MIGRANT EN ALLEMAGNE: UNE ARRIVÉE DE TRAVAILLEURS À BAS PRIX!?

Publié le par Bernard Gasnot

L’arrivé de ces migrant en Allemagne représente est-elle une opportunité pour les patrons du pays qui du coup vont pouvoir trouver de la main d’oeuvre moins chère qu’avec les nationaux? C’est ce qui semblerait suivant la déclaration de Laurence Nayman, économiste au CEPII, le centre de recherche français sur l’économie internationale qui explique cela sans trop d’ambages

. Au sujet de la hausse des salaires, voici ses propos: » Elle menacerait la compétitivité allemande s’il n’y avait pas cet afflux de gens qui fuient les guerres et les persécutions. Ces arrivées fournissent un bassin de main d’œuvre bon marché. Comme il s’agira de contrats individuels, les employeurs pourront payer ces travailleurs moins chers que les autres salariés «.

Voilà pour le principe s’il faut rappeler que la Belgique est un important fournisseur de l’Allemagne ce qui inverse un peu la perspective. Nous avons aussi intérêt à ce que l’économie allemande soit compétitive. Sans réduire les mérites d’Angela Merkel dans son appel à la générosité vis-à-vis des migrants, on peut affirmer que leur arrivée est une vraie aubaine pour l’économie de la république fédérale. Les voisins européens, notamment la France, ne peuvent pas en dire autant, au-delà de toute réflexion sur l’obligation d’accueil.

La hausse du coût du travail s'accélère en Allemagne. Au deuxième trimestre, elle a atteint 3,1 %, le pourcentage le plus élevé depuis plus de deux ans. Apparemment c'est une bonne nouvelle pour les pays voisins, mais il faut affiner l'analyse en tenant compte de l'arrivée massive des migrants.

Il faut tout d'abord comprendre exactement ce qui se passe chez nos voisins. Au début des années 2000, les lois Hartz ont profondément réformé le marché allemand du travail. Elles l'ont notamment dérégulé, durci les conditions de chômage et développé les emplois à bas salaires, les midis et mini jobs. Une cure d'austérité appliquée avec l'accord des syndicats qui a permis à l'Allemagne de restaurer sa compétitivité avant tout le monde. C'est ce que les voisins ont appelé la dévaluation compétitive.

Grèves et manifs

Ces mesures ont été très efficaces, c’est le moins qu’on puisse dire. La concurrence a senti passé le vent du boulet. Mais une telle austérité ne pouvait pas être durable. A un moment, les syndicats ont dit "ça suffit" comme l’explique Laurence Nayman, économiste au CEPII, le centre de recherche français sur l'économie internationale : " Depuis l’année dernière, l’Allemagne a eu des négociations salariales très serrées notamment dans le secteur des services. Le puissant syndicat allemand des services, Verdi, a organisé des manifestations et des grèves qui ont été de longue durée et assez violentes. Il a pu obtenir des augmentations de salaires assez conséquentes ce qui explique la hausse actuelles des coûts salariaux ". Il y a un double effet: le relèvement des rémunérations brutes et des coûts non salariaux, comme par exemple la sécurité sociale et l'assurance-maladie. Avec comme conséquence que les produits made in Germany sont aujourd'hui plus chers ce qui fait l'affaire des pays concurrents.

Pas chers les migrants !

Ces arrivées fournissent un bassin de main d’œuvre bon marché. Comme il s’agira de contrats individuels, les employeurs pourront payer ces travailleurs moins chers que les autres salariés ". Sans réduire les mérites d'Angela Merkel dans son appel à la générosité vis-à-vis des migrants, on peut affirmer que leur arrivée est une vraie aubaine pour l'économie de la république fédérale. Les voisins européens, notamment la France, ne peuvent pas en dire autant, au-delà de toute réflexion sur l’obligation d’accueil.

La messe est dite, mais c’est en Allemagne, rien à craindre pour les autres pays qui eux ont encore un minimum de respect pour les travailleurs, quoi que… En effet, en France Eric Woerth, délégué général au projet des Ripoublicains aussi chargé en casseroles que Sarkozy lui-même, a expliqué qu’il faudrait baisser le cout du SMIC en France puisque c’est toujours préférable au « non-travail », tout comme la connerie est préférable à la « non-intelligence » pourrions-nous dire. Baisser le SMIC n’est pas nouveau, puisqu’en 2012 il était déjà proposé de le baisser de 300 euros, la Goldman Sachs conseillait quant à elle 30% de baisse du SMIC.

Coïncidence, Pierre Gattaz du MEDEF a également proposé un « smic allégé » pour créer 1 million d’emplois qu’il irai chercher chez les migrants Il y en a des plus radicaux, par exemple 3 économistes (Philippe Aghion, Gilbert Cette, et Elie Cohen) ont rencontré François Hollande en 2014 pour lui expliquer que la meilleure issue serait la fin du SMIC, ben voyons…

La France ayant sagement obéi à Bruxelles en faisant passer discrètement les réformes demandées en 2013 avec la loi Macron qui au passage a fait encore plus, mise en place du TAFTA oblige, il ne reste qu’à s’attaquer à la réforme du code du travail pour bien flinguer l’emploi en France, et devinez quoi? On comprend tout de suite mieux ses propos au sujet des migrants: « L’arrivée de réfugiés est une opportunité économique«.

Bien sûr, mettre en parallèle la France et l’Allemagne peut paraître risqué. On peut également penser que ce qui se produit chez Angela ne se produira pas en France, d’ailleurs, un article du Nouvel Obs publié aujourd’hui confirme que « non, les migrants ne voleront pas les emplois des natifs« , Mais rappelons ce que cet article ne fait pas qu’en France, il y avait 230 000 travailleurs détachés en 2014 qui avaient un emploi justement par ce qu’ils coutent moins chers, leur coût étant si intéressant que même le PS fait appel à eux pour leur université d’été. Donc, paranoïa ou suspicion justifiée? Malheureusement, à l’heure actuelle, toute porte à croire que cette manne magnifique ne va ne pas rendre service à tout le monde…

Gattaz y veille………….

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