La sécu un mythe qui s’effrite 

Publié le par Bernard Gasnot

Ne vivons-nous pas autour d’un mythe ? Que savons-nous réellement de nos cotisations à la sécurité sociale et aux mutuelles?.

Le principe de la sécu c’est de prendre de l’argent à ceux qui travaillent et le restituer à tous, sans exception. La sécurité sociale est sociale. Elle prend pareil, en pourcentage, à tous les cotisants. Elle rogne sur ses frais de fonctionnement. Certes, elle transfère certains frais sur les médecins via la télétransmission qui lui coûte bien moins cher que des salariés. Mais la dimension sociale reste, car au passage, elle ne fait aucun bénéf ni sur le dos des médecins ni sur celui des patients. Elle ne garde et ne place rien. Elle redistribue tout l’argent dont elle dispose. La transparence est de règle. Les utilisateurs savent exactement sur quelle base et de quel montant ils seront remboursés pour tel acte.

Donc la sécu, c’est un truc clair, net, sans magouille.. génial, quoi. Sauf qu’à être si intègre, à ne prendre de l’argent que chez ceux qui en ont pour le redistribuer à tout le monde, eh bien, au bout du compte, le compte n’y est pas. Des sous, il n’y en a pas suffisamment Pour compléter les remboursements des frais de santé, on s’adresse alors aux mutuelles. Le principe des mutuelles n’a rien de comparable à celui de la sécu. Il s’agit d’un système commercial, dont le substratum, en simplifiant, reste de de prendre de l’argent au plus grand monde, et d’en restituer le moins possible au plus petit nombre. La mutuelle est inégalitaire. Les pauvres sont moins ponctionnés, mais jamais dispensés et s’ils payent moins, en contrepartie la mutuelle leur restituera beaucoup moins. Elle sélectionne par l’âge : Plus on est vieux, plus c’est onéreux. Enfin, elle n’est pas sociale. Le travailleur cotise, mais ses enfants aussi, les retraités et les malades aussi.

Sur la question des pauvres et des malades, la sécu est vraiment sociale. Ils l’alimentent peu ou pas, et pour autant, elle les prend en charge en totalité. La mutuelle, aime bien les pauvres aussi, mais pas pour les mêmes raisons. Car, comme disait si bien Coluche : « il vaut mieux prendre l’argent dans la poche des pauvres. Certes ils ont moins d’argent, mais il y a plus de pauvres ». En plus, comme l’a montré un intéressant article de sciences sociales récemment, plus le cerveau d’une personne est embolisé par des soucis d’argent, moins cette personne garde de place pour le raisonnement. Les rôles respectifs de la sécurité sociale et des mutuelles sont un mythe dont la plupart se contentent, alors qu’il vaudrait mieux poser le problème plutôt que de temporiser. En effet, on dirait bien que les récents avenants de la convention médicale instaurent insensiblement l’entrée des mutuelles et de leurs lois du marché dans les instances sociales.

L’illustration est cette récente pression de la sécu sur les praticiens pour limiter les dépassements d’honoraires. Si on y réfléchit bien, la sécu ne rembourse absolument rien sur les dépassements d’honoraires, on ne voit pas trop pour quelle raison elle se sent aussi concernée à minimiser les remboursements des mutuelles ? Etonnant, non ? Si elle se plie de bonne grâce à contrôler les dépassements des médecins, la sécu, c’est qu’elle a une bonne raison. Les mutuelles viennent de lui faire une première injection de loi du marché. 150 millions d’euros versés par les mutuelles dans les comptes souffreteux de la sécu. Donnant donnant. La sécu, en contrepartie de cet apport financier s’emploie à minimiser les frais de remboursement des mutuelles en faisant pression sur le corps médical et en limitant les montants des dépassements. Ingénieux, non ?

Allons-nous continuer longtemps à vivre sans prendre conscience que le mythe de la sécu s’effrite ? Après cette première injection 2013 de loi de marché dans les comptes de la sécurité sociale, lors des injections suivantes, les réactions peuvent être plus intenses. Et une fois que la pression sur les médecins aura atteint son apogée, ce sera au tour des usagers d’en faire les frais.

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