Le tueur d’Orlando Omar Mateen était à l’emploi de G4S, la plus grande société de sécurité privée au monde

Publié le par Bernard Gasnot

Omar Mateen, le tueur en série d’Orlando, était à l’emploi de G4S, un des plus gros employeurs du secteur privé au monde dans le domaine de la sécurité. G4S compte quelque 625 000 employés répartis sur cinq continents dans plus de 120 pays. Cette entreprise de sécurité privée dessert des gouvernements et des grandes sociétés. Parmi ses clients les plus connus, mentionnons le gouvernement de la Grande‑Bretagne, des États‑Unis, d’Israël, de l’Australie et de bien d’autres pays. G4S propose toute une gamme de services dans les domaines des services correctionnels, des services de police et de la sécurité d’installations importantes. Dans le secteur privé, elle a travaillé avec des grandes sociétés bien connues comme Chrysler, Amtrak, Apple, et la Bank of America.

Le 12 juin, G4S a publié un communiqué dans le quotidien britannique The Independent :

« Nous sommes bouleversés et attristés par le tragique événement survenu dans un club de nuit à Orlando. Nous confirmons qu’Omar Mateen était à l’emploi de G4S depuis le 10 septembre 2007. Nous coopérons pleinement avec toutes les autorités policières, dont le FBI, qui poursuivent leur enquête. Nos pensées et nos prières accompagnent tous les amis, membres de la famille et personnes affectées par cette tragédie effroyable. »

Mateen était à l’emploi de cette société depuis 2007. G4S fournit du personnel de sécurité au département de la Sécurité intérieure et au Service des douanes et de la protection des frontières aux postes‑frontières entre les USA et le Mexique, en plus d’aider au transport des immigrants sans papier hors des zones urbaines.

Des massacres comme celui d’Orlando favorisent directement les sociétés de sécurité privées comme G4S en ravivant les craintes et les demandes favorables à des services de sécurité accrus. On estime à plus de 200 milliards de dollars la somme versée aux sociétés de sécurité privées à l’échelle mondiale, une somme qui devrait continuer de croître année après année. L’industrie emploie actuellement quelque 15 millions de personnes partout dans le monde.

G4S offre des services de gardiens de sécurité, de gestion des alarmes, de gestion et de transport d’argent et d’objets de valeur, de gestion pénitentiaire et de surveillance électronique des délinquants dans 120 pays du monde. C’est le deuxième employeur privé en importance dans le monde. Ses revenus annuels en 2014 s’élevaient à 10,5 milliards de dollars. G4S est de plus en plus présent dans des « environnements complexes » et accepte du travail pour lequel les armées nationales n’ont pas été formées, comme le déminage et la sécurité militaire dans les zones de guerre active.

Au Nigeria, Chevron a fait appel à G4S pour des opérations anti‑insurrectionnelles nécessitant le déploiement rapide de groupes armés formés de mercenaires, aussi bien sur le terrain qu’à bord de bateaux équipés de mitrailleuses dans les eaux du delta. G4S effectue des opérations similaires au Soudan du Sud. G4S fournit aussi du matériel de surveillance aux postes de contrôle et aux prisons en Israël.

G4S a été accablé de problèmes au cours des dix dernières années, plus particulièrement à la suite du contrat bâclé conclu lors des Jeux olympiques de Londres en 2012. C’est que G4S n’était pas parvenu à fournir les 10 000 employés dûment formés promis en vertu du contrat. G4S ne disposait que d’environ 2 000 personnes dûment formées, plus un nombre beaucoup plus important n’ayant suivi que quelques semaines de formation. Résultat : l’armée britannique a été appelée à déployer quelque 13 000 militaires pour assurer la sécurité aux côtés des employés de G4S.

En juin 2014, G4S a été accusé d’avoir violemment expulsé des manifestants de ses propres bureaux à Londres, ce que la société nie, et ce, quelques mois après que G4S a été sommé de payer 100 000 $ pour avoir retenu illégalement des jeunes dans un centre de formation sécurisé. En 2011, un double amputé qui n’avait pas correctement été attaché dans une des ambulances de G4S est mort lorsque son fauteuil roulant mal fixé a basculé vers l’arrière pendant qu’il était transporté à l’hôpital. On a établi que le personnel de G4S n’avait pas suivi une formation suffisante pour déplacer des patients en toute sécurité de leur domicile à l’hôpital. Aussi loin qu’en 2004, un garçon de 15 ans est mort après que trois employés de G4S l’eurent immobilisé au centre de formation sécurisé de Rainsbrook. Les trois agents impliqués n’ont fait l’objet d’aucune accusation.

G4S est une entreprise de sécurité transnationale qui assure directement des services aux grandes sociétés internationales et à la classe capitaliste transnationale. G4S protège leurs capitaux et leurs biens partout dans le monde et a recours de plus en plus souvent à ce qui ressemble à des milices privées au besoin. Cette société publique valant plusieurs milliards de dollars attire de grands investisseurs du cœur financier de la classe capitaliste transnationale comme Blackrock, UBS, Vanguard, Barclays, State Street, Allianz, J.P. Morgan Chase, Crédit Suisse et FMR. Même l’État de Californie et l’État de New Yok ont investi dans G4S. Neuf des treize sociétés de gestion de placements et banques les mieux connectées ont une participation financière directe dans G4S. Omnicom, qui est la plus grande firme de relations publiques et de propagande au monde, s’occupe des médias pour le compte de G4S et est sans aucun doute en ce moment en mode de gestion de crise afin de protéger G4S et d’atténuer ses liens avec Omar Mateen.

G4S constitue un élément de l’impérialisme néolibéral en voie de procéder à la substitution et à la privatisation de la police de l’État. G4S compte dans ses rangs 625 000 employés qui comprennent sans aucun doute des gens qui ont des sentiments extrêmement racistes, homophobes et xénophobes comme Omar Mateen. Ces individus sont des bombes à retardement ambulantes qui peuvent individuellement ou collectivement provoquer une déstabilisation et le chaos partout dans le monde. Ce chaos et la peur qui en découlera seront évoqués pour justifier davantage le recours aux services des sociétés de sécurité privées et même la loi martiale, ce qui permettra à G4S d’engranger encore plus de profits.

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