TURQUIE : UNE GUERRE DE PROPAGANDE

Publié le par Bernard Gasnot

TURQUIE : UNE GUERRE DE PROPAGANDE
TURQUIE : UNE GUERRE DE PROPAGANDE
TURQUIE : UNE GUERRE DE PROPAGANDE
TURQUIE : UNE GUERRE DE PROPAGANDE

Erdogan a une presse quasi entièrement conquise et à sa botte. Et il s’en sert, pour faire publier des images, photos et vidéos.

On connaissait les comptes tweeters appartenant à des militaires membres des forces spéciales, comme ceux qui furent à l’origine de la vidéo sur la « torture » du corps d’Haci Birlik tué et traîné derrière un blindé à Şırnak en 2015, ou de la publication d’images de corps de femmes combattantes dénudées et suppliciées comme celui de Kevser Eltürk tuée à Varto.

Ces méthodes ne sont pas directement appréciées par le pouvoir AKP, qui a toujours davantage fait relayer par ses médias de soi-disant « enquêtes internes qui seraient faites », plutôt que les images elle mêmes. Les ultras nationalistes, les auteurs de grafitis sexistes ou génocidaires, miliciens ou militaires, mènent aussi « leur » guerre de propagande, qui n’est pas toujours politiquement compatible avec l’AKP et sa clientèle bigote.

Là, pourtant, on assiste à une propagation d’images et de vidéos publiées dans les torchons pro régime, visant deux objectifs : humilier l’adversaire, décrédibiliser les combattants, dans cette société ultra machiste, et renforcer l’idée que l’armée turque sauve femmes et enfants de la « violence » de ces derniers.

Rien de bien nouveau là non plus, depuis des mois, les mêmes torchons font la même besogne, les uns après les autres. Mais là, le caractère massif et coordonné paraît plus évident.

Dans ces publications en copier collés de ces deux derniers jours, il y a comme la main d’une offensive concertée, alors qu’un sommet Europe Turquie parle gros sous, et soutien à la Turquie, en fermant les yeux sur les massacres et les exactions de ses forces armées, membres de l’Otan. Les témoignages des massacres de Cizre qui brisent le mur de silence international, même de façon ténue, peuvent expliquer aussi cette contre propagande soudaine. On ne connaît pas encore le Goebbels qui est derrière…

Des images de prisonniers nus, tenus en respect par des militaires, dans un décor de ruines, prises par les forces armées elles-mêmes, s’étalent dans les pages, et sont reprises ensuite sur les réseaux sociaux.

La Préfecture de Diyarbakir explique que ces « pratiques » sont des procédures visant à empêcher la fuite, ou à déceler d’éventuelles bombes humaines, ou cache d’armes blanches… L’armée israélienne a les mêmes pratiques dans les territoires palestiniens, on le sait.

Ce qu’on sait aussi, c’est que la nudité est aussi un mode d’humiliation, et qu’elle s’accompagne bien souvent d’injures, d’agressions et de quolibets sexistes de la part des militaires. Ce qu’on sait aussi, c’est que cette pratique, appliquée aux femmes, a conduit aux supplices et tortures dont des photos ont révélé l’existence.

De cela, dans les journaux « alliés » d’Erdogan, il n’en est pas question.
On va même jusqu’à titrer « le PKK s’est rendu nu ! », glosant sur ces « PKK devenus inoffensifs ». La même presse diffuse l’idée des « succès » de l’offensive armée, et contrairement à son habitude, ne parle pas là de « terroristes attrapés morts », mais de « membres d’organisation terroristes prisonniers ».

L’armée ne tue donc pas, contrairement à ce qu’affirme la « propagande terroriste », elle arrête, nettoie, débarrasse la population civile de la « violence » et du « séparatisme », voilà le message.

Et s’il fallait le prouver, l’armée fait des vidéos de « sauvetages » dans les sous-sols…

On y sauve des femmes et des enfants, on y fait des mises en scène avec du chocolat, comme des « libérateurs américains »…

C’est la Commission européenne qui va être contente !…

Sur cette vidéo militaire, on pourrait superposer d’autres images, qui elles n’existent pas (ou peut-être ont-elles été filmées qui sait, selon les procédures…), de militaires intervenant avec des grenades au phosphore, ou d’autres moyens chimiques de brûler celles et ceux qui périrent ainsi dans les caves de Cizre… Des images pour en effacer d’autres, pourtant présentes, dans les ruines de Cizîr, dans le quotidien depuis, et dans toutes les têtes de ses habitants.

Nous publions donc ces images à notre tour. Non pas pour entrer dans cette spirale de propagande, mais pour la dénoncer justement, chercher à trouver une explication derrière cette profusion d’images dans la presse turque, autre que la simple humiliation médiatique du PKK, ennemi juré d’Erdogan dont il ne prononce jamais le nom.

Et puisque ces images ont été authentifiées par les autorités administratives et militaires, bien qu’elles nient les avoir fait publier elles-mêmes, arguant une nouvelle fois d’une « nécessaire enquête pour trouver les sources », rappelons que la diffusion d’images humiliantes de prisonniers de guerre est un article de la Convention de Genève, qui permet ouverture d’enquête, contre les forces militaires qui la pratiquent.

Voici des photos publiées sur les réseaux sociaux et dans les médias hier et aujourd’hui :

Lors des premières parutions, certains internautes prétendaient que les photos n’étaient pas prises en Turquie, d’autres condamnaient le traitement de l’armée.

La préfecture de Diyarbakir, qui a d’abord annoncé « aujourd’hui 14 personnes dont 2 femmes et un enfant se sont rendus«, déclarait dans un premier temps n’avoir pas d’informations sur ces photos.

L’après-midi, la Préfecture de Diyarbakir a pourtant fait une deuxième déclaration :
« Le déshabillage des personnes qui se rendent, est une procédure de précaution, afin d’éviter des situations négatives, telles que bombe humaine, piège explosif, action suicide etc. Par ailleurs il a été constaté que les les photos appartenant à [il veut dire « de »] certains individus ont été prises sans autorisation [de qui ? la leur ?] et ont été partagées [sous-entendu sur les réseaux sociaux]. Sur ce sujet, notre Préfecture a mis immédiatement en place une commission et une enquête a été entamée. »

Bien sûr, de Hollande à Tsipras, Merkel et consort en passant par l’Autriche et la Hongrie, personne n’a rien vu, rien entendu.

Chuuut, on négocie le prix du migrant !

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