LES AMÉRICAINS À LA CONQUÊTE DE L’EUROPE

Publié le par Bernard Gasnot

La Science Application International Corporation (SAIC) est une société américaine bien particulière: 41.000 employés, un chiffre d’affaires de 5,5 milliards de dollars, 620 millions de dollars de bénéfices (en 1999). Elle est présente dans 150 villes du monde. Rien d’exceptionnel donc que de retrouver cette compagnie, si performante, en bonne place dans le classement de référence du magazine Forbes. La SAIC y figure à la 23e position, dans la rubrique des compagnies privées. Et, pourtant, malgré sa taille et malgré ses capitaux la SAIC est absente de la bourse. Il faut dire que SAIC est une énorme société privée qui adore la discrétion et qui déteste que des intrus puissent jeter un coup d’oeil sur ses multiples activités. Eh, oui, car le principal effort de la SAIC est d’être à la pointe de tout ce qui touche au renseignement. Il va de soi que cette société, fondée en 1969 à San Diego en Californie, a toujours affiché parmi ses administrateurs des anciens secrétaires à la Défense US, comme William Perry ou Melvin Laird, sans négliger de recruter des anciens directeurs de la CIA comme John Deutch ou Roberts Gates.

En Europe, la SAIC est bien implantée. Actuellement, on retrouve dans son organigramme des personnalités telles que Duane P. Andrews, autrefois numéro 2 du Pentagone, sa consœur Anita K. Jones, ancienne responsables de la division recherche et développement, toujours au Pentagone, Jasper Welch, jadis coordinateur du National Security Council, le général Wayne A. Downing, qui commandait les forces spéciales de l’US Army, sans oublier l’amiral Bobby Ray Inman, qui a le privilège de pouvoir écrire sur son curriculum: ancien directeur de la National Security Agency (NSA), ancien vice-directeur de la Central Intelligence Agency (CIA) et ancien vice-directeur de la Defense Intelligence Agency (DIA). Quant au président et fondateur de la SAIC, J.R. Beyster, c’est un important spécialiste de la physique nucléaire qui a fait carrière à Los Alamos… le laboratoire secret de « la Bombe ».

Le principal client de cette société est, tout naturellement, le gouvernement américain, 79% du chiffre d’affaires provient directement du Pentagone, et, sur son site Internet la SAIC peut se vanter d’être le dixième fournisseur du gouvernement US. Cette société, spécialisée dans les infrastructures de haute technologie, est en effet une des clefs de voûte du système de renseignement américain. On peut affirmer que là où transite l’information, on retrouve systématiquement la présence de la SAIC. Au FBI, lors de la création de la plus importante banque de données criminelles comportant 38 millions de suspects, dans la sécurisation du système informatique du département de la Défense US, dans la conception et l’installation des systèmes de transmission entre les états-majors… La SAIC fournit, la SAIC conseille…

Dans le vaste programme d’interception des communications mis en place par la NSA, plus connu sous le nom d' »Echelon » on identifie clairement la firme de San Diego à travers l’une de ses filiales, The IDEAS Operation… sans parler du vaste secteur de l’Internet, où la SAIC s’est taillé la part du lion. En 1995 elle a en effet racheté Network Solutions Inc (NSI), la société d’enregistrement de noms de domaines du monde entier qui délivre les adresses IP, véritables « cartes d’identité » des utilisateurs « on line ». En 1998, lors d’une concertation internationale, fut créée une nouvelle structure, l’Internet Corporation for Assignement of Names and Numbers (ICANN) mais, c’était sans compter sur le fait que les enregistrements de noms de domaines s’effectuent toujours sur les bases de données de (SAIC-) NSI…

Malgré que Network Solutions ait été rachetée le 9 juin 2000 par VeriSign Inc (leader mondial du commerce électronique), la SAIC contrôle toujours NSI en possédant 9% d’actions de VeriSign En Europe, la SAIC est bien implantée. Elle a une filiale en Autriche et une autre en Belgique. En Italie elle est installée directement dans les principales villes qui accueillent des bases américaines: Aviano, Vicenza, Naples. En Allemagne elle dispose de dix bureaux, en Islande elle a érigé son QG directement à l’US Naval Hospital, tout comme au Portugal où son siège est à la base aérienne de Terceira; en Espagne, c’est l’hôpital américain de Cadiz qui lui ouvre ses portes. En décembre 2000 elle a élargi ses intérêts à l’Est. Un bureau, avec un laboratoire annexe, a vu le jour au coeur de St-Petersbourg, en Russie – où la SAIC a le projet de fabriquer des systèmes de transmission militaires…

Le siège de la SAIC Europe se trouve à Londres. Sur les terres du Royaume Uni la société américaine dispose d’un véritable archipel de structures. Pas moins de 25 représentations, dont plusieurs ont trouvé « asile » chez le pétrolier BP. Et, la France? Il faut dire que, formellement, sur l’Hexagone, ce géant de la technologie de la communication made in Usa est bien discret…

La SAIC dispose d’un bureau au CNIT, 2 place de la Défense mais… elle est dépourvue de raison sociale. Aucune inscription (ni radiation) ne figure en effet au registre du commerce… Aucun numéro de téléphone n’est disponible sur l’annuaire. Pourtant, la société californienne est bel et bien présente dans les affaires hexagonales… Et pas dans les moindres! En 1995, elle s’introduit dans la société française Tecsi spécialisée dans les études, le conseil et la mise au point de logiciels dans les domaines de la communication mobile et satellite, les centraux téléphoniques, les systèmes de gestion de réseaux et les services d’information.

Tecsi, qui travaille aussi « dans le secteur de la défense » a comme plus grand client France Télécom. Le principal opérateur français détenait 30% des actions de cette société à la pointe de la technologie. La SAIC entra dans le capital en achetant 19% des parts, mais, parallèlement, elle donna naissance à une autre société, SAIC-Tecsi holding, contrôlée par le géant de San Diego à hauteur de 49%.Parmi les références de Tecsi on retrouve (voir le document): Dassault, Alcatel, La Poste, Ericsson, Météo France, SNCF, EDF ainsi que les banques BNP, CIC, Crédit Lyonnais, Société Générale…

En France, il existe une autre société qui intéresse au plus haut point les Américains. Il s’agit de Steria Parmi les clients de cette société d’ingénierie informatique, outre France Télécom on retrouve Matra, Aérospatiale, Airbus Industries, Cogema, EDF, les Chemins de Fer Suisses, Renault, PSA, Schneider, Cegetel, Bouygues Télécom, le ministère des Finances…

En juin de l’année dernière, la société Telcordia Technologies Inc, spécialiste des télécommunications, qui dispose d’un fichier de plus de 20 millions de numéros de téléphone portables, et qui est une filiale de la SAIC, signe un accord avec Steria. Dans le communiqué de presse diffusé par la société Steria, pour l’instant encore française, on peut lire « Telcordia et Steria ont annoncé la signature d’un accord pour le développement d’une solution centralisée destinée au marché français » concernant la « portabilité des numéros de téléphone »… C’est à dire la possibilité pour un abonné de pouvoir garder un numéro de téléphone unique même en transférant son abonnement d’un opérateur à un autre…

Un mois plus tard, le 4 août, la société Tecsi annonçait qu’elle était absorbée par Steria, dont elle était devenue filiale à 100%. Cette fusion a été, vraisemblablement, suggérée par les Américains qui pouvaient ainsi faire leur entrée dans le capital de la société Steria. En effet, ce « nouveau pôle » a été formalisé moyennant un échange d’actions. Les holdings Tecsi Associés et SAIC-Tecsi étant dissous, France Télécom a reçu des actions du Groupe Steria, holding qui détient 100% de la société Steria, à la place de ses actions Tecsi.

La Science Application International Corporation (SAIC) est une société américaine bien particulière: 41.000 employés, un chiffre d’affaires de 5,5 milliards de dollars, 620 millions de dollars de bénéfices (en 1999). Elle est présente dans 150 villes du monde. Rien d’exceptionnel donc que de retrouver cette compagnie, si performante, en bonne place dans le classement de référence du magazine Forbes. La SAIC y figure à la 23e position, dans la rubrique des compagnies privées. Et, pourtant, malgré sa taille et malgré ses capitaux la SAIC est absente de la bourse. Il faut dire que SAIC est une énorme société privée qui adore la discrétion et qui déteste que des intrus puissent jeter un coup d’oeil sur ses multiples activités. Eh, oui, car le principal effort de la SAIC est d’être à la pointe de tout ce qui touche au renseignement.

Il va de soi que cette société, fondée en 1969 à San Diego en Californie, a toujours affiché parmi ses administrateurs des anciens secrétaires à la Défense US, comme William Perry ou Melvin Laird, sans négliger de recruter des anciens directeurs de la CIA comme John Deutch ou Roberts Gates. Actuellement, on retrouve dans son organigramme (voir le document) des personnalités telles que Duane P. Andrews, autrefois numéro 2 du Pentagone, sa consoeur Anita K. Jones, ancienne responsables de la division recherche et développement, toujours au Pentagone, Jasper Welch, jadis coordinateur du National Security Council, le général Wayne A. Downing, qui commandait les forces spéciales de l’US Army, sans oublier l’amiral Bobby Ray Inman, qui a le privilège de pouvoir écrire sur son curriculum: ancien directeur de la National Security Agency (NSA), ancien vice-directeur de la Central Intelligence Agency (CIA) et ancien vice-directeur de la Defense Intelligence Agency (DIA). Quant au président et fondateur de la SAIC, J.R. Beyster, c’est un important spécialiste de la physique nucléaire qui a fait carrière à Los Alamos… le laboratoire secret de « la Bombe ».

Le principal client de cette société est, tout naturellement, le gouvernement américain, 79% du chiffre d’affaires provient directement du Pentagone, et, sur son site Internet la SAIC peut se vanter d’être le dixième fournisseur du gouvernement US. Cette société, spécialisée dans les infrastructures de haute technologie, est en effet une des clefs de voûte du système de renseignement américain. On peut affirmer que là où transite l’information, on retrouve systématiquement la présence de la SAIC. Au FBI, lors de la création de la plus importante banque de données criminelles comportant 38 millions de suspects, dans la sécurisation du système informatique du département de la Défense US, dans la conception et l’installation des systèmes de transmission entre les états-majors… La SAIC fournit, la SAIC conseille…

Dans le vaste programme d’interception des communications mis en place par la NSA, plus connu sous le nom d' »Echelon » on identifie clairement la firme de San Diego à travers l’une de ses filiales, The IDEAS Operation… sans parler du vaste secteur de l’Internet, où la SAIC s’est taillé la part du lion. En 1995 elle a en effet racheté Network Solutions Inc (NSI), la société d’enregistrement de noms de domaines du monde entier qui délivre les adresses IP, véritables « cartes d’identité » des utilisateurs « on line ». En 1998, lors d’une concertation internationale, fut créée une nouvelle structure, l’Internet Corporation for Assignement of Names and Numbers (ICANN) mais, c’était sans compter sur le fait que les enregistrements de noms de domaines s’effectuent toujours sur les bases de données de (SAIC-) NSI… Malgré que Network Solutions ait été rachetée le 9 juin 2000 par VeriSign Inc (leader mondial du commerce électronique), la SAIC contrôle toujours NSI en possédant 9% d’actions de VeriSign Une société privée au chiffre d’affaires de 5,5 milliards de dollars dirigée par des spécialistes du renseignement US.

.En Europe, la SAIC est bien implantée. Elle a une filiale en Autriche et une autre en Belgique. En Italie elle est installée directement dans les principales villes qui accueillent des bases américaines: Aviano, Vicenza, Naples. En Allemagne elle dispose de dix bureaux, en Islande elle a érigé son QG directement à l’US Naval Hospital, tout comme au Portugal où son siège est à la base aérienne de Terceira; en Espagne, c’est l’hôpital américain de Cadiz qui lui ouvre ses portes. En décembre 2000 elle a élargi ses intérêts à l’Est. Un bureau, avec un laboratoire annexe, a vu le jour au coeur de St-Petersbourg, en Russie – où la SAIC a le projet de fabriquer des systèmes de transmission militaires…

Le siège de la SAIC Europe se trouve à Londres. Sur les terres du Royaume Uni la société américaine dispose d’un véritable archipel de structures. Pas moins de 25 représentations, dont plusieurs ont trouvé « asile » chez le pétrolier BP. Et, la France? Il faut dire que, formellement, sur l’Hexagone, ce géant de la technologie de la communication made in Usa est bien discret…

La SAIC dispose d’un bureau au CNIT, 2 pl de la Défense (mais… elle est dépourvue de raison sociale. Aucune inscription ni radiation) ne figure en effet au registre du commerce… Aucun numéro de téléphone n’est disponible sur l’annuaire. Pourtant, la société californienne est bel et bien présente dans les affaires hexagonales… Et pas dans les moindres! En 1995, elle s’introduit dans la société française Tecsi spécialisée dans les études, le conseil et la mise au point de logiciels dans les domaines de la communication mobile et satellite, les centraux téléphoniques, les systèmes de gestion de réseaux et les services d’information. Tecsi, qui travaille aussi « dans le secteur de la défense » a comme plus grand client France Télécom. Le principal opérateur français détenait 30% des actions de cette société à la pointe de la technologie. La SAIC entra dans le capital en achetant 19% des parts, mais, parallèlement, elle donna naissance à une autre société, SAIC-Tecsi holding, contrôlée par le géant de San Diego à hauteur de 49%. Parmi les références de Tecsi on retrouve (voir le document): Dassault, Alcatel, La Poste, Ericsson, Météo France, SNCF, EDF ainsi que les banques BNP, CIC, Crédit Lyonnais, Société Générale…

En France, il existe une autre société qui intéresse au plus haut point les Américains. Il s’agit de Steria Parmi les clients de cette société d’ingénierie informatique, outre France Télécom on retrouve Matra, Aérospatiale, Airbus Industries, Cogema, EDF, les Chemins de Fer Suisses, Renault, PSA, Schneider, Cegetel, Bouygues Télécom, le ministère des Finances… En juin de l’année dernière, la société Telcordia Technologies Inc, spécialiste des télécommunications, qui dispose d’un fichier de plus de 20 millions de numéros de téléphone portables, et qui est une filiale de la SAIC, signe un accord avec Steria. Dans le communiqué de presse diffusé par la société Steria, pour l’instant encore française, on peut lire « Telcordia et Steria ont annoncé la signature d’un accord pour le développement d’une solution centralisée destinée au marché français » concernant la « portabilité des numéros de téléphone »… C’est à dire la possibilité pour un abonné de pouvoir garder un numéro de téléphone unique même en transférant son abonnement d’un opérateur à un autre…

Un mois plus tard, le 4 août, la société Tecsi annonçait qu’elle était absorbée par Steria, dont elle était devenue filiale à 100%. Cette fusion a été, vraisemblablement, suggérée par les Américains qui pouvaient ainsi faire leur entrée dans le capital de la société Steria. En effet, ce « nouveau pôle » a été formalisé moyennant un échange d’actions. Les holdings Tecsi Associés et SAIC-Tecsi étant dissous, France Télécom a reçu des actions du Groupe Steria, holding qui détient 100% de la société Steria, à la place de ses actions Tecsi.

C’est ainsi que le colosse américain a pu s’infiltrer, à hauteur de 2,14% au beau milieu du conseil d’administration d’une des sociétés à la pointe de la technologie française et européenne (voir le document). « Le fait que la SAIC soit un actionnaire minoritaire n’a aucune importance pour les ambitions stratégiques des USA. En pénétrant Steria ils s’intéressent uniquement d’une façon distraite aux performances économiques (qui ne sont toutefois pas négligeables). Leur principal intérêt est celui d’être arrivés au coeur de la recherche technologique française dans le domaine de l’échange et du contrôle de l’information » nous déclare un spécialiste des systèmes de communication. »

France Télécom permet ainsi à une société américaine de s’introduire dans nos systèmes d’information. La SAIC pourra accéder à toutes les données confidentielles de notre population, de nos industriels, de nos centres de recherche, mais, plus grave encore, de nos administrations gouvernementales et européennes… » Confirme un ancien de France Télécom qui s’est confié au journaliste indépendant Jean-Loup Izambert. »

De son côté France Télécom affirme vouloir développer avec cette société américaine des offres de sécurisation des données et des centres d’appel pour toucher les marchés du commerce électronique, des réseaux de la nouvelle génération et des applications électroniques pour les administrations » nous explique encore ce journaliste d’investigation, avant de souligner que le 1er novembre dernier, la secrétaire d’Etat américaine, Madeleine Albright, a rendu un vibrant hommage, à l’occasion du 15e congrès annuel de l’Overseas Security Advisory Council (OSAC), à ces businessmen si particuliers : « Travaillons à protéger les intérêts américains à l’étranger ». L’OSAC est une structure créée en 1985 par le Département d’Etat US pour favoriser « les échanges concernant les questions de sécurité entre le gouvernement de Washington et les entreprises américaines opérant à l’étranger ». Il en va de soi que parmi les invités à ce symposium, ô combien exclusif, les dirigeants de la SAIC étaient aux premiers rangs.

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