à droite, Jack Ruby, derrière ses lunettes noires.

On sait donc que Ruby resta pratiquement tout le temps dans le commissariat à partir de l'arrestation d'Oswald (il fermera même ses deux boîtes de nuit pendant cette période) (pour le coup, il n'y a pas lieu de s'attarder sur la façon dont il y est entré. En effet, dès le 22 novembre, le commissariat ouvrit grand ses portes : on y entrait comme dans un moulin).
Par conséquent, le fait qu'il épiait Oswald depuis le soir du 22 novembre 1963 fait de l'assassinat de ce dernier un acte prémédité. Car rappelons que, parmi tous les gens qui étaient présents pendant la conférence de presse d'Oswald et son multiple aller-retour dans le poste de police, Ruby était l'un des seuls, sinon le seul à ne pas être un journaliste. Cela contredit complètement l'hypothèse selon laquelle il serait passé "par hasard" devant le commissariat le 24 novembre et aurait décidé d'assassiner Oswald "sur un coup de tête", pour venger JFK.


Mais pourquoi Ruby n'a-t-il jamais quitté Oswald des yeux pendant les deux jours qui suivirent son arrestation ? Essayait-il de se renseigner sur la date de son futur transfert vers la prison du comté de Dallas ? Ou bien surveillait-il Oswald pour s'assurer qu'il n'était pas sur le point de dénoncer les éventuels conspirateurs, auquel cas il aurait fallu l'abattre plus tôt ? Cette théorie tendrait – si elle était avérée – à prouver que Ruby n'a pas jugé urgent de faire taire Oswald, celui-ci n'ayant jamais parlé pendant ses interrogatoires (mis à part lorsqu'il a affirmé être un bouc émissaire) (de toute façon, il aurait été très difficile pour Ruby d'abattre Oswald avant son transfert : comme le montre la vidéo ci-dessus, c'est à peine s'il pouvait apercevoir sa future cible). Toutefois, supprimer Oswald était impératif car, une fois en prison, celui-ci, protégé, aurait parfaitement pu passer aux aveux. Bien sûr, ceci n'est qu'une théorie ; mais elle n'en demeure pas moins plausible une fois que l'on sait que l'instinct vengeur de Ruby n'a absolument rien à voir avec la réalité.

Quelques instants après que la photographie ci-dessus ait été prise, Ruby se permettra de rectifier une erreur du procureur Henry Wade qui rapportera qu'Oswald faisait partie du Free Cuba Commitee, au lieu du Fair Play for Cuba Commitee. Ruby coupera sans la moindre gêne la parole au procureur pour le corriger.
Où est le problème ? Il est simple : le Fair Play for Cuba Commitee fut créé par Oswald et n'était rien d'autre qu'un groupuscule totalement inconnu (pas étonnant que le procureur se soit trompé dans le nom d'un groupe dont personne n'avait jamais entendu parler). En fait, Oswald était à la fois le président du FPCC de La Nouvelle-Orléans et son seul membre.
Or, Ruby n'étant pas connu pour ses sympathies communistes et, surtout, d'après la Commission Warren, n'ayant jamais connu ou vu Oswald, comment se fait-il qu'il ait été aussi bien informé des agissements d'Oswald ? Quelqu'un d'autre lui en aurait-il parlé ? Non, certainement pas dans la mesure où le Fair Play for Cuba Commitee n'était qu'une toute petite faction et que Ruby n'était pas intéressé par les mouvements pro-castristes. Par conséquent, il est évident que la seule et unique personne qui ait pu évoquer avec Ruby le nom du groupuscule était son créateur : Lee Harvey Oswald.

Cela signifie donc que, contrairement à ce qu'affirma la Commission Warren, Oswald et Ruby se connaissaient bel et bien (d'ailleurs, plusieurs témoignages – venant notamment des danseuses des boîtes de nuit de Ruby – viennent confirmer qu'Oswald aurait plusieurs fois discuté avec ce dernier). De ce fait, la théorie selon laquelle "Jack le Justicier" aurait tué un homme qui lui était totalement inconnu sous l'emprise d'une pulsion incontrôlée s'effondre (on notera que la Commission Warren préféra ne pas tenir compte de l'intervention pourtant cruciale de Ruby pendant la conférence de presse).

En mars 1965, un an après sa condamnation à mort, Ruby donna une conférence de presse. Il déclara :

- Ruby : "Tout ce qui se rapporte à ce qui s'est passé n'a jamais fait surface. Le monde ne connaîtra jamais la vérité sur ce qui s'est passé, ni mes motivations. Les gens qui ont tant à gagner et qui avaient une bonne raison pour me mettre dans la position dans laquelle je suis ne laisseront jamais la vérité parvenir au monde."

- Un journaliste : "Ces gens sont-ils haut placés, Jack ?"

- Ruby : "Oui."

Le shérif adjoint de Dallas Al Maddox affirma :

"Ruby m'a dit : « Ils m’ont fait une piqûre contre un rhume. » Il a dit que c'étaient des cellules cancéreuses. C'est ce que Ruby m'a dit. J'ai alors dit : « vous ne croyez pas à ces conneries ?! » Il a répondu : « Oh que si putain ! » Et puis un jour, alors que je partais, Ruby m'a serré la main et j'ai pu sentir une feuille de papier dans sa paume... Il y écrivait que c'était une conspiration et que... si vous continuez à garder vos yeux ouverts et votre bouche fermée, vous apprendrez beaucoup de choses. Et ce fut la dernière lettre qu'il me remit."

Cependant, l'injection de cellule cancéreuse est une impossibilité scientifique : par conséquent, ou Ruby avait été pris d'un accès de paranoïa, ou Maddox a menti.

Toutefois, une rumeur jamais vérifiée (et anonyme qui plus est) lancée par l'Associated Press et relayée par le New York Times veut que Ruby ait en fin de compte formulé un dernier aveu depuis sa chambre d'hôpital le 19 décembre 1966 (il mourut le 3 janvier 1967) où il aurait avoué qu'il avait en fait été la seule personne à être impliquée dans le meurtre d'Oswald. Il aurait ainsi dit "Il n'y a rien à cacher... Il n'y avait personne d'autre." Encore une fois, ce n'est qu'une rumeur répandue par la presse, cette dernière (et les médias en généraux) ayant toujours soutenue la version officielle avec acharnement (critiques complètement infondées, censure et mensonges ahurissants sur l'enquête de Jim Garrison, violentes critiques du film JFK avant même sa sortie...).

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