L histoire cachée des FEMEN  2/3 a suivre ....

Publié le par Bernard Gasnot

L histoire cachée des FEMEN  2/3  a suivre ....

Cette deuxième partie est consacrée à la naissance et au développement de FEMEN. Leurs alliances, leurs soutiens, leur positionnement…

Dans un contexte politique ukrainien aussi tendu que confus, les FEMEN se livreront à toutes les alliances et amitiés. Jusqu’à faire héberger leur site internet par un ancien leader skinhead ou manifester avec le parti d’extrême-droite Svoboda.

Débuts FEMEN : xénophobie et néo-atlantisme

Quand FEMEN est lancé sur Kiev, au printemps 2008, André Kolomiets ("Andrew Kolomyjec"), un des cadres de Grande Ukraine (mouvement rouge-brun sont issues les FEMEN, cf. première partie) rentre rapidement à son Conseil d’Administration. Il sera l’un des "soutiens financiers les plus constants" des activistes. "Pour s’assurer de leur indépendance", dit-il très sérieusement… ajoutant que le mouvement "n’était jamais tombé dans le racisme". A voire…Mickael Orlyuk, autre cadre du parti, est lui de toutes les manifestations FEMEN.

Un certain nombre de thèses défendus par Grande Ukraine sont repris à leur compte par les FEMEN. Sur l’immigration : la dispense de visas pour les Européens visitant l’Ukraine étant une catastrophe, il faut fermer les frontières. Grande Ukraine dénonce les "centaines de milliers d’immigrants clandestins [qui] nous menacent", FEMEN s’opposant de son côté, grippe aviaire aidant, "à l’entrée des étrangers dans notre pays.". De la xénophobie ? "Peut-être" répond Anna Hutsol. A l’instar deGrande Ukraine, FEMEN est favorable à la peine de mort, pour les "sadiques".

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Enfin, il y a les Turcs, avec lesquels Igor Berkut (dirigeant de Grande Ukraine) considère qu’une guerre est inévitable. Les FEMEN de leur côté en ont longtemps fait un ennemi prioritaire, au nom de la lutte contre le tourisme sexuel.

Une des toutes premières action FEMEN s’est d’ailleurs déroulé devant l’ambassade de Turquie.

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En arrière-plan Anna Hutsol

En 2010, à l’occasion d’un match de foot opposant le Karpaty (Lviv) au Galatasaray (Istanbul) les FEMEN feront une campagne remarquée pour que l’on interdise d’entrée la "horde" des "machos" turcs.

Ce qu’il convient d’appeler de la xénophobie prit même un accent anti-juif. En 2009, les FEMEN avaient accusé (avant de se rétracter), les juifs orthodoxes faisant un pèlerinage annuel de représenter une menace pour la sécurité des filles ukrainiennes et de mépriser l’Ukraine :

"L’Ukraine est célèbre pour son hospitalité…Mais toute tentative de saper notre culture devrait être combattue…. [Il faut] éviter que les Ukrainiens deviennent otages dans leur propre pays"

Issues de la mouvance communiste, les FEMEN multiplieront bientôt les clins d’œil au camp occidentaliste.

Le manifeste dont elles se dotent évoque ainsi parmi ses objectifs : "construire une image nationale de la féminité, de la maternité et de la beauté basée sur l’expérience du mouvement des femmes euro-atlantique". L’expression "euro-atlantique" est loin d’être neutre dans le contexte ukrainien et appartient aux partisans de l’OTAN et de l’UE. Brouillage de pistes. Et façon de ménager certains sponsors. En 2007, Anna Hutsol fut en effet invitée aux Etats-Unis par un organisme dépendant du Congrès américain, l’Open World Leadership Institute, dont elle est qualifiée d’alumna ("élève").

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Par ailleurs, les FEMEN n’ont jamais caché le soutien reçu (jusqu’en 2011) de Jed Sunden, magnat des médias ukrainiens d’origine américaine.

Néofascistes, activistes violents…des alliés encombrants

En 2010, FEMEN élargit son champ d’action. Et après le Parti Communiste et Grande Ukraine fait place à de nouveaux alliés. Nationalistes et franchement ancrés à droite, ils sont solidaires des FEMEN. Au nom de la lutte contre la "dictature" des Ianoukovitch, Poutine et autres Loukachenko (Biélorusse)…Le groupe se coupe définitivement de ses racines idéologiques, renvoyant dos à dos fascisme et communisme et diffusant une propagande antirusse caricaturale.

Voilà les organisations et quelques unes des personnalités radicales dont se rapprochent alors les FEMEN.

  • La Confraternité de Saint Luc. Un groupuscule "d’extrême-droite connue pour ses provocations" nous indique le spécialiste Pavel Klymenko, dans un mail. Elle est d’ailleurs connue jusqu’en France, lorsqu’elle a profané un monument en mémoire des combattants soviétiques ayant lutté contre le nazisme.

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Yaroslava Pougacheva, une des responsables de la Confraternité, tête de fil d’une manifestation FEMEN (03/2012)

La Confraternité de Saint-Luc est un mouvement identitaire se battant pour une "révolution orthodoxe mondiale" (cf entretien accordé au média néofasciste molotoff.info). Tout comme le parti dont elle est une émanation, Bratstvo ("Fraternité"), qui diffuse ce genre de propagande sur Facebook.

  • Les FEMEN se sont également affichées au côté du "Comité Noir", petit mouvement d’extrême-droite présent dans toute l’Ukraine. Certains de ses militants les plus exaltés ont été condamnéspour avoir mis le feu à une résidence d’étudiants africains et attaqué un centre social juif.

FEMEN cache à peine sa proximité avec ces différents groupuscules. Dans un billet de blog, elles remercient ainsi "les membres de la Coalition orange et du Comité noir pour leur campagne de solidarité".

  • Enfin, sachant que le mouvement FEMEN a officiellement dit son soutien à une alliance politique comprenant le parti d’extrême-droite Svoboda, on sera peu étonné de retrouver, à l’occasion, les "féministes" au coté du dit parti. A un rassemblement contre le régime biélorusse en janvier 2011, par exemple, où une militante ira jusqu’à tenir une affiche de Svoboda :
  • Egalement présent ce jour-là Viktor Sviatski, et l’organisation ultra-nationaliste et paramilitaire UNA-UNSO

Pas un inconnu. Un mois plus tôt (mai 2011), il fut impliqué dans l’attaque d’une cérémonie en mémoire de la victoire sur le nazisme …Une agression dont il sera question jusqu’en France.

Les liens sont parfois plus personnels entre l’extrême-droite et FEMEN. En 2012 le site FEMEN fut ainsi hébergé sur le site de leur "ami bloggeur voland14". Voland14, pseudonyme de Sergey Didkovsky. Côté pile Didkovsky est un "spindoctor" et éditorialiste dans Playboy (!). Côté face, blogger néonazi , une référence hitlérienne transparente ; païen ; et chroniqueur médiatique évoquant les "Européens de souche que l’on mène à l’abatage". Celui qui diffuse aujourd’hui des vidéos sur "Eurabia" fut un animateur de la scène néonazie ukrainienne dans les années 2000 (sous les pseudonymes, justement de voland14 ou voland ratybor)…Sur la photo suivante, il s’illustre parmi les supporters de foot du club de Lviv, avec son "Parti national-travailliste d’Ukraine"…Foot et racisme : on se souvient de la campagne menée par les FEMEN contre l’entrée des supporters turcs à l’occasion d’un match…contre Lviv, précisément.

Didkovsky est donc un "ami blogueur", hébergeur et certainement, selon nos informations, un partenaire "commercial" des FEMEN…mais son rôle exacte reste à préciser. Il est en tout cas un soutien de la première heure, et fait parti du "premier cercle" de l’organisation. Sur le réseau social le plus populaire en Ukraine et très prisé par les FEMEN, vk.com, Didkovsky ne cache pas ses accointances avec l’ultra-droite (cf. une capture parmi cent). De même que son blog, vers lequel les FEMEN renvoient.

Zoomer

Enfin, au sein même de l’équipe FEMEN, on note la présence de proches de la mouvance nationaliste radicale :

  • Yaroslav Yatsenko, leur avocat historique, s’affiche sur son blog comme un supporter de Roman Choukhevytch, et affiche sur Facebook un intérêt exclusif pour le parti d’extrême-droite Svoboda
  • Courant 2012, Maria Popova, directement issue d’une organisation ultra, devenait l’attachée de presse du mouvement

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"Rien ne peut justifier la coopération avec la droite radicale"

Les alliances sulfureuses des FEMEN témoignent de la confusion à l’oeuvre dans la société et la politique ukrainienne. La lutte contre l’influence russe, qui étouffe depuis des décennies l’émergence d’une nation ukrainienne souveraine, légitime de toute part l’alliance avec un parti d’extrême-droite directement issu du néonazisme (Svoboda fut longtemps appelé "Parti social national d’Ukraine") et la réhabilitation de mouvements nationalistes ayant collaboré avec le nazisme.
Néanmoins, cette stratégie d’alliance ne fait pas l’unanimité. Que ce soit au sein de la communauté juive, de la mouvance antifasciste et libertaire ou encore parmi les intellectuels (politologues, historiens…). Interrogé par nos soins, le chercheur Anton Shekhovtsov déclare ainsi :

I don’t think that anything legitimises cooperation with the radical right, and I signed a letter urging the mainstream politicians to stop cooperating with the radical right-wing Svoboda party -

Je ne pense pas que quoi que ce soit la coopération legitimises avec le droit radical et moi a signé une lettre pressant les politiciens courants d'arrêter de coopérer avec le parti(la fête) de Svoboda radical de droite-

Unfortunately, many mainstream politicians and activists in Ukraine do not understand the danger of alliances with the radical right. Sometimes, it does seem like a necessary evil, but – in the long-term perspective – all these alliances are really harmful to Ukraine’s democratic development.

Malheureusement, beaucoup de politiciens courants et activistes en Ukraine ne comprennent pas le danger d'alliances avec le droit radical. Parfois, il ressemble vraiment à un mal nécessaire, mais - dans la perspective à long terme - toutes ces alliances sont vraiment nuisibles pour le développement démocratique de l'Ukraine.

=> FEMEN déclarait dès 2009 vouloir devenir un phénomène européen. La France sera la base arrière de ce développement. Pour se faire, quelles furent leurs alliances ? Leurs relais politiques ? Leur inspiration "idéologique" ? C’est ce que nous tenterons d’établir dans une dernière partie.

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