La société Fabienne

Publié le par Bernard Gasnot

La société fabienne s’investit en France

Le jeudi 22 février 2007 fera date : pour la première fois dans l’Histoire contemporaine, la Société fabienne a fait irruption en France sous l’appellation d’École d’Économie de Paris.

Elle s’est installée au 48 boulevard Jourdan dans le XIV° arrondissement. elle est née « à l’inspiration de la London School of Economics (LES) », elle-même fondée à Londres le 4 janvier 1884 autour d’une dizaine d’écrivains, universitaires et chercheurs, dont les plus connus furent George Bernard Shaw, le couple Webb, Bertrand Russel et bientôt H.G. Wells et Aldous Huxley, personnalités célèbres d’un siècle finissant qui allait déboucher sur la Première Guerre mondiale et les utopies d’un socialisme qui n’empêcherait pas, vingt-cinq ans plus tard, la guerre de 1939-1945.

À la tête des utopistes se trouvaient la Société fabienne et son École d’Économie. , celle-ci se voulait « progressiste », mais il néglige de rappeler qu’Engels n’appréciait pas « cette clique de socialistes bourgeois » avide de nationaliser les moyens de production, sans un regard sur le sort de la classe ouvrière. Certes, un demi-siècle plus tard, les socialistes fabiens, qui avaient fait leur nid dans le giron des Travaillistes, allaient s’intéresser à la journée de travail de huit heures et aux assurances vieillesse et maladie comme au chômage. Cependant, dans le premier temps de leur développement, fondé sur une admiration sans bornes pour l’Union soviétique, leur problème prioritaire était de travailler avec leur « bureau colonial », autre pilier de leur entreprise de conversion du monde, à l’émancipation des colonies du Commonwealth, et d’essaimer dans tous les pays.

Il est surprenant de noter que l’inauguration de l’École d’Économie de Paris (dite P.S.E., pour Paris School of Economics) s’est placée sous la présidence de Dominique de Villepin, le Premier ministre de Jacques Chirac, diplômé des Hautes Études Commerciales, mais dont on oublie souvent qu’il est un ancien de la Harvard Business School, ce qui indique une formation internationaliste.

Le 22 février 2007, se pressait autour de Villepin l’encadrement de l’École. À savoir : Roger Guesnerie, professeur au Collège de France et désormais président de la P.S.E. ; Daniel Cohen et Antoine d’Autume, vice-présidents de la nouvelle institution ; Thomas Piketty, directeur d’Études qui sera secondé par Philippe Aghion.

Tous ces messieurs appartiennent au Cercle de la Pensée « À gauche et en Europe ». La tendance est donc affichée, sans que le Premier ministre ait montré la moindre réserve à propos de cette implantation en France d’une École, dont on se doit de rappeler les antécédents les plus marquants au cours du précédent siècle.

La question se pose en effet de savoir si ses enseignants en France feront appel à la permanence de la pensée et du militantisme fabiens de 1918 à 1990. Car, durant près d’un siècle, ses dirigeants ont ouvertement salué le collectivisme soviétique. Ils ont même proclamé durant les années 1930 dans leurs brochures et plusieurs ouvrages qu’une « nouvelle civilisation » était née en URSS, et assuré que la Nouvelle Constitution voulue par Staline en 1936 était « la plus démocratique du monde ».
L’Union soviétique et son empire ont implosé en 1989, mais, avec Vladimir Poutine, l’appareil du parti communiste et celui de l’Internationale ont été remplacés par celui des services secrets russes. Il y a donc continuité des anciennes méthodes grâce à la prise en main des moyens de production et de l’énergétique par des experts et techniciens hors pair, désormais autorisés à une gestion débarrassée des anciens contrôles idéologiques.

Se pointe une sorte d’impérialisme qu’on avait beau jeu hier de dénoncer du côté de la puissance américaine, et qui appelle des questions. La Société fabienne et ses Écoles maintiennent-elles leur idéologie du siècle passé et ses aspirations à un monde qui, finalement, était sous-direction totalitaire ?

Jamais ses dirigeants, Bernard Shaw et les Webb en tête, lorsqu’ils fréquentaient Staline et son entourage, n’ont eu un mot de compassion pour ceux que le NKVD puis le KGB conduisaient au Goulag. Jamais ils n’ont blâmé les purges qui frappaient les communistes autant que les citoyens russes, notamment de 1934 à 1938 et encore après 1945. Une question encore : les dirigeants de la P.S.E. aborderont-ils ces sujets, puisqu’après tout le Goulag était au service de l’Économie de l’URSS, avant d’être ensuite étendue à son empire satellite ?

De puissants appuis financiers

Venus de six Instituts de recherche et de quatre des plus grandes Écoles et Universités de France, 350 professeurs sont prêts à prodiguer leur savoir aux élèves de la Paris School of Economics. Le financement de l’opération est à la fois puissant et très étrange. L’État chiraquien s’avance avec vingt millions d’euros, comme s’il s’agissait d’une entreprise française. Or elle ne l’est pas. Elle est européiste dans le cadre d’un mondialisme qui n’ose pas s’afficher. Un million provient de la multinationale d’assurance AXA ; un million d’EXANE et de son PDG Nicolas Chanut ; autant de la Fondation de droit américain, l’American Foundation, dont le président pour la France est Georges de Ménil, depuis 1978 directeur d’études à l’École normale supérieure.

Ménil est l’héritier de la dynastie industrielle Schlumberger, donc dans le droit fil du mondialisme qu’affichaient les frères Schlumberger, tel Jean qui en mai 1951 dans Le Figaro saluait en éditorial le ralliement au pool Charbon-Acier voulu par Jean Monnet et Felix Stoessinger. « C’est l’amorce, signalait Schlumberger, d’une organisation qui, s’étendant progressivement à toute l’Europe occidentale, peut en faire – à l’image du Commonwealth anglais, de l’Union américaine, de l’Union soviétique et de l’Extrême-Orient sino-japonais – un cinquième groupe ayant en lui-même son propre équilibre. »
Autrement dit, comme Jean Monnet, le comte nippo-autrichien Coudenhove-Kalergi et son mouvement pan-européen, et toute une coterie de politiciens, Jean Schlumberger reprenait la Proposition 592 du Pacte synarchique d’Empire, lequel préconisait d’instaurer dans le monde en gestation dans les années 1920 à 1930 la création de « cinq grandes Fédérations impériales : la Société mineure des nations britanniques ; la Société mineure des nations pan-américaines ; la Société mineure des nations pan-eurasiennes de l’URSS ; la Société mineure des nations eurafricaines ; la Société mineure des nations pan-asiatiques ». « Mais, ajoutait Schlumberger, l’époque n’est pas encore mùre où un Parlement de toutes les nations du globe pourra efficacement dominer les innombrables conflits des intérêts opposés. »

En novembre 1959 cependant, David Rockefeller allait déclarer dans une allocution publique que le moment était venu de « l’unité pan-américaine ». Et les socialistes fabiens d’Angleterre et des États-Unis attendaient, selon leurs vœux exprimés en juin 1940 lorsqu’ils avaient reçu Charles de Gaulle dans leur locaux, de voir se concrétiser sa promesse de décoloniser un jour, à commencer par le Maghreb. Aujourd’hui, un des héritiers Rockefeller se retrouve au chevet du financement de la P.S.E….

L’École Normale Supérieure, l’École nationale des Ponts-et-Chaussées, l’Institut national d’Agronomie, l’École des Hautes Études, l’Université Paris I, le CNRS cautionnent l’École du boulevard Jourdan. Iront-ils jusqu’à « cotiser » pour aider la nouvelle entreprise ? L’équivoque demeure. On nous assure que les Ponts-et-Chaussée sont à court d’argent et, de ce fait, doivent vendre certains de leurs biens immobiliers. Un paquet d’euros de ces ventes dérivera-t-il vers la P.S.E. ? On attend de voir.

Un Conseil scientifique de seize personnalités – treize enseignent actuellement à Oxford, Cambridge, Harvard, Princeton – s’aviseront de sélectionner les premiers projets de recherche de la P.S.E., laquelle devrait compter près de 700 élèves d’ici deux ou trois ans. Pour le moment l’impulsion vient du cercle de pensée « À gauche et en Europe ».

Son animateur est l’économiste socialiste Dominique Strauss-Kahn, d’abord candidat potentiel aux élections présidentielles, mais qui s’est effacé derrière Ségolène Royal. Il appartient depuis des années à l’organisation à vocation mondialiste, la Trilatérale.

Puisqu’il est question de financement, citons deux éminents et puissants donateurs qui, autrefois, ont dévolu une part de leur fortune à la société fabienne ; sir Ernest Cassel, décédé en 1921, d’origine juive, ami intime du roi Edouard VII et de Winston Churchill. C’est William Beveridge (père de l’actuel service de la Sécurité sociale britannique) qui a révélé l’apport financier de Cassel. Grâce aux chercheurs A. et H. Ontrup, on sait qu’il a permis de rémunérer au moins huit professeurs de la London School of Economics, pendant plusieurs années. L’autre donateur fut John Rockefeller (1874-1960), dont les cinq fils ont perpétué la tradition familiale. Rien qu’en 1934, un million de dollars de l’époque alla dans les caisses de la L.S.E.

Maxime Litvinov au chevet des Fabiens

Un des premiers à féliciter les Webb lorsqu’en 1933 les États-Unis reconnurent l’Union soviétique, et nouèrent avec elle des relations diplomatiques, s’appelait Maxime Litvinov (né Finkelstein). C’est que Litvinov avait vécu en exil en Grande-Bretagne et, qu’avec sa femme britannique née Ivy Low, il avait alors noué d’amicales relations avec les Webb dès les années 1900. Il s’était passionné pour la Société fabienne, dont ses amis animaient les premiers cercles.

La révolution bolchevique triomphant, Litvinov avait intégré en 1919 le cadre des Affaires étrangères soviétiques, et en fut ministre jusqu’en 1939. La conséquence fut que les noyaux fabiens qui essaimaient déjà aux États-Unis (à l’initiative notamment d’Eleanor, une des filles de Marx) furent aussitôt infiltrés par des « observateurs » qui étaient en fait aux ordres de Felix Djerzinski, le maître de la Tchéka. Litvinov avait averti celui-ci de l’intérêt qu’il y aurait à suivre les développements de la Société fabienne.

Nul ne doit s’étonner dès lors que des espions soviétiques aient été découverts à partir de la fin des années 1920 et surtout dans les années trente à Cambridge, Oxford et autres universités ; puis, plus tard aux États-Unis, à Harvard, Princeton, Yale et autres sommets de l’intelligentsia nord-américaine. Mais Scotland Yard et le FBI réagissaient mollement. Les premiers scandales furent étouffés tant parce que les taupes démasquées occupaient déjà des postes influents ou couvraient leurs activités de relations haut placées.
Le meilleur exemple est la façon dont fut traitée l’affaire Anthony Blunt, le quatrième homme du réseau dit des Magnificent Five, c’est-à -dire du groupe Philby-Burgess-Mac Lean-Cairncrow. Blunt avoua son rôle au service de l’URSS depuis les années trente, mais étant un conseiller de la reine Elisabeth, il fut laissé en liberté jusqu’à sa mort, sans que son passé ait été jamais évoqué.

Edouard Bernstein, un des théoriciens « déviationnistes » selon le pouvoir stalinien, avait dit un jour que « les fabiens devaient être les jésuites du socialisme ». G.D.H. Cole, président de la Société fabienne de 1939 à 1946, partageait ce point de vue. Il poussait même la Société à devenir le vecteur du socialisme déjà mondialiste. Alors que le monde était ébranlé par le pacte germano-soviétique, il écrivait que les fabiens devaient se montrer favorables « à toutes les formes de socialisme, car tant les partis sociaux-démocrates, les travaillistes et autres en Europe et dans le Nouveau Monde que le communisme en Russie ainsi que divers groupes minoritaires ailleurs n’ont aucune divergence sur les objectifs, mais seulement sur les méthodes pour les atteindre ». Staline réfutait ce point de vue, mais les tchékistes du NKVD et leurs élèves suivaient de près l’évolution fabienne, bien décidés à en exploiter les développements.

Sydney Webb, agent de Moscou

Durant les dernières années trente, les Webb et G.B. Shaw séjournaient fréquemment en URSS, sous la protection du cabinet privé de Staline. Ainsi Sidney Webb entra dans le jeu soviétique jusqu’à devenir le porte-plume d’un colonel de l’armée rouge camouflé dans le ministère que quittait Litvinov pour laisser la place à Molotov. Or, de 1932 à 1936, non seulement les purges décimèrent l’armature du parti communiste, exécutions et déportations à la clef, mais la famine ravageait l’Ukraine. En deux ans, plus de six millions et demi d’hommes, femmes et enfants moururent de faim. Le fait est aujourd’hui connu. Des films sortis clandestinement d’URSS en 1990 le prouvent, mais la télévision française dédaigna à l’époque de les diffuser.
Sidney Webb refusait de faire état dans ses écrits des massacres perpétrés en Union soviétique comme de la famine due en Ukraine tant à la volonté de Staline d’exporter la totalité du blé ukrainien qu’à la négligence et l’incompétence des gérants de sovkhozes et de kolkhozes. Il refusait de dénoncer les crimes de la Tchéka. Pire, en 1935, une année électorale en Grande-Bretagne, il retarda de plusieurs mois la parution d’une Encyclopédie afin de remanier tous les passages qui parlaient de la situation en Ukraine. En consultant l’index relatif à cette période, au mot « famine » est accolé le mot « alleged », c’est-à -dire « prétendue »…

La clef de l’histoire n’a été connue que bien plus tard

à l’occasion de la comparution devant la commission judiciaire du sénat américain, le 7 avril 1952, d’un certain colonel I.M. Bogolepov. Il s’agissait d’un transfuge qui, racontant sa vie dans la période 1932-1935, déclara qu’il était l’auteur d’une partie des écrits de Webb, notamment ceux relatifs à la situation en Ukraine. Il précisa même qu’il avait aussi rédigé les passages où était évoquée l’existence des prisonniers politiques : certes, ils existaient, « mais ils étaient humainement traités ».

La phalange fabienne en France

On est en droit de demander aux fabiens de France qui ont installé une université destinée à former des centaines d’élèves, et avant que ceux-ci prennent pied dans nos administrations et ministères, s’ils avoueront qu’au siècle dernier leurs pairs ont trompé leurs élèves, voire ont été agents du NKVD, puis du KGB. S’ils s’en abstiennent, l’École d’Économie de Paris ne risquerait-elle pas alors de servir de couverture à une subversion étrangère ? Nous sommes certes sortis de la « guerre froide », mais même après sa mue, un serpent reste un serpent. Que l’appareil du KGB se soit substitué à celui du parti communiste, que l’économie de la Russie soit en plein essor n’empêche pas que Moscou reste Moscou, et ne cache pas ses ambitions impérialistes.


Parmi les socialistes fabiens qui fréquentaient dans les années 1970 l’Institut socialiste d’Études et de Recherches installé 10 boulevard Poissonnière à Paris, on notait Jean-Pierre Cot, Pierre Joxe, Louis Mermaz, Gérard Fuchs, etc. Et au conseil d’administration de ce foyer de fabiens de France figuraient Emmanuel Leroy-Ladurie, le sociologue René Dumont, l’avocat du PCf Leo Matarasso, Robert Badinter et Georges Shapiro.

De leur groupe sont issus MM. Merle (chef de cabinet du ministre du Plan) et Maclouf (du ministère de la Solidarité). Ils assistèrent à Londres à un déjeuner avec les dirigeants fabiens britanniques, pour évaluer la première année de l’exercice au pouvoir du gouvernement Mitterrand. C’est alors, à Londres, que le « tournant » socialiste de 1983 fut décidé avec ses changements de personnel, dont la mise à l’écart des ministres communistes.


Le pragmatisme, pour ne pas dire l’opportunisme, sont une des caractéristiques de la Société fabienne, ce que Moscou sait aussi bien aujourd’hui qu’hier… et surtout comment utiliser cet assouplissement des dogmes.

Origines et perspectives de ce partenariat transatlantique

Mais les évolutions de la construction européenne ne sont pas tout. Elles ne constituent qu’une étape et qu’un secteur des projets mondialistes. L’importance donnée à l’Afrique du Nord et au Proche/Moyen-Orient dans le partenariat transatlantique s’inscrit dans une vaste politique dont les objectifs suprêmes aboutissent à la gouvernance mondiale. Ceci passe obligatoirement par un remodelage profond (politique, économique, …) du monde islamique et le point de passage s’appelle la Turquie. Lors du colloque de la Fondation Bertelsmann, Joschka Fischer l’a rappelé d’une manière très nette : « Laissez-moi décrire les perspectives d’avenir. Si la Turquie réussit à instaurer avec une population majoritairement musulmane et en accord avec les critères de Copenhague – à l’instar d’un pays européen – les droits de l’homme où majorité et minorité sont respectées tout en faisant valoir les principes démocratiques et d’Etat de droit ; alors cela aurait une influence très grande sur la stabilité de l’ensemble de la région. Cela donnerait des perspectives de réformes au monde islamique et avant tout à toutes les régions voisines du Proche-Orient. Cette démocratisation de la Turquie serait un signal fort qui permettrait de démontrer que l’empreinte islamique et une société moderne et éclairée au sein d’un même Etat ne sont pas incompatibles »

Ces propos révélateurs soulignent les efforts que l’Allemagne déploie, en liaison avec les Etats-Unis, pour favoriser l’intégration de la Sublime Porte dans l’UE. En dehors du discours de Bertie Ahern, dont la teneur essentielle n’a été que d’appeler de ses voeux la réussite du projet de Constitution de Valéry Giscard d’Estaing ainsi que le renforcement du lien transatlantique, il n’a pas été possible d’obtenir les textes et propos tenus par les nombreux intervenants. En effet, les différentes interventions étaient placées sous le signe de la Chatham House rule ; c’est-à -dire que tout ce qui a été dit lors de ce colloque est resté dans le cadre de la confidentialité.

Il est nécessaire de rappeler l’arrière-fond et surtout la tournure d’esprit de ceux qui s’expriment sous le sceau de la Chatham House rule. En effet, la compréhension des structures qui organisent et produisent les documents façonnant notre monde actuel est incontournable. Cette compréhension permet aussi de souligner le caractère peu démocratique des décisions prises où le peuple dit « souverain » n’a pas sa place. L’expression Chatham House rule émane d’un institut britannique s’occupant des relations internationales situé à Londres : le Royal Institut of International Affairs (RIIA). En réalité, cet institut n’est qu’une « filiale » d’un monde plus vaste dont la source remonte à la société fabienne (Fabian Society). Cette société fabienne est la mère de tous les organismes internationaux qui orchestrent la politique internationale aujourd’hui. Le terme « fabien » se rattache à un homme de la Rome antique, Fabius Cunctator (Le temporisateur) qui préconisait comme moyen de réussite « une méthode d’action lente et progressive ». C’est cet idéal qui a été repris par la Société fabienne fondée en 1883. Son objectif suprême consiste à instaurer par ses élites une révolution permettant la synthèse du capitalisme et du socialisme au sein d’un monde global régi par une autorité unique. Pour une meilleure diffusion de ces idées, la Société fabienne a enfanté une série d’instituts dans différents pays qui distillent auprès des élites politiques et économiques ces ambitions planétaires. Ainsi, au lendemain de la Première Guerre mondiale, deux instituts ont vu le jour : le Council on Foreign Relations (CFR, 1919, New York) et le Royal Institut of International Affairs (RIIA, 1919/1920, Londres). Par la suite, d’autres organismes ont essaimé. Il n’est pas possible de tous les citer. Cependant, le rappel de certains révèle le degré d’implantation et d’influence qu’exercent ces instituts en liaison avec des partis politiques. Par exemple, la création de l’IFRI en 1979 (l’Institut Français des Relations Internationales) remonte à la fondation en 1935 du Centre d’Etudes de Politique Etrangère liés à cette époque à l’X-crise, groupe de recherche défendant les idéaux fabiens en liaison entre autres avec le fondateur de la Paneurope, Richard Coudenhove Kalergi. Il faudrait aussi ajouter à cette liste la DGAP de Berlin (Deutsche Gesellschaft für Auswà¤rtige Politik, fondée en 1955), l’Institut Atlantique pour les Affaires Internationales (Paris, 1961), le parti travailliste anglais ou encore la London School of Economics. Le rappel de ces quelques éléments permet de mieux saisir la tournure des événements que nous connaissons actuellement. Cependant, l’ambition commune de ces différents instituts n’interdit pas des rivalités internes, au nom du mondialisme, entre deux voies : d’un côté, les partisans d’une hégémonie américaine imposant le Nouvel Ordre mondial, et de l’autre, le mondialisme cherchant à affirmer un certain nombre d’entités géo-économiques (Pan-Amérique, Pan-Européen, Pan-Asie etc, chaque groupe n’étant qu’un composant) sous gouvernance mondiale au sein de l’ONU et autres institutions supranationales. Ces rivalités internes effacées pour le moment par l’Alliance germano-américaine pourraient, toutefois, resurgir et briser cet axe.

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