Les massacres et les crimes des  grandes démocraties au XXe siècle

Publié le par Bernard Gasnot

La guerre du Golfe est venue rappeler avec force à la classe ouvrière que le capitalisme c’était aussi la guerre, ce summum de la barbarie, et cela ne peut que l’interpeller et la pousser à la réflexion. C’est pourquoi la bourgeoisie des « pays démocratiques », durant toute la guerre, a systématiquement caché l’ampleur des destructions et des massacres, et, qu’après la guerre, elle a monté une gigantesque campagne humanitaire et démocratique autour du massacre des Kurdes, dans le but de tenter de faire oublier aux ouvriers ses propres crimes et sa respon­sabilité dans ces massacres. La bourgeoisie des « grandes démocraties » a une longue expérience en ce domaine, tant en termes de tueries que de mensonges et de cynisme. Le prolétariat doit se rappeler les multiples crimes accomplis par la bourgeoisie « démocratique » ainsi que sa complicité directe ou indirecte dans les massacres et destructions commis tant par le stalinisme que par le fascisme.

Les mensonges et le cynisme de la bourgeoisie pendant et après la « guerre du golfe »

Durant toute la durée de la guerre, pratiquement aucune image ne nous est parvenue des massacres et des destructions infligés à la population irakienne. Black-out total et médias aux ordres, telle a été la règle absolue. Encore aujourd’hui, aucun chiffre pré­cis n’est fourni, mais il est certain que plus de 200 000 civils et près de 250 000 soldats irakiens ont été tués, sans parier des blessés et de tous ceux qui resteront infirmes à vie. Alors que l’on nous a vanté de façon obscène la précision des bombardements chirurgi­caux, un général américain, responsable de l’US Air Force a depuis admis que sur les 88.500 tonnes de bombes déversées sur l’Irak, moins de 7 % étaient à guidage laser, 70 % des bombes auraient raté leurs cibles et il avouait que les aviateurs avaient « arrosé » sans trop se soucier d’une précision millimétrique, selon la vieille et sinistre méthode du «tapis de bombes» ! On mesure l’ampleur des destructions des zones civiles opérées dans de telles conditions. Mais de tout ceci, rien ou presque n’a filtré. Par contre, on a étalé dans tous les médias, avec une complaisance morbide, le spectacle de milliers de Kurdes, femmes, enfants, vieillards crevant de faim et de froid, lapant comme des chiens l’eau croupie d’une flaque d’eau et se battant autour des camions pour un bout de pain ou une bouteille d’eau.

Le cynisme et l’incroyable duplicité des bourgeoisies américaine, française et anglaise se sont révélés une fois de plus dans toute leur sinistre crapulerie. Car non seulement elles utili­sent ces massacres pour tenter de faire oublier leurs propres crimes de guerre, mais elles sont directement responsables de cette tuerie aux allures de génocide qui fait que le total des victimes de la guerre approche désormais du million ! Elles ont en effet poussé sciemment à la révolte les Chiites et les Kurdes, encouragé la clique bourgeoise kurde à proclamer la rébellion, en lui laissant entendre qu’elles l’aideraient, tout en se gardant dans les faits d’apporter la moindre aide et en laissant soigneusement a Saddam Hussein les forces suffisantes pour assurer le succès de la répression.

En dressant ce piège dans lequel sont mortes au moins 250 000 personnes, elles faisaient d’une pierre deux coups : tenter de faire oublier leurs propres massacres en braquant tous les projecteurs de leurs médias sur le nouveau crime de « Hitler du Moyen-Orient », et empêcher, par cette répression massive, la libanisation de l’Irak, voire de toute la région, en cas de succès de la rébel­lion kurde et chiite, sans avoir à se salir eux-mêmes les mains, puisque le «diabolique Saddam Hussein» se chargeait, une fois de plus, de jouer le rôle du bou­cher. C’est pourquoi, alors que la répression s’est déroulée sous les yeux de l’armée américaine, ce n’est qu’une fois celle-ci complètement achevée que les pleureuses de l’action humanitaire sont entrées en scène.

Le machiavélisme de la bourgeoisie, son art de la mise en scène, sa capacité à entraîner à la tuerie des centaines de milliers d’êtres humains, ne datent pas d’aujourd’hui. Les horreurs du Golfe ne sont de ce point de vue que la suite d’une longue série macabre, tout au long de la décadence du capitalisme, les « grandes démocraties » ont largement expérimenté ce type de scénarios et leur conclusion toujours san­glante, que ce soit à l’occasion de la situation tou­jours dangereuse qui prévaut dans le cas d’un pays vaincu à la fin d’une guerre, ou pour faire oublier ou tenter de justifier leurs propres crimes, en focalisant toute l’attention sur les crimes des « autres », en les « diabolisant ».

La deuxième guerre mondiale : les crimes et massacres de la «démocratie» et de l’«anti-fascisme»

La liste des crimes et boucheries perpétrés par ces parangons du droit et de la morale que sont les vieilles démocraties bourgeoises est si longue! Rappelons pour mémoire la première boucherie mondiale, où tous les protagonistes étaient des démocraties, y compris la Russie de 1917 des socialiste et démo­cratique » Kerenski, lenine, staline et le rôle qu’il ont joué dans la social-démocratie comme grand pourvoyeur de chair à canon. Cette dernière, endossant résolument l’habit du boucher lors de la répression sanglante de la révo­lution en Allemagne en janvier 1919, où des milliers d’ouvriers périrent rien que dans la ville de Berlin.

Souvenons-nous encore :

– des corps expéditionnaires anglais, français et américains envoyés pour réduire à merci, par le sang, la révolution d’Octobre

– le géno­cide des Arméniens par l’Etat turc avec la complicité directe des gouvernements français et britannique

– le gazage des Kurdes par l’armée anglaise en 1925, etc.

Au fur et à mesure que le système capitaliste s’enfonçait dans sa décadence, sa seule béquille, son seul moyen de survie fut de plus en plus la guerre et la terreur, et cela tant dans les Etats « démocratiques » que dans les Etats « totalitaires ». Mais dans le cadre forcément limité d’un article, nous nous attacherons tout d’abord à dénoncer ce qui constitue sans nul doute, avec la monstrueuse identification entre communisme et stalinisme, le plus grand mensonge de ce siècle : la nature de la seconde guerre mondiale, soi-disant « guerre de la démocratie contre le fascisme, guerre du droit et de la morale contre la barbarie nazie », comme l’enseignent encore aujourd’hui tous les manuels scolaires. Guerre où la barbarie aurait été essentiellement d’un seul côté, celui des puissances de l’Axe et où, dans le camp de nos vertueuses démocra­ties, la guerre n’aurait été que défensive et essentiel­lement, pour reprendre les termes actuels de la propagande bourgeoise, «une guerre propre».

L’étude de la seconde guerre impérialiste mondiale permet non seulement de mesurer l’énormité de ce mensonge, mais encore de comprendre comment, pendant et après la guerre du Golfe, la bourgeoisie démocratique a largement puisé dans l’expérience qu’elle a acquise durant cette période historique cruciale.

La terreur des bombardements sur la population allemande

Dès son arrivée au pouvoir en 1940, le chef d’Etat de la plus vieille démocratie du monde, l’Angleterre, en même temps que le véritable dirigeant politique de la guerre, côté Alliés, Sir Winston Churchill, met sur pied le « Bomber Command », noyau central des bom­bardiers lourds devant aller semer la terreur dans les villes allemandes. Pour justifier cette mise au point d’une véritable stratégie de la terreur, pour couvrir idéologiquement son lancement, Churchill utilisera les bombardements massifs allemands sur Londres et Coventry durant l’automne 1940 et celui sur Rotter­dam, en exagérant délibérément la portée de ce der­nier. Les médias anglo-américains parleront de 30 000 victimes alors qu’il n’y en eut en fait qu’un millier. La couverture idéologique ainsi assurée, Lindemann, conseiller de Churchill, peut en mars 1942 lui faire la suggestion suivante :

« Une offensive de bombardements extensifs pourrait saper le moral de l’ennemi pourvu qu’elle soit dirigée contre les zones ouvrières des 58 villes allemandes, ayant chacune une population de 100 000 habitants… », Et il concluait en disant « qu’entre mars 1942 et le milieu de 1943, il devait être possible de rendre sans abris un tiers de la population totale de l’Allemagne ».

La bourgeoisie britannique adopte alors cette stratégie de terreur, mais dans toutes ses déclarations officielles, le gouvernement de sa gracieuse Majesté insistait sur le fait que le «Bomber Command ne bombardait qu’à des fins d’ordre militaire et ne visait que des objectifs mili­taires, toute allusion à des attaques contre des zones ouvrières ou civiles étant rejetée comme absurde et attentatoire à l’honneur des aviateurs qui sacrifiaient leur vie pour la patrie» ! Première et sinistre illustration de ce cynique men­songe, le bombardement de Hambourg en juillet 1943 (l’Opération Gomorrhe). L’utilisation massive des bombes incendiaires provoque la mort de 50 000 personnes, fait 40 000 blessés et ce, pour l’essentiel, dans des zones résiden­tielles et ouvrières. Le centre-ville fut entièrement détruit et, en deux nuits, le nombre total de victimes fut, à Hambourg, égal au nombre de tués sous les bombardements, côté anglais, durant toute la durée de la guerre ! A Kassel, en octobre 1943, près de 10 000 civils périrent dans une gigantesque tempête de feu.

Face à certaines questions sur l’ampleur des dommages causés aux populations civiles, le gouver­nement anglais répondait invariablement « qu’aucune instruction n’avait été donnée pour détruire des mai­sons d’habitation et que les cibles du Bomber Com­mand étaient toujours des cibles militaires ».

Hambourg, au lendemain de l’opération Gomorrhe, en juillet 1943

Début 1944, les raids de terreur sur Darmstadt, Königsberg, Heilbronn, firent plus de 24 000 victimes parmi les civils. A Braunschweig, perfectionnant leur technique au point qu’aucun mètre carré des zones d’habitations ne put échapper aux bombes incendiaires lâchées par les bombardiers, 23 000 personnes furent prises au piège du brasier gigantesque qu’était devenu le centre-ville et périrent carbonisées ou asphyxiées.

Cepen­dant le black-out était total, et un général américain (les forces US commençant à participer massivement à ces «bombardements extensifs») déclare à cette époque : « A aucun prix nous ne devrions permettre aux historiens de cette guerre de nous accuser d’avoir dirigé des bombardements stratégiques sur l’homme de la rue ». Quinze jours avant cette déclaration, un raid US sur Berlin avait provoqué la mort de 25 000 civils, ce dont était parfaitement au courant ce général. Les mensonges et le cynisme qui ont prévalu pendant toute la guerre du Golfe sont une longue et solide tra­dition de nos « grandes démocraties ».

Cette stratégie de la terreur inspirée et dirigée par Churchill visait trois objectifs : accélérer la chute et la défaite militaire de l’Allemagne en sapant le moral de la population, étouffer par le feu toute possibilité de révoltes, et plus encore, de surgissements proléta­riens. Ce n’est pas un hasard si les bombardements de terreur se sont systématisés au moment même où des grèves ouvrières éclataient en Allemagne et où, depuis la fin 1943, les désertions au sein de l’armée allemande tendaient à s’amplifier. Churchill, qui avait fait ses premières armes de boucher contre la révolu­tion russe, était particulièrement attentif à ce danger. Enfin, en 1945, avant notamment la conférence de Yalta de février, il s’agissait de se placer, grâce à ces bombardements, en position de force face à une avancée de l’armée russe jugée trop rapide par Churchill.

Le déchaînement de barbarie et de mort entraîné par ces raids aériens, dont les principales victimes étaient des ouvriers et des réfugies, trouva son paroxysme à Dresde en février 1945.

A Dresde, il n’y avait aucune industrie importante, ni installation militaire ou stra­tégique, et c’est cette absence qui fit de Dresde une ville refuge pour des centaines de milliers de réfugiés fuyant les bombardements et l’avancée de « l’armée rouge », aveuglés qu’ils étaient par la propagande « démocratique » des Alliés, persuadés que Dresde ne serait jamais bombardée. Les autorités allemandes se laissèrent elles aussi aveugler par cette propagande, puisqu’elles installèrent un grand nombre d’hôpitaux civils dans cette ville.

Cette situation était parfaite­ment connue par le gouvernement britannique, à tel point que certains chefs militaires du Bomber Com­mand, émirent de sérieuses réserves quant à la validité militaire d’un tel objectif. On leur répondit sèchement que Dresde était un objectif prioritaire pour le pre­mier Ministre et tout fut dit. En bombardant Dresde les 13 et 14 février 1945, la bourgeoisie anglaise et américaine savait parfaite­ment qu’il s’y trouvait alors près d’un million et demi de personnes, dont un grand nombre de femmes et d’enfants réfugiés, de blessés et aussi de prisonniers de guerre. 650 000 bombes incendiaires tombèrent sur la ville produisant la plus gigantesque tempête de feu de toute la seconde guerre mondiale. Dresde brûla pendant huit jours, on voyait l’incendie à plus de 250 kilomètres. Certains quartiers de la ville étaient si brûlants qu’il fallut attendre plusieurs semaines avant de pénétrer dans certaines caves.

Sur 35 000 immeubles d’habitation, seuls 7000 restèrent debout, tout le centre-ville avait disparu et la plupart des hôpi­taux furent détruits. Le 14 février, 400 forteresses volantes américaines, prenant le relais des bombar­diers anglais, déversèrent encore 771 tonnes de bombes incendiaires. Le bilan de ce qui fut sans conteste l’un des plus grands crimes de guerre de la seconde boucherie mondiale fut de 250.000 morts, dont presque tous étaient des civils. officiellement on parle de 25.000 victimes pour le bombardement de Dresde et certains accusent un des historiens sur le sujet, David Irving de falsificateur à l’instar d’un Robert Faurisson… A titre de compa­raison, cet autre crime odieux que fut Hiroshima fit 75 000 victimes et les terribles bombardements améri­cains sur Tokyo en mars 1945 provoquèrent 85 000 morts ! Ordonnant le bombardement de Chemnitz les jours suivants, le commandement ne s’embarrasse plus d’aucune précaution oratoire. Il déclare aux avia­teurs : « Vos raisons d’aller là-bas cette nuit sont d’achever tous les réfugiés qui peuvent avoir échappé de Dresde ».

Langage de bouchers s’il en fût, on peut mesurer à travers tout ceci qu’en termes de barbarie, la coalition anti-fasciste n’avait rien à envier aux nazis. Le 1er novembre 1945, en 18 mois de bombardements, 45 des 60 principales villes allemandes avaient été quasiment complètement détruites. Au moins 635 000 civils périrent au cours de ces raids de terreur. De même, en termes de cynisme et de mensonge éhonté, elle n’a pas non plus grand chose à envier à un Goebbels ou à un Staline. Face aux questions sus­citées par ces terrifiants massacres, la bourgeoisie anglo-américaine répondit, contre toute évidence, que Dresde était un centre industriel et plus encore militaire très important. Churchill, quant a lui, ajouta d’abord que c’était les Russes qui avaient demandé qu’on effectue un tel bombardement, ce que tous les historiens s’accordent aujourd’hui à considérer comme faux, puis il tenta de rejeter la responsabilité sur les militaires, d’en faire une sorte de bavure !

Les « travaillistes », ces chiens sanglants, ces tartuffes immondes de la démocratie bourgeoise, enfourchè­rent le même cheval de bataille pour tenter de se laver les mains d’une telle horreur. Le travailliste C. Attlee qui avait succédé à Churchill, s’attira cette réponse un chef militaire du Bomber Command :

« La stratégie de la force de bombardement critiquée par Lord Attlee fut décidée par le gouvernement de Sa Majesté dont lui (Lord Attlee) a été un des chefs pendant presque toute la guerre. La décision de bombarder les villes industrielles fut prise, et prise avec une grande netteté, avant que je ne devienne commandant en chef du Bomber Command ».

La stratégie de la terreur fut une décision politique prise par l’ensemble de la bourgeoisie anglaise à laquelle s’est pleinement rallié cet autre « grand démocrate » qu’a été Roosevelt, qui, quant à lui, décida la fabrication de la bombe atomique. La barbarie démocratique a été pleinement à la hauteur de la barbarie fasciste et stalinienne. Les petits-fils de Churchill et Roosevelt que sont les Bush, Mitterrand et Major ont bien appliqué leurs leçons pendant la guerre du Golfe, que ce soit en terme de massacre, de lock-out, de mensonges ou de cynisme le plus total.

L’utilisation des camps de concentration nazis par le camp «démocratique»

Autre exemple de cette longue tradition démocratique consistant à masquer et justifier ses propres crimes et abominations en braquant tous les projecteurs sur d’autres crimes, d’autres horreurs : l’utilisation qui a été faite des camps de concentration pour justifier la barbarie de la boucherie impérialiste côté Alliés.

Loin de nous l’idée de nier la sordide et sinistre réalité de ces camps de la mort, mais la publicité obscène qui en a été faite depuis n’a rien à voir avec des considérations humanistes et encore moins avec l’horreur légitime provoquée par une telle barbarie. La bourgeoisie, tant anglaise qu’américaine, savait parfaite­ment ce qui se passait dans ces camps. Et pourtant, chose étrange en apparence, elle n’en parle prati­quement pas pendant toute la guerre et n’en fait pas un thème central de sa propagande. Ce n’est qu’après la guerre qu’elle en fit l’axiome principal de sa justifi­cation de la seconde boucherie impérialiste mondiale et plus largement de la défense de la sacro-sainte démocratie.

En fait, les gouvernements de Churchill et Roosevelt craignaient comme la peste que les nazis n’expulsent massivement les Juifs et ne vident les camps. Dès la rencontre anglo-américaine des Bermudes en 1943, le ministre anglais des affaires étran­gères A. Eden faisait part d’une telle inquiétude et la décision fut prise qu’aucun navire des Nations Unies ne peut être habilité à effectuer le transfert des réfugiés d’Europe. En termes clairs, ils peuvent crever en toute tranquillité dans les camps ou ailleurs ! Lorsque la Roumanie, alliée de l’Allemagne, veut libérer 60 000 Juifs, lorsque la Bulgarie veut faire de même, elles se heurtent à un refus catégorique de la part de ce «grand combattant de la liberté» qu’était Roose­velt, pour qui «transporter tant de monde désorganise­rait l’effort de guerre».

La mésaventure survenue à Joël Brandt en avril 1944, dirigeant d’une organisa­tion de Juifs hongrois, confirme de manière particu­lièrement éclatante que les « grandes démocraties » anglaise et américaine n’avaient strictement rien à faire des souffrances des Juifs entassés dans les camps en Allemagne. il est certain que la déportation fut un drame et que de nombreux juifs ont souffert dans ces camps, surtout à la fin de la guerre à cause des bombardements de terreurs, privés de liberté et de leur famille, ce qu’aucun révisionniste sérieux ne remet en question. Lorsque la bourgeoisie invoque à tout bout de champ les Droits de l’Homme, ce n’est que pour les besoins de sa propagande et pour perpétuer tranquillement ses crimes derrière cette feuille de vigne.

Eichman, chef SS de la section juive, confie à J. Brandt, avec l’accord de Himmler lui-même, que le gouvernement nazi veut libérer un million de Juifs en échange de 10.000 camions, voire même de moins.Muni de cette proposition, Brandt va voir les anglo-américains persuadés que ceux-ci vont accepter. Comme le souligne la brochure du PCI (Programme Communiste) « Auschwitz ou le grand alibi » : « Non seulement les Juifs mais aussi les SS s’étaient laissés prendre à la propagande humanitaire des Alliés ! Les Alliés n’en voulaient pas de ce million de Juifs ! Pas pour 10.000 camions, pas pour 5.000, même pour rien ! »

Brandt se heurta à un refus complet et catégo­rique tant de la part du gouvernement de Churchill que de Roosevelt, et ce alors même que les nazis avaient proposé de libérer 100.000 Juifs sans contrepartie pour preuve de leur bonne foi, et ce million de juifs resta à crever dans les camps de la mort ! La plupart des camps furent, avant de se transfor­mer en camps de la mort, d’abord des camps de travail ; toute la publicité morbide faite autour des camps et des chambres à gaz, de 1945 à aujourd’hui, vise avant tout à blanchir et à faire oublier tous les crimes commis par le « camp démocratique », il ne s’agit en aucune façon d’une inexistence des génocides monstrueux, malheureusement bien réels, perpétrés dans ces camps. oui un vrai « génocide » si on peut dire, celui des allemands après 1945, en « temps de paix ».

A la fin de la guerre, les USA gardent l’essentiel des prisonniers juifs dans les mêmes camps que les Allemands, dans des conditions effroyables. Le général américain Patton déclara même à cette époque : « Les Juifs sont inférieurs aux animaux ».

Là encore, où est la différence entre la crapule nazie et la crapule galonnée démocratique ? La bourgeoisie du camp anti-fasciste s’est souciée comme d’une guigne pen­dant toute la guerre du sort des Juifs comme du sort de la population en général. Elle n’a ensuite utilisé le génocide juif que pour masquer et dissimuler ses propres crimes de guerre, pour masquer que c’est le capitalisme comme un tout qui est responsable de la boucherie de 1939-45 et de son cortège d’horreurs indicibles.

La «démocratie» face aux grèves ouvrières en Italie (1943) et à l’insurrection de Varsovie (août 1944)

La répression massive des populations kurde et chiite en Irak et la complicité totale dans ces massacres des «patries des Droits de l’Homme», peut se comparer jusqu’à un certain point avec l’attitude des Alliés durant la seconde guerre mondiale. Il ne s’agit pas ici de comparer des mouvements foncièrement bour­geois, dans lesquels les ouvriers ne jouent aucun rôle, si ce n’est celui de chair à canon, tel le mouvement nationaliste kurde, avec ce qui s’est passé en Italie où, en 1943, les ouvriers tendaient, du moins au début, à se tenir sur un terrain de classe. Mais une fois cette distinction fondamentale opérée, il s’agit de voir ce qu’il y a de commun dans l’attitude de la bourgeoisie démocratique entre hier et aujourd’hui. En Italie fin 1942 et surtout en 1943, des grèves écla­tent un peu partout dans les principaux centres industriels du Nord. Partout on revendique pour un meil­leur ravitaillement, de meilleurs salaires, et certains ouvriers appellent même à la constitution de conseils d’usine et de soviets, et ceci contre les staliniens du PCI de Togliatti.

Le mouvement est d’autant plus dangereux pour la bourgeoisie que les ouvriers italiens immigrés en Allemagne se mettent eux aussi en grève et rencontrent souvent l’appui de leurs frères de classe allemands. C’est notamment face aux grèves ouvrières que fut prise la décision de renverser Mussolini et de le faire remplacer par Badoglio. Les Alliés, qui avaient appelé le peuple italien à se révolter contre le fascisme, débarquent alors en Sicile et à l’automne 43 occupent totalement et solidement tout le Sud de l’Italie. Mais, inquiets de cette situation potentielle­ment révolutionnaire, ils stoppent vite, sur la demande de Churchill, leur avance et restent canton­nés dans le Sud.

Churchill, fort de son expérience de la vague révolutionnaire qui mit fin à la première guerre mondiale, craint comme la peste le renouvellement d’un semblable scénario. Il convainc alors les USA de « laisser l’Italie mijoter dans son jus », et ralentit alors sciemment la progression de l’armée alliée vers le Nord. Son but : laisser à l’armée alle­mande le soin de mater et briser la classe ouvrière, en occupant militairement tout le Nord de l’Italie et toutes ses grandes concentrations ouvrières.

Il laisse ainsi délibérément l’armée allemande fortifier ses positions et l’armée alliée mettra dix-huit mois à conquérir l’ensemble de la péninsule, dix-huit mois pendant lesquels les ouvriers seront brisés par la soldatesque allemande avec la complicité objective des staliniens qui appellent à l’Union Sacrée derrière Badoglio. La sale besogne accomplie par les Alle­mands, les armées alliées pourront alors se poser en « libérateurs de l’Italie » et imposer tranquillement leurs vues en imposant la « Démocratie-Chrétienne » au pouvoir.

En Grèce, pays laissé à l’Angleterre dans le grand partage entre requins impérialistes, Churchill va aussi exercer ses talents de «champion de la liberté et de la démocratie». Des grèves et manifestations ouvrières éclatèrent fin 1944, grèves rapidement encadrées et dévoyées par les staliniens qui dominaient, via l’ELAS, toute la résistance grecque. L’ELAS va entraîner la population athénienne à affronter prati­quement à mains nues les tanks britanniques occu­pant alors la ville. Les tanks démocratiques de Sa Très Gracieuse Majesté rétablirent l’ordre dans le sang, au point qu’Athènes qui, jusqu’alors, vu sa qualité de ville historique, n’avait jamais été bombardée, fut bientôt une ville à moitié en ruine.

Churchill dira au général anglais commandant les troupes :

« Vous êtes responsable du maintien de l’ordre à Athènes, et devez détruire ou neutraliser toutes les bandes ELAS qui approcheront de la ville… L’ELAS essaiera bien entendu de pousser des femmes et des enfants en avant partout où la fusillade pourra être ouverte. N’hésitez pas cependant à agir comme si vous vous trouviez dans une ville conquise où se serait déclenchée une révolte locale ». Résultat : pris entre l’enclume stalinienne et le mar­teau démocratique, des milliers d’ouvriers périront.

Ce qui se passe à Varsovie peut encore plus directe­ment être rapproché de la stratégie cynique employée par la bourgeoisie occidentale à la fin de la guerre du Golfe. L' »armée rouge » est aux portes de Varsovie, à 15 kilomètres de la ville le 30 juillet 44 ; éclate alors le soulèvement de la population de Varsovie contre l’occupation allemande. Depuis des mois, les Alliés et l’URSS n’avaient cessé d’exhorter cette population au soulèvement, promettant dans ce cas toute leur aide, et, à la veille du soulèvement, Radio Moscou appelait Varsovie à l’insurrection armée, en assurant du sou­tien de l »armée rouge ». Toute la population se révolte alors et, dans un premier temps, cette insurrection populaire, dans laquelle les ouvriers jouent un grand rôle, bien que le poids de l’encadrement natio­naliste soit très fort, réussit à libérer une bonne partie de la ville de l’occupation militaire allemande. La population se lance d’autant plus massivement dans cette aventure qu’elle est convaincue de recevoir rapi­dement de l’aide :

« L’aide alliée à notre soulèvement paraissait aller de soi. Nous combattions l’hitlérisme, par conséquent nous avions le droit de supposer que toutes les nations unies dans cette lutte nous fourni­raient un secours efficace… Nous espérions que les secours viendraient immédiatement ». Staline avait initialement prévu de rentrer dans Varsovie au tout début d’août : l’armée allemande était en déroute, et aucun obstacle militaire sérieux ne s’opposait plus à cette entrée. Mais devant l’insurrection et son ampleur, il change de plan et retarde délibérément l’avancée de l’armée russe qui va rester cantonnée aux portes de Varsovie pendant deux mois. Elle ne reprendra son avancée qu’une fois l’insurrection écrasée dans le sang par l’armée allemande, au bout de soixante-trois jours. Il déclare froidement que « cette insurrection était réac­tionnaire et qu’il se dissociait d’une aventure imprudente et terrible dont les instigateurs étaient des crimi­nels »

Pendant tout ce temps, dans la ville, les troupes allemandes regagnent position après position, il n’y a plus d’eau ni d’électricité, et les munitions, côté insurgés, se font de plus en plus rares. Les insurgés attendent toujours une aide de l’armée russe. Non seulement celle-ci ne vient pas, mais encore Staline les dénonce comme des «séditieux fascistes». La population attendait aussi de l’aide côté anglo-américain.

Cette aide, au-delà de bonnes paroles affirmant «l’enthousiasme et la solidarité envers l’insurrection» des gouvernements britannique et américain, ne prendra que la forme dérisoire de quelques maigres parachutages d’armes, totalement insuffisants pour permettre de s’opposer à l’avancée des troupes allemandes et ne servant, de fait, qu’à accroître encore le nombre des tués et des blessés et à prolonger les souffrances vaines de la population de la capitale polonaise.

En fait, Staline, devant l’ampleur de l’insurrection, décide, comme Churchill en Italie, « de laisser Varsovie mijoter dans son jus », dans le but évident d’avaler la Pologne sans rencontrer d’obstacle sérieux du côté de la population polonaise.

Soldats allemands combattant la résistance polonaise à Varsovie, septembre 1944

En cas de succès de l’insurrection de Varsovie, le nationalisme se serait trouvé considérablement renforcé et aurait pu dès lors mettre de sérieux bâtons dans les roues des visées de l’impérialisme russe. Il inaugurait en même temps le rôle de gendarme anti-prolétarien, face à une menace ouvrière potentielle à Varsovie, qui lui fut dévolu et qu’il remplit avec zèle à la fin de la seconde guerre mondiale pour tout l’est de l’Europe, Allemagne comprise. En laissant l’armée allemande écra­ser l’insurrection, il ne trouverait devant lui, ce qui fut le cas, qu’une population décimée et exsangue, donc peu capable de résister efficacement à l’occupation russe et ce sans avoir, de plus, à se salir lui-même les mains puisque les « hordes barbares nazies» faisaient le sale boulot à sa place.

Du côté anglo-américain, où l’on savait parfaitement ce qui se passait, on laisse faire, car Roosevelt avait tacitement laissé la Pologne à l’impérialisme russe. La population de Varsovie fut ainsi froidement sacri­fiée sur l’autel des grands marchandages entre requins impérialistes. Le bilan de ce piège mortel lancé aux habitants de Varsovie par Staline et ses complices démocrates fut particulièrement lourd : 50 000 tués, 350 000 déportés en Allemagne, un million de personnes condamnées à l’exode et une ville complète­ment en ruine

Vis-à-vis des événements de Varsovie, le cynisme de la bourgeoisie apparaît encore plus monstrueux si l’on se souvient que ce fut l’invasion de la Pologne qui décida l’Angleterre et la France à entrer en guerre pour sauver « la liberté et la démocratie en Pologne » lorsqu’on compare la situation d’août 1944 à Varso­vie avec la situation de l’après-guerre du Golfe cette année, et si on remplace les polonais par les kurdes, Hitler par S. Hussein et Staline par Bush, on retrouve le même cynisme impitoyable et les mêmes pièges sanglants où la bourgeoisie, pour ses sordides intérêts impérialistes, tout en ayant partout à la bouche les mots de liberté, démocratie et Droits de l’Homme, condamne froidement au massacre des dizaines, des centaines de milliers d’êtres humains.

La seconde boucherie mondiale constitua pour la bourgeoisie une formidable expérience, pour tuer et massacrer des millions de civils sans défense, mais aussi pour dissimuler, masquer, justifier ses propres crimes de guerre monstrueux, en « diabolisant » ceux de la coalition impérialiste antagoniste. Au sortir de la seconde guerre mondiale, les « grandes démocra­ties », mirent tous leurs efforts pour se donner un air respectable, apparaissent plus que jamais maculées des pieds à la tête par le sang de leurs innombrables victimes.

« Démocratie » et massacres coloniaux

« Le capitalisme est né dans le sang et dans la boue », comme le disait Marx, et les crimes et génocides qu’il a accomplis tout au long de la colonisation illustrent de façon saisissante ce monstrueux accouchement.

« Transformation de l’Afrique en une sorte de garenne commerciale pour la chasse aux peaux noires », « os des tisserands indiens blanchissant les plaines de l’Inde » (Marx), résultat de la colonisation britannique du continent indien, etc. La liste exhaustive de tous ces génocides serait, elle aussi, beaucoup trop longue pour le cadre de cet article. Par ailleurs, avec les ter­ribles souffrances qu’il infligeait à l’humanité, le sys­tème capitaliste était pendant toute sa phase ascen­dante encore progressiste, car, en permettant le développement des forces productives, il développait en même temps, et la classe révolutionnaire, le prolé­tariat, et les conditions matérielles nécessaires à l’avènement du communisme.

Plus rien de tel à « l’ère des guerres et des révolutions » marquant l’entrée en décadence d’un système devenu purement réaction­naire. Désormais, les massacres coloniaux n’étaient plus que le terrible prix du sang dû à la survie d’un moloch menaçant maintenant jusqu’à la survie de l’espèce humaine. Dans ce cadre, les multiples crimes et massacres coloniaux commis par les «patries des Droits de l’Homme» que sont les vieilles démocraties bourgeoises n’apparaissent plus que pour ce qu’ils sont : de purs actes de barbarie Au sortir de la seconde boucherie mondiale, les vain­queurs et notamment ces trois vieilles démocraties que sont les USA, la Grande-Bretagne et la France, promettaient au monde entier l’avènement partout de la liberté et de la démocratie, car « n’était-ce pas pour elles qu’elles avaient consenti tant de sacrifices ? »

Voyons, puisque l’on a beaucoup parlé auparavant du rôle joué par les Anglais et les Américains, comment s’est comportée le troisième larron de cet inestimable trio du florilège démocratique, « la patrie par excellence des Droits de l’Homme» : la France.

En 1945, le jour même de la capitulation de l’Allemagne, le gouvernement très démocratique de De Gaulle, comprenant alors des ministres « communistes », ordonne à l’aviation française, dont le ministre était le stalinien Tillon, de bombarder Sétif et Constantine, où des mouvements nationalistes osaient remettre en cause la domination coloniale de la gracieuse démocratie française. Les victimes et blessés se comptèrent par milliers et certains quartiers populaires furent réduits en cendres.

En 1947, le ministre de la France d’Outre-Mer, le très « démocrate et socialiste » Marius Moutet, organise la terrible ré­pression du mouvement indépendantiste malgache, en utilisant là encore l’aviation, relayée ensuite par les tanks et l’artillerie. De nombreux villages seront rasés, l’on expérimente là, pour la première fois, la sinistre tactique de jeter des prisonniers du haut des avions pour qu’ils s’écrasent sur des villages : il y aura au total 80 000 morts ! A peu près à la même époque, le même M.Moutet ordonne le bombardement de Haïphong en Indo­chine, sans déclaration de guerre préalable.

Durant la guerre d’Indochine, l’armée française se fait les dents, en systématisant la torture : gégène, baignoire, tout l’arsenal y est. Elle établira une règle des plus démocratiques en ordonnant que pour un soldat français tué, huit villages soient brûles ! Un témoin raconte qu’en Indochine « l’armée française se comportait comme les boches le faisaient chez nous », et il ajoute que « comme à Buchenwald où l’on trouva une tête humaine coupée dans le bureau du commandant du camp, l’on trouvait le même semblable objet, servant de presse-papier, dans nombre de bureaux d’officiers français ».

Décidément, encore une fois, la solda­tesque galonnée démocratique n’a rien à envier à la soldatesque galonnée nazie ou stalinienne ! Et les « Viets » et leurs atrocités, dont la presse de l’époque faisait sa « Une » (rappelons au passage qu’en 1945 Ho Chi Minh aide les « impérialistes étrangers » à écraser la commune ouvrière de Saigon, voir notre brochure Nation ou Classe), ou plus tard le FLN en Algérie, étaient à bonne école et appliquaient les leçons four­nies par la très démocratique armée française. Lors du début de l’insurrection et rébellion nationa­liste algérienne, les « socialistes » étaient au pouvoir en France et le gouvernement comprenait alors Guy Mollet, Mendes-France et le jeune F. Mitterrand, alors ministre de l’intérieur. Le sang de tous ces « authentiques démocrates » ne fît qu’un tour et les pleins pouvoirs furent confiés à l’armée en 1957 pour rétablir « l’ordre républicain ».

Très vite les grands moyens furent employés, en représailles d’un attentat contre des colons ou l’armée, on rasa des villages et des douars entiers, l’aviation mitrailla systématique­ment des caravanes. Deux millions d’Algériens, soit près du quart de la population totale, furent chassés de leur village et zones de résidence, pour être parqués à la totale merci de l’armée dans des « camps de regroupements » où, selon un rapport de M. Rocard, alors inspecteur des finances: « Les conditions sont déplorables et au moins un enfant meurt par jour ».

Très vite le général Massu et son complice Éigeard, devenu ensuite ministre de Gis­card, se découvrent des talents de tortionnaires. La torture devient partout systématique et à Alger un mot devient vite célèbre, celui de « disparu ». Une bonne partie de ceux qui sont livrés à la soldatesque ne réapparaîtra plus jamais.Comme le souligne une note de l’inspecteur général Guilhaume adressée à Mitter­rand courant 1957 :

« Les coups, la baignoire, le tuyau d’eau, l’électricité sont partout employés ». «A Boulemane, comme dans beaucoup de petites villes des Aurès, la salle de torture fonctionnait jour et nuit… et il n’était pas rare qu’au mess des officiers on boive le Champagne dans des crânes de fellagas (combattants du FLN) ». En 1957 le secrétaire général de la préfec­ture d’Alger, P. Teitgen, dit à propos des tortures à l’avocat P. Vergés : « (…) Tout cela Je le sais hélas et vous comprendrez bien que l’ancien déporté que je suis ne peut le supporter (et il va d’ailleurs démissionner). On se conduit parfois comme les Allemands se condui­saient », et il ajoute qu’il connaît toutes les villas d’Alger où l’on torture…

Cette déclaration d’un haut fonctionnaire est particu­lièrement intéressante car elle met en lumière, une fois de plus, l’incroyable duplicité de ceux qui nous gouvernent, et particulièrement des sociaux-démo­crates. Ainsi G. Mollet déclare le 14 avril 1957 à la fédération socialiste de la Marne :

« Sans doute des actes de violence extrêmement rares ont été à déplorer. Mais ils ont été, je l’affirme, consécutifs aux combats et atrocités des terroristes. Quant aux actes de torture prémédités et réfléchis, je dis que si cela était ce serait intolérable.

On a comparé à ce sujet le comportement de l’armée française à celui de la Gestapo. Cette com­paraison est scandaleuse. Hitler donnait des directives qui préconisaient ces méthodes, tandis que Lacoste et moi avons toujours donné des ordres dans un sens absolument contraire ».

Ceux-ci prétendent tout igno­rer, alors qu’ils sont parfaitement au courant de la situation, et que ce sont eux qui donnent les ordres. Comme dans toute bande de gangsters, il y a toujours ceux qui commanditent le crime, et ceux qui l’exécutent. On focalise toujours l’attention sur les « flingueurs », qui sont dans ce cas Massu et Bigeard, pour blanchir les véritables responsables, en l’occurrence la canaille social-démocrate qui est au pouvoir. La bourgeoisie française, « socialistes » en tête, a par la suite toujours présenté les massacres et atrocités commises en Algérie (par exemple, de 1957 à l’arrivée de De Gaulle au pouvoir en 1958, 15 000 enfants algériens disparaissaient chaque mois) comme étant l’oeuvre de militaires sanguinaires, outrepassant les ordres, mais celui qui a donné ces ordres est sans conteste le gouvernement « socialiste ». Encore une fois, qui est le plus criminel : celui qui exécute le crime ou celui qui l’ordonne La bourgeoisie, dans sa version démocratique, s’est toujours acharnée à présenter ses crimes, dès que ceux-ci sont trop évidents pour qu’on ne puisse plus les cacher, comme une bavure, un accident, ou comme l’oeuvre de militaires outrepassant la mission qui leur était dévolue. On l’a vu en France à propos de l’Algérie, on l’a vu aux USA à propos du Viêt-Nam. Tout ceci n’est que sinistre tartufferie dont le seul but est de préserver le grand mensonge démocratique.

Pour perpétuer sa domination sur la classe ouvrière, il est vital pour la bourgeoisie de maintenir en vie la mystification démocratique, et elle s’est servie et continue de se servir de la faillite définitive du stali­nisme pour renforcer cette fiction. Contre ce men­songe d’une prétendue différence de nature entre « démocratie et totalitarisme », toute l’histoire de la décadence du capitalisme nous montre que la démo­cratie s’est tout autant largement vautrée dans le sang que le totalitarisme, et que ses victimes se comptent par millions.

Le prolétariat doit aussi se rappeler que jamais la bourgeoisie « démocratique » n’a hésité, pour défendre ses intérêts de classe ou ses sordides intérêts impérialistes, à soutenir et encenser les plus féroces dictateurs. Souvenons-nous du temps où les Bleu, les Churchill, etc., appelaient Staline «Monsieur Sta­line» et où celui-ci était nommé «l’homme de la Libé­ration» ! Plus près de nous, rappelons-nous du sou­tien apporté à S. Hussein ou encore à Ceaucescu, féli­cité par De Gaulle et décoré par Giscard.

La classe ouvrière doit faire sien le fait que la démo­cratie, hier, aujourd’hui, et plus encore demain, n’a jamais été et ne sera jamais autre chose que le masque hypocrite avec lequel la bourgeoisie recouvre le visage hideux de sa dictature de classe, pour mieux l’enchaîner et la réduire à merci.

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