Travailler plus pour remplir les poches des actionnaires !

Publié le par Bernard Gasnot

Aujourd’hui, avec la destruction des protections sociales et la casse du code du travail, le leitmotiv fourni par le MEDEF et repris par des politiques est : « travailler plus nous sauvera de la crise », après l’échec du fameux : « travailler plus pour gagner plus ».

L’idée est juste, il faut savoir que le travail engendre le travail par le seul fait des compétences qui nécessitent des outils de mise en œuvre, qui eux aussi exigent de la compétence pour produire un bien ou un service, qui exigera le travail des autres, donc de nouveaux outils et de nouvelles compétences. J’arrête sinon je bloquerais mon ordinateur, tous avaient compris que depuis l’âge de pierre ce processus est en place.

Un processus qui se perpétue en trouvant de nouvelles activités pour occuper le temps des hommes et leur fournir une source de revenu. Mais la question que l’on peut se poser, c’est pourquoi faire travailler plus ceux qui ont déjà un travail et laisser le reste de la population au chômage ? N’est-il pas plus judicieux et équitable de travailler tous, quitte à ce que chacun travaille moins ? Quelles sont les perspectives pour la société de créer de l’insécurité sociale et de la précarité ? N’est-il pas aberrant de continuer de distribuer des milliards au Medef alors qu’il est incapable de créer des emplois et de diminuer sans cesse les dépenses publiques utiles à la majorité de la population ?

Nous avons également entendu, « c’est parce que les allemands travaillent plus qu’ils s’en sortent mieux que nous ». Foutaise, du slogan et de la manipulation. Une fois encore l’ignorance de la population permet toutes les audaces. Qu’en est-il réellement. Je vais prendre en référence quatre états européens pour lesquels je dispose de chiffres.

Angleterre

- Temps de travail hebdomadaire par convention : 37,2 H

- Durée hebdomadaire moyenne /base temps plein : 43,9 H

- Ensemble des emplois : 31,7 H

C’est d’autant plus intéressant que le MEDEF réclame la suppression de la durée légale du travail comme en Angleterre. La disparité est grande, 25% travaillent à temps partiel. Les femmes travaillent en moyenne 33h les hommes 39h, mais 6 millions travaillent 45h, 4 millions 45h et certains jusqu’à 60h

Pays-Bas

- Temps de travail hebdomadaire : 37 H

- Durée moyenne base temps plein : 40,8 H

- Ensemble des emplois : 29,2 H

Particularité les accords se négocient au sein de l’entreprise, mais les salariés sont organisés pour être assez forts pour une négociation équilibrée. Le MEDEF réclame aussi cela, appuyé par la CFDT qui rêve de cogérer le système avec le patronat. Sauf qu’en France les salariés ne sont pas forts ni organisés dans la majorité des entreprises, à l’exception des grandes.

Allemagne

- Temps de travail hebdomadaire par convention : 37 H

- Durée moyenne hebdomadaire base temps plein : 41,7 H

- Ensemble des emplois : 33,9 H

A savoir que Volkswagen, LE symbole de la réussite allemande a appliqué les 32 heures il y a plus de dix ans…

France

- Temps de travail hebdomadaire par convention : 35H

- Durée hebdomadaire moyenne base temps plein : 39,2 H

- Ensemble des emplois : 36,3 H

pas de commentaire, les chiffres invalident tous seuls toute la dialectique que l’on entend à ce sujet. Ce qu’il est important de comprendre, c’est qu’il faut d’abord partager le travail et ensuite que le fruit de la richesse produite appartienne à tous. C’est pourquoi il faut une distribution plus juste de cette richesse produite, car il est totalement injuste que les poches des actionnaires débordent pendant que certains salariés n’arrivent pas à joindre les deux bouts ! Il est totalement injuste que certains passent leur vie dans des palaces de luxe pendant que d’autres travaillent et dorment dans leur voiture… Il est urgent de partager les richesses !

Ensuite, poser sans cesse la question de savoir qui en Europe travaille plus que son voisin est de la pure démagogie, destinée à établir des pseudos classements qui servent à justifier toujours plus de réformes et de dérégulations, au seul profit du capital ! Tous ces pays ont une productivité équivalente… mais sans doute aucun n’a un patronat plus réactionnaire et « rapiat » que le nôtre et une classe politique aussi nostalgique de l’ancien régime que la nôtre !

Que d’aides financières et sociales déversées par milliards à la demande du Medef depuis quarante ans par nos dirigeants au nom de l’emploi… Et tout ça pour quoi ? Pour nous dire qu’un salarié ça coûte cher ? Et combien ça rapporte un salarié ? Parce que ça, on n’en entend jamais parler. En trente ans, le PIB du pays a doublé. Il est passé de 1000 milliards à 2000 milliards et tout ça avec 10% de chômage et 85% de précaires. Pas mal pour un pays que l’on dit en faillite. Pas mal pour un pays où l’on dit que les salariés ne travaillent pas assez. De qui se moque-t-on ?

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