Michel Bakounine

Publié le par Bernard Gasnot

Comme vous le savez, les anarchistes ne sont pas idolâtres. Ils et elles n'ont ni dieu, ni maître, vivent sans entraves l'amour libre loin des prisons matrimoniales et se refusent catégoriquement à appeler leurs enfants, filles ou garçons, Buenaventura, Emma, Louise, Rosa ou Pierre-Joseph. Quand ils ou elles s'entichent d'un animal, ils ou elles l'appellent Le Chat, Le Chien et non Goldman, Durrutti ou encore Kropotkine ! Ceci étant dit, célébrons sans chichi, le 185ème (ou 186ème ?) anniversaire de la naissance de Mikhaïl Alexandrovitch Bakounine, né au fin fonds de la tsariste Russie, à Premoukhino, le 30 mai 1814.

Ses parents font partie de la petite noblesse russe, plutôt ouverte d'esprit et libérale dans ces temps où c'était fort rare. À 14 ans, comme beaucoup de jeunes nobles, Michel Bakounine est envoyé à l'école d'artillerie de Saint-Pétersbourg pour y apprendre le métier des armes. Mais le lascar n'a guère de goût pour l'uniforme et la discipline. Au bout de quelques années, le voilà qui prend le chemin de l'Université de Moscou pour s'y goinfrer de philosophie, et notamment celle de l'Allemand Hegel. À 26 ans, il fait ses valises et se rend à Berlin dont l'Université est fort réputée. Lentement, il commence à faire son éducation politique, fréquente les milieux démocrates et anti-tsaristes. Du coup, sentant que la police politique s'intéresse d'un peu trop près à son cas, il quitte l'Allemagne pour la Suisse, la Belgique puis, la France. C'est là qu'il fait la connaissance de Marx, Engels et Proudhon, des milieux exilés allemands et polonais. À la demande de ces derniers, il se fait même orateur et déclame déjà suffisamment fort pour que l'État français sous la pression tsariste ne l'exile outre-quiévrain. Nous sommes en 1848. À Paris, la révolte gronde. Bakounine quitte sans attendre Bruxelles. On le voit sur les barricades, participer à un journal intitulé La Réforme dans lequel il déclare que la révolution périra si la royauté ne disparaît pas complètement de la surface de l'Europe. Dans la foulée, il se rend à Prague pour participer au congrès des slaves autrichiens, congrès qui d'ailleurs se termine en émeute, puis à Dresde où, la encore, la colère est dans la rue. Arrêté, fait prisonnier il est condamné en 1850 à la peine de mort. Finalement, la Saxe décide de se débarrasser de l'encombrant en le livrant aux terribles geôles tsaristes. Nous sommes en mai 1851. Enfermé dans la forteresse Pierre-et-Paul de Saint-Pétersbourg puis déporté au fin fond de la Sibérie, il restera prisonnier du Tsar 10 ans. En 1861, il parvient à s'échapper de la terrible Sibérie par le Japon, puis les États-Unis.

De retour en Europe, il reprend contact avec tous ceux qu'il a connus en 1848. Installé en Italie, le Bakounine presque quinquagénaire a radicalisé son discours. Il est devenu anti-autoritaire. Le voilà qui fonde une société secrète, La Fraternité internationale. Ses premiers textes anarchistes naissent à cette époque : il y a le Catéchisme révolutionnaire, puis Fédéralisme, socialisme, antithéologisme.Dans la foulée, il crée l'Alliance internationale de la démocratie socialiste pour laquelle il obtient, en 1868, l'adhésion à l'Association Internationale des Travailleurs, dont le leader charismatique et redoutable a pour nom Karl Marx.

Au sein de cette Première Internationale, Bakounine et Marx vont s'affronter très durement. Querelle de personnalités trop fortes ? En partie, sûrement. Mais beaucoup de choses opposent les deux hommes. Pour Bakounine, Marx est un autoritaire de la tête au pied. Voici ce qu'il écrit à propos de Marx : Marx a toujours été sincèrement, entièrement dévoué à la cause de l'émancipation du prolétariat, cause à laquelle il a rendu d'incontestables services, qu'il n'a jamais trahie sciemment, mais qu'il compromet immensément aujourd'hui par sa vanité formidable, par son caractère haineux, malveillant et par sa tendance à la dictature au sein même du parti des révolutionnaires socialistes.

En 1871 éclate la Commune de Paris. Tandis que Marx dédaigne l'action des communards, considérant que seul le mouvement ouvrier allemand est réellement mûr pour faire la révolution, Bakounine se jette dans le combat à Paris et à Lyon où un éphémère Commun voit le jour avant d'être sauvagement réprimée. De nouveau, il est contraint à prendre la fuite et trouve refuge dans le Jura suisse auprès de son ami James Guillaume. Là-bas au sein de la communauté des horlogers libertaires, il reprend le combat au sein de l'AIT. Son discours anti-étatique et anti-parlementaires fait des émules en Italie, en Espagne, en Belgique. Cela déplaît inévitablement à Marx et Engels. Dès l'année suivante, à la Haye, le congrès de l'AIT met une dernière fois aux prises anarchistes et marxistes. Les seconds l'emportent ; les anarchistes sont exclus, l'AIT déménage sous la pression de Marx aux États-Unis où elle va s'éteindre inévitablement.

Bakounine, vieilli, usé par tant de luttes et d'années de cachot, désabusé, se retire lentement de la vie politique. Le 1er juillet 1876, il s'éteint à Berne, en Suisse. Un jour, c'est sûr, j'irai m'y recueillir, mais sans idolâtrie aucune... seul engels reconnu son parcours et ses discours au pied de sa tombe

Commenter cet article