2 Katyn, l'un des pires massacres de Staline

Publié le par Bernard Gasnot

A : Les États-Unis étaient informés du massacre des Polonais à Katyn

B: des archives apportent la preuve que les Etats-Unis ont protégé l’URSS

C'est pire qu'un massacre, c'est un abattoir, tant les gestes sont calculés, méthodiques, froids, précis, et surtout répétés en une procédure implacable, des dizaines et des dizaines de fois. Sans un tremblement, sans l'ombre d'une hésitation, sans une pause. Un homme à la fois, d'abord un noeud coulant passé autour du cou, puis les mains garrottées derrière le dos, trois pas à peine, le temps d'ébaucher une prière, il est saisi aux épaules par deux aides, une seule balle dans la tête tirée par un troisième. Le corps est déjà poussé sur un plan incliné et la flaque de son sang lavée d'un coup de seau.Bas du formulaire

Les États-Unis ont su très tôt que le massacre de 22 000 officiers polonais et prisonniers de guerre dans la forêt de Katyn en 1940 avait probablement été ordonné par Staline et non les nazis, mais ils ont privilégié leur alliance stratégique avec l’Union soviétique, selon des documents rendus publics lundi.

En mai 1943, des soldats allemands emmènent de force un groupe de prisonniers britanniques et américains dans la forêt de Katyn, dans le sud de la Russie, tombée sous le contrôle des Allemands. Ils leur montrent un charnier dans lequel reposent des milliers de cadavres partiellement momifiés, portant des uniformes d’officiers polonais.

Malgré leur crainte d’être manipulés par les Allemands, les Américains — le capitaine Donald Stewart et le lieutenant-colonel John Van Vliet Jr. — doivent se rendre à l’évidence : l’état de décomposition avancée des corps, les lettres en polonais, numéros d’identification, articles de journaux et autres indices datent tous du printemps 1940 au plus tard ; qui plus est, le bon état des bottes et des vêtements montrent que les hommes n’ont pas survécu longtemps à leur capture. Ils ont donc été tués au début de la guerre, quand les Soviétiques contrôlaient encore le secteur. Les deux militaires en informent Washington par messages cryptés.

Ces informations disparaissent mystérieusement, alors que certains universitaires estiment qu’elles auraient pu changer le sort de la Pologne, sous l’emprise de l’URSS jusqu’à la chute du régime communiste en 1989.

Les documents publiés lundi et que l’agence Associated Press a pu consulter avant, étaient l’hypothèse selon laquelle les plus hauts responsables du gouvernement américain de Franklin Delano Roosevelt ont dissimulé la responsabilité des Soviétiques dans le massacre pour préserver l’alliance qui permettrait de vaincre l’Allemagne nazie et le Japon, puis pour éviter d’alimenter les tensions de la Guerre froide après la Deuxième Guerre mondiale.

Les historiens ignoraient l’existence des messages codés des deux prisonniers de guerre, qui rendent d’autant plus difficiles à croire les déclarations des États-Unis selon lesquelles ils ne pouvaient être certains de la culpabilité de l’Union soviétique jusqu’à ce que le réformateur Mikhaïl Gorbatchev la reconnaisse lui-même en 1990. Les documents montrent en outre que le capitaine Stewart a reçu l’ordre en 1950 de ne jamais parler du message secret concernant Katyn.

Il a été finalement établi que la police secrète de Staline, le NKVD, avait tué par balles dans la nuque 22 000 officiers polonais et autres prisonniers de guerre en avril et mai 1940, principalement dans la forêt de Katyn, afin d’éliminer une potentielle résistance de l’élite militaire et intellectuelle polonaise. Pendant des décennies, la propagande soviétique a attribué la responsabilité de ces exécutions aux nazis.

Une commission spéciale du Congrès américain a bien enquêté sur le massacre de Katyn, déclarant dans son rapport final en 1952 que la culpabilité des Soviétiques ne faisait aucun doute et que le gouvernement Roosevelt avait dissimulé l’information à l’opinion publique, par nécessité militaire. Elle appelait Washington à ouvrir des poursuites contre l’URSS auprès de la justice internationale. Malgré cela, la Maison-Blanche a gardé le silence sur Katyn pendant des décennies.

Un autre document prouve que Roosevelt était informé de la culpabilité des Soviétiques en 1943 : le premier ministre britannique Winston Churchill lui a adressé un rapport détaillé en ce sens, rédigé par l’ambassadeur britannique auprès du gouvernement polonais en exil à Londres, Owen O’Malley. Ce dernier ne conclut qu’un « bon nombre de preuves contraires jette un doute sérieux sur le rejet russe de la responsabilité du massacre ».

La reconnaissance de la culpabilité de l’URSS par Moscou a ouvert la voie à l’amélioration des relations entre la Russie et la Pologne.

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Archives nationales américaines

Les archives nationales américaines ont, depuis le 10 septembre, mis à disposition du grand public de nouveaux documents secrets relatifs au massacre de Katyn en 1940, où 22 000 Polonais ont été abattus. Y figurent des preuves irréfutables que les Etats-Unis savaient depuis 1943 que l’URSS était responsable de cette barbarie, non pas le Reich.

En 1943, des nazis conduisent un groupe de soldats captifs dans la forêt de Katyn, au sud de la Russie. La zone est alors sous contrôle allemand. Les prisonniers y découvrent des milliers de corps entassés dans des fosses. Les documents, lettres et autres journaux intimes retrouvés sur les cadavres en état avancé de décomposition, sont datés, au plus tard, de 1940. Pour les témoins de cette atroce découverte, force est de constater que les exécutions ne sont pas récentes, voire vieilles de plusieurs années, à l’époque où la zone était encore sous contrôle de l’URSS. Deux Américains, le capitaine Donald Stewart et le lieutenant-colonel John Van Vliet, décident d’informer Washington que les responsables de cette tuerie ne sont pas les nazis. Mais de hauts responsables de l’administration du président Roosevelt font disparaître le message codé. Hors de question de mettre en cause l’Union soviétique, alors puissant alliée des Etats-Unis contre l’Allemagne et le Japon.

Durant les quelques années qui suivirent la fin de la guerre, le gouvernement américain mena une large enquête dont le rapport final, publié en 1952, en pleine guerre froide, conclut à la culpabilité des Soviétiques. Mais à aucun moment le rapport ne mentionne le message codé, envoyé par Stewart et Van Vliet… Celui-ci constitue une des preuves écrites les plus évidentes que Washington « avait pleinement conscience de la vraie nature du stalinisme », et ce depuis longtemps, souligne Allen Paul, chercheur expert sur le massacre de Katyn.

Parmi les 1 000 pages de documents secrets publiées lundi par les archives américaines figure donc ce message codé donc la publication aurait peut-être pu changer le cours de l’histoire. « Le déni des Occidentaux au sujet de Katyn a été un coup fatal pour les Polonais qui n’a fait qu’empirer leur sort », estime Allen Paul.

D’autres preuves cruciales sont désormais consultables dans les archives américaines, notamment le rapport envoyé par un ambassadeur britannique à son premier ministre, Winston Churchill. « Nous disposons à présent d’un bon nombre de preuves négatives permettant d’émettre de sérieux doutes quant au déni de responsabilité des Russes dans l’affaire du massacre de Katyn », peut-on lire.

Côté russe, il aura fallu attendre 1990 pour que Mikhaïl Gorbatchev reconnaisse les faits et adresse des excuses publiques à la Pologne. Mais pendant 50 ans, les familles des victimes de Katyn ont enduré discriminations et frustration.

Depuis, Moscou publie également des informations secrètes au compte-gouttes. En 2010, l’ordre d’exécution des 22 000 victimes polonaises signé de la main de Staline a notamment été rendu public. Tout un symbole. Mais certains documents, dont ceux relatifs à une nouvelle enquête menée en Russie dans les années 1990, sont encore inaccessibles, au grand dam des activistes des droits de l’homme qui demandent une totale transparence.

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