LE REFUS DU CAPITALISME  DE LA LOGIQUE DU PROFIT DU SALARIAT ET DE LA MONNAIE

Publié le par Bernard Gasnot

Le capitalisme est un système économique basé sur le fait qu’une classe sociale, la bourgeoisie, est propriétaire des moyens de production, de distribution et d’échange. Cette appropriation privée des capacités productives de l’humanité s’est accentuée dès les débuts du XIXe siècle, d’abord en Europe, et n’a cessé de se développer jusqu’à être aujourd’hui étendue à l’ensemble de la planète. Une variante, le capitalisme d’État s’est imposé entre 1917 et 1990 dans ce que l’on a appelé à tort les “pays socialistes”. La bourgeoisie y était remplacée par la bureaucratie de l’État, seul et unique propriétaire.

Dans le capitalisme, les propriétaires des capitaux financiers, des entreprises, des outils techniques, des réseaux de commerce, etc., ont le contrôle absolu des processus de production, depuis la définition des besoins de consommation en passant par l’organisation du travail, la politique d’embauche, les lieux d’implantation des entreprises... Ceux qui, comme la majorité d’entre nous, ne possèdent que leurs bras, leurs savoir-faire ou leurs connaissances intellectuelles, sont contraints, pour vivre, de louer leurs services à des employeurs en échange d’un salaire (les libéraux parlent alors de “contrat ”, comme si le salarié était libre de négocier, à armes égales, avec le patron !).

N’en déplaise à ceux pour qui parler de lutte de classes fait “langue de bois”, il existe bien un prolétariat en confrontation permanente avec une bourgeoisie. C’est de ce rapport de force entre exploiteurs et exploités que dépend le niveau de vie des uns et le taux de profit des autres.

Les capitalistes ont développé quantité de “bonnes raisons ” pour justifier leur système. Ils prétendent que le profit est la rémunération correspondant aux risques financiers pris par les actionnaires. L’argument est trop facile et faux! Quand un patron investit dans une nouvelle production, le capital qu’il engage provient du détournement et de l’appropriation d’une partie du travail réalisé par les salariés d’une industrie. Le capitaliste “parie” avec les fruits du travail collectif qu’il a volé! Petits patrons comme grands barons de l’industrie soutiennent que sans perspective d’enrichissement personnel et sans compétition, la société ne pourrait plus fonctionner faute de “ressort” pour dynamiser les initiatives individuelles. L’exemple de la faillite des “pays socialistes” est très souvent mis en avant pour affirmer que le capitalisme est l’organisation qui garantit à chacun une chance de promotion sociale et de bien-être pour peu que l’on fasse les efforts nécessaires. Ce raisonnement est falsificateur, car “l’égalité des chances” (comme nous l’avons dit précédemment) n’est jamais assurée, puisque la transmission des titres de propriété comme des modèles culturels font que les richesses et le pouvoir se transmettent de génération en génération, dans les mêmes classes.

Quant à la fonction stimulante de l’enrichissement personnel, c’est un argument tronqué.

Pour nous, la coopération et l’entraide (sans lesquelles tout travail, y compris aujourd’hui, serait impossible) sont les seules conditions indispensables au progrès économique et social. La concurrence, au contraire, outre qu’elle conduit les individus à perdre leur vie pour la gagner, génère de formidables gaspillages. Au lieu de regrouper des énergies dans un but commun, elles les dispersent dans une guerre économique. Pour entretenir des débouchés, les bureaux d’études limitent volontairement la durée de vie des produits. De nouvelles gammes, simplement remodelées sortent des entreprises pour faire illusion. Des moyens énormes sont mis dans la publicité et le marketing pour conditionner les consommateurs...

L’efficacité et la rationalité du capitalisme restent pourtant des idées fortement ancrées dans les esprits, notamment en raison de la supposition suivante: l’économie de marché permettrait de satisfaire au mieux les besoins des individus. On va ainsi nous dire: “Si le capitaliste veut vendre, il doit trouver des acheteurs. Si les marchandises ne trouvent pas preneurs, il fera banqueroute a moins de trouver d’autres produits correspondant aux attentes des consommateurs”. La logique de marché pousserait donc les chefs d’entreprise à coller au plus près de la demande... Ce raisonnement est exact... sauf qu’il omet de dire que cette “demande” ne reflète pas les besoins sociaux des populations mais le pouvoir d’achat des différentes classes de consommateurs! Étant donné que toutes les productions sont assujetties à des objectifs de rentabilité, les besoins des populations non solvables sont ignorés: dans le capitalisme, celui qui n’a pas d’argent n’existe pas.

Cette évidence nous amène à la critique de la monnaie. Celle-ci n’est pas, comme le disent les économistes, un “simple et commode moyen d’échange ”. Pour répartir les richesses produites, les humains auraient pu trouver bien d’autres solutions ! Et puis on constate que le capitalisme sait de lui-même s’en passer lorsque cela s’avère opportun: il est par exemple fréquent que des pays négocient entre eux des accords de troc en raison des incertitudes qui planent sur le système monétaire international! Si la monnaie est partiellement un outil, c’est en tant que support fondamental de la réalisation du profit.

Sans elle, la possibilité d’accumuler des valeurs resterait extrêmement réduite; sans la thésaurisation (l’action d’amasser de l’argent), le capitalisme ne se serait pas développé ! Avec l’argent, le système de domination s’est aussi doté d’une puissante arme d’aliénation idéologique: dans la course aux gains, l’utilité et la valeur sociale des choses passent au second plan, ou sont tout bonnement oubliées. La monnaie, et ce n’est pas une de ses caractéristiques les moins importantes, permet de masquer la réalité des rapports d’exploitation. Quand un propriétaire extorque une plus-value au locataire, le rapport d’exploitation n’est pas immédiatement visible: le locataire est censé “payer le coût de construction et d’entretien ” du logement mais le montant du vol n’est affiché nulle part! L’exploitation, le vol par l’interface de la monnaie, est une méthode somme toute beaucoup plus habile que l’ancien esclavage, “direct” et brutal... L’argent crée un pouvoir qui échappe à tout contrôle. On le sait: quoi de plus anonyme qu’un billet de banque ? Quoi de plus “indéchiffrable’ que les multiples transactions sur les places financières internationales ? "

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