Le Massacre de la Place Tiananmen (A la Demande de ses Majestés Sataniques)

Publié le par Bernard Gasnot

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Dans les années 1970, la jeunesse chinoise exprime sa soif de liberté et d'indépendance. Il le démontre lors du manifeste de Canton contre la Révolution culturelle en 1974 ou lors du Printemps de Pékin en 1978 et son Mur de la démocratie. Plusieurs mouvements semblables aux manifestations étudiantes se déroulent en 1983, 1985, puis au cours de l'hiver 1986-1987. Au-delà des demandes de réformes politiques, les principales revendications portent alors sur la liberté d'association (création de syndicats étudiants indépendants) et sur la transparence (notamment sur les revenus des cadres et de leur famille).

Les professeurs de l’enseignement supérieur, les intellectuels et les étudiants à réclamer la cinquième modernisation, celle de la démocratie et du multipartisme. La Chine a toujours eu un oeil sur ce que faisaient les soviétiques. Les intellectuels chinois sont influencés par la Glasnost mise en œuvre en URSS par Mikhail Gorbatchev. Les étudiants dénoncent l’insécurité qui règne sur les campus, le manque de débouchés et le népotisme en faveur des enfants des membres du Parti. Les enseignants regrettent de ne pas être mieux payés. Des pétitions circulent qui réclament la libération des prisonniers politiques. Vivement réprimées à l'origine, ces idées reçoivent, vers le milieu des années 1980, un accueil plus favorable de la part des réformistes proches du dirigeant de la République Populaire de Chine, Deng Xiaoping.

Mais deux lignes de pensée scindent le parti communiste chinois clairement. D'un côté Xiaoping veut libéraliser le système politique et économique et souhaite en particulier lancer les Quatre Modernisations (industrie, agriculture, sciences et technologies et défense nationale) et ouvrir le pays aux investissements étrangers tout cela a la demande des etats unis (Kissinger ami personnel de Freeman Milton).


De l'autre, face à la montée de l'inflation provoquée par la libéralisation des prix, les adversaires traditionnels de Deng Xiaoping, notamment l'économiste Chen Yun, prônent un arrêt des réformes, voire un retour au contrôle de l'État.

Quand Xiaoping nomme Li Peng comme Premier Ministre chinois en 1987, il nomme un allié de la pensée de Chen Yun. Il limoge aussi le secrétaire général du Parti communiste chinois, Hu Yaobang, un héros de la révolution culturelle, geste qui ne passe pas bien dans la population. Des manifestations spontanées ont lieu dans tout le pays (dont le déploiement est étouffé publiquement par le ministère de la propagande), contraignant le gouvernement à organiser en son honneur des funérailles nationales.

D'autres rassemblements spontanés se font de jour à la place Tiananmen, demandant la réhabilitation politique de Hu Yaobang. Un seul journal national en rend compte le lendemain. Le reste de la presse est muselé par le département de la Propagande.

L'ancien Premier Ministre Zhao Ziyang devient secrétaire général du Parti Communiste, il est, lui, en faveur des réformes.
La direction chinoise se trouve alors divisée entre deux factions : réformistes (avec Zhao) et conservateurs (avec Li). Les dissensions entre ces deux groupes jouent un rôle déterminant dans le mouvement de 1989.

La veille des funérailles officielles de Hu Yaobang, quelque 100 000 étudiants se dirigent vers la place Tiananmen, où ils s'installent avant qu'elle ne soit bouclée par la police. L'important rassemblement, interdit par les autorités, a lieu devant le monument aux héros du peuple. Une délégation demande à assister aux obsèques. Pendant ce temps à Pékin, ces rassemblements sont pacifiques, mais apparaissent des slogans réclamant une réforme politique. Le même jour, des manifestations dégénèrent en province.

Fin avril 1989, toute nouvelle manifestation est interdite. Les étudiants refusent la tutelle des associations universitaires qui sont entre les mains du Parti communiste chinois, fondent leur propre association autonome et se choisissent des représentants. Les jours suivants, de grandes manifestations ont lieu à Pékin. Le 27 avril, elles rassemblent quelque 50 000 personnes.

On dénonce progressivement un ras-le-bol généralisé. La corruption, les inégalités sociales, l'Inflation, l'absence de libertés, le luxe dans lequel vivent les cadres du Parti Communiste, le népotisme, l’écœurement est totale.

Le 4 mai, la manifestation commémorative du Mouvement du 4 mai se mêle à celle des étudiants et se déroule dans le calme et la bonne humeur. D’autres grandes manifestations s'organisent dans les grandes villes du pays comme Urumqi, Shanghai et Chongqing. Plus tard, le mouvement touche Hong Kong, Taïwan et les communautés de la diaspora chinoise en Amérique du Nord et en Europe.

Le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev doit effectuer à Pékin sa première visite en tant que chef d'État, ce déplacement entraîne la présence de nombreux journalistes étrangers venus couvrir le moment historique. Ça déplait souverainement à la Chine qui ne veut pas trop de témoins de son désordre civil. La visite tourne court. Gorbatchev doit être escorté par des chemins détournés pour éviter qu'il ne voie les manifestations. Le 12 mai, les étudiants entament une grève de la faim illimitée sur la place Tiananmen, grève qui finira par affecter plus de 1000 personnes.

Cette décision marque un tournant décisif dans l'histoire des manifestations de 1989.

Conséquemment, l'appui d'une large partie de la population s'opère. À Pékin, des manifestations de soutien, regroupant des étudiants, des ouvriers, des cadres et même parfois des policiers, ont lieu presque tous les jours, réunissant, à partir du 15 mai, plusieurs centaines de milliers de personnes.

En raison de la visite de Gorbatchev, les médias étrangers sont très présents et en grand nombre et leur couverture des manifestations est exhaustive. Elle ne peut pas être bâillonnée par le ministère de la propagande chinoise. De façon générale, la presse étrangère est aussi favorable aux manifestants.

À l'intérieur du parti, on est divisé sur les méthodes à prendre, comme montré plus haut, certains sont en faveur des réformes, surtout en ce qui concerne la corruption. Le gouvernement ne sait ni avec qui négocier, ni sur quelles revendications discuter. La paralysie est totale. La confusion et l'indécision des manifestants trouvent leur corollaire dans celles du gouvernement, ce que relaient les médias officiels.

Zhao Ziyang penche fortement pour une approche en douceur, tandis que Li Peng plaide plutôt en faveur de la répression.
Les sages du parti estiment que de longues manifestations représentent une menace pour la stabilité du pays. Les manifestants sont perçus comme des partisans du libéralisme bourgeois qui tire les ficelles en coulisses, et certains éléments au sein du Parti se voient, eux, accusés de poursuivre des ambitions personnelles.

Les médias chinois ont une occasion très rare de diffuser des actualités sans censure. La plupart des médias d'actualité sont libres d'écrire et de rendre compte de ce qui se passe à leur guise, en raison de l'absence de contrôle des gouvernements centraux et locaux. Les nouvelles se propagent rapidement à travers le pays et à travers le monde.

À Hong Kong, le 27 mai 1989, plus de 300 000 personnes se rendent à l'hippodrome de Happy Valley pour un rassemblement appelé Chansons Démocratiques Consacrées à la Chine. De nombreuses célébrités de Hong Kong y chantent et expriment leur soutien aux étudiants de Pékin. Le

lendemain, 1,5 million de personnes, soit le quart de la population avec, à leur tête, Martin Lee, Szeto Wah et d'autres leaders, défilent à travers la ville. Partout dans le monde, notamment lorsque s'y trouve une communauté chinoise, rassemblements et protestations sont organisés. De nombreux gouvernements, comme ceux des États-Unis et du Japon, sentant la tension monter, émettent des avertissements recommandant à leurs ressortissants de ne pas se rendre en République populaire de Chine.

Zhao Ziyang, favorable à un règlement négocié du conflit, est mis en minorité par les partisans d'une ligne dure, menés par Li Peng avec le soutien désormais de Deng Xiaoping. Celui-ci, choqué du désordre de son pays, signe l'ordre de loi martiale. Un haut gradé de l'armée, refusant de suivre cet ordre, est défait de son rang et envoyé à l'hôpital pour "retrouver sa santé". 8 autres généraux manifestent leur opposition à la loi martiale mais ne parviennent pas à l'empêcher.

Zhao Ziyang est immédiatement limogé et placé en résidence surveillée où il restera jusqu'à sa mort. À Pékin, les étudiants demeurent sur la place et dressent des barrages aux portes de la ville. Environ 200 000 militaires sont transférés, depuis l'état de siège, dans la région de Pékin devant l'impuissance de la police armée du peuple à juguler les manifestations.

Alors que la rumeur se répand selon laquelle des centaines de milliers de soldats se rapprochent des quatre coins de la ville, les Pékinois envahissent les rues pour leur barrer la route. Les manifestants hurlent à l'encontre des soldats et certains leur jettent des pierres. Une colonne de véhicules est incendiée alors qu'elle tente de briser les barricades. Puis les soldats commencent à tirer à balles réelles sur les manifestants. Certaines personnes sont touchées dans leurs appartements. Les batailles sont sanglantes, l'armée tire à l'aveugle et les manifestants font de même, extripant des officiers des voitures ou des chars d'assaut et les tuant sur place. Les divisions de la société chinoise n'épargnent pas l'armée, certaines factions armées veulent exterminer les manifestants, d'autres souhaitent se retirer pacifiquement.


Bien qu'ayant l'ordre de ne pas tirer, l'armée fonce et tue. On offre à certains étudiants de quitter les lieux pacifiquement, mais une fois les étudiants piégés dans l'autobus, on les matraque, les mutile, les torture. Le mouvement étudiant est également réprimé en province et une purge sévère est menée dans tout le pays.

À 5 h 40 le 4 juin, la place est vidée. Le matin du 5 juin, des manifestants tentent de pénétrer sur la place qui reste interdite et sont abattus par les soldats leur tirant dans le dos lorsqu'ils prennent la fuite. Ceci se produit à plusieurs reprises. C'est la chasse à l'étudiant chinois. Le rebelle inconnu immortalise en images un des plus importants moments visuels du 20ème siècle. Certains disent qu'il aurait été exécuté 14 jours plus tard, d'autres disent qu'il est toujours vivant et se cache en Chine continentale. La vérité est morte depuis longtemps en Chine.

S'ensuit une purge politique au cours de laquelle des fonctionnaires ayant organisé ou toléré les manifestations sont démis de leurs fonctions, et les dirigeants étudiants emprisonnés. Selon Amnistie Internationale, au moins 300 personnes ont été tuées le 5 juin dans la ville de Chengdu. Là-bas, les troupes utilisent contre les civils des grenades assourdissantes, des matraques, des couteaux et des aiguillons électriques destinés au bétail. Les hôpitaux ont ordre de ne pas accepter les étudiants et, la seconde nuit, le service ambulancier est arrêté par la police.


L'explication officielle donnée par le gouvernement est que la majorité des manifestants étaient des criminels et des voyous, sans lien avec les étudiants, et que l’armée est intervenue pour sauver le socialisme en Chine. Selon d'autres sources, ce sont en majorité de jeunes étudiants qui ont participé au mouvement. Le fait qu'un nombre important d'étudiants aient été arrêtés dans les jours suivant les évènements du 4 juin semble corroborer cette dernière thèse.

La première thèse était vraie en périphérie de Tiananmen, la seconde est vraie à Place Tiananmen. On a brûlé les cadavres rapidement afin d'effacer le plus de preuves possible ce qui rend le nombre de morts difficiles, avec le ministère de la propagande faisait aussi de l'obstruction, dur à évaluer.

On estime quand même que près de cinquante soldats et policiers ont été tués, ainsi que de 400 à 800 civils.

Se concentrer sur les décès de la place Tiananmen ne donne pas, en soi, une image exacte du carnage et du nombre global de civils sans armes ayant été visés par une armée toute équipée. Il y a un proverbe chinois qui dit que le manteau de la vérité est souvent doublé du mensonge.

Il y en a un autre espagnol qui dit La mémoire, c'est comme les amis ; elle vous laisse souvent tomber au moment où vous en avez le plus besoin.

Le massacre prenait fin aujourd'hui il y a 24 ans.

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