Histoire de la guerre froide l'apogée 1949 1953

Publié le par Bernard Gasnot

L’expression « guerre froide » renvoie à la période de tensions qui domine les relations internationales durant plus de quarante ans. Elle consiste en un affrontement idéologique de deux grandes puissances, les Etats-Unis et l’URSS, sans que jamais celles-ci ne passent au stade de la guerre ouverte.

Depuis 1945, l’espoir né de la victoire des Alliés sur les nazis a peu à peu laissé place à une opposition croissante entre le communisme et le libéralisme (politique et économique). Cet affrontement prend racine essentiellement en Europe. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les deux principales puissances alliées s’opposent en effet sur la politique à appliquer dans les territoires libérés. D’où les appellations de bloc « de l’est », regroupant les démocraties populaires européennes derrière l’URSS, et de bloc « de l’ouest », regroupant les démocraties européennes alliées aux Etats-Unis. Le vieux continent est traversé par le « rideau de fer », selon l’expression de Churchill qui dénonce dès 1946 l’absence de transparence des soviétiques en Europe de l’est. Mais le conflit s’étend rapidement en Asie, notamment après la victoire des communistes dans la guerre civile chinoise. Durant quatre ans, la tension est à son paroxysme, notamment à Berlin et en Corée, jusqu’à ce que la mort de Staline amorce une dét
ente.

Berlin, symbole des tensions mondiales

Après le coup de Prague le 25 février 1948, toute l’Europe centrale et orientale est gouvernée par les régimes communistes, tandis que l’Europe occidentale se range du côté des Etats-Unis et cherche à préserver son système démocratique. L’Allemagne et dans une moindre mesure l’Autriche, occupées par les Alliés, deviennent rapidement les enjeux de la lutte d’influence entre URSS et Etats-Unis.

A l’ouest, Américains, Britanniques et Français décident d’accélérer le redressement économique de l’Allemagne. C’est, selon eux, le meilleur moyen de faire barrage au communisme et de favoriser la réconciliation entre l’ex-Allemagne nazie et ses voisins. Ainsi. A terme, l’objectif est l’indépendance politique du pays, quitte à le séparer de la zone soviétique.

Staline réagit vivement à cette décision en organisant le blocus de Berlin : toutes les voies ferrées et routières reliant Berlin-ouest à la zone occidentale sont coupées. En effet, aucun accord n’assure la libre circulation des occupants de la zone ouest sur le territoire de la zone soviétique. Mais pour les occidentaux, il n’est pas question d’abandonner Berlin aux Soviétiques. C’est pourquoi ils organisent rapidement un gigantesque pont aérien, dont la légitimité est en revanche garantie par le traité d’occupation. Jusqu’au 12 mai 1949, des milliers de vols permettront le ravitaillement des Berlinois.

Après presque un an, Staline cède et lève le blocus, mais la rupture entre les occupants est consommée. Dès le 25 mai, la zone d’occupation occidentale devient la RFA. Quelques mois plus tard, en octobre, l’URSS répond en créant la RDA. Les accords de Postdam, rompus par les occidentaux lors de la fusion des zones, n’ont désormais plus court.

L’Allemagne reste pendant des années le symbole de la lutte d’influence entre l’ouest et l’est. Face à la situation en Corée, les Américains prônent dès 1950 son réarmement. Passant par le projet de Communauté européenne de défense (la CED), ce réarmement se heurtera à de vives polémiques, notamment en France. Zone occupée, mais bénéficiant d’un gouvernement autonome, l’Autriche échappe en revanche à ces conflits.
La crise
sur le terrain asiatique

Bien que soutenus par les Etats-Unis, les nationalistes chinois s’inclinent en 1949 face aux communistes menés par Mao. L’arrivée au pouvoir de ce dernier bouleverse la géopolitique asiatique. En effet, la domination japonaise durant la guerre a fortement contribué à l’émergence ou au renforcement des revendications nationalistes qui ont souvent l’appui (formel ou concret) des Etats-Unis. Mais les communistes sont très actifs dans les combats et disposent désormais avec la Chine d’un soutien de masse. Ne désirant pas voir les pays communistes se multiplier en Asie, les Etats-Unis révisent alors leur diplomatie. Cela les convainc notamment à aider financièrement la France dans la guerre d’Indochine.

Mais les événements les plus dangereux pour la paix mondiale se déroulent en Corée. Annexée en 1910 par le Japon, la Corée a été divisée à sa libération en deux zones d’occupation. La ligne se situe au niveau du 38ème parallèle. L’URSS était chargée du nord et les Etats-Unis du sud. Cette division avait été décidée lors de la Conférence de Yalta et s’est soldée par la mise en place de deux Etats de nature opposée. La situation est assez proche de celle de l’Allemagne, toutefois les Etats-Unis manifestent un intérêt bien moindre. Du moins, c’est ce que doit penser le gouvernement nord-coréen lorsqu’il décide d’envahir la Corée du Sud le 25 juin 1950. Deux jours plus tard, les Etats-Unis profitent de l’absence de l’URSS à l’ONU pour faire voter une résolution contre la Corée du Nord. Seize pays vont constituer l’armée d’intervention, et les Etats-Unis envoient immédiatement leurs forces navales postées au Japon. Le général Douglas MacArthur est placé à la tête de l’armée unifiée de l’ONU.

L’ONU peine dans un premier temps à contrer les nord-coréens et reste bloquée aux alentours de Pusan. La situation se débloque en septembre, permettant la reprise de Séoul le 28. Mais les troupes de l’ONU décident de ne pas s’arrêter sur le 38ème parallèle, lieu de l’ancienne frontière. Truman espère en effet obtenir l’unification de la Corée. Quand les forces de l’ONU prennent Pyongyang et atteignent la frontière avec la Chine, celle-ci décide d’intervenir « non officiellement ». A défaut d’entrer en guerre, elle envoie une armée de « volontaires ». Aguerries par les guerres civile et sino-japonaise, les troupes communistes ne tardent pas à repousser l’ONU et s’emparent même de Séoul avant que le front ne se stabilise au sud du 38ème parallèle.

La guerre s’enlise. Le général MacArthur préconise alors des bombardements massifs, notamment en Mandchourie, voire, si nécessaire, un bombardement atomique. Craignant un conflit ouvert avec la Chine ou l’URSS, Truman relève MacArthur de ses fonctions le 11 avril 1951. La Corée est en effet devenue le terrain d’affrontement des deux blocs : la Chine fournit des hommes et l’URSS du matériel. Quant aux Etats-Unis, ils font de même avec les troupes de l’ONU.

Dès le mois de juin suivant, soit un an après le début de la guerre, des négociations sont finalement engagées. Mais il faudra attendre deux ans avant que l’armistice ne soit signé. En juillet 1953, la Corée retrouve sa division d’avant guerre, le long du 38ème parallèle. Le conflit témoigne de l’équilibre des forces entre blocs de l’est et bloc de l’ouest : après trois ans de guerre, trois millions de morts et un engagement matériel considérable, on est revenu au statu quo.

Pour beaucoup d’historiens, le règlement du conflit a été facilité par la mort de Staline le 5 mars 1953. La guerre froide a atteint son apogée lors de la guerre de Corée et le règlement du conflit annonce une détente. Il est fort probable que le changement de personnalité à la tête du pays (Eisenhower succède à Truman à la présidence des Etats-Unis la même année) ait contribué à cette inflexion des relations diplomatiques entre les deux pays.

En Asie, cette guerre a aussi pour conséquence l’accélération du redressement du Japon : comme avec la RFA, les Etats-Unis souhaitent un Japon prospère et allié, qui puisse résister à la Chine et à l’URSS. indépendance. Les Etats-Unis souhaitent aussi accélérer une remilitarisation partielle du pays. Cette volonté se traduit par la signature d’un traité d’assistance militaire en août 1953.
La
guerre idéologique à l’intérieur

Les tensions de la guerre froide ne se manifestent pas uniquement sur le terrain international, elles se traduisent également par des troubles en terme de politique intérieure, notamment pour l’URSS et les Etats-Unis.

En URSS, Staline renforce depuis 1939 son pouvoir et le culte de la personnalité. L’idéologie se durcit. A partir de 1948-1949, ce mouvement subit une nouvelle accélération. En 1952, Staline annonce qu’il souhaite opérer quelques modifications dans le fonctionnement des institutions. Mais surtout, au début de l’année 1953, il fait dénoncer par la Pravda le « complot des blouses blanches ». Le procès annonce certainement une nouvelle purge s’attaquant aux juifs, aux intellectuels et aux cadres des institutions. Il sera dénoncé par Khrouchtchev après la mort de Staline, et les victimes réhabilitées.

Mais la guerre idéologique de l’intérieure n’est pas une exclusivité soviétique. Les Etats-Unis cèdent également à la théorie du complot avec le maccarthysme, également appelé « Chasse aux sorcières » ou « Terreur rouge ». Là aussi, les moyens mis en œuvre sont politico judiciaires. En 1938, puis en 1947, les Etats-Unis ont mis en place et favorisé l’action d’un comité visant à repérer et surveiller les ennemis des Etats-Unis. Mais en 1950, les événements prennent une nouvelle tournure lorsque le sénateur McCarthy dénonce la présence de communistes dans l’administration américaine. La maîtrise de l’arme nucléaire par les Soviétiques depuis août 1949 renforce les peurs américaines.

Le climat de suspicion est entretenu par le procès Rosenberg, et surtout lorsque McCarthy obtient un poste d’influence en 1952. Sa commission, qui se contente souvent de doutes pour mettre en accusation, aboutit à de nombreuses accusations, démissions et révocations dans la fonction publique. Des personnalités d’Hollywood font même le choix de l’exil. Ce climat s’apaisera à partir de 1954 lorsque McCarthy mettra en cause des personnalités militaires de premier ordre, perdant ainsi brusquement toute crédibilité.


La fin des années 1940 et le début des années 1950 marquent donc l’apogée de la guerre froide. La guerre idéologique bat son plein tandis que les sphères d’influence se structurent à l’échelle mondiale. Mais l’impasse de la guerre de Corée incite les belligérants à plus de prudence : c’est l’équilibre de la terreur. Tandis que Khrouchtchev prend la suite de Staline et Eisenhower celle de Truman, le conflit entre dans une nouvelle phase : la coexistence pacifique. Malgré quelques accrocs, les zones d’influence de chaque bloc sont étab
lies pour des années.

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