L'histoire de James Forrestal

Publié le par Bernard Gasnot


James Forrestal (1892-1949), fut Secrétaire à la Marine pendant la Seconde Guerre mondiale, puis Secrétaire à la Défense entre septembre 1947 et mars 1949, pendant une période particulièrement critique.

Convaincu que la création d’un Etat juif en Palestine allait contre les intérêts américains et occidentaux, il s’opposa fermement aux menées sionistes. Dans l’une de ses rares déclarations sur le sujet, il exposa sa position ainsi :
« Si nous voulons sauvegarder la civilisation occidentale dans cette crise, les flottes britannique et américaine doivent avoir le libre accès au pétrole du Proche-Orient. C’est un fait, aussi déplaisant qu’il puisse être… Je suis intéressé à la justice en Palestine, mais cet intérêt doit rester secondaire par rapport à mon intérêt primordial, qui est la protection de l’Amérique et de l’Occident contre la plus grave menace [l’URSS] que nous n’avons jamais connue. Aucune minorité n’a le droit de mettre cette nation en danger pour son propre intérêt égoïste. » (cité par Cornell Simpson)

Le 3 février 1948, il rencontra le fils de F.D. Roosevelt, qui lui fit part de son appui résolu à la création d’un Etat juif. Dans les fragments de son Journal (publiés en 1951), Forrestal note :
« Je lui ai fait remarquer que les Nations Unies n’avaient encore pris aucune ‘décision’, que c’était seulement une recommandation de l’Assemblée Générale, que toute imposition de cette ‘décision’ par les Etats-Unis entraîneraient probablement une mobilisation partielle, et que je pensais que les méthodes qui avaient été utilisées par les gens en-dehors de la branche exécutive du gouvernement pour user de la coercition et de la contrainte contre d’autres nations à l’Assemblée Générale confinaient au scandale. (…) Il n’a pas fait de menaces mais m’a dit très clairement que les éléments [sionistes] les plus zélés avaient la conviction que je tentais de bouleverser la politique du gouvernement sur la Palestine. »

Le même jour, il rencontra le puissant financier juif Bernard Baruch, qui fut un homme-clé dans les administrations Roosevelt et Truman. Forrestal note :
« Il commença à me conseiller de ne pas être actif dans cette question particulière et que j’étais déjà identifié, à un degré qui n’était pas dans mon propre intérêt, à l’opposition à la politique des Nations Unies en Palestine. Il me dit qu’il n’approuvait pas toutes les actions des sionistes en Palestine, mais à la phrase suivante il dit que le Parti démocrate ne pouvait que perdre en tentant d’inverser la politique de notre gouvernement, et que c’était une chose très injuste de laisser les Britanniques armer les Arabes et de ne pas nous-mêmes fournir un équipement similaire aux Juifs. »

Autres extraits :
« Les Juifs ont déclenché une propagande très vigoureuse pour forcer la main du Président. » (Journal, entrée du 26 juillet 1946) « Il est tout-à-fait regrettable que la politique étrangère de notre pays puisse être déterminée par l’apport d’un groupement d’intérêts privés aux fonds du parti. »
(entrée du 3 décembre 1947)

Forrestal continua à s’opposer au sionisme, et les problèmes commencèrent pour lui. Une campagne de presse sans précédent fut déclenchée contre lui, menée par deux journalistes (l’un procommuniste et l’autre anticommuniste, mais tous deux pro-sionistes). La campagne dura plus d’un an, visant à le faire passer pour un paranoïaque dangereux voyant des complots communistes partout, et pour un antisémite. Il fut en outre l’objet d’un grand nombre de lettres de menaces. Lui-même avait la conviction d’avoir été mis sous écoute, et d’être sous la surveillance constante d’agents sionistes. Il pensait aussi qu’il y avait des pressions sur Truman pour l’écarter de son poste.

De fait, il fut contraint à la démission le 28 mars 1949, officiellement pour « dépression mentale» et fut envoyé (apparemment, contre son gré) à l’Hôpital Naval de Bethesda. Les visites furent sévèrement filtrées. Le 22 mai, alors que des témoins avaient vu Forrestal en très bonne forme et impatient de revenir aux affaires politiques, et alors que son frère avait enfin reçu la permission de le visiter, on annonça que l’ancien Secrétaire d’Etat s’était suicidé (provoquer) en se jetant du 16e étage. Le rapport médical fut publié très tardivement, et les circonstances du suicide étaient plus que suspectes (le « suicidé » avait un cordon serré autour du cou, la soi-disant « note de suicide » laissée par lui ne semblait pas être de sa main et des témoins avaient vu des débris de verre sur le lit).

Bien que l’Etat d’Israël ait été reconnu par les USA à ce moment, les ennemis de Forrestal avaient un intérêt vital à le faire disparaître. Il avait encore de l’influence, s’était autrefois intéressé de près à l’affaire de Pearl Harbour et connaissait de nombreux secrets sur les mandats de Roosevelt et Truman ; il avait l’intention d’acquérir un grand journal de presse et d’écrire un livre pour dénoncer les faits dont il avait été témoin. Il avait entretenu un volumineux Journal personnel de 3.000 pages, qui fut immédiatement confisqué par la Maison Blanche au moment de son hospitalisation ; seule une très petite partie du Journal fut publiée en 1951, après un filtrage sévère de la part de la Maison Blanche, du Pentagone et de l’éditeur lui-même (qui le publia de surcroît sous une forme très confuse) ; 80% du Journal n’a jamais été publié (on a cependant une bonne indication des opinions réelles de Forrestal, entre autres par les dizaines de lettres qu’il avait écrites à son ami le plus proche, Mgr. Sheehy.
Voilà donc comment finit le seul homme d’importance qui tenta de s’opposer à l’infiltration communiste dans le gouvernement américain, et à la création de l’Etat juif.

Son homologue britannique faillit bien connaître le même sort :
Ernest Bevin (1881-1951) fut ministre des Affaires Etrangères de Grande-Bretagne de 1945 à 1951, dans le gouvernement travailliste. Comme son homologue américain James Forrestal, Bevin s’opposa énergiquement aux pressions sionistes pour obtenir un Etat.
Sur le terrain en Palestine, les sionistes n’hésitaient pas à utiliser le nettoyage ethnique (avec l’approbation du « modéré » Ben Gourion) et le terrorisme, faisant sauter l’Hôtel King David et assassinant même l’envoyé des Nations Unies, le comte Bernadotte. Ils utilisèrent aussi tous les moyens pour faire pression sur les gouvernements occidentaux (et plus tard sur les délégués de l’ONU pour le vote sur la création de l’Etat d’Israël) – pots-de-vin, chantage, écoutes, campagnes de diffamation, menaces, intimidations, et sans doute plus.

En mars 2006, des documents déclassifiés des renseignements britanniques ont révélé qu’en 1946 et 1947 Ernest Bevin avait été visé par des tentatives d’assassinat venant de l’Irgoun (ou du groupe Stern, selon une autre version) ; ces tentatives furent déjouées par les services britanniques. Le Times a révélé ces faits le 5 mars 2006, mais l’article a été très vite retiré de son site et était écrit sous un pseudonyme (ce qui montre à quel point l’affaire est sensible, même soixante ans après).
La BBC a également révélé (9 mars 2006) que dès les années 1950 la Grande-Bretagne avait fourni une assistance (illégale) à Israël pour acquérir l’arme nucléaire, incluant de l’eau lourde et divers matériaux ; du plutonium fut fourni pour la première fois en 1966.
Bevin était tellement excédé par les pressions sionistes qu’en une occasion il déclara : « S’ils continuent à jouer des coudes pour passer les premiers, malgré tout ce qu’ils ont souffert, ils risquent de provoquer une nouvelle réaction antisémite » (conférence de presse, 1946). Cette déclaration souleva une tempête de protestations de la part des organisations juives.

Quant à Clement Attlee (1883-1967), Premier Ministre britannique à la même époque, il écrivit plus tard dans ses mémoires :
« La politique des Etats-Unis en Palestine était modelée par le vote juif et par les subventions de plusieurs grandes firmes juives. » (A Prime Minister Remember, 1961)
(Leader du parti travailliste, Attlee succéda à Churchill en 1945 ; c’est lui qui accorda l’indépendance à l’Inde en 1947).

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