Le Birobidjan Etat Juif de Staline !

Publié le par Bernard Gasnot

Le Birobidjan Etat Juif de Staline !


Savez-vous qu’il existe toujours en Russie une "Région Autonome Juive» ?
C'est avec le statut de terre d’accueil pour les Juifs que Staline la crée au début des années 30 (15 ans avant Israël). Au Birobidjan, à 8000 kilomètres de Moscou, dans les marécages de l’Orient sibérien, près de la frontière avec la Chine. Dix ans plus tard, on y compte 37000 Juifs et sa langue officielle est le yiddish !


Bienvenue chez les ... juifs du bout du monde
"L’Etat autonome juif du Birobidjan" (son nom officiel actuel) est loin : après un long voyage jusqu'à Moscou, correspondance interminable, puis, nouveau vol de 9 heures en ligne intérieure russe vers la frontière chinoise. Nouvelle correspondance à rallonge, puis, le si mythique transsibérien dans lequel, après 300 km de Taïga, on ne sait plus très bien où on est ni l’heure qu’il est.
Bienvenue chez les juifs du bout du monde... Le "Birobidjan Stern" est le quotidien local russe et Yiddish, le monument devant la gare est une immense Menora, la grande artère est l'avenue Chalom Halilem et les rues y sont nommés en yiddish, la Vodka y est explicitement "kacher"...
La Crimée ou le Birobidjan ?

L'idée de création d’un territoire juif en URSS remonte à la Révolution d'Octobre. Puis, avant que Staline n’impose centralisme et russification, le contexte des années 30 devient favorable à un certain fédéralisme et au développement des cultures nationales (ce qui contribue à ce que l’URSS ait malgré tout conservé sa diversité linguistique).


Le Birobidjan avait été créé après des tentatives d’établir un territoire juif notamment en Crimée où des communes agricoles juives s’étaient formées (jusqu’au génocide nazi) qui s'étaient heurtées à de fortes oppositions locales. (Au point que ce projet de "Région Juive de Crimée" encouragé après-guerre par les Juifs US, fut un des prétextes de la répression antisémite déclenchée par Staline de 1948 jusqu’à sa mort en 1953).
Les Motivations de Staline
Ne visant nullement la Palestine historique, le "Birobidjan des juifs", version soviétisée du sionisme consistait à former des territoires ethniques : comme la "Volga des allemands", "la Crimée des Tartares" ou la "Géorgie des Abkhazes". Différence majeure cependant : ces derniers exemples autonomisaient des natifs de leur terre sur leur terre alors que le Birobidjan n'avait aucun rapport avec les juifs.
Staline entendait-il, après l’émancipation des Juifs par la Révolution, créer une république juive pour satisfaire les aspirations nationalistes ? Visait-il à détourner de la Palestine l'attention de sa communauté juive. Voulait-il éloigner les juifs des centres de pouvoir? Ou en profitait-il pour peupler une région stratégique, aux frontières de la Chine?

Beaux débuts, mais sans suites...
Malgré des débuts difficiles, dans une région désertique de la Sibérie orientale, la région connut un certain développement économique ainsi qu'un essor culturel considérable à travers le yiddish. Les autorités s'efforcèrent d'y stimuler l'immigration juive en y proposant des plans de développement industriels avec gratuité du voyage. La langue yiddish redevint obligatoire dans les écoles avec une maison d'édition et un journal yiddish, le Birobidjan Stern.
Le Birobidjan juif fut étouffé dans l'œuf après la création d'Israël. Redoutant que la communauté juive ne se montre déloyale, Staline lança sa campagne visant à supprimer toute vie culturelle juive, qui culmina par la conspiration contre les médecins Juifs.
En 1958, Khrouchtchev déclara que "la tentative d'établir une république juive avait échoué les Juifs étant 'indisciplinés' et rétifs au travail coopératif".
Gorbatchev et sa 'Perestroïka' incitèrent fonctionnaires et militants juifs à ressusciter la spécificité juive de la région qui comptait encore 10000 juifs.
Le Birobidjan juif : bilan
Après l’implosion de l’URSS en 1991, ses habitants juifs émigrèrent, à l'exception de 7000 de ses 40000 juifs. La "Région Autonome Juive" du Birobidjan était l’un des 89 membres de la "Fédération de Russie", formée après la dislocation de l’URSS et avant le regroupement de "Régions" au nom de la «rationalité» économique (regroupement administratif qui fait penser aux propositions Balladur). Il existe encore une synagogue, des écriteaux en yiddish, une école juive et des associations juives.


Hormis un sursaut dans l'après-guerre, la région perdit ses juifs censés faire sa spécificité, au profit d’Israël, second (!) Etat juif du siècle... La comparaison avec Israël serait excessive : le Birobidjan n’est restée qu'une «autonomie» et sa population juive, limitée. Le yiddish ne constituait pas une base suffisante pour que l'on puisse fonder une identité juive, et le refus de l'hébreu niait la double nature d'Israël, peuple et religion.

Commenter cet article