L’histoire cachée des FEMEN 3-3

Publié le par Bernard Gasnot

L’histoire cachée des FEMEN  3-3

Islamophobie et réseaux néoconservateurs.


Cette dernière partie est consacrée à l’internationalisation des FEMEN

Dès 2009, les FEMEN entendent devenir le premier mouvement féministe européen. Elles en sont loin. Néanmoins, elles ont réussi à faire parler d’elles au niveau mondial (à la Biennale de Venise par exemple). En France elles ont été reçues avec les honneurs (2012) et inspireront même le nouveau timbre Marianne (2013).

Leur libertarisme de façade associé à des positions géopolitiques (objectivement) atlantistes et islamophobes leur ont néanmoins permis de s’attirer de solides soutiens au sein d’une partie de nos élites, à défaut de faire l’unanimité dans le reste de la population. Signe de l’opportunisme de l’organisme, en s’implantant en France, il abandonnera ses positions les plus réactionnaires (restriction de l’immigration, rétablissement de la peine de mort), au profit d’un combat facile contre l’Islam et l’Eglise, ou encore en faveur du mariage gay. Une thématique qu’elles n’avaient jamais traitées dans leur pays d’origine, allant jusqu’à pactiser avec des ultraconservateurs, comme démontré dans une première partie.

Caroline (Fourest) ange-gardien

Au sein de la gauche française, FEMEN a su s’attirer des soutiens auprès des Verts, du Parti de Gauche mais aussi du PS. Il faut dire qu’en s’installant à Paris, elles ont fait de l’extrême-droite catholique un adversaire médiatique.

Pourtant, c’est sur fond d’islamophobie qu’elles ont en commun avec ces intégristes qu’elles susciteront leurs plus solides soutiens. En particulier dans la mouvance pro-américaine. Figure de ce courant, Caroline Fourest, véritable ange-gardien. Au carrefour des milieux associatifs, journalistiques et politiques, c’est un allié de poids. L’avocat des FEMEN ? c’est le même que celui de la journaliste (Patrick Klugman, figure du Parti Socialiste, membre de la revue La Règle du Jeu). Quand Inna Shevchenko obtenait en 2012 le statut de réfugié politique c’est notamment grâce à la journaliste et un de ses soutiens dans la mouvance diplomatique : Pascal Brice. Pour cet atlantiste en diable qui dirige l’organisme en charge du droit d’asile (OFPRA), celui (d’asile) offert en un temps record à l’Ukrainienne constitue "un grand de motif de fierté". C’est ce qu’il déclarait dans une émission de radio de…Caroline Fourest qui lui était consacré (France Inter, "Ils changent le monde").

Un an plus tôt, c’est un autre membre du "réseau Fourest", le très néoconservateur François Zimeray, ex-Ambassadeur des droits de l’homme, qui se montrait particulièrement bienveillant envers Shevchenko. Ce n’est pas tout, la parution d’un ouvrage d’entretien entre la militante et la journaliste est imminente. Il ne s’agit pas d’un coup d’essai. Dès 2012 France 2 diffusait un documentaire de Fourest à la gloire du mouvement. L’experte reconnue de l’extrême-droite française s’y montrait complaisante vis-à-vis de son alter ego ukrainienne…

Dans le documentaire, il est en effet question, avec empathie, d’une "réunion de l’opposition" contre les résultats d’une "élection législative jouée d’avance". On aperçoit alors distinctivement dans la foule les drapeaux bleu et jaune du parti d’extrême-droite Svoboda. Il s’avère qu’à la tribune ce jour là se trouvait aussi le leader de l’extrême-droite ukrainienne Oleh Tyahnybok, celui-là même qui dénonçait dans les années 2000 la "racaille juive"….

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Contre-champ : Oleh Tyahnybok à la tribune de la réunion de "l’opposition"

L’hebdomadaire Charlie Hebdo dont est issu Caroline Fourest est un des grands relais militants des FEMEN au sein de la gauche.

L’occasion de rappeler que Charlie Hebdo est depuis plus de dix ans un allié plus ou moins constant des intérêts néoconservateurs. De Philippe Val à Charb.

La revue La Règle du Jeu, dirigée par Bernard-Henri Lévy (administrateur de la maison Grasset et par là même éditeur de Caroline Fourest, il incarne, à l’instar de la journaliste, une "gauche" anti-totalitaire et pro-israélienne), a été à la pointe dans la défense du mouvement.

Enfin, l’association "FEMEN France" a elle-même a été fondée par une proche de Caroline Fourest, Safia Lebdi. Elle est issue de Ni Putes Ni Soumises, à qui l’on doit l’introduction dans le débat français de l’expression "fascisme vert". Elle finira par claquer la porte . Trop indépendante pour subir le diktat de la direction ukrainienne. D’autres militantes rejoignent le mouvement. Moins formées politiquement, aux idées parfois troubles.

"Nous ne sommes pas dans un Etat islamique"

Qu’on en juge ce texte, au sujet de violences sur fond de religion et de racisme à Trappes. Il est signé par "Andromak", la tatoueuse attitrée du groupe :

"C’est bien qu’ils brûlent leur ville, ça nous évite d’avoir à le faire. Nous ne sommes pas dans un état islamique […] Ces personnes n’aiment pas leur pays, ces personnes ne sont pas patriotes, ces personnes ne respectent pas la république. Ils usent de certaines de nos lois libertaires pour nous entrainer vers des conceptions liberticides qui demain leur permettrons de créer des lois répressive a l’égard de la république […]N’oublions pas que les extrêmes ne sont JAMAIS bénéfiques, et que même si un ras le bol générale laisse à penser pour certains que la solution serait de voter l’extrême aux prochaines élections, sachez que se ne serait prendre le même chemin que ceux que nous critiquons […]si chaque citoyen arrête de tourner la tête, de baiser les yeux au nom du syndrome colonial, nous avons une chance d’arriver à vivre ensemble…".

Quand Inna Shevchenko plagie un auteur ultra sioniste

Un dérapage logique. Le discours officiel lui-même se "décomplexe". Anna Hutsol utilisant l’expression "mentalité arabe" comme synonyme de "mentalité patriarcale". Sasha Shevchenko comparant le voile…à un camp de concentration. Et Inna Shevchenko donnant dans un néoconservatisme digne du bushisme triomphant. Face aux accusations d’islamophobie, elle écrit dans le Huffington Post :

"Nous sommes en guerre. Une guerre entre deux époques. Une guerre entre une mentalité rétrograde qui appartient au Moyen-Âge et une mentalité progressiste bien ancrée dans le 21ème siècle. Une guerre entre la liberté et l’oppression. Une guerre entre la démocratie et la dictature. Une guerre entre ceux qui traitent les femmes comme des chiens et celles qui crient ‘nous sommes des femmes, nous sommes des êtres humains !’. Une guerre entre ceux qui croient aux superstitions et ceux qui ont l’esprit clair.’

Une rhétorique calquée sur celle de Wafa Sultan, enfant chérie de l’extrême-droite pro-israélienne, depuis un fameux "dérapage" relayé par MEMRI :

"Le conflit auquel nous assistons n’est pas un conflit de religions ou de civilisations. C’est un conflit entre deux opposés, entre deux époques. C’est un conflit entre une mentalité qui appartient au Moyen-Âge et une autre qui appartient au 21ème siècle. C’est un conflit qui oppose la civilisation au retard, ce qui est civilisé à ce qui est primitif, la barbarie à la raison. C’est un conflit entre la liberté et l’oppression, entre la démocratie et la dictature. C’est un conflit entre les droits de l’Homme d’une part, la violation de ces droits de l’autre. C’est un conflit qui oppose ceux qui traitent les femmes comme des animaux à ceux qui les traitent comme des êtres humains.[…] Ce sont les musulmans qui ont déclenché le conflit des civilisations."

A l’époque, le premier média français à avoir relayer la "VF" des propos de Sultan n’est autre que le site de la revue de…Caroline Fourest. Le plagiat d’Inna Shevchenko a quant à lui été publié par Huffington Post, plateforme qu’elle partage avec une certaine …Fourest Caroline.

Au sujet d’Israël, justement, la position des FEMEN ? Une forme de complaisance paradoxale. Les FEMEN ont fait de l’ouverture d’une branche à Tel-Aviv, qu’elles qualifient de "capitale démocratique européenne", un "rêve". Il s’agirait pour elles d’une sorte de plateforme avancée pour atteindre le monde arabe. Pas de quoi calmer les accusations de "deux poids deux mesures".

Relents colonialistes

Il y a les dérapages verbaux mais aussi les actes. FEMEN a multiplié les mises en scène ridiculisant les croyants musulmans. Il y eut la très médiatisée "Topless jihad day", organisée en solidarité avec la FEMEN tunisienne Amina Sboui. Et une protestation aux JO de Londres, contre l’autorisation faite à des équipes de l’OIC de concourir voilées. La vidéo de cette dernière opération, que nous avons retrouvée dans le "deep web", fut peu relayée, on comprendra pourquoi.

D’aucuns répondront que FEMEN s’attaque également à des symboles chrétiens. Certes. Mais quand par exemple elles attaquent le Vatican, c’est pour le dénoncer comme un "caillot" au sein de la "civilisation du progrès". A savoir l’Occident. Autre preuve de la hiérarchisation des cultures et des religions à laquelle elles se livrent, leur volonté affichée de "pousser le monde civilisé à boycotter les pays qui pratiquent des traditions islamiques barbares" (cf. FEMEN). Une rhétorique empreinte de colonialisme.

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Enfin, il faut noter qu’à la rentrée 2013, le double langage (qui consistait par exemple à proclamer "mort à la sharia" en russerien qu’en russe) craquait définitivement, l’islam en tant que tel étant désigné comme adversaire : "L’islam n’est pas source de vertu. L’islam est source de violence et d’oppression" (statut Facebook).

FEMEN de demain ?

A l’été 2013, Anna Hutsol et Viktor Sviatski demandaient l’asile politique à la Suisse. La rentrée du groupe fut marquée par trois axes de lutte : la dénonciation de l’islam en tant que telle, de la prostitution et enfin, comme sortie de nulle part…une défense de l’immigration (sur fond d’anti-frontisme). Il n’est pas sûr que celle-ci en demandait autant. FEMEN a d’ailleurs été catalyseur de nouveaux groupuscules d’extrême-droite tels Hommen et Antigone.

Le manque de transparence du mouvement couplé à l’autoritarisme de ses dirigeants est un véritable frein à son expansion. Les branches Brésil et Belgique ont ainsi été dissoutes. Les membres historiques de FEMEN France ont quitté le mouvement.

Leurs positions islamophobes et occidentalistes leur ont assuré des soutiens. Mais celles-ci semblent aller à l’encontre des nouveaux rapports de force internationaux et d’un certain changement d’ambiance, avec par exemple une certaine banalisation des Frères Musulmans. En outre, l’année passée aura été marquée par un début de reconnaissance du phénomène islamophobe en tant que tel. Et c’est ainsi que Caroline Fourest et ses amies FEMEN ont eu plusieurs affrontements avec le groupe queer et antifa "Pink Bloc". A tel point que la journaliste (et non l’ensemble des FEMEN, comme indiqué dans un premier temps) dû quitter précipitamment une manifestation de soutien au mariage pour tous sous la pression de militants "paumés" (

Un article paru en Belgique l’été dernier soulève la question d’une dérive sectaire. A titre d’exemple : la journaliste Ann-Sofie Dekeyser, infiltrée dans le mouvement, souligne la pression qu’elle a ressentie pour se faire tatouer le corps, et la peur. Il s’agissait de se faire inscrire le mot liberté en ukrainien…soit "Svoboda" (nom courant du parti d’extrême-droite).

Enfin, un repliement sur l’Ukraine semble exclu. Le tronçonnage d’une croix en août 2012 y a achevé leur isolement.

En France, leurs provocations contre l’Eglise, à la veille d’élections municipales dont on sait combien elles sont empreintes d’électoralisme, a fragilisé leur position au sein du PS ; mais dans le même temps redonné du grain à moudre à leurs meilleurs ennemis : l’extrême-droite catholique. La susceptibilité de cette mouvance (une manifestation anti-FEMEN est prévue) constitue peut-être un de leurs derniers espoirs pour ne pas retomber dans un certain oubli. La victimisation est en effet un des ressorts essentiels de leur développement.

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