Qui manipule l’extrême droite fasciste ?

Publié le par Bernard Gasnot

Qui manipule l’extrême droite fasciste ?

Hitler et Thyssen 1

Pourquoi le racisme monte en France, se demande innocemment le journal populaire « Le Parisien », contribuant ainsi à faire du racisme un véritable drapeau politique national. Pourquoi l’extrême droite réapparaît dans un pays déjà échaudé et frappé par le nazisme et le vichysme ? Est-ce que les média et les partis politiques et le gouvernement de gauche lui-même, prenant la suite de son prédécesseur de droite, ne les font pas monter avec leurs campagnes sécuritaires dans les banlieues, leurs campagnes contre les Musulmans, leurs campagnes contre le voile islamique, leurs campagnes pour défendre les frontières contre l’afflux des étrangers, leurs campagnes contre les Roms, leurs campagnes pour défendre l’économie nationale attaquée par les économies étrangères, concurrencée prétendument par les travailleurs étrangers. Et est-ce qu’ils montent spécifiquement en France ou dans toute Europe ? Est-ce qu’ils montent seulement en Europe ou dans le monde ?

Quel est ce hasard qui, quelque soient les gouvernements, quels que soient les situations sociales et politiques diverses des différentes régions du monde fassent monter l’extrême droite partout en même temps ?

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Eh bien ne cherchez pas plus loin ceux qui manipulent la montée fasciste pour défendre les mêmes intérêts qu’ils ont défendus au travers de la crise économique. Rien ne les arrêtera et

surtout pas les risques pour la population, y compris pour la petite et même la moyenne bourgeoisie. Ils ne défendront que le capital, fût-ce-t-il couvert de sang et défendu par la terreur systématique. Que ce soit par leur action économique, leur action antisociale ou leur action politique, ce sont les mêmes qui sont en train de détruire la vie de l’humanité si on les laisse faire. Le fascisme n’est rien d’autre qu’un de leurs instruments d’action…

La raison en est qu’il s’agit d’une simple poignée de grands capitalistes et qu’en face d’eux il y a les 99,99% de la population du monde. La raison en est que leur système se heurte à un mur et qu’il n’ira pas plus loin mais qu’en s’effondrant, il peut faire perdre le pouvoir politique et social à cette petite poignée de profiteurs et que, sans ce pouvoir, ils ne sont plus rien… La montée fasciste a bien des avantages pour ces magnats financiers, pour ces chefs des trusts, pour leurs serviteurs politiques, militaires et policiers :

Détourner la colère populaire contre les étrangers

Donner un exutoire à toutes les peurs et à toutes les haines

Commencer à construire des forces de masse qui pourront apparaître imposantes et dangereuses face aux masses travailleuses

Opposer entre eux les opprimés et les exploités en divisant nationaux et étrangers, salariés et chômeurs

Semer des ferments de guerre en prétendant que la crise vient de l’Extérieur et protéger ainsi les classes dirigeantes locales

Donner aux classes dirigeantes l’occasion de mettre en place progressivement, en fonction de l’aggravation de la crise économique, sociale et politique, des forces de combat supplétives capables, si nécessaire, de casser, de réprimer, de terroriser, d’assassiner, de détruire la démocratie et surtout les droits des travailleurs.

La démocratie a été le drapeau de la grande bourgeoisie occidentale durant la période dynamique du capitalisme et un moyen, en s’appuyant sur les masses petites bourgeoises, d’endormir le prolétariat. En période d’effondrement, ce mensonge peut devenir encombrant et les masses petites bourgeoises n’y croyant progressivement plus, il convient de leur offrir une autre tromperie : celle des tenants de l’ordre, du nationalisme économique et politique, de la haine des étrangers, de la répression violente, de la destruction de tous les réformismes, de la gauche politique et syndicale et de la violence d’Etat sous toutes ses formes, en somme du fascisme.

La poignée de capitaliste qui détient encore les rênes de toute la planète peuvent être balayés comme un fétu de paille si la colère populaire amène les masses petites bourgeoises déstabilisées par la crise à s’unir au prolétariat. C’est cette crainte qui guide désormais toutes les politiques des classes dirigeantes et de tous les Etats de la planète. Certes, les masses populaires ne croient pas au communisme international pour le moment mais cela n’empêche pas les classes dirigeantes d’y croire et d’agir essentiellement en fonction de cette menace…

Quand la confiance des classes moyennes est déstabilisée au même moment où les travailleurs sont attaqués durement par des mesures antisociales, les mensonges de la démocratie bourgeoise ne peuvent plus suffire pour asseoir durablement la domination de l’infime minorité capitaliste et celle-ci se tourne vers des solutions politiques et sociales plus violentes. Dans ces conditions, ce ne sont pas les institutions politiques et sociales bourgeoises, même si elles sont elles-mêmes menacées, qui peuvent servir de point d’appui pour lutter. En effet, elles servaient exactement le même ordre, les mêmes classes que le fascisme se propose désormais de servir…

L’issue pour les classes dominantes consiste à se servir des classes moyennes comme d’un bouclier contre les masses travailleuses. La crise ne manquera pas de semer la haine dans les couches intermédiaires et il suffit de canaliser ces sentiments violents en leur donnant des cibles à viser, des objectifs bidon sur lesquels se mobiliser, s’illusionner sur leur force sociale et politique, se pavaner dans les rues et s’imaginer être à nouveau en train de faire la loi.

Mais, en réalité, jamais la bourgeoisie capitaliste ne laissera les classes intermédiaires faire la loi, ni se débrouiller pour ne pas être sacrifiés du fait de la crise, ni diriger la société. Ces classes serviront seulement de masse de manœuvre, le temps d’avoir tétanisé les travailleurs et détourné leur combat, le temps d’écraser les risques révolutionnaires prolétariens.

La manœuvre n’est pas nouvelle et ce sont les chefs des trusts, des banques, des assurances, de l’armée et de la police qui sont aux manettes même si les masses petites bourgeoises entraînant parfois une fraction de la jeunesse, des chômeurs ou même de la classe ouvrière sont embrigadées dans cette tromperie.

On nous rejoue là une pièce dont on connaît les tenants et les aboutissants.

L’Histoire nous a appris qu’Hitler ne devait pas son poste de chancelier du Reich puis de chef suprême ni aux élections ni aux masses hurlantes mais à des réunions des dirigeants de Krupp, Thyssen et des chefs de l’armée qui avaient décidé que c’était ou Hitler ou la révolution prolétarienne communiste et qui avaient fait leur choix…

L’Histoire nous a appris qu’aucune institution démocratique bourgeoise, qu’aucun parti bourgeois même de gauche, qu’aucun syndicat réformiste, qu’aucune institution religieuse ne pouvait servir d’appui pour lutter contre le fascisme car celui-ci n’était pas le produit d’une idéologie de fanatique mais du capitalisme lui-même arrivé dans une impasse.

Même si une telle horreur, le fascisme et la guerre mondiale, peut sembler très peu crédible à l’heure actuelle, c’est la seule perspective crédible pour les classes dirigeantes et elles s’y préparent patiemment et consciemment, même si nous ne le percevons pas toujours clairement.

Le capitalisme est à nouveau dans une impasse, probablement plus définitive que jamais et il recherche ses solutions dans les mêmes poubelles que dans les mêmes situations du passé.

Ce n’est nullement l’opinion publique allemande qui avait créé le fascisme allemand, pas plus que les fascismes italien, espagnol, portugais, chilien ou grec, pour ne citer que ceux-là. C’est le choix du grand Capital qui estimait qu’il n’avait plus d’autre choix pour se maintenir que d’écraser violemment le Travail. Cette lutte à mort ne trouve aucune limite, ni morale, ni institutionnelle, ni humaine, ni idéologique, aucune limite autre que la force opposée au grand capital : le prolétariat révolutionnaire.

La seule issue est que la classe ouvrière parvienne à retourner la situation, en devenant le pôle de la contestation de la société capitaliste s’effondrant, entraînant avec elle les masses petites bourgeoises, avant de devenir la nouvelle classe dirigeante renversant définitivement et mondialement le capitalisme. Cela peut paraître utopique à certains mais c’est bel et bien la seule alternative !

Et cette alternative est tellement peu utopique qu’elle est la préoccupation essentielle des classes dirigeantes mondiales, qui la craignent aussi bien en Egypte qu’en Tunisie, en Algérie qu’en Libye ou en Syrie, mais aussi des USA à la Chine, en passant par l’Europe…

C’est pour répondre à cette préoccupation dominante que les classes dirigeantes instrumentalisent la chasse aux immigrés aux quatre coins du monde. C’est pour répondre à cette préoccupation qu’elles montent les haines nationales entre pays voisins comme entre la Chine et le Japon ou entre le Maroc et l’Algérie ou encore entre le monde dit occidental et le monde dit musulman, etc…. C’est encore pour répondre à cette préoccupation que les classes dirigeantes affirment que la crise économique proviendrait de la concurrence des pays étrangers alors que la crise de 2007 n’a nullement cette origine et que la crise actuelle n’est pas une nouvelle crise de concurrence internationale mais la simple continuation du krach d’il y a six ans !

Alors que ce sont essentiellement des capitalistes nationaux et l’Etat national qui suppriment des emplois en masse (mille plans sociaux en France en un an et des emplois sans cesse supprimés dans les services publics), on désigne du doigt des fauteurs de licenciements étrangers ! On désigne aussi du doigt la main d’oeuvre étrangère.

La France n’a aucune particularité en la matière. Le monde suit le même rythme de danse et pour les mêmes raisons. L’ennemi des Russes, c’est la Caucasiens. L’ennemi des Japonais, c’est les Chinois. L’ennemi des Américains, c’est les Musulmans. L’ennemi des Grecs, c’est les noirs et les arabes.

Le monde arabe peut sembler différent mais il n’en est rien. Le drapeau de l’Islam ne sert qu’à cacher le même type d’extrême droite. C’est derrière le Coran que ces intégristes-là cachent le même programme que les autres extrêmes droites du monde : mythologies nationales, xénophobie, racisme, haine des étrangers, prétentions sécuritaires, discours guerrier, idéologie de l’« Etat fort », de l’économie nationale, de la fierté nationale, de la priorité nationale et autres blablas mensongers. Le Pen ressemble autant à l’Aube dorée grecque que les deux ressemblent aux intégristes musulmans, même si leurs adeptes n’ont pas conscience de ce parallélisme. L’islamisme radical n’est rien d’autre que l’extrême droite fasciste des pays musulmans. Elle est aussi cultivée, financée, favorisée par les classes dirigeantes que les extrêmes droites du reste du monde.

Dans des pays comme la Chine, la Russie, le Maroc ou l’Algérie où les manifestations sont violemment réprimées, ce n’est pas le cas pour les manifestations et divers pogromes des extrêmes droits fascistes. Dans des pays dits démocratiques comme ceux d’Europe, on constate que les Etats et les institutions garantes de cette démocratie sont bien décidées à ne pas éradiquer le fléau et leur politique sert seulement à le nourrir, y compris quand, comme en Grèce, ils font semblant de le réprimer. Aux USA, la multiplication des attentats armés attribués à des assassins fascistes ne mène nullement Obama à éradiquer les groupes fascistes qui pullulent et sont plus audacieux de jour en jour. Les discours d’extrême droite ont gagné jusqu’au parti bourgeois dit républicain et la grande bourgeoisie se sert d’Obama pour calmer et tromper les masses travailleuses mais elle aiguise en même temps les couteaux (et fait briller les fusils d’assaut…) de ses Sections d’Assaut racistes et fascistes… La misère qui grandit dans le pays le plus riche du monde fournit des masses d’hommes et de femmes décidés à basculer dans la violence fasciste aussi sûrement aux USA que dans les pays du monde dit musulman.

Les classes dirigeantes entendent ainsi retourner toute la situation qui les met au bord du gouffre pour y placer les peuples du monde. Il suffira alors d’un prétexte bidon le jour où ces classes dirigeantes estimeront que la situation économique n’est plus gérable pour lancer les tueurs dans toutes les parties du monde. Les sources d’explosion ont bien été préparées aux quatre coins de la planète et il n’existe partout que des prétextes pour lancer des guerres locales, régionales, internationales ou mondiales. Dresser les opinions publiques contre un peuple ou un autre, les classes dirigeantes s’y exercent un peu partout et il faut reconnaître que cela a toujours marché dans un premier temps. Il n’est nullement difficile de convaincre les exploités que d’autres exploités de l’autre côté de la frontière seraient leur ennemi mortel.

Pour l’instant, la guerre se mène dans l’opinion, à coups d’informations biseautées, de politiciens menteurs pro et anti gouvernementaux, à coups de sondages d’opinion, à coups d’élections, de petites phrases assassines des politiciens et des commentateurs.

Bien sûr, la naïveté des opinions publiques est connue. Ne se méfient-t-elles pas qu’on cite leur opinion sur les Roms, sur les immigrés clandestins, sur la défense de la France et pas sur les plans de licenciements, sur les réductions du niveau de vie, sur la casse des retraites, de la sécu, de la santé, des services publics ou de la recherche, pas sur les fonds alloués à sauver une fois de plus les banques et les trusts, les bourses et les financiers du monde entier.

Lors des épisodes politiciens, la naïveté des opinions publiques est légendaire car les masses ne demandent qu’à être sauvées par des sauveurs et malheureusement les dits sauveurs ne produisant que de nouvelles désillusions, il faut sans cesse changer de sauveur, jusqu’à arriver au sauveur ultra nationaliste violent, le sauveur fasciste, qu’elles peuvent croire avoir souhaité, avoir élu, avoir eu le pouvoir de choisir même si ce n’est absolument pas les électeurs qui font le fascisme, absolument pas l’opinion publique qui fait le fascisme, mais une décision des chefs des trusts, des banques, de l’armée et de la police….

La manipulation de l’opinion publique sert à casser le moral de la classe ouvrière, ce qui est un objectif prioritaire des classes dirigeantes pour pouvoir jouer la carte fasciste. Tant que la classe ouvrière n’est pas pieds et poings liés, les classes dirigeantes savent que la montée fasciste n’est pas encore à l’ordre du jour. C’est pourquoi elles continuent à demander au système démocratique, aux partis réformistes, aux appareils syndicaux bureaucratiques de s’employer à enchaîner les travailleurs, à les tromper, à les décourager, à les déboussoler, à les promener, à leur souffler le chaud et le froid pour qu’ils perdent toute confiance dans les forces de leur classe et dans les perspectives alternatives que la classe des prolétaires offre face aux capitalisme finissant.

La manipulation est grossière mais elle use du poids numérique et idéologique considérable des couches petites bourgeoises au sein même du prolétariat. Les appareils syndicaux et ceux des partis réformistes sont des membres de ces couches moyennes ou, du moins, ils en ont toute l’idéologie. Les média sont de grands propagateurs de ces mensonges officiels sur le fonctionnement de la société, sur les causes de la crise actuelle, sur les mécanismes en jeu et sur les réponses possibles.

Il importe, malgré toutes les chutes et rechutes par lequel le prolétariat ne va pas manquer de passer du fait de cette offensive économique, sociale, politique et même idéologique des classes dirigeantes de ne pas cesser de faire confiance en la capacité de transformation historique du prolétariat. Ne pas perdre la boussole est la première chose que l’on peut demander aux militants révolutionnaires communistes comme à tous les militants ouvriers et à tous les travailleurs qui veulent défendre consciemment leur classe et son avenir, comme celui de toute la société humaine.

Jamais cette dernière n’a été plus proche du gouffre justement parce que l’ancienne classe dominante capitaliste elle-même n’a jamais été aussi proche de sa fin historique.

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