Le lien entre "violence terroriste" et essence de l’islam est une idée fausse et dangereuse.

Publié le par Bernard Gasnot

Depuis les attentats de 2015, sous couvert de lutte contre le terrorisme, diverses institutions françaises ont mis en place une islamophobie d’État. Les attaques de Bruxelles risquent de ne pas enrayer ce dispositif dangereux.
De Matignon à l’Académie française en passant par Sciences-Po, le nouveau sport à la mode consiste à soutenir l’existence d’un lien entre la "violence terroriste" et l’essence de l’islam. Daech serait le résultat d’un vice interne de l’islam – et non, par exemple, de l’invasion désastreuse de l’Irak par les États-Unis et leurs alliés en 2003.
Initiée depuis une décennie par quelques intellectuels médiatiques, renforcée récemment par une poignée d’intellectuels musulmans, l’idée s’est imposée : le djihadiste serait dans le musulman comme le papillon dans la chrysalide.
Cette idée naguère isolée s’est répandue au point de devenir officielle. Politiciens et intellectuels s’affairent à décomplexer l’islamophobie et à retoquer ceux qui invitent au respect des musulmans.
Vouloir défendre l’islam des accusations qui sont proférées à l’encontre d’un milliard et demi de musulmans, c’est aujourd’hui s’exposer en France à l’accusation d’"islamo-gauchisme", d’allégeances islamistes, c’est-à-dire djihadistes – bref, de trahison.

Ce nouvel antidreyfusisme, énième forme d’un racisme institutionnel au moins aussi ancien que l’entreprise coloniale, repose sur un pataquès d’idées reçues, qui forment un système clos, nourri d’ignorance, de peur et de haine. Cette pensée totalisante devenue doctrine d’État a vocation à masquer la violence exercée par notre pays et ses alliés au Moyen-Orient.
Il y a selon nous urgence à désamorcer cette bombe, à démonter ses rouages.
1. "On a le droit de critiquer l’islam !"

C'est ce qu'affirment les libéraux bien-pensants, avant de s’acharner, non sur une religion qu’ils ne connaissent pas, mais sur les musulmans.

Même lorsqu’ils admettent que l’islam, pas plus que le judaïsme ou le christianisme, n’est une religion de haine, ils affirment que les musulmans sont plus violents que les autres. Même lorsqu’ils confessent que l’islam n’est pas incompatible avec la démocratie, ils exigent des musulmans qu’ils soient rééduqués.

2. "L’islam fait régresser la condition des femmes"
Quelle société dénuée d’industrie pornographique et de violence faite aux femmes peut donner avec une telle bonne conscience des leçons de mœurs a un milliard et demi d’êtres humains ?

Aux États-Unis, une femme sur quatre est victime de violence conjugale durant sa vie, une femme sur cinq en Europe. Au cours des douze derniers mois, plus d’une Européenne sur deux a été victime de harcèlement sexuel. Au nom de quelle mission civilisatrice la cause féministe peut-elle être instrumentalisée, violentée, tournée en oripeau du racisme structurel ?

3. "L’islamophobie est une invention des islamistes : la dénoncer c’est s’incliner"
Cette thèse fantaisiste (puisque le terme d’islamophobie est une invention française de l’ère coloniale) est également dangereuse, parce qu’elle nous enferme dans une alternative : devenir soit islamophobe, soit islamiste (c’est-à-dire, pour qui ne s’embarrasse d’aucune nuance, djihadiste).
L’islamophobie est une politique d’État, qui se manifeste, depuis le début de l’état d’urgence, par le ciblage systématique de la communauté musulmane par la police. C’est cette politique, pas sa dénonciation, qui fait le lit du djihadisme.

4. "Mais enfin, le principal danger aujourd’hui, c’est le péril vert"

Ah oui ? Eh bien, comptons nos morts. Depuis 2001, la guerre euro-américaine contre le terrorisme a fait entre 1,3 et 2 millions de victimes en Afghanistan, au Pakistan et en Irak, dans leur immense majorité des civils musulmans (selon l’Association internationale des médecins pour la prévention de la guerre nucléaire, IPPNW, Prix Nobel de la Paix).

C’est au nom de la sécurité des Occidentaux et de la démocratisation des musulmans que ces massacres ont eu lieu.

CULTIVONS NOS JARDINS COMMUNS

La plus grande violence aujourd’hui ne vient pas "du monde d’Allah", mais bien de l’Occident. Elle n’émane pas du djihad, mais de nos guerres de civilisation. Alors, plutôt que de vouloir réformer l’islam, la culture européenne pourrait avoir l’élégance d’examiner ses failles.
Elle pourrait devenir plus respectueuse, plus pacifique, moins fermée à l’apport arabe et musulman. Nous pourrions revendiquer ces identités euro-musulmanes et arabo-françaises qui font la fierté de millions de nos compatriotes.
Il faut mettre un terme à l’état d’urgence, aux ventes d’armes massives, à l’aventurisme militaire. Cesser la "chasse aux sales musulmans" qui flatte le goût autoritaire des élites et déshonore notre époque. Nous retirer d’une énième guerre injuste et destructrice, combattre l’islamophobie et la militarisation des esprits.

Il nous faut, de toute urgence, cultiver ces jardins communs, euro-arabes et franco-méditerranéens, que notre pays recèle et qui sont l’une de ses plus grandes richesses.

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