Hollande indécis dans la guerre contre le terrorisme

Publié le par Bernard Gasnot

Hollande indécis dans la guerre contre le terrorisme

On pouvait espérer que les attaques terroristes du 13 Novembre à Paris aident François Hollande à réévaluer le terrorisme, dans le sens que, pour la France, il n’y a plus de terroristes « modérés », et qu’il prendrait exemple sur Vladimir Poutine qui disait qu’il valait mieux neutraliser le terrorisme loin du territoire national, pour éviter d’avoir à y faire face à domicile.

Les ministres de la Défense des pays de l’UE ont répondu favorablement à l’initiative de la France pour la mise en œuvre de l’article 42 (paragraphe 7), du traité sur le fonctionnement de l’Union Européenne, conformément à l’article 51 de la Charte des Nations Unies. Cet article oblige les États membres de l’UE à fournir une assistance par tous les moyens disponibles, si un État membre est soumis à une agression armée. La France aurait donc une base juridique pour la formation d’une nouvelle coalition militaire contre le groupe Daesh pour agir sur le terrain.

Cependant, la seule possibilité des forces terrestres françaises pour agir sur le terrain en Syrie, est de combattre côte à côte avec l’Armée nationale syrienne, fidèle à Bachar Al Assad, qui est soutenue par l’armée russe. Par conséquent, la nouvelle coalition militaire contre Daesh devrait inclure, en plus de l’Armée nationale syrienne, des éléments des forces armées de la Fédération de Russie. L’armée russe est présente en Syrie à la demande du gouvernement légitime, elle connaît bien la situation sur le terrain, a déjà testé des armes les plus efficaces dans des conditions réelles, et dispose des véhicules blindés les plus modernes du monde.

La France a eu recours à l’article 42 du traité de l’UE suite au refus des Etats-Unis d’activer l’article 5 du traité de l’OTAN, à travers lequel les Etats membres de l’organisation sont obligés d’accorder une aide militaire à la France. Un autre pas important a été fait lorsque les présidents français et russe ont convenu de conclure un accord de coopération militaire contre l’EI en Syrie. Le colonel-général Valery Gherassimov, chef d’état-major général de l’armée russe a donc entamé des discussions techniques avec son homologue français, le général Pierre de Villiers, pour coordonner les opérations militaires en Syrie . Le premier ministre Matteo Renzi a donné son accord de principe pour que l’Italie rejoigne la France et la Russie.

Les Etats-Unis, qui ont refusé la participation de la Russie à la coalition anti-Daesh dirigée par eux, ont tout intérêt à empêcher la création d’une nouvelle coalition d’anti-Daesh initiée par la France, sur laquelle ils ne pourront avoir aucun contrôle, tout simplement parce qu’ils auront à faire face à la partie russe . Si le président Hollande était sérieux et allait jusqu’au bout, il génèrerait un tournant important dans l’établissement d’un nouvel équilibre des forces dans le monde entier. Son action violerait en effet la pratique imposée par Washington après la chute du rideau de fer, selon laquelle toutes les initiatives militaires européennes doivent avoir lieu au sein de l’OTAN .

Nous pouvons faire un parallèle entre la situation actuelle de la France et de la Grèce, qui avait fait appel à l’article 42 (paragraphe 7) du traité de l’UE. La Grèce, membre de l’OTAN, se sentait menacée par la puissance militaire croissante de la Turquie (également un membre de l’OTAN), soutenue par l’Arabie Saoudite et les autres états du Golfe . Elle a pu ainsi obtenir des garanties de sécurité de l’Union Européenne, parce que la Turquie n’est pas membre de l’UE.

Si la Russie était incluse dans la coalition militaire en Syrie, elle ne serait plus isolée internationalement, mais intégrée en tant que premier décideur pour ce qui concerne l’avenir de la Syrie, et elle saperait le rôle de champion de la lutte contre le terrorisme des Etats-Unis. En devenant partenaire militaire des pays de l’UE dans la coalition, la Russie va exiger, et obtenir, la levée des sanctions économiques. C’est la raison pour laquelle Victoria Nuland, Secrétaire d’Etat adjoint américain pour les affaires européennes et eurasiennes, s’est précipitée pour demander aux alliés européens des Etats-Unis qui veulent faire un front commun contre le groupe djihadiste Daesh en Irak et en Syrie, de ne pas oublier l’Ukraine et de continuer à poursuivre les pressions sur la Russie.

Cet avertissement des États-Unis était suffisamment clair pour que le président Hollande batte en retraite. À la demande d’Abdallah Al-Mouallimi, ambassadeur d’Arabie Saoudite à la Commission des Nations Unies pour les Droits de l’Homme de l’Assemblée générale des Nations Unies, a fait adopter, le 19 Novembre, avec 115 voix pour, 15 voix contre et 51 abstentions, une résolution condamnant l’intervention militaire de l’Iran et la Russie en Syrie. La résolution rédigée par l’Arabie Saoudite, a été soutenue par la France, ainsi que les autres pays du Golfe, la Turquie, les Etats-Unis, l’Allemagne, l’Angleterre, l’Italie et les autres pays de l’OTAN. Le texte de la résolution stipule, sans aucune preuve, que les attaques aériennes russes seraient dirigées exclusivement contre l’opposition syrienne « modérée » et aident Daesh, et sollicite leur arrêt. L’Arabie Saoudite dénonce, en outre, la présence de combattants étrangers en Syrie (les mercenaires islamistes envoyé par l’Arabie Saoudite et le Qatar n’entrent pas en ligne de compte) travaillant aux côtés de l’armée nationale Syrienne (les Gardiens de la révolution islamique de l’Iran et les milices du Hezbollah du Liban)

François Hollande ne peut pas lutter contre le terrorisme en bombardant des villes détenues par Daesh telles que Raqqa, et soutenir en même temps à l’ONU les initiatives des monarchies du Golfe qui ont sélectionné, formé, armé et financé les attentats qui ont tué des citoyens français à Paris. Autrement dit, cela revient à commettre les mêmes erreurs du passé qui ont permis d’organiser et reproduire les massacres de Charlie Hebdo le 13 novembre .

Washington et l’Arabie Saoudite hésitent à mettre sur pied une autre coalition militaire anti-Daesh qui pourrait neutraliser les groupes terroristes en Syrie et en Irak. Les États-Unis pourraient faire face à une crise d’autorité au sein de l’OTAN et pourraient avoir des surprises désagréables de la part d’anciens alliés du Golfe. De leur côté, les dirigeants de l’Arabie Saoudite, la principale source du terrorisme, dissimulé dans le «printemps arabe», auraient à craindre la baisse d’influence des États-Unis au Moyen-Orient. Parce que Poutine a un plan terrible pour tous les terroristes islamistes en Syrie et en Irak et pour ceux qui les financent.

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