A Calais, déployer l'armée pour préparer le pire

Publié le par Bernard Gasnot

Plusieurs élus ont appelé l'armée au secours pour faire face aux migrants à Calais. Les militaires n'ont pourtant pas les outils juridiques pour répondre à cette crise. A moins que l'on n'anticipe déjà une nouvelle vague migratoire beaucoup plus importante.

« Je pense qu'il n'y a que l'armée pour venir sécuriser les sites qu'on a besoin de sécuriser ici à Calais. » Le 10 janvier dernier, Xavier Bertrand, président du conseil régional de Nord-Pas-de-Calais-Picardie (LR) exprimait ainsi devant les médias la situation désespérée de la ville, où malgré la présence de 1500 policiers et gendarmes, plusieurs milliers de migrants continuent de survivre tant bien que mal dans la « jungle »... Et d'échapper à tout contrôle.

La majeure partie de ces migrants qui veulent rejoindre la Grande-Bretagne, ils cherchent un moyen de traverser. Le tunnel sous la Manche ayant été complètement bloqué, plusieurs centaines d'entre eux ont tenté leur chance du côté du port en janvier. Aujourd'hui, confie une collaboratrice de Xavier Bertrand, c'est de nouveau du côté du transport routier que les désespérés cherchent des solutions pour s'échapper

Les militaires seraient en réalité encore plus ennuyés : ils n'ont aucune compétence de police judiciaire et ne peuvent ni contrôler, ni interpeller des passants.

« L'armée à Calais, c'est impossible, sauf exception », nous assurait alors un officier. Les militaires ont en effet pour rôle de lutter contre un ennemi extérieur, toute menace intérieure étant à la charge des forces de l'ordre. « Il faudra attendre l'état de siège pour qu'on reprenne la main, notait le même officier. L'armée à Calais pour empêcher les migrants de grimper dans les camions, dans le tunnel ou pour encadrer la jungle... Même à l'heure actuelle, ça me semble hors de propos. »

Des militaires surveillent le tunnel sous la Manche, afin de prévenir la menace d'attentat, depuis des années.

Pourtant, dans les couloirs du ministère de la Défense, on se prépare tout de même à tous les cas de figure. Les militaires, tout comme ils planifient des opérations potentielles dans les zones de crises à travers le globe, étudient la possibilité d'une action autour de Calais. Un ancien membre du cabinet du ministre y voit la préparation d'une crise bien plus grave :

Au départ, c'est le politique qui est demandeur. Tout est planifié. On a des organismes spécialisés pour cela. Les spins doctors font germer l'idée que face aux 12 millions de migrants qui arrivent, il est possible qu'on déploie l'armée et qu'on dépasse l'état d'urgence.

Pour lui, les autorités françaises s'inquièteraient aujourd'hui plus de ce risque migratoire que de la menace terroriste islamiste. Il rappelle que l'armée a ainsi déjà été utilisée dans des situations de crises extrêmes. En mai 68, déployée autour de Paris, elle avait ainsi soutenu la police dans plusieurs opérations, notamment pour reprendre le contrôle des infrastructures audiovisuelles de l'ORTF. Plus récemment, en 2005, il aurait été envisagé de recourir aux militaires pour faire face aux émeutes qui secouaient la France.

deux questions doivent être posées : quelle mission confier aux militaire... Et pourquoi leur confier à eux :

Dès qu'il y a un problème « indémerdable », on y jette des militaires en espérant que ça se réglera. Notamment parce qu'on sait qu'ils ne parleront pas. Les policiers ou les gendarmes parleront. Mais je vous mets au défi de savoir ce que les militaires font réellement, même si quelques reportages sont faits ici et là pour montrer les choses en surface. Si on veut occulter les choses, ce n'est pas inintéressant d'envoyer des militaires. Eux ne sont pas demandeurs : ils ont les savoir-faire pour contrôler des foules, comme ça a été fait au Kosovo, même si il n'y a pas encore les outils juridiques pour le faire en France. Mais ils ne veulent pas faire le sale boulot.

Quand bien même un déploiement militaire serait décidé, reste à trouver les hommes. La même source assure que pour pouvoir annoncer le chiffre de 10 000 soldats sur Sentinelle, on triche déjà largement en comptant des soldats qui sont toujours à l'arrière. Les armées sont en effet en train de surfer sur leurs limites en termes de renouvellement des troupes sur le terrain et de formation, malgré les efforts concédés pour le recrutement, comme l'admets un haut responsable de l'armée de terre : « En 2017, on aura nos effectifs. Mais sauront-ils des soldats ? »

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