Le bon parcours de Thomas Fabius

Publié le par Bernard Gasnot

Thomas Fabius, le fils du ministre français des Affaires étrangères, fait de nouveau la une des journaux. Après l'émission d'un mandat d'arrêt aux Etats-Unis, pour des chèques en bois laissés dans les casinos américains, le fils de Laurent Fabius, a été placé en garde à vue en France mardi 15 décembre dans le cadre d’une enquête pour faux, escroquerie et blanchiment. L’occasion de retracer le parcours judiciaire du jeune homme de 34 ans.

7 millions cash pour un appartement

En 2013, sur signalement de Tracfin, la cellule anti-blanchiment du ministère des Finances, une enquête pour « faux » et « blanchiment d’argent » est ouverte à l’encontre de Thomas Fabius. Le jeune homme a en effet acheté un appartement de 285 m2 en plein Paris pour la modique somme de 7,5 millions. La justice s’intéresse de près aux conditions de cette acquisition de la part d’un homme qui n’est même pas imposable. C’est la première fois que Thomas Fabius est entendu dans cette affaire par les enquêteurs de l’office central de répression de la grande délinquance financière de la direction centrale de la police judiciaire.

Nuit de folie dans un casino de Las Vegas

Alors que son père s’apprête à être nommé ministre des Affaires étrangères de François Hollande, le 16 mai 2012, Thomas Fabius est à Las Vegas, écumant les casinos, avec de faux chèques en poche. Utilisant un chéquier de la banque italienne Banca Monte dei Paschi di Siena, il a libellé trois chèques à l’ordre de l’hôtel de luxe-casino The Palazzo : un de 200.000 dollars, un de 409.000 dollars et le troisième d’un million de dollars. À l’Aria Resort & Casino, un autre complexe offrant des jeux et des chambres luxueuses, le passionné de la roulette a remis cinq chèques, en sortant cette fois un carnet de la Société Générale : deux chèques de 300.000 dollars, deux chèques de 100.000 dollars et un dernier de 200.000 dollars. Enfin, au casino Cosmopolitan of Las Vegas, Thomas Fabius a laissé un chèque de 900.000 dollars, « sachant que le chèque ne serait pas encaissé quand il serait présenté », a relevé la plainte officielle. Préjudice total : 3,5 millions de dollars. Résultat : la justice américaine diffuse un mandat d’arrêt visant le fils Fabius et des poursuites « Etat du Nevada contre Thomas Emmanuel Fabius » sont officiellement engagées. S’il remet les pieds aux Etats-Unis, le joueur invétéré, déjà interdit de casinos en France, passera illico par la case prison.

Barrage policier forcé

Alors qu’un incendie est en cours rue Constantine dans le 7e arrondissement le 9 juillet 2014, un périmètre de sécurité est mis en place par les policiers. Ce qui n’est pas du goût de Thomas Fabius qui, au volant de sa berline, refuse de suivre les consignes. Il est interpellé quelques minutes plus tard, puis conduit au commissariat. Pour finalement ressortir libre, après, attention rare, avoir pu passer un coup de fil à son avocat.

Abus de confiance

En 2011, il a été condamné à 15.000 euros d’amende pour abus de confiance après la plainte de deux ex-associés. Ces deux hommes avaient fait affaire avec Thomas Fabius pour développer un système de carte à puces en Afrique. Ils avaient avancé de grosses sommes d’argent qui auraient disparu et les deux hommes l’accusent d’avoir utilisé cet argent… pour jouer dans les casinos. Une de ses passions… qui l’amène à être interdit de jeu dans les casinos français. Le fils de l’ex-Premier ministre a choisi de plaider coupable pour éviter la prison.

Les seuls soucis des Fabius viennent de son fils Thomas, né en 1981, un joueur invétéré aujourd'hui interdit de casino». Un des proches de Laurent Fabius, cité par le JDD mi-avril dans un article sur le patrimoine du ministre des Affaires étrangères, avait vu juste. Thomas Fabius était visé par une enquête préliminaire sur les conditions d’achat d’un appartement de 280 m2 à Paris pour la somme de 7 millions d’euros, alors qu’il ne paie pas l’impôt sur la fortune (ISF). Une transaction qui a fait l’objet d’un signalement de Tracfin en juin dernier. Immédiatement, le cabinet de Laurent Fabius a fait savoir que le ministre n’était «en rien concerné par les affaires de Thomas Fabius», ajoutant que Fabius junior «n’a bénéficié d’aucune donation ou héritage familial».

Le fils aîné du ministre, âgé de 32 ans, n’en est pas à sa première incursion dans la rubrique justice. En 2011, il a été condamné à 15.000 euros d’amende pour abus de confiance après la plainte de deux ex-associés. Ces deux hommes avaient fait affaire avec Thomas Fabius pour développer un système de carte à puces et auraient fourni de l’argent, dont ils soupçonnent qu’il aurait pu servir son amour du jeu au casino. Un amour immodéré qui l’amène à être interdit de jeu dans les casinos français.

Un autodidacte accro au jeu qui a été GO au club Med

Un premier accroc pour ce jeune homme au parcours atypique. Le bac à 16 ans, Thomas Fabius semble suivre le chemin brillant de son père sur le plan des études. Mais au bout de deux ans de prépas HEC, il échoue au concours de la prestigieuse école de commerce.

En tant que prof de tennis. Le jeune homme est ambitieux, il apprendra sur le tas. Il se fait embaucher par le groupe Accor «où il est passé en quatre ans de la plonge aux ventes», . Il a notamment été le gérant-adjoint du plus grand Novotel d’Europe, à Bagnolet. Puis il co-fonde une chaîne de crèches d’entreprises, People and Baby, en 2004, à 24 ans, Interrogé à l’époque, Thomas Fabius déclarait notamment, au sujet de son nom: «Pour décrocher un marché, il ne suffit pas de porter un patronyme connu. C'est la compétence qui prime. Mais mon nom est un avantage comparatif. D'abord, il suscite la curiosité de mes clients potentiels et m'ouvre des portes. Et puis, ma société bénéficie d'une énorme couverture médiatique. C'est le bon côté du statut d'"enfant de": si vous faites quelque chose de votre vie et si vous n'êtes pas totalement antipathique, on parle de vous! Le mauvais côté, c'est que je resterai un "fils de" tant que je ne me serai pas forgé ma propre légitimité...»

Saint-Tropez’, le Fouquet’s et une ex-miss France

Il quitte pourtant cette société deux ans plus tard pour ouvrir sa société de conseil TF Conseils, société sur laquelle il dit avoir garanti son emprunt pour l’achat de l’appartement, même l’aventure n’est pas une franche réussite. Les comptes de l’entreprise montrent qu’il ne se verse ni salaire ni dividende.

Un brin dandy, toujours tiré à quatre épingles, il s’affiche souvent au bras de jolies femmes, dont une ex-miss France et, passe ses vacances à Saint-Tropez’ et déjeune souvent au Fouquet’s. Une incursion dans le people qui amène ce touche-à-tout à s’essayer à la télévision lorsqu’il devient chroniqueur dans l’émission de Benjamin Castaldi «Langues de Vip» sur TF1 en 2006. Une brève expérience puisque l’émission s’arrête rapidement faute d’audience.

Thomas Fabius a de nouveau fait parler de lui à la rubrique faits divers à la fin de l’année 2012 lorsqu’une source judiciaire a indiqué qu’il était visé par une enquête préliminaire pour «tentative d'escroquerie et faux» à la suite d'une plainte. C’est d’ailleurs cette affaire qui a amené, selon Europe 1, les enquêteurs à s’intéresser de près aux comptes du fils du ministre. Il aurait laissé en gage dans un casino marocain une fausse montre de valeur, ce qui a poussé l’établissement à porter plainte.

Il a passé douze heures en garde à vue et en est ressorti libre mardi. Thomas Fabius a quitté dans la nuit de mardi à mercredi les locaux de l'Office central de répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) de la direction centrale de la police judiciaire, après avoir été auditionné sur son luxueux train de vie. Son luxueux appartement parisien a aussi été perquisitionné.

Le fils du ministre des Affaires étrangères n'en a pourtant pas fini avec la justice et devrait être entendu par un juge «dans les semaines qui viennent». Le parquet de Paris a ouvert en 2013visant, confiée aux juges d'instruction René Cros et Roger Le Loire. Les enquêteurs s'intéressent à d'importants mouvements de fonds qui pourraient avoir transité sur les comptes de Thomas Fabius et à l'acquisition d'un appartement en 2012 pour sept millions d'euros. Cette transaction avait fait l'objet d'un signalement de la cellule anti blanchiment de Bercy, Tracfin.

Un appartement financé en partie par le jeu, selon lui

L'appartement de près de 300 m2, situé boulevard Saint-Germain en plein coeur de Paris, a été perquisitionné mardi matin. C'est la première fois que Thomas Fabius, 34 ans, est entendu dans cette affaire. «Cela fait quatre ans qu'il attendait ce moment», a affirmé son avocat, ajoutant que son client avait «pu s'expliquer de manière complète et détaillée», «déterminé à faire reconnaître son innocence et à mettre fin à quatre ans de mises en cause injustifiées».

Concernant son appartement, Thomas Fabius, client assidu des casinos, «a toujours assuré que ce bien était en partie financé par des gains issus du jeu et en partie par un emprunt bancaire», selon une source proche du dossier.

L'enquête avait démarré fin 2011 par une plainte de la Société générale qui l'accusait d'avoir édité un faux mail alors qu'il se trouvait au Maroc. «D'après cette plainte, le courriel avait été prétendument rédigé par son conseiller bancaire et laissait croire à un casino marocain que Thomas Fabius allait être prochainement destinataire de 200.000 euros», selon une source proche de l'enquête.

Thomas Fabius est également visé par un mandat d'arrêt délivré fin octobre par le procureur du Nevada aux États-Unis. Il est accusé d'avoir rédigé des chèques en bois d'un montant total de plus de 3,5 millions de dollars (3,2 millions d'euros) dans plusieurs casinos de Las Vegas, à la mi-2012.

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