LUTTE NO MUOS….

Publié le par Bernard Gasnot

Voilà ce qui pourrait arriver en France avec l’OTAN chez soi ….chassez ces ordures

Dans le sud-est de la Sicile, des hommes et des femmes courageux résistent depuis des années à leur condamnation à mort. L’ambassade américaine à Rome demandait au Ministère de la Défense italien l’autorisation de construire l’une des quatre installations mondiales du MUOS à Niscemi.

Derrière cet acronyme se cache le Mobile User Objective System, c’est-à-dire un système complexe qui permet les communications secrètes de la Marine des Etats-Unis.

De là, partent les ordres pour intervenir sur les divers théâtres de guerre américains. C’est encore à partir de Niscemi que sont guidés les missiles Cruise et les drones controversés Global Hawk. Depuis 2009, les habitants du coin se sont organisés dans un collectif qui résiste à cette machine de guerre américaine: ils s’appellent NO MUOS.

Dès lors, ils mènent une bataille non-violente pour demander le démantèlement du MUOS et la fermeture de la base militaire. Nous sommes allés les rencontrer quelques jours après que quelqu’un a détruit leur garnison près de la base militaire. Pour arriver à la base, il faut prendre une petite ruelle de campagne bordée de chênes lièges, peu après avoir quitté Niscemi. Soudainement, le barbelé prend la place de la sughereta. Nous sommes en compagnie de Giuliana, une jeune membre des NO MUOS, depuis ses origines. Comme nous sommes dans un parc naturel de grande beauté, nous nous promenons le long d’un sentier bordé par des clôtures. Les panneaux, sarcastiques, nous rappellent que recueillir une fleur serait un grave délit … toutefois les américains ont pu abattre tranquillement une colline pour réaliser un Eco MUOStre.

Moins d’une minute après la descente du bus, une voiture de la police nous rejoint. Ils ne nous demandent rien, mais ils nous suivent et nous filment. Nous continuons notre promenade en direction d’une colline depuis laquelle on peut mieux profiter de la vue offerte par les antennes. Giuliana nous explique le MUOS est localisé dans quatre bases militaires autour de la Terre : trois en plein désert (Hawaii, Virginia, Australie) et une dans les alentours de Niscemi, près de Ragusa. Dans chaque base, trois antennes paraboliques de 18 mètres de diamètre sont reliées à des satellites géostationnaires qui permettent les communications entre le Pentagone, les centres de décision de l’armée et les centres opérationnels.

Autoriser le MUOS a été la condamnation à mort pour les 30000 habitants de la zone. Autour de la base, le paysage est stupéfiant. Des vallées envahies d’oliviers et de chênes témoignent de la beauté de la nature jadis luxuriante. La station pour les télécommunications de Niscemi est opérationnelle depuis 1991 et occupe une surface de 1.660.000 mètres carrés dans une zone protégée. En effet, nous sommes dans un parc régional qui est aussi un SIC (site d’intérêt communautaire). Cela veut dire qu’on ne peut pas construire à l’intérieur du parc, sous aucun prétexte. Ce qui s’explique (s’expliquait) par l’exigence de protéger à tout prix les sugherete de Niscemi.

Quelques minutes après, arrive aussi une patrouille de l’US Navy. Impassibles, deux jeunes marines nous « accompagnent » en suivant nos mouvements de l’autre côté du barbelé. D’un côté, la police italienne suit et film un groupe constitué par 15 jeunes et trois personnes âgées, coupables de se promener sur une surface qui devrait constituer un parc naturel ; de l’autre côté, deux marines dans un pick-up Ford blanc nous rappellent que ce sont eux qui commandent ici.

D’ailleurs, dans l’accord signé à Rome le 6/4/2006 entre l’amiral N.G.. Priston et le général Mario Marioli, on définit sans ambiguïté que l’exploitation et la propriété de la base sont exclusivement américains. En poursuivant notre promenade, bien escortée, nous écoutons les histoires de cette résistance. Beaucoup de femmes se sont engagées dans la lutte contre cette machine de guerre construite sur leur terre. Même les mères de Niscemi et des alentours sont très actives, mais désormais épuisées après des années de luttes.

Le 8 août 2014, Elvira a grimpé sur les antennes. Avec elle, six autres personnes sont montées sur les antennes et ont installé des hamacs pour résister le plus longtemps possible. Cette protestation non-violente leur a permis d’interrompre pendant une journée les communications militaires des Etats-Unis. Pendant quelques heures, cette machine de guerre n’a pas fait de morts autour du monde. Selon certains, Elvira et les autres mériteraient une médaille d’honneur. Selon l’Etat, ils peuvent s’estimer contents avec une simple dénonciation pour « accès arbitraire dans une zone militaire ». Après une demi-heure de marche, nous arrivons finalement sur une colline qui domine les alentours. Les trois antennes paraboliques se découpent à l’horizon. Quelques lapins sautillent, ignorant le danger qui vient des antennes.

Le panorama est dominé par les énormes treillis des 46 antennes qui émettent des ondes UHF et VHF, entre 30 et 3000 MHz. Quelques membres du groupe commencent à avoir de la nausée et mal à la tête. Le coût total du projet MUOS s’élèverait officiellement à 3,26 milliards de dollars. En fait la GAO (la Cour des Comptes des Etats-Unis) a estimé que les citoyens américains devront payer 6,8 milliards de dollars pour continuer à faire la guerre dans le monde entier, grâce à ce système de communications à haute définition.

La direction executive du projet MUOS a été confiée à la Lockeed Martin, une société très controversée, phare dans le domaine de l’industrie de guerre des Etats-Unis appartenant à la femme de dick cheney. Entre outre, il s’agit de la même société qui produit les célèbres avions de chasse F 35. En Italie, les travaux ont été confiés en 2008 à la Gemmo spa Arcugnano de Vicenza et ils ont démarré le chantier le 1/6/2013. Après la demande d’autorisation pour réaliser le MUOS l’Etat-major de la Défense a donné son accord sans consulter le Parlement. Avant de commencer les travaux dans la zone protégée, les USA ont envoyé une demande d’autorisation à la Région Sicile. La Surintendance (la Direction régionale d’archéologie) et la direction régionale pour l’environnement ont donné l’autorisation. , une réunion technique organisée à Palerme a pris position en faveur de la réalisation du MUOS. Un an après, le 10/10/2013, le maire de Niscemi a annulé l’autorisation environnementale. 2013 est l’année de la prise de conscience et de la rébellion de la part de la population locale. Des groupes très nombreux commencent leur bataille. A partir de ce moment, l’ambassade américaine commence à faire pression sur le Ministère de la Défense et sur la Région Sicile pour qu’ils respectent les engagements pris. La Région a commissionné de nombreuses expertises pour estimer l’impact environnemental, mais aucune ne s’avère impartiale. Le la Région autorise la réalisation du MUOS. les travaux commencent officiellement. La Mairie de Niscemi essaye d’interrompre les travaux sans succès. Le 5/10/2014, le parquet de Caltagirone ordonne la suspension du chantier du MUOS pour des délits environnementaux. Mais le 28/10/2014, le Tribunal de Catania annule la suspension. Pendant les mois qui suivent, de nombreuses initiatives sont mises au point dans le but d’entraver les travaux. Le 29/03/2015, la Direction régionale pour l’environnement révoque les autorisations au MUOS.

Toutefois, les travaux continuent. Inexplicablement, le gouverneur Crocetta change d’avis et annule sa propre révocation. Le 9/8, les manifestants envahissent la base. Pour le NO MUOS, c’est une date historique. Pour la première fois, 4000 personnes désarmées entrent pacifiquement dans une base militaire US. Giuliana se souvient encore des tentatives de la police de freiner l’invasion, à l’aide des matraques, avant de céder face à la poussée trop forte des siciliens désireux de se réapproprier de leur terre. Finalement, le 13 février 2015, le TAR (Tribunal Administratif Régional) déclare illégal le chantier du MUOS et le 18 mars l’Etat décide de faire appel. Le 1 avril, le parquet de Caltagirone saisit de nouveau le MUOS pour de graves violations des normes sur l’environnement. Deux semaines après, l’Avocat général de l’Etat s’oppose à cette décision. Et maintenant, on attend que le CGA prenne la décision finale en juillet.

Les trois motivations principales qui ont amené la décision du TAR sont le dégât environnemental grave, la mise en danger de la santé des habitants de la zone, ainsi que le risque de fermeture des aéroports aux alentours. En effet, à 19 km, il y a l’aéroport de Comiso, à 52, la base militaire de Sigonella, et à 72, l’aéroport international de Fontanarossa. La simulation de l’AGI (Analytica Graphics INC) « Sicily Rhadaz » a démontré que l’intensité des ondes électromagnétiques serait tellement forte qu’elle pourrait troubler les instruments des avions jusqu’à activer la détonation des armes et des missiles. La décision du TAR s’est appuyée sur la relation du Professeur D’Amore de l’université de Rome. En effet, il s’agit de la seule expertise complète et objective. De nombreuses bases militaires s’étendent sur le territoire italien, dont au moins 15 sont hors du ressort de la juridiction italienne. Par conséquent, s’il arrivait quelque chose à l’intérieur de la base, ou à ses hommes, ils ne devraient pas répondre à la justice italienne. Beaucoup de ces bases se trouvent en Sicile, cette région stratégique au milieu de la Méditerranée où les intérêts américains augmentent sans cesse depuis le débarquement des Alliés en 1943. La fragilité d’un Etat qui n’existait plus et l’alliance controversée avec la mafia permirent aux Etats-Unis d’obtenir de nombreuses concessions territoriales pour réaliser des bases militaires.Un autre exemple est celui de Capo Teulada, en Sardaigne. La base militaire occupe une surface de 72 km² et est constamment le théâtre de manœuvres des armées des Etats-Unis et d’Israël. La quantité énorme de bombes qui n’ont pas explosé a lourdement pollué toute la région.

En ce moment, l’Italie est traversée par toute une série de chantiers critiqués. Trop souvent, la population locale n’a pas assez de poids pour s’opposer à ces grands projets dits stratégiques. C’est pourquoi, dernièrement, tous ces mouvements comme les NO MUOS, les NO TAV, les NO OMBRINA, les NO PONTE etc. ont décidé de créer un réseau, parce qu’il faut se regrouper pour pouvoir défendre sa propre terre de spéculations inutiles et catastrophiques. Le soleil va se coucher. Il faut rentrer. Au rythme de « Yankees go home », nous disons au revoir aux marines qui nous ont patiemment accompagné. Le 3 septembre 2015 les juges ont décidé que les Siciliens n’ont pas le droit de survivre chez eux. Ils ont renvoyé la décision finale à un comité qui sera constitué par trois ministres et deux scientifiques. Ce qui équivaut à une condamnation de Niscemi.

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