3 Moïse

Publié le par Bernard Gasnot

A la recherche de la personnalité de Moïse...

Comment parler de Moïse et de l’exode ? Nous avons attiré l’attention sur quelques impasses , essayé de caractériser l’écriture des historiens de l’antiquité et enquêté sur les traces de Moïse et de l’exode ainsi que sur les divers itinéraires et montagnes sacrées possibles . Dans cette enquête reste un dernier élément – et non des moindres – la personne même de Moïse !

5 – La figure de Moïse
À nouveau, la tâche de l’historien est complexe et il est guère aisé de retrouver la figure «historique» de Moïse derrière celle du fondateur du Judaïsme que nous lèguent des textes écrits à la lumière de l’exil babylonien (entre 587 et 538 av. J.-C.), et plus encore de la restauration qui s’en est suivit (avec Esdras, le prêtre scribe). En bonne méthode, il convient de partir de la « biographie » théologique de Moïse que constituent les livres de l’Exode, du Lévitique, des Nombres et du Deutéronome – soit la majeure partie de la Torah (ou Pentateuque).

La dernière image laissée au lecteur
Dans un récit, la finale est souvent essentielle. Elle laisse le lecteur sur une image qu’elle désire graver dans la mémoire. Reportons-nous aux derniers mots du dernier livre de la Torah d’Israël :

« Il ne s’est plus jamais levé en Israël un prophète comme Moïse qui connaissait Yhwh face à face, ceci par rapport à tous les signes et les miracles dans le pays d’Égypte que Yhwh l’avait envoyé accomplir devant Pharaon, ses serviteurs et tout son pays, et par rapport à toute la main forte et par rapport à toute la grande terreur que Moïse avait provoquée sous les yeux de tout Israël » (Deutéronome 34, 10 à 12). Derrière une formulation un peu lourde, tout lecteur familier de l’écriture biblique reconnaît une série d’expressions très fortes. Dans la Bible, elles ne sont appliquées à nulle autre figure humaine que Moïse :

Moïse qui « connaissait Yhwh face à face »
L’homme ne peut voir Dieu sans mourir – cela est tellement ancré dans la symbolique juive que le Grand prêtre, seul homme habilité à pénétrer dans le « Saint des saints » du temple au jour du Grand pardon portait des clochettes accrochées à son vêtement pour que le bruit éloigne Dieu. Ainsi le « face à face » mortel lui serait épargné !

- « les signes et les miracles », « la main forte », « toute la grande terreur » (que Moïse avait provoquée), autant d’expressions que le Pentateuque réserve au seul agir divin, à l’intervention libératrice de Dieu en faveur d’Israël, son peuple

Comment ne pas ajouter alors qu’ il ne s’est plus jamais levé en Israël un prophète comme Moïse , tant nous sommes à la limite du dire sur un être fait de chair et de sang ? La mémoire juive le signifie matériellement en faisant de la mort de Moïse la clôture de la Torah, c’est-à-dire la clôture de sa tradition fondatrice. L’histoire de la conquête de Canaan qui débute avec Josué appartient à un deuxième ordre d’écrits – moindre en normativité –, les Neviîm (Prophètes). Seul Moïse appartient tout entier à la Loi – plus encore qu’Abraham ou Jacob, et c’est pourquoi on a pu écrire que « la mort de Moïse signifie la naissance de la Torah en tant que mise par écrit de la médiation mosaïque »

Moïse, le privilégié de Dieu
Au cœur du livre de l’Exode, dans un contexte dramatique il s’agit de la fabrication par Israël du veau d’or, « péché originel » dans le désert, un curieux épisode met en scène ce rôle sans égal de Moïse :

Moïse « descendit de la montagne, les deux tables du Témoignage dans sa main, tables écrites sur leurs deux côtés, écrites de part et d’autre. Les tables étaient l’œuvre de Dieu et ce qui était écrit était un écrit de Dieu, gravé sur les tables » Un peu plus tard, dans sa colère devant l’idole érigée, Moïse « jeta de sa main les tables et les brisa au pied de la montagne » avant de détruire le veau et de le réduire en poussière

Nous voici donc devant une perte, celle des tables gravées de l’écriture de Dieu ! Mais le texte continue un plus loin : « Yhwh dit à Moïse : Ecris pour toi ces paroles ; c’est en effet conformément à ces paroles que je conclus l’alliance avec toi et avec Israël. Il fut là avec Yhwh quarante jours et quarante nuits ; il ne mangea pas de pain et ne but pas d’eau. Et il écrivit sur les tables les paroles de l’Alliance, les dix Paroles ».

Qui écrit ? Yhwh ou Moïse ? Faisons ici deux remarques qui nous conduisent au cœur de la figure mosaïque :

(1) Selon le contexte, celui qui écrit ne peut être que Moïse. Ainsi, à défaut de l’écriture de Dieu, nous n’avons désormais que l’écriture de Moïse ! Loin d’être une perte, cela ouvre la parole qui interprète ce qu’un autre homme a pu écrire et cela nous libère d’une usage « idolâtrique » de l’écriture.

(2) La seconde remarque pourra paraître plus subtile : la tournure étrange d’Ex 34,27-28 ne renvoie-t-elle pas à une autre tournure étrange, celle de Dt 34,6 où nous lisons : « C’est là que mourut Moïse. Il l’ensevelit dans la vallée, au pays de Moab, vis-à-vis de Bet-Péor, et nul n’a connu sa tombe jusqu’à ce jour ». Qui a enseveli Moïse ? Le contexte montre que Moïse est seul sur la montagne… avec Yhwh, de sorte que seul Yhwh peut enterrer Moïse. Et d’ailleurs, nul homme – pas même Josué – ne peut dire l’endroit tenu secret – comme les dix paroles enfermées dans l’arche sainte sont tenues secrètes.

Ainsi, le cœur de la Loi – le Décalogue – et la tombe de Moïse échapperont à tout regard humain, et nul n’aura prise sur l’un et l’autre « lieux ».


En exil, le peuple s’est souvenu de Moïse
Cet exercice de lecture montre à quel point le texte qui parle de Moïse est chargé théologiquement, combien il est porté par la longue tradition religieuse d’Israël. Israël, dans le contexte de l’exil et la perte de tout repère – le roi, le temple, le pays – élabore à nouveau ce qui constitue l’identité d’un peuple. Tout avait été remis en question, le temple comme lieu où Dieu se rend présent parmi son peuple ; le roi comme médiation de grâce et de salut ; la terre comme fruit d’une promesse et d’un don … Comment surmonter une telle épreuve si ce n’est en s’appuyant sur un fondement plus solide que la royauté qui avait failli avec Sédécias, l’ultime roi judéen ? « Ce fondement, Israël le trouva (ou il alla le chercher) dans la tradition mosaïque selon laquelle Israël était né et avait reçu ses institutions religieuses et civiles, au moins en partie, avant la monarchie ».

Ainsi, sans être le fruit d’un mythe, la figure de Moïse trouva là son statut véritable comme fondateur du monothéisme biblique. Et ce, d’autant plus, que la rencontre essentielle entre le prophète et Dieu, l’événement du Sinaï, n’était pas réductible à l’espace d’une terre désormais perdue – Israël – mais située dans un entre-deux, le désert. Aussi le Sinaï est-il « moins un lieu géographique qu’un lieu juridique : c’est là qu’Israël s’est constitué comme peuple de Dieu et s’est donné ses lois fondamentales ».Une affirmation plus essentielle que la quête d’une localisation exacte et vérifiable – même si cette dernière demeure légitime aux yeux de l’historien


Dans un tel contexte où l’identité juive cherchait une voie au travers des multiples cultures d’un empire perse multi-ethnique, la figure de Moïse ne pouvait que s’imposer, jusqu’à devenir le pôle unificateur du Pentateuque – les cinq livres de la Torah. Et si la critique contemporaine s’accorde à voir dans cet ensemble complexe un dialogue entre deux courants théologiques majeurs, une école de prêtres (« P ») liée au temple jérusalémite et une école de ‘laïcs’ (« D ») qui se reconnaît aisément à travers le style et l’idéologie du livre du Deutéronome, elle constate aussi que ces deux courants – divergents en bien des points – accordent une même importance décisive à la figure de Moïse pour définir l’identité nationale et religieuse d’Israël ; dit autrement : si Israël peut vivre sans David, il ne le peut sans Moïse !

La figure de Moïse, 2/2 : un nom et un roi...

Au VIe et Ve siècle av. J.-C., l’identité juive a cherché une voie au travers des multiples cultures d’un empire perse multi-ethnique. La figure de Moïse s’est s’imposée, jusqu’à devenir le pôle unificateur de la Torah (= Pentateuque). Dans cet ensemble complexe, dialoguent deux courants théologiques majeurs, une école de prêtres («P») liée au temple jérusalémite et une école de ‘laïcs’ («D») qui se reconnaît aisément à travers le style et l’idéologie du livre du Deutéronome. Or ces deux courants – divergents en bien des points – accordent une même importance décisive à la figure de Moïse pour définir l’identité nationale et religieuse d’Israël. Est-ce à dire qu’il est vain de chercher des traces de Moïse en-dehors du judaïsme « postexilique » ?

Non, car nombre de traits permettent de remonter plus haut. Ils permettent de remonter jusqu’à un document antérieur à l’exil, un document qui intègre des éléments très archaïques. Quels sont ces éléments ?

Moïse : un nom égyptien


Élément archaïque : tout d’abord le nom même de Moïse. Son origine est égyptienne, et vient de la racine mès «généré par», «fils de» (qu’on retrouve dans Râ- mès «fils de Râ» ; Thout-mosis « fils de Thout» ; ou Ah-mosis «fils de Ah»). D’un point de vue strictement historique, c’est la seule chose certaine, et cela ne s’invente guère. Pour preuve, le récit d’Ex 2,10 (Moïse sauvé des eaux) tente de faire dévier le nom moshé de la racine hébraïque mashah «retirer» (des eaux), ce qui est une étymologie factice. «Si les Israélites avaient eu la possibilité de se forger un héros national, ils ne lui auraient pas donné un nom égyptien, mais un nom typiquement sémitique, c’est-à-dire hébreu. Moïse, par conséquent, n’est pas un personnage entièrement ‘inventé’. Il est cependant difficile d’en dire plus »


Pour le reste, on ne peut que se reporter au cadre général que nous avons dressé dans les chapitres précédents. Mais l’idée qu’un fils d’hébreu nommé Moïse ait été élevé à la cour du pharaon, puis instruit de la sagesse des Égyptiens pour devenir fonctionnaire impérial auprès de ses congénères n’a rien d’extraordinaire, même si l’historien ne peut l’atteindre avec certitude.

L’historien peut atteindre seulement un cadre historique plausible, comme le montre cet exemple : par une lettre du pharaon Séthi II (1200-1194 av. J.-C.) nous savons que des étrangers étaient formés dans des institutions égyptiennes comme le Harem de Miwar, sous la surveillance de Hautes Dames. Cela relevait d’un besoin diplomatique à une époque où l’Égypte, jouant le rôle de super-puissance, avait de nombreux contacts avec ses voisins, et donc un grand besoin de scribes interprètes. N’y aurait-il pas là un cadre qui rend plausible, à défaut d’être certain, l’existence de la figure «historique» de Moïse ?

De manière plus (trop ?) précise, le bibliste Th. Römer cherche quelques «candidats» aptes à remplir cette figure. Il avance les noms du prince nubien Messouy (demi-frère de Séthi II et vice-roi de la province de Koush), du fonctionnaire Ben-Ozen et surtout du ‘faiseur de roi’ Beya (lire Moïse, «lui que Yahvé a connu face à face», Paris, Découvertes Gallimard, 2002, p. 62-65).

Une légende élaborée au VIIe siècle av. J.-C. ?

Sur un arrière-fond plausible, le côté légendaire du récit biblique n’en demeure pas moins grand. Ainsi trouve-t-on la reprise du thème, assez connu dans l’antiquité, de l’enfant (célèbre) en danger. Or ce thème pourrait bien avoir été repris par des scribes travaillant pour le roi Josias (VIIe siècle av. J.-C.). Mais relisons d’abord la scène.

«Un homme de la maison de Lévi alla, il prit [une femme] parmi les filles de Lévi. La femme tomba enceinte et elle enfanta un fils, elle vit qu’il était beau (tôb), elle le cacha trois mois. Lorsqu’elle ne put plus le tenir caché, elle prit pour lui une caisse (tébah) de papyrus, elle l’enduisit de bitume et de poix, elle y plaça le garçon, elle [le] plaça dans les roseaux sur le bord du Fleuve. Sa sœur se plaça de loin, pour savoir ce qu’on ferait de lui. La fille de Pharaon descendit pour se laver dans le fleuve, alors que ses servantes marchaient le long du Fleuve, elle vit la caisse au milieu des roseaux, elle envoya sa servante pour la prendre. Elle ouvrit et vit l’enfant, et voici [c’était] un jeune garçon pleurant, elle eut pitié de lui, elle dit : C’est un enfant des Hébreux Le garçon grandit, elle l’emmena pour la fille de Pharaon, il devint pour elle un fils, elle appela son nom Moïse, car elle disait que des eaux, je l’ai tiré.» Exode 2, 1-10)

On retrouve ici l’écho de la légende qui entoure la naissance du roi Sargon d’Akkad (2334-2279 av. J.-C.), que la tradition assyro-babylonienne considérait comme un unificateur et créateur d’empire. Il y a des variations notables, en particulier le fait que l’enfant soit sauvé par une jeune femme et non par un dieu (Akki) et une déesse (Ishtar), mais le schéma est le même.

Dans la légende de Sargon, le souverain s’exprime ainsi : « Ma mère la prêtresse [ou : la prostituée] me conçut en secret, elle m’enfanta. Elle me mit dans une corbeille de roseau avec de l’asphalte, elle ferma le couvercle. Elle me jeta dans la rivière qui ne m’engloutit pas. Le fleuve me porta et m’amena vers Akki, le puiseur d’eau. Akki le puiseur d’eau me plaça comme son jardinier. Durant mon jardinage Ishtar m’aima».

D’un point de vue historique, cela peut certes surprendre – mais c’est oublier que les anciens n’écrivaient pas l’histoire selon nos «canons» contemporains ! Les scribes qui ont décidé de rapporter de manière royale la naissance de Moïse voulaient signifier par-là les prémices de son rôle à venir d’unificateur d’Israël.

C’est en ce sens qu’il faut entendre deux autres détails du récit, la «beauté» de l’enfant thème royal par excellence (on le dit de David par exemple), et l’évocation des «roseaux» qui n’est pas sans rappeler le salut à venir des Israélites : c’est de la Mer des roseaux qu’ils seront «tirés» . Il n’est pas étonnant dès lors que la «caisse» en laquelle repose l’enfant sur les eaux renvoie à la «caisse» de Noé, unissant ainsi sauvetage-alliance avec Noé et sauvetage-alliance avec Moïse.

Tout cela révèle une écriture théologique très élaborée, et bien des indices permettent de dater ce récit de l’époque du roi Josias (au VIIe s. av. J.-C.). Ce roi cherchait à s’émanciper de la politique impérialiste des grands empires, l’Égypte bien sûr mais surtout l’Assyrie – qui vivait alors des soubresauts. Les scribes judéens ont donc fait de Moïse un personnage aussi important que les souverains assyriens. À cette lumière, l’affrontement entre Moïse et Pharaon prend tout son sens : comme Moïse, Josias s’oppose à la politique agressive de (l’Assyrie et de) l’Égypte ; on peut conjecturer derrière le «pharaon» anonyme et magnifié de l’Exode un autre pharaon, contemporain de Josias : Nékao II, celui-là même qui fera périr le roi dans une confrontation à Megiddo (2 R 23,29-30).

Moïse décrit avec les traits de Josias ?


Autre trait troublant : le zèle religieux dont fait preuve Moïse en Ex 32, dans l’épisode du «veau d’or», n’est pas sans évoquer encore la figure de Josias, ce grand réformateur. Josias a détruit les idoles, comme Moïse a détruit le veau d’or. D’ailleurs, ce fameux «veau», symbole d’un culte dévié, où le trouve-t-on dans la Bible ? Dans le livre des Rois, avec l’histoire de la révolte de Jéroboam et la constitution du royaume du Nord (lire 2 Rois 12 et suivants) ! Jéroboam avait bâti deux sanctuaires, l’un à Béthel (au sud du royaume) et l’autre à Dan (eu nord du royaume). Quand Josias décide de réformer le culte à Jérusalem, le royaume du Nord a disparu depuis un siècle (lire 2 Rois 17). Les scribes judéens avaient interprété cette disparition comme la conséquence du «péché» de Jéroboam. Josias, lui, a voulu enrayer la colère divine (puisque son royaume prenait le même chemin dévié qu’autrefois le royaume du Nord) et il a réformé le culte. Il a brûlé et broyé les objets cultuels illégitimes du temple de Jérusalem, comme Moïse avait brûlé et broyé le veau d’or. Il a cherché à éviter le malheur, mais, on le sait, cela n’a été qu’un sursis.

Résumons-nous : la figure de Moïse s’est constituée après l’exil (VIe et Ve s.) pour donner une identité au peuple d’Israël. Mais son histoire avait déjà été racontée en partie par des scribes du temps du roi Josias (VIIe s.). Pour eux, Moïse était un modèle et une référence.

La mémoire d'Israël a reconnu à Moïse une importance dès avant l’exil...

Sans atteindre donc la ''figure'' historique de Moïse comme tel – si ce n’est à de rares endroits du récit biblique, l’examen attentif des traditions qui tissent le texte actuel du Pentateuque permet de mettre en lumière l’importance qu’Israël a reconnu à cette figure, dès avant l’exil.

Moïse, une figure importante depuis longtemps


L’on peut remonter plus haut encore que l’époque de Josias. On peut aller jusqu’aux traditions prophétiques du VIIIe s. av. J.-C. En effet, le prophète Osée oppose les figures de Jacob et de Moïse. Jacob est vu comme préfiguration des infidélités de sa descendance, les fils d’Israël, et Moïse, comme figure modèle à laquelle Israël doit s’identifier pour retrouver les voies de la fidélité : '' Jacob s’est enfui dans les plaines d’Aram. Israël a servi pour avoir une femme ; pour une femme il a gardé les troupeaux. Mais Par un prophète le Seigneur fit monter Israël d’Égypte, et par un prophète il fut gardé '' (Os 12, 13-14 ; le '' prophète en question est évidemment Moïse). Pour opérer un effet positif, une telle évocation suppose pour le moins que Jacob et Moïse étaient connus de l’auditoire du prophète, soit par des traditions déjà écrites, soit par des traditions orales.

On peut dire que sous de nombreux aspects, l’évocation biblique de Moïse a une fonction politique (donner une identité au peuple d’Israël). On doit ajouter aussitôt, comme le fait Jean-Louis Ska à propos de David, que '' cela ne signifie pas qu’elle n’ait aucune signification théologique et aucun fondement historique. Même les œuvres de propagande politique doivent tenir compte des faits pour être crédibles et acceptables. Elles doivent aussi obéir aux canons de la pensée religieuse du temps. '' Les énigmes du passé, p. 90.

Oeuvre d'art et confession de foi


Dans la '' reconstruction '' théologico-historique de la figure de Moïse que nous venons de proposer, bien des points resteraient à étayer plus longuement, et une part d’hypothèses est inévitable. Plus qu’à la quête vaine d’une vérité historique largement inatteignable (surtout quand il s’agit de récits antiques), nous avons cherché à mettre en lumière la fonction des récits dans l’histoire et la mémoire religieuse d’Israël.

Dans un bref épilogue à son ouvrage Les énigmes du passé, intitulé '' Histoire et récit, art et poésie '', dans son tableau Guernica, Picasso prétend moins décrire la réalité d’un épisode de la guerre civile espagnole qu’ouvrir au sens de l’événement, de même les récits bibliques transmettent quelque chose du passé mais '' leur but n’en demeure pas moins celui de l’œuvre d’art : transmettre un message sur ce qui s’est passé ''

Voilà qui permet de dépasser l’opposition de départ entre '' mythe '' et réalité ''. Comme figure de l’histoire et come figure de l’écriture biblique, Moïse est également vrai. Et si le premier échappe plus que le second au regard de l’analyse, cela tient à la nature même de sa '' figure ''. Peut-il d’ailleurs en être autrement ? Lié à un moment fondateur de la conscience juive, Moïse ne peut qu’échapper aux investigations de l’historien. Comme la résurrection du Christ pour les églises chrétiennes, l’événement de l’exode est avant tout une confession de foi où les croyants puisent ce qui leur est nécessaire pour espérer et agir (Deutéronome 6, 21).

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